‹ Archives historiques et ecclésiastiques de la Picardie et de l'ArtoisChapitre 1 sur 43 · ET CHATEAUX HISTORIQUES · texte numérisé non relu

ET CHATEAUX HISTORIQUES

ES chefs de la première race franke et '■■ les rois ou empereurs karlovingiens cu-

rent dans l'ancienne Picardie un grand ' nombre de résidences ou maisons royales auxquelles les capitulaires et les chartes donnent les noms de villœ regiœ , villœ publicœ , palatia regia , palatin fiscales , fitcuê , villœ fiscales , colonda , dotnoculta, prœdium et quelquefois cultura. \ l'exemple des villœ romaines, de vastes cours ou des jardins,

qu'un mur limitait, entouraient ces maisons royales; et peu d*entre elles étaient fortifiées. Habitées par les receveurs du fisc^ elles constituaient des centres d'exploitation agricole et fournirent long-temps la meilleure part des revenus du prince. Le capitulaire de Karlele-Grand qui a pour titre de villù fisci est un code complet d*économic rurale. On y traite de rentretien des basses-cours, de celui des chevaux et des bœufs; de la culture du pastel, de la garance et du vermillon pour les manufactures de TEmpire; des soins que recevra la vendange; de la confection des cervelas, du sirop de mûres, de la cire et du miel. Karle-le- Grand, qui fonda un si vaste empire; qui repoussa tant d'invasions; qui rendit par d*immortels travaux TEglise glorieuse et les lettres honorées, trouvait le temps de s'occuper, dans Fun de ses capitulai res , des roses, du baume et de la sauge cultivés dans les jardins de rimpératrice ; des soins que demandaient la laitue, la menthe romaine et le cerfeuil.

La plupart des maisons royales dont nous nous occupons devinrent, avec le temps, de véritables palais. Parmi celles que la Picardie renfermait , Verberie , Quierzy, Braine et Compiègne furent les plus célèbres. Il nous reste une description détaillée du palais de Verberie *. Son aspect était au midi; la chapelle et la salle d'assemblée, où se tinrent les parlements et

' ( f^êrmeria , f^ermbreu , yerimbrea , f^ermerium , f^ermeriyia , f^erimbria , yerbria , yernbria , fVerberiacum , yerbtria. )

les conciles 9 où se réunissaient les grands du royaume, formaient les ailes principales. Un grand corps de logis à deux étages occupait le centre du palais; il était d'une très-grande hauteur ; deux tours rondes raccompagnaient. D*autres tours de forme carrée, plus larges qu'élevées, se trouvaient placées à distance dans les diverses parties de Tédifice. Des bas-reliefs et des fleurons , d'innombrables figures , dûs au ciseau du sculpteur , parsemaient les murs construits en pierre de taille. On comprend que cette architecture devait être d'un très- bel effet; et il faudrait, si Ton s'en étonnait, se remettre en mémoire la magnificence des palais de Karle-le- Grand ; les portes d'airain doré et ciselé de sa résidence d' Aix-la-Chapelle; et les cent colonnes qui décoraient la façade de son autre palais d'ingelheim. Ce prince aimait le séjoiir de Verberie, et l'on sait que l'un de ses capitulaires a pour titre: de operibus palatii ad Vermerias. Un grand nombre de conciles et d'assemblées solennelles donnèrent de la célébrité au palais de Verberie '.

^ An 737. Karle-Martel reçoit à Verberie les envoyés du pape Grégoire UI qui lui offrent les clefs du sépulcre de St-Pierre et les chaînes dont il fut chargé. — 753. Peppin-le-Bref assemble à Verberie les grands de r£tat. — 850. Karle-le-Chauve tient à Verberie une cour pléniére et donne audience aux envoyés d'Inicon , roi de Navarre. — S5d. — Premier concile de Verberie. Karle-le-Chauve le préside. — 856. Second concile. — 858. Karle-le-Chauve reçoit i Verberie Bemon , chef des Normands. — 863. Troisième concile de Verberie. — 864. Quatrième concile. — 869. Cinquième concile de Verberie. Hincmar, évéque de Laon, y comparait. — 885. Les Normands saccagent le pala'is de Verberie. — 892. Après Pavoir fait réparer, le roi Eudes y convoque les grands du royaume. — Diverses ordonnances de Philippe-le-Bel , de Philippe-le-Long et du roi Jean sont datées du palab de Verbe-

