FRAGMENTS D'ANATOMIE ENTOMOLOGIQUE
SUR LES BUPRESTIDES.
Par M. Léon Dufour.
La lecture d'un excellent mémoire de mon ami le docteur Laboulbène, sur Vappareil de la digestion et de la reproduction de l'Anthaxia manca (1), m'a mis à même de fouiller dans des dossiers de vieille date et d'en exhumer quelques bribes d'anatomie entomologique, qui, sans cette circonstance, eussent été condamnées à un éternel oubli.
Article 1". Sur l'appareil digestif du Capnodis tenebrianis.
Durant mon dernier séjour à Madrid, en juin 1854, j'eus occasion de me livrer à la dissection du mâle et de la femelle de ce Biiprcstide , dissection rendue très difficile par son tégument dur et cassant. Cet appareil se compose des glandes salivaires, du canal alimentaire, et des vaisseaux hépatiques.
(1) Archiv. Eut , tom. 1, p. 20/i, 1857.
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1" Glandes salivaires.
De chaque côté du bord occipital de la tête, on voit sortir de dessous celui-ci, un tube d'une extrême brièveté suivi tout aussitôt d'une glande papilleuse ou vésiculeuse subdiapliane, allongée, qui traverse tout le thorax pour se terminer au détroit thoraco-abdominal par un bout libre, ûottant, borgne.
Quand on déchire cette grêle guirlande pour en étudier l'intime texture, on trouve qu'elle consiste en un tube central hérissé dans sa périphérie de vésicules papilliformes, oblongues, qui s'y abouchent.
Ces vésicules sont l'organe essentiellement sécrétevr de la salive; le tube axai en est le réservoir; le canal excréteur est le col court dont j'ai parlé, et qui transmet la salive à la bouche.
Jusqu'à cette dissection du C. (enebrionis, je n'avais jamais trouvé ni dans les Buprestides, ni dans aucun Coléoptère pentaméré, la moindre trace de l'existence d'une glande salivaire. Aussi, lorsque je découvris cet organe dans les deux sexes de notre Capyiodis, je considérai et je considère encore ce fait comme nouveau pour la science. M. Laboulbène ne fait point mention de cet organe dans VAnthaxia. Sa petitesse, dans ce dernier insecte, qui est d'une taille de beaucoup inférieure à celle du Capnodis, aura peut-être éludé l'habileté de son scalpel. Peutêtre aussi n'y existe-t-il point. Gn doit donc, dans une science qui, comme l'entomotomie, est encore pour longtemps au berceau, être sobre de généralisations et de règles.
2° Canal alimentaire.
Il mesure trois fois la longueur du corps de l'insecte ; il est
plus OU moins filiforme, musculo-membraneux, ployé en anses ou en flexuosités.
Vœsophage est si court qu'à peine déborde-t-il la tête, tandis qu'il est proportionnellement beaucoup plus long dans les Buprestides suivants :
matira, anea,
a f finis, 'i-fasciata ,
flavomacidata, 9-macnlata.
11 est tout aussi court dans le B. derasofasciata (olim viridis).
IMalgré sa brièveté , l'œsophage de notre Capnodis donne insertion à droite et à gauche à une panse latérale longue, filiforme, unie, atteignant le quart postérieur à peu près du ventricule chylifique, et offrant à son origine un col presqu'insaisissable.
Lorsque, en 1854, je découvris cet organe binaire, j'hésitai d'abord à lui donner le nom de panse, précisément parce qu'il était double et que dans le grand nombre de panses que j'avais décrites dans les insectes de divers ordres je n'en avais jamais vu qui eussent ce caractère pair. Puis, dans l'ordre des Coléoptères, YOEdemera dispar était le seul où j'eusse signalé et figuré l'existence d'une panse, et celle-ci était unique ou solitaire. Mais l'origine de cet organe à l'œsophage est commune à toutes les panses. Dès lors, il n'y avait plus à balancer, j'y voyais, comme dans les autres insectes, un réservoir destiné au séjour temporaire d'un aliment non suffisamment élaboré, peut-être même destiné à retourner à la bouche pour une espèce de rumination.
