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En diverses circonstances , on les vit let'iiser l'entrée de leur ëglise à l'ëvéque diocésain '.
Lorsque le siège devenait vacant, le chapitre prenait sur le champ l'administration de révèché. Dans quelques diocèses , le sceau de l'évêque était brisé et la vacance publiée au pupitre du chœur. Les chapitres étaient exempts de toute juridiction épiscopale; leur pouvoir était tel , qu'ils cessaient le service divin dans leur église et jetaient l'interdit sur toutes celles de la ville , lorsque l'évêque ou les magistrats de la cité avaient porté atteinte à leurs prérogatives *.
' « J533 — Jean de Hangest, évêque de Noyon, aimait à porter la barbe longue: » c'était une des vanités mondaines de son temps. Et à ce sujet il arriva un jour que » le chapitre , qui venait d'apprendre que le prélat , sorti de Genlis , était au village » d'Abbécourt , près de Chauny , d'où il se disposait à venir pontifier à Noyon , lui » envoya deux de ses chanoines , Jean Paris et Antoine Fauvel , pour le prier de » ne point paraître au chœur qu'il ne se fût fait raser, selon les louables et an- » cienncs coutumes de son église : sans quoi la compagnie se trouverait forcée de » lui en interdire l'entrée. L'évêque néanmoins , méprisant remontrances et me- » naces , parut à l'église. Le doyen s'embarrassa peu du tumulte qui pouvait naître » de l'affront qu'il lui préparait ; il lui ferma la porte. » (Coliiette. )
• « En 4435, la cathédrale de Noyon fit cesser le service divin. Jean de Compen- » dio, maire de la ville , venait d'encourir les censures ecclésiastiques pour avoir » jeté aux prisons de la ville maître Jean l'Hoste, chapelain de Nostre Dame, estant » revêtu de son habit d'église , et ayant fait refus de le rendre de ce requis. C'était » le septième jour de novembre ; le 5 décembre il se fit absoudre par le pénitencier » de la cathédrale; et en présence du chapitre et des notaires royaux, il prononça, » tête nue, les paroles suivantes: J^ai fait prendre prisonnier maistre Jean » VHoste , chappelain de ceste église , à tout son habit , que faire ne dévoie , 7ion » point en intention de vous injurier ne luy aussi ; et iceluy vous ai rendu après » la requeste de par vous faiste , et pour ce je vous prie que ce que par moy ou à » mon commandement a été fait, me le veuilliez pardonner. Et ce dit, il paya un » mark d'argent pour les frais. » ( Le Vasseue. )
«L'église de Noyon, cessant toutes les autres églises devaient pareillement cesser.» ( Compromis entre Jean deCressy et le chapitre. d31d. Le Vasseur. )
Le chapitre de lu cathédrale d'Amiens a donné à rÉglisc deux cardinaux , six archevêques et plus de quarante évêques. Ses privilèges furent successivement confirmés et agrandis par le Saint-Siège. Au treizième siècle , une bulle du pape Nicolas IV accorda au chapitre d'Amiens d'importantes garanties contre le pouvoir des légats ou juges apostoliques '. Un diplôme du roi Henri I", à la date de 1057, exemptait son cloître de tout impôt et de l'obligation de loger les gens de guerre-. Le chapitre exerçait sa juridiction sur les abbayes de Saint- Acheul et de Saint-Martin-aux-Jumeaux " ; il partageait avec l'évêque les droits de pêche dans la Somme ; la ville n'aurait pu , sans son assentiment , faire exécuter des ouvrages sur les ponts ou sur les bords de la rivière. Les chasses de St-Firmin et de St-Honoré n'étaient déplacées , dans les grandes solennités, qu'avec le consentement du chapitre \ Les évêques
' ( 4290. Archives du chapitre. )
' Les exemptions de toutes tailles , subsides , aydes , impositions , passages , travers , péages et pontenaiges , tant par eauë que par terre, devinrent communes à tous les ecclésiastiques du bailliage d'Amiens. Voici les seules restrictions de ce privilège : « Les ecclésiastiques ne sont exempts des contributions extraordinaires » qui se font dans les villes en temps de nécessités urgentes ; ny de celles qui se >) font pour honorer les premières entrées des roys dans les villes de leur royaume. » — De même de celles de leur couronnement et des dons gratuits pour les dis- » penses de leurs mariages. » {Coustumes du haillinge d'Amiens. )
* 1145. Charte de Thierry, évêque d'Amiens. — 4299. Compromis entre l'évêque Guillaume de Mâcon et Messieurs du chapitre. — Transaction de 1337. ( Arch. de la Préf. de la Somme. )
* Archives du chapitre, 1518. Recognoissance des loullengiers et pastichiers de la ville d'Amiens , à l'occasion du déplacement de la chasse de St-Honoré.