Comme la plupart des maisons royales, cette résideuce ne tarda pas à devenir un rendez - vous de chasse. Les chefs de la première race franke et les rois ou empereurs karloviitgiens aimaient beaucoup ce divertissement , auquel la magnificence présidait alors. Les ministres et les principaux officiers de Tarmée devaient y prendre part; la reine et les femmes de sa cour se rendaient aussi aux chasses royales; elles montaient des chevaux richement harnachés. La forêt de Cuise , les palais de Quierzy , du Chêne , ceux de Compiègne et de Yenette étaient les lieux habituels du rendez-vous.

De nombreux conciles et plusieurs parlements s*assemblèrent à Quierzy - sur - Oise * . On sait que les murs de ce palais reçurent les derniers soupirs de Karle-Martel. Peppin-le-Bref ^ Karle-le-Grand et Karlcle-Chauve vinrent souvent résider à Quierzy, et Lodewig-le-Débonnaire eut beaucoup de prédilection pour cette résidence qu'il fit embellir. Cest à Quierzy qu'avait été signé , en 673 , le diplôme de Théoderik III qui confirma l'établissement de l'abbaye de Saint- Vaast *.

lie. — Il est brûlé par les Anglais en 1359. — Reconslroit par Charles-le-Sage. — Démoli par Tordre de Charles VIL — On fortifie la Tille atec set débris.

» ( Cariêiacum, Carisius, f^iUa Palatix, f^iUa Carisiaeuê, Carisiacvs ViUa Beyalis^ CariHacus FiUa Begia, )

• NOTIONS HISTORIQUES SUR LE PALAIS DE QUIERZY. An 605. Protade , maire du palais en Anstrasie, y est mis i mort ( MabiUon. ) ^ 702. Diète tenue i Quierzy par Khildebert III. — 741. Charles-Martel y meurt. — 754. Assemblée solennelle; Peppin-le-Rref et le pape Etienne II la président.— 764.

Beaucoup d'historiens ont confondu le palais de Braine \ situé près de Soissons, avec celui de Bargny ( Brinnacum ) , placé dans le voisinage de Crépy en Valois et qu'habitèrent les chefs des deux premières races frankes. Dom Germain , Mabillon et Dupleix n'ont point échappé à cette confusion ; mais les savants écrits de Lebœuf ont jeté de si vives lumières sur cette question qu'il n'y a plus aujourd'hui de confusion possible. Il y avait un palais à Braine et un palais à Bargny. Un concile célèbre s'assembla dans les murs du premier en 680 et Grégoire de Tours vint s'y justifier des imputations odieuses dont il avait été Tobjet. Ce fut aussi dans une diète tenue à Braine et présidée par Peppin que la guerre fut déclarée à Astolphe, roi des Lombards. Prise et démolie au dixième siècle par Herbert , comte de Yermandois , cette résidence

Parlement tenu par Peppin-le-Bref. — 781. Karle-le-Grand reçoit à Qoierzy les otages de Tassillon , duc de Bavière. — 820. Lodewig-le-Débonnaire y tient nn parlement (Éginhard.) — 834. Lodewig-le-Débonnaire , emprisonné par ses enfants ^ans le monastère de Saint-Médard , recouvre sa liberté et reçoit à Quierzy les hommages des grands de TEmpire. — 838. Premier concile de Quierzj. — 842. Assemblée à Quierzy, à l'occasion do mariage de Karle-le-Chauve et de la princesse Hermentrude. — 849. Second concile de Quierzy. On y examine les doctrines du célèbre Gotescalc. — 853. Troisième concile tenu à Quierzy en présence de Karlele-Chauve. — 857. Parlement i Quierzy. On y promulgue des capitulaires. — 858. Quatrième concile. — 868. Cinquième concile. — 873. Parlement tenu à Quierzy et capitulaires promulgués. — 877. Parlement tenu à Quierzy. — 882. Assemblée des grands à Quierzy ; Karloman III y est reconnu roi. — 885. Les Normands pillent le château de Quierzy. — Les rois cessent de Thabiter. — 11 est donné en 6ef aux seigneurs de Cbérby. — Il reste encore quelques vestiges de celle demeure royale ; on retrouve aussi à Quierzy la trace de vastes souterrains.