En voyant en ce moment un second exemple de panse double
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dans r^. manca, liuprestide dont l'habile scalpel de M. Laboulbène vient d'enrichir la science, j'éprouve un de ces bonheurs qu'apprécieront seuls les hommes passionnés pour la microtomie. Cet auteur s'est borné à les désigner sous le nom de poches latérales annexées à l'oesophage, n'en soupçonnant pas alors les attributions physiologiques.
Les poches latérales de r^l. manca et les panses du C. tenebrionis ne diffèrent évidemment que par la configuration. On ne saurait contester à M. Laboulbène la priorité scientifique de la découverte de cet organe dans les Buprestides ; elle est consacrée par l'impression et la gravure. Quoique ma découverte date de plus de trois ans, comme elle est demeurée inédite jusqu'à ce jour, je n'ai droit de revendiquer que la dénomination technique et la fonction.
Le ventricule chylifque de notre C. tenebrionis est filiforme et partout glabre et lisse. Lorsqu'il est déployé, il a la longueur du corps de l'animal. 11 n'offre à son origine aucun vestige de ces doubles boyaux aveugles qui s'observent dans le plus grand nombre de Buprestides, mais qui n'existent pas non plus dans le B. derasofasciata. Avant sa terminaison, ce ventricule se courbe en une anse variable. L'iiitestin égale ce dernier en longueur. D'abord grêle et flexueux, il se renfle ensuite en un cœcum ou rectum oblong, droit, et, avant de s'ouvrir à Yamis, il présente un col aussi court que l'œsophage.
3° Vaisseaux hépatiques.
Ils sont au nombre de six bien distincts, fort longs, flottants par un bout, verticilléspar l'autre bout, autour de la terminaison du ventricule chylifique.
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Art. 2. Fragment vnvtomique sur le cawl dic.estif DU Dicerca œnea.
En 1832 , je disséquai un seul individu de cette espèce, qui est assez rare aux environs de Saint-Sever, et, depuis cette époque, il ne m'est plus tombé vivant sous la main.
Je ne décrirai de son canal alimentaire que les bourses ventriculaires, parce qu'elles ont une forme et une tevture spéciales que je n'ai rencontrées dans aucun des Buprestides que j'ai disséqués.
Ces bourses confluent en arrière en une dilatation qui leur est commune, et qui est séparée du ventricule chylifique par une coarctation brusque qu'accompagne un col étroit.
Mais ce qui rend ces bourses encore plus remarquables, c'est que, au lieu de plissures ou de boursoufllures marginales comme dans les autres espèces , elles sont hérissées de papilles oblongues, bien distinctes. Leur extrémité libre en est seule dépourvue.
Ces bourses seraient-elles un vaste jabot bifurqué ? Je sens le besoin de nouvelles autopsies pour établir leurs connexions positives.
Je présume que les bourses ventriculaires du B. mariana, décrites par Gaede comme très granuleuses, et celles du B. lurida, que J.-F. Meckel dit glanduleuses sur les bords et lisses au sommet, doivent ressembler sous ce rapport à celles de notre Dicerca œnea.
Art. 3. Sur l'appareil gé.mtal mâle dl Corœbus bifasdutus
C'est en 1810 que, au milieu des nombreuses victimes buprestidiennes anesthcsices et enterrées par le savant Ceiceris bupresticida, je pus sacrifier à l'anatoniie quelques individus du Corœbiis ùifasciatus. Je me bornerai pour le moment à donner la description et la figure de l'appareil génital mâle de ce rarissime Buprcstide.
Cet appareil diffère et par la forme et par la composition de celui de YAnthaxia marna décrit par M. Laboulbène. Mais il s'y rattache en même temps par des traits qui témoignent de la conformité du plan d'organisation viscérale de cette famille naturelle de Coléoptères.