furent long-temps tenus de demander aux chanoines la permission de porter Taumusse dans le chœur. Les manuscrits de la bibliothèque d'Amiens et les archives de la cathédrale nous fournissent de curieux détails sur l'ancien cérémonial du chapitre. Voici ce qui se pratiquait lorsque les chanoines allaient présenter leurs hommages au roi ou à la reine de France. « Le cha- » pitre prenoit ordre du mestre des cérémonies de » l'heure et commodité pour aller saluer leurs ma- » jestés, et à l'heure compétente on sonnoit la cloche n du chapitre pour faire assembler Messieurs en habits « d'église , si le roy ou la reine étoient logés à l'e- )> vechez ou proche de l'église , sinon en robe , bonnet
« et chaperon Estant tous assemblés avec les offi-
» ciers du chapitre, le chambellan en robe et en )) masse , les sergents avec leurs bastons , et le raeusnier )) du moulin du roy portant un gasteau d'un septier » de bled , la compagnie marchoit en ordre , suivant le » temps de la réception, M. le doyen en teste, vestu » de robe rouge, s'il le trouvoit bon, précédé du » meusnier tenant le gasteau enveloppé d'un fanayolle , » deux autres officiers portant l'un deux douzaines de » pain dans une corbeille , revestue de nappes , et » l'autre portant deux douzaines de bouteilles remplies » de vin , Messieurs suivant ; et à la queue , un ser- » gent ou deux pour empêcher la foule. On alloit » ainsy dans la salle des gardes , ou plus avant sy la » commodité sy présentoit , et on attendoit là que le » mestre des cérémonies introduisît la compagnie, la-
» quelle estant entrée saluoit le roj ou la reine assis , )) d'une inclination profonde sans fléchir le genouil ; » puis M. le doyen parloit au nom de la compagnie » et attendoit réponse de leurs majestés ; on laissoit le » gasteau, h pain et le vin, puis on se retiroit'.»
Les chanoines étaient dans l'usage d'offrir des présents à toutes les personnes de distinction qui venaient à Amiens. « M. le duc de Chaulnes et Madame son épouse firent leur entrée en cette ville en qualité de gouverneurs, le 8 octobre 1731. Messieurs du chapitre allèrent en corps les complimenter en présentant pain et vin à M. le gouverneur en la manière ) admise et accoustumée. Ils complimentèrent ensuite ) Madame la duchesse , à laquelle ils présentèrent vins ) de liqueurs et boëtes de confitures sèches. — On of- ) frit en 1602 deux quaisnes de vin à M. le doyen ) de Beauvais ; pain et vin au maréchal de Brezay , ) en 1636; au maréchal d'Aumont en 1651; à Mes- ) sieurs de Boissy et de la Chaussée, présidents au ) parlement, en 1623 et 1635; au bailly d'Amiens, en ) 1611, pour le banquet de sa réception. Le 21 mars ) 1576, les chanoines offrirent deux cignes à M. de ) Crévecœur, lieutenant-général en Picardie , le faisant ) prier quel aimeroit le mieux deux masles ou d'un ) masle et d'une femelle '. )>
* ( Manuscrits de la bibUoth. comm. d'Amiens. )
* ( Manuscrits de la bibliothèque comm. d'Amiens. ) — La cliasse aux cygnes sur la Soinnieapparlennit exclusivement aux seiynetirs de lu rivière , c'esl-à-iliic
Le chapitre d'Âiniens régla, en 1657, cfue les chanoines ne pourraient porter le manteau court dans la ville et les habits gris blanc , sous peine d'une marance ou amende de soixante sols. Il leur interdit , la même année, la fréquentation des cabarets, académies, tavernes et brelans , et condamna l'un d'eux à six livres d'amende et à demander pardon de sa faute, pour n'avoir point tenu compte de cette prescription '.
L'évêque Evrard de Fouilloy posa la première de la cathédrale d'Amiens sous le règne de Philippe- Auguste. On doit à Robert de Luzarches, à Thomas et à Renault de Cormont la construction de ce monument dont la splendeur fera l'admiration de tous les âges. Commencés en 1220 les travaux touchaient à leur terme en 1288 -. La cathédrale d'Amiens fut visitée par les rois
à l'abbaye de Corbie , aux seigneurs deDours et de Blangy, au chapitre d'Amiens, au seigneur de Riverj et à l'évêque. Les documents que nous avons recueillis sur la chasse aux cygnes seront mentionnés dans la partie de cet ouvrage qui traite de l'abbaye de Corbie. La présidence de la chasse était dévolue à ce monastère.
' ( Chapitres généraux de lu cathédrale. ) L'écusson au fond d'argent et la croix de sable formaient les armes du chapitre d'Amiens. « Chaque année ou au moins » tous les deux ans , le chambellan ou les deux sergents à cheval du chapitre de- >> voient faire faire une robbe de livrée de velours violet de brun tannée, laquelle ') ils seroient tenus avoir neufve au jour de la nativité de la Vierge. Les gages du » chambellan étoienl de deux sols par jour ( vers 1645 ) et par an dix-huit livres » cinq sols , et pour ses boites quatre sols. )> ( Mamiscrits de la hilliothèque romm. d'Amiens. )