* {Brana, Brêna^ Drcina^ et quelquefois Brema.)

fut rétablie par Hugues de France. Elle appartint en- «lite aux comtes de Champagne '.

Comme Quienty, Braine et Verberie , Compiègne 'fut à la fois une maison royale et un rendez-yous de chasse pendant la période des deux premières races frankes '. C*est la que Dagobert 1" régla la fondation de la célèbre abbaye de Saint-Denis et qu'un parlement

' Un châleau-fort exUUit aussi à Braine dans le mojren-âge ; les chartes rappellent Chdttau du Haut ou la Folié. Robert II, comte de Braine, le fit construire à la fin du XII* siècle. Il n'était pas éloigné de Tancien palais et fut brûlé en 1423.

• {Compendium^Palatium^ Karolofolis^ Carlopolis^Carolopolis,)

• NOTIONS HISTORIQUES SUR LES MAISONS ROYALES QUE LA PICARDIE ET L*ARTOIS RENFERMAIENT.

Athibs, en Vermandois { Aieiaa , Ateiœ f^eromanduorum.) Ste-Radegonde , fille de Berthaire, roi de Thuringe, habita le palais d'Athies avant de prendre le voile à Nojou ( Francorum Begum Palatia, Mabillgr. ) Depuis long-temps détruit. — Bauibvx , en Amiénois ( Basiu , seo Baisium^ Bacium^ Basium vel Bactvum, ) Falab habité par les rois ou empereurs de la seconde race. Il n*en reste aucun vestige. •— Baagrt, en Valob. Les chartes latines rappellent Brinnacum^ Branacum, Berinnêium^ Briiannicum,Beme^um^Brinnayum et Bêriyneium, On croit qu*il était situé près de Crépy. Fondation ignorée ; les uns Tattribuent aux Romains , d'autres à Klother P**. Quelques historiens Pont confondu avec le palais de Braine, en Soissonnais ; mais le savant Lebcenf a dissipé tous les doutes sur ce point. Le palais de Bargny fut détruit au XIII'^ siècle ; il relevait alors des comtes de Valois. — Bbavt, en Soissonnais. Une donation de Dagobert I*" a consacré Texistencc de ce palais. Il appartint aux religieuses de Marchieunes. — Béthist-Saint-Piereb , en Valois ( BUtUiacum seu Bèsiisiacum, ) Maison royale construite en 1030 par la reine Constance. Plusieurs ordonnances des rois de France sont datées du palais de Béthisy. Louis-le-Jeune et Philippe-Auguste vinrent souvent y résider. — Bois-d'Ajbux, en Beauvaisis. Maison royale où se rendait Karle-1e-Grand. Donnée par Karle-le- Cliauve aux religieux de Saint-Corneille de Compiègne. — Bohubvil, en Valois ( Bonoyilu» seu Bonogilum, ) Palais où résidèrent les chefs des deux premières ra-

déposa Lodewig- le -Débonnaire. Le palais bàli par Karle-le-Chauve en 876 reçut le nom de Karlopolis et renferma cent chanoines dont la communauté forma Tabbaye royale de Saint - Corneille ; là furent couronnés Louis - le - Bègue et le roi Eudes; Louis Y y mourut, et Hugues Capet y fut proclamé roi par les grands du royaume. Saint-Louis, Henri lY et Louis XIII aimaient le séjour de Compiègne ; François I*' re-

