‹ Archives historiques et ecclésiastiques de la Picardie et l'ArtoisChapitre 3 sur 140 · CHAPELLE DE RUE · texte numérisé non relu

CHAPELLE DE RUE

« Un cœur de fin or qui est assez grand , qu'on croit avoir esté donné par un roi

Notrc-Dame-dc-Boulo(fne était autrefois l'objet (rune dévotion qui n'avait cV égale que celle que les pèlerins vouaient à St-Jacques de Galice ou à Notre-Dame-de- Lorette. Les princes, avant d'entreprendre une guerre; les matelots , sur le navire battu par les flots; le pauvre dans sa misère ; la mère au désespoir auprès de son enfant mourant ; tous imploraient avec confiance Notre-Dame-de-Boulogne. Sa sainte image ^ venue d'Orient , était l'œuvre de St-Luc , dit la légende. Lorsqu'elle arriva à Boulogne , St-Eloy quitta Noyon à la hâte et vint la recevoir en habits pontificaux.

Philippe-le-Bon , duc de Bourgogne , eut une grande dévotion à Notre-Dame-de-Boulogne. Après avoir vaincu les Gantois, ce prince lui fit hommage des étendards qu'il leur avait pris. Le duc Charles, fils de Philippele-Bon, battit aussi les Gantois et à l'exemple de son père , il fit placer dans la chapelle de Notre-Dame

» de France. — Une couronne toute d'or de la i oyne de Tortugal , supportée de » deux aigles; le tout garny de rubis, d'énieraudes et de plusieurs pierres pré- » cieuses. — Une ligure toute d'or d'un duc de Bourgogne assis sur un pied d'ar- ') gent. — Une lampe de fin or, pendant à trois chaisnettes, et une pomme d'or » où sont les armoiries d'un duc et d'une duchesse de Bourgogne. — Une figure I) d'argent du duc Philippe de Bourgogne où il est représenté à genoux sur un » coussin d'argent. — Un cœnr party en deux, tout de fin or , au-dedans duquel <> sont gravées quelques devises et au-dessus sont les armoiries d'un duc de Bour- » gogne. — Un cœur d'argent massif où sont les armoiries de Portugal. — Un » cœur d'argent où il y a un nœud des armoiries de Savoie... » ( Histoire ecclésiastique d'AhbeviUe par le père Ignace, d646. )

On gardait aussi de précieux reliquaires dans la trésorerie. Des dragons qui traversaient Rue, en l'an III de la République, enlevèrent In sainte image de la chapelle où pendant tant de siècles les peuples et les rois étaient venus en pèlerinage.

soixante et don?.e drapeaux que les artisans de Gand portaient dans les grandes solennités.

Les magistrats partagèrent long-temps cette vénération pour Notre-Damc-de-Boulognc. Un curieux jugement du parlement de Paris, à la date de 1296, en fournit le témoionage. Le chambellan de Tancar ville avait eu à se plaindre du seigneur de Marcour et réclamait une réparation ; le parlement faisant droit à sa demande condamna le seigneur de llarcour à visiter en pèlerinage Notre~Dame-de-Boulo(jne , St. -Thibaut et Notre- Dame-