Les testicules placés en arrière des vésicules séminales, près de l'origine du canal éjaculateur, consistent, chacun, en un peloton arrondi, blanchâtre, formé par les replis agglomérés de cinq vaisseaux spermifiques, capillaires et fort longs dont les bouts libres, terminés par un renflement olivaire, débordent l'organe et sont apparents, ainsi qu'on peut le voir dans la figure.
En déroulant, en dévidant avec soin ce peloton testiculaire, on constate que les cinq vaisseaux llexueux de cette glande s'insèrent à un renflement oblong, subovoïde, qui est l'origine du conduit déférent.
Celui-ci, à ne l'envisager que dans sa partie externe ou saillante au dehors, lorsque les testicules sont dans leur position normale, semble fort court; mais, quand on a déroulé l'organe, on s'assure que, après le renflement ovoïde, il est assez long, presque capillaire et reployé au milieu des vaisseaux spermi-
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lîques. Il s'insère coiiiuio d'ordinaire, près de la confluence des vésicules séminales principales.
Remarquons ici que dans Whitliaxia manca il y a si\ vaisseaux sperniiliques ou capsules siUmnifires, comme les appelle M. Laboulbène. Ces vaisseaux sont, chacun, renflés à leur confluence pour la formation du conduit déférent, ce qui n'a pas lieu pour notre Corcrbus, qui a aussi un de ces vaisseaux de moins. Ces différences comparatives, de peu de valeur en apparence. en acquerront sans doute davantage lorsqu'on aura assez multiplié les dissections des groupes génériques ou spécifiques, et que l'on voudra, pour la classification, allier les caractères extérieurs avec l'anatomie viscérale.
11 existe deux paires de vésicules séminales. L'une, que j'ai toujours appelée principale, a la forme d'une massue blanche assez consistante et raide, courbée eu crosse , de manière à ce que les deux crosses se regardent vers la ligne médiane du corps. L'autre paire se présente sous la forme d'un long fil subpellucide, replié et fragile, s'abouchant à la vésicule principale, un peu avant le point d'insertion du conduit déférent.
Ces vésicules séminales sont aussi au nombre de deux paires et d'une même configuration dans YAnthaxia de M. Laboulbène; seulement je ne vois pas pourquoi cet auteur leur donne le nom de glandes annexées, puisqu'elles ne sont évidemment que des réservoirs.
Quant aux connexions des vésicules séminales entre elles et avec les autres parties de l'appareil génital, j'en demande pardon à M. Laboulbène, je crois qu'il a commis une inadvertance. Amiens Plato, magis arnica veritas. Dans mes si nombreuses autopsies des insectes, j'ai toujours vu que la seconde paire de vésicules séminales s'abouchait, non pas aux conduits déférents, ce qui serait un non-sens physiologique, mais bien à la vésicule principale.
Le canal éjacnlatenr de notre Corœbus est filiforme, d'un blanc mat, raide, comme élastique. Ici, comme dans tous les insectes, il est évidemment formé par la conlliience des vésicules principales. Ainsi que je l'ai déjà insinué, ce canal est donc le tronc, l'aboutissant de tout l'ensemble des organes sécréteurs et conservateurs de la liqueur prolifique. Il pénètre un peu latéralement à l'origine de l'armure copulatrice.
J'ai confirmé dans l'appareil génital du Curœhns l'observation de M. Laboulbène sur la conformité du nombre des vaisseaux spermifiques avec celui des gaines ovigères. Ce nombre est de six dans YAnthaxia manca et de cinq dans le Corœbus bifasciatns. Mais ne nous liâtons pas de généraliser cette conformité même dans les Buprestides, car, dans le CapnoJis tcnehrionis, il y a une trentaine de gaines ovigères à chaque ovaire, tandis que les vais seaux spermifiques d'un testicule ne dépassent pas six ou sept.