ces. Il existait encore en 4248. — Bovtillb, en Valois {Bovilla vel Thmilla, ) Palais des chefs karlovingiens converti en monastère, au commencement dn XIII* siècle, par la comtesse Élèonore , dame du Valois. C'est li que fut fondé le Parcaux-Dames. — Beaihb , en Soissonnais. Les détails qui s*y rapportent sont consignés dans le texte qui a précédé. — Bucr, en Tiérache. Maison royale , au témoignage du père Lelong et de plusieurs historiens. — Châmblt, en fieauTaisis ( Came/tamiR seu Camliacum, ) Maison royale pendant Tépoque karloviogienne. On y rendait la justice. — CHAorisB , en Laonnois. Karle-le-Chauve vint quelquefois habiter ce palais ; il y passa les fêtes de Pâques de Tannée 867 et le donna, peu de temps après, i Tabbaye de Saint- Denis. On en voyait quelques Testiges au XVIII* siècle. -<- Chellb , en Soissonnais ( Kala , Chala , Cala, ) Késidence royale, au témoîgmige de Mabillon et de beaucoup d*historiens. — CHoisT-en-LÂiGUK , en Soissonnais ( Cauciaevm, ) Palais où résidèrent les chefs de la première race et où moururent Rhiother I*' et Khildebert III. — CaicT, en Ponthien ( Crisciacum seu Creeiacum in Pontivo, ) Les derniers chefs d»Ia première race eurent un palais à Crécy. Plusieurs chartes sont datées de cette résidence. — CaicT-suE-SBaBB , en Tiérache ( Creciacitm seii Creceium ad Saram. ) Palais des chefs de la première race. Il n'en reste rien depuis plusieurs siècles. — CoMPiicirB. Voir le texte à la page i2. — CoRBBVT, en Laonnois {Corhiniacvm vel Corhanacum.) C'est là qu'en 776, après la mort de Karloman , Karle-le-Grand fut reconnu roi par les Franks d'Austrasie. — Palais de Caoïrr, à Soissons {Oroviacvm aut Croiciacvm. ) Les Romains eurent k Soissons plusieurs châteaux, un amphithéâtre et une fabrique d*arnies ; Syagrius résidait dans cette ville. Les chefs de la première race franke y bâtirent deux palais ; le plus célèbre était celui de CaouT. C'est dans son enceinte que Khlother I^ fit jeter les fondements de la célèbre abbaye de Saint-Médard. — Cure, en Valois (Cotia seu Causia et seqnioribus CuUia, ) Khilpérik I"" et Frédègonde habitèrent le palais de Cuise, siège d*une juridiction étendue pour tout ce qui tenait i la pèche et aux délits commis dans les forêts. Iji reine Adélaïde, veuve de Louis-le-Gros, y ré-

eut Charles-Quint dans cette magnifique résidence où (Charles IX épousa Elisabeth d'Autriche. Le château royal, pris par les Bourguignons et par les Anglais, dans les guerres du moyen-âge , réparé par la sollicitude de nos rois, fut rebâti par Louis XV, acheyé pendant le règne de Louis XVI et restauré par Napoléon.

Les résidences royales de Folembray, en Soissonnais, et de Villers - G)tterets , en Valois , remplacèrent , sous le règne de François 1^% d'anciens châteaux-forts célèbres pendant le moyen-âge par les sièges qu'ils eurent a soutenir. Le premier château de Folembrat avait été construit en 1210 par Enguerrand III, sire de

sidiit } on l'appela, depuis lors, le viens palais d' Adélaïde ; et c'est sur son empla • cernent que fut fondé, au XII* siècle, l'abbaye de Saint- Jean-an-Bois. — Lk Chânb, en Soissonnais ( Palatium Caenum^ Caênut seo Caene, ) Palais des chefs karlovingiens où Lodewig-le-Bégue convoqua les grands du royaume en 877. Détruit au X* siècle par les Normands. Le chêne Herbelot, célèbre dans la contrée, était placé au milieu des ruines de ce palais. — ^Lehs, en Artois {Helena^ Lenense Castrum^ Lensium , Leneum. ) On affirme que les chefs mérovingiens eurent à Lens une résidence qui devint un château-fortauYII* siècle. — LaLonvas, ou Château Royal de Sentis ( Silvanectwn^ Palatium Silvanectie. ) Karle-le-Grand et Karle-le-Chauve vinrent souvent y résider. On tint an Louvre plusieurs conciles ^ les rois de France l'ont habité jusqu'au règne de Louis XIII. On donne à ses ruines le nom de Ckdtel du Boy ou Vieum-Chàteau, — Mâumâcqdes , en Soissonnais ( Mamaccœ, Mammacœ , Mamaca^ Atomacum, Mamarctœ, ) Résidence des chefs des deux premières races. Plusieurs diplômes de Khildebert I*^, de Dagobert I***, de Karle-le-Chauve et de Karle-le-Simple sont datés de Maumacques. Détruit au IX* siècle par les Normands. — MoHTDiDiBa, en Santerre ( Mena Deeiderii. ) Plusieurs rob de la troisième race ont eu un palais à Montdidier. Philippe- Auguste Thabita quelquefois. Il en reste des vestiges. — MoHT-NoTaB-DAMi , en Soissonnais. Résidence des chefs des deux premières races. On y tint sept conciles en 5S9 , 96i , 972 , 073 , 977, 9S5 et 4019. Le Mont-NoIre-Dame devint un château-fort. — Momtebuil , en Ponihieu (Monetterolium^ Monetrolium in Pontivo.) Hariulfe, Dnchéne et 'Mabillon

Coucy; François I«' le fit rebâtir. Il aimait à s y rendre lorsque la chasse l'appelait dans les forêts de Coucy et de Saint-Gobain. La belle Diane de Poitiers et , plus tard , Gabrielle d'Estrëes résidèrent dans ce château d*oii Henri IV dirigeait le siège de La Fère en 1505. Dans le mois de décembre, ce prince y conclut un traité avec le duc de Lorraine et leva par des lettres - patentes l'interdit qui régnait sur les bulles et provisions en cour de Rome. C'est à Folembray qu'une députation du clergé de France fut présentée à Henri IV avec la mission d'obtenir de lui que le concile de Trente pût être reçu dans le royaume , et c'est à Folembray encore que ce prince et le duc de Mayenne, mirent fin , par un traité célèbre, aux déplorables guerres de la Ligue.

Les seigneurs de Crépy en Valois possédèrent, dès le onzième siècle , un château - fort à Villers - Cotte-

nous apprenoent que les chefs de la seconde race eurent un palais à Monireuil. -^ MoELACcvM, MorlacuMy Marlacum. On ne 8*accorde pas sur l'emplacement de ce palais dont il ne reste aucun vestige. Le savant Lebceur affirme qu'il était situé dans la vallée de la Thève, à Test de La Morlaye en Valois. — Nogbvt-lbs-Vizagbs , en Beauvaisb ( Nogentum ad Fïrgines^ Novigêntum ad Isaram, ) Résidence des cheli de la première race. On n'en connaît pas remplacement. — Noton {Noviomagut yeromanduorwm, Noviomum vel Noviodunum. ) Les chefs des deux premières races eurent un palais à Noyon, au témoignage de Mabillon. Khlother III et Karle-le- Grand y ont résidé. — Oatillb, en Artois. Maison royale habitée par les chefs de la race karlovingienne. Il n'en reste rien. — PésoRiiE , en Sanlerre ( Perunna, Pala^ tium PerronensU. ) Palais des chefs mérovingiens. — Quibbzt, en Soissonnais. Voir le texte qui a précédé. — SAivT-LiGBa-BN-LAiooE, en Soissonnais (iSancft» Léodegariuê in Botco. ) Maison royale, an témoignage de Mabillon et de plusieurs historiens, où Philippe I'*', roi de France, fonda une communauté de religieux en 40S3. — Samousst , en Laonnois ( Salmoneiacum , Falatium Salmùmiiaci. ) Plusieurs rois ou empereurs de la seconde race résidèrent à Samoossy ; Karloman, frère

rets; on l'appelait la Malmaiitm. Il appartint aux rois de France, après la mort d^Élëonore de Flandre, héritière des comtes de Crëpj. Philippe- Auguste , cousin d'Eléonore, se rendait fréquemment à Villers-Cotterets et St-Louis j tint un parlement en 1267. Ruinée plus tard par les Anglais, la Malmaison resta abandonnée. François I** aimait Villers-Cotterets, et y fit bâtir une maison rojale, dans le voisinage de Tancien château. Il rhabitait dès Tannée 1535. Une ordonnance de de cette date fut promulguée à yillers-G>tterets ; elle traite de la juridiction des baillis et de celle des sénéchaux. L'ordonnance relative à la rédaction des actes publics en français et les lettres-patentes du 31 août 1539, en fareur de Timprimerie, furent aussi signées dans cette résidence. Charles-Quint Toccupait lorsqu*il

de Karle-le Grand, y mourat et Karl»4e-Cbauve y tiot une diète en 876. — Sbe- TAIS , en Tiérache ( SUvacus vel SUciacut, ) Kar1e-le-Chaave aiaenibla deux parlements à Senrab en 853 et en 871. — Teoilt, en Soiiaonnais ( TrotUimm, Troslejftmm vel Trosliaeum, ) Résidence royale pendant l'époque karlofingienne , où plusieurs conciles s'assemblèrent. Trosly fut détruit parles Normands. — Vi- «ETTB ( FenUta sen yenita. ) On ne connaît pas remplacement de ce palais ; mais Mabillon nous apprend qu'il éuit situé sur la rive droite de TOise dans le voisinage de Coropiègne. — YnnaiB, en Valois. Voir le texte et les notes des pages 8 et 9.— Yiiy en Valois ( Fem seu Ffmmm Pala^imm. ) Béaîdence des cheli des deux premières races. On y tint deux eonciles en 754 et en 844. — VKasioiiT, en Tiérache. Maison royale pendant l'époque karlovingienne. Karle-le-Grand y reçut, en 779 , les hommages et les présents de Hildebrand, duc de Spolelte. ^ Vig-sux-Aishb, en Soissonnais ( Ficus ad Axonam. ) Lodewig-le-Débonnaire donna cette résidence royale à l'abbaye de Saint-Médard. — ViuBU-ConEaBTs, en Valois ( FiUa CoUi- Bêsti,) Voir le texte des pages 15 et46.— ViraT, en kr\ou{FictriaeumfFictoria' eum^ FUfëi^ FitrU.) Les Romains avaient eu un château k Vitry ; les chefs de la première racf y bâtirent un palais. C'est là que Sighebert, roi d'Austrasie, fut assassiné par l'ordre de Frédégonde. Le palais de Vitry devint un château-fort.

pénétra avec une armée dans le cœur de la France en 1644; Henri II, François II, Catherine de Hédicis, Chartes IX et Henri IV habitèrent Villcrs-Colterets.

Arrêtons maintenant nos regards sur les nombreux châteaux - forts dont le sol de la vieille Picardie fut parsemé. Les villœ ou maisons fiscales qui s'élevèrent pendant la période - de la première race franke n'étaient point fortifiées; placées sur le hord des rivières , auprès des cités « un simple mur ou quelques palissades formaient leur seule défense. Hais les désordres

des inyasions et les pillages qu'elles entraînaient ne tardèrent pas à dicter des précautions de sûreté. On s'entoura de fossés ; on éleva des remparts ; les plaines et les bords des rivières furent abandonnés; on se réfugia sur les hauteurs. L'occupation romaine avait laissé quelques forteresses; on les mit en état de soutenir une attaque. Toutefois ces moyens de défense durent être peu multipliés d'abord, si l'on en juge par la facilité avec laquelle les Normands ravagèrent la Picardie dans le cours du dixième siècle.

Les châteaux de Montoire ' et de Ruminghem % la tour de Sangatte , celle de Guines ' , le château de Montreuil ^, la tour d'Ordre et la forteresse du Châtillon,

' ( Montorium Casirum leu Pramontorium,) On affirme que ta fondation datait de répoque de Joies Céiar. La forlereae de Montoire appartint aux comtes de Gufnes et fut souvent assiégée et prise pendant les guerres du moyen-âge. Le doc de Vendôme la fit démolir en 1542. On en Yoit quelques f estiges.

* Construction romaine du IV* siècle, assiégée et prise par les Bourguignons en i4S9 et rasée en 1639 par les troupes françaises que le maréchal de la Meilleraye commandait.

' Construite vers la Un du IV* siècle. Ruinée par les Normands, elle fut réparée par les comtes de Guines. On avait adossé des fortifications considérables à cette tour. Philippe-Auguste s'empara du château de Guines en 1200. Il ne reste que quelques vestiges de cette forteresse, long-temps occupée par les Anglais an moyen-âge, et que Froissart appelle « le fort et beau chasteau de Ghines, qui est on des plus u beaux chasteaux du monde. »

* Un château existait déjà à Montreuil, lorsque les Bomains envahirent la contrée; il fut assiégé, pris et fortifié par César. On l'appelait alors Brayaw; il eut plus tard le nom de JVimaw^ IVimas ou fFimaeum, Au IX* siècle, Helgaud, comte de Boulogne, fit élever dans le voisinage du château une enceinte de murailles défendue par des tours. Montreuil eut ensuite une citadelle dont les constructions existent encore.

à Boulogne 9 étaient des constructions romaines. Des remparts et trois rangs de fossés entouraient la tour DE Sangatte dont les anciens historiens ne parlent qu'avec admiration. Voici ce qu'en dit Lambert d' ordres , dans sa chronique des comtes de Guines : Armiferam turrim^ et cœlo contigucmt^ quis nesciat apud Sangattam. La forteresse de Rortchove que Baudouin II , comte de Guines ^ fit élever a la fin du douzième siècle remplaça la tour de Sangatte détruite par les Normands en 882 *.

La tour d'Ordre de Boulogne est célèbre; elle datait de l'an 38 de Fère chrétienne et fut construite par l'ordre de Caligula. « Ce prince -» dit le savant » dom Montfaucon — qui entre autres mauvaises qua- » litez avoit une vanité qui alloit jusqu'à la folie , fit » ranger son armée en bataille sur les bords de TO- )) céan; il fit dresser ses ballistes et ses machines , )> comme pour attaquer une armée. Personne ne pou- » voit s'imaginer quelle expédition il vouloit faire sur » le rivage ^ oii il ne paroissoit pas un ennemi. Il )) commanda tout d'un coup que tous se missent a ra- » masser des coquilles, que chacun en remplit son » casque et son sein , disant que c'étoient des dépouilles » dignes du Capitole et du Mont-Palatin. Et voulant

* La forteresse de Rorichove^ ou château de SaDgalte, engagée par Baudouin de Sangatte pour la rançon du roi Jean, tomba plus tard au pouvoir des Anglais et fut détruite par les Français vers le milieu du XV* siècle ( Monttrelei.) Il en reste encore des vestiges. ^

» laisser uuc marque de sa victoire, il fit bâtir une » très-haute tour pour servir de phare et guider, par » les feux qu*on y mettroit , les vaisseaux qui alloient » sur la mer voisine * ». Dans Tannée 81 1 , Karle-le- Grand fit réparer la tour d'Ordre et la forteresse du Chatillon , qui défendait le port de Boulogne , et que César, dit*on, avait fait construire '•

Les anciens historiens nous représentent comme une forteresse inexpugnable la tour construite à Amiens par les Romains; Turris excelsa muliù proptignaculis et mœnibus adeà munita est inexpugnahilis videretur^ dit Surius, dans sa vie de St-Geoffroy. Cette tour, à laquelle on adossa plus tard des constructions fortifiées, reçut le nom de Château d'Amiens. On ne s'accorde pas sur Tépoqùe précise de sa fondation; les uns la

^ n Et indieium Victoria altitsimom turrim êxcitavit : es qua , ut ex pharo » ncctibus ad regendos navium cursus ignés emicarent, u ( SuiroKB )

« La tour d^Ordre fut bâtie sor le promontoire oa sur la falaise qoi comman- >» doit au port de la ville. Elle etoit octogone ; son circuit aToit environ 200 pieds » et son diamètre 66. Elle avoit douze entablements ou galleries... On Tappeloit » depuis plusieurs siècles Turris Ordans, L*anteur de la vie de St-Folquin l'ap- » pelle Pharus Ordrans ; niais Ordrans paroit lÀ une légère corruption d^Ordans. » Les Boulonnois l'appeloient ll Toua i>*0aDRB. Plusieurs croient, avec assez d'ap- » parence, que Turris Ordans ou Ordensis s'étoit fait de Turris Ardens^ la Tour » Ardente ; ce qui convenoit parfaitement i une tour où le feu paroissoit toutes les » nuits. — Les Anglais, après avoir pris Boulogne, firent bâtir autour du phare en » 1545 un petit fort avec des tours; en sorte que le phare faisoit comme ledongeon » de la forteresse. . . Comme il n'y a point d'ouvrage fait par la main des hommes » qui ne périsse enfin, Tan i644 et le 29 de juillet, la tour et la forteresse tombè- » rent tout d*un coup en plein midi. >» ( U Antiquité expliquée^ par don Mort- PAUCoir. )

» Elle fut rebâtie en 1545 par Gaspard de Chatillon et détruite en 1550.

font remonter à César; d'autres la placent au temps d*\grippa, gendre d'Auguste. Il est constant, toutefois, que la tour d'Amiens existait dès les premières années du quatrième siècle; car les actes du martyre de St-Firmin font foi que cet apôtre fut décapité dans les prisons souterraines pratiquées par les Romains dans la forteresse d'Amiens.

Un grand nombre de chàteaux-forts s'étaient élevés en Picardie dès la fin du neuvième siècle; mais en donnant aux peuples, qui redoutaient des invasions nouvelles, de justes motifs de sécurité, ces points fortifiés assurèrent l'impunité à leurs possesseurji et aux nombreux soldats qu'on eut soin d'y entretenir. Ceuxci faisaient des courses, pillaient les habitants, rançonnaient les voyageurs et ne tenaient nul compte de la loi du pays. L'attrait de l'indépendance multiplia à la fois les châteaux-forts et le nombre des hommes d'armes; bien souvent ces derniers ne vécurent que de rapines; et le mal devint si grand, pendant le règne de Karle-le-Chauve , qu'il fallut jeter l'interdit sur les châteaux-forts qui s'éle^vaient de toutes parts, menaçant à la fois les peuples et la royauté, u Nous M voulons et ordonnons expressément — dit le capitu- M laire de 864 — que quiconque, dans ces derniers » temps, aura fait construire sans notre aveu des châ- » teaux , des fortifications et des haies ( hâtas ), les fasse » entièrement démolir d'ici aux kalendcs d'août, at- » tendu que les voisins et habitants des environs ont » a souffrir de là beaucoup de gène et de déprédations.

;» El si qoekioeS'iiiu te refosent à démolir ces chin team, que les comtes dans les comtés deaqueb ils 7> ont été construits , les fassent démolir eux-mêmes. >>

Que pooraient alors les injonctions de Karle-le- C2ianTe! Déjà le système féodal apparaissait; ces chateanx qu'il s'agissait de détruire se peiqplaient de soldats aguerris. Une noblesse, toujours prête à combattre, à laquelle nos rois eux-mêmes demanderaient plus tard assistance, allait bientôt exercer dans tous les manoirs une autorité presque souTeraine. « La &ble de » Dencalion — dit M. de Sismondi — sembla pour la n seconde fois receroir une explication allégorique. La n France, en autorisant l'édification des forteresses, » sema des pierres sur ses jachères et il en sortit des » hommes armés. »

Les premiers châteaux-forts qu'éleva la féodalité se composèrent d'une cour basse et d'une seconde enceinte renfermant une tour ou un donjon *. Quelquefois une seule tour formait toute la forteresse. Sa construction n'avait rien encore de l'élégante architecture des siècles qui suivirent. Le soin de la sûreté en fit les seuls frais. On choisissait des lieux écartés; et des roches escarpées servirent de bases à ces châteaux. Bientôt, les villes eurent aussi leurs forteresses; les abbayes, les églises furent entourées de remparts; on adossa des tours à leurs murailles. On peut juger du développe-

^ ( ("vun (C .Intiquitia Monumentales par M. DE Caumokt. )

ment que prit la construction des forteresses par ce que nous en apprend Le Carpentier, dans sa chronique du Cambrésis. « On pouvoit — dit cet historien » — conter en ce pays plus de quatre-vingts dongeons )) et plus de six cens maisons de défense, comme de » petits châteaux , très-bien murrës et fortifiés. »

La Picardie et l'Artois eurent aussi beaucoup de châteaux-forts; il ne reste aucun vestige du plus grand nombre '. Pris et repris, pendant Tinvasion anglaise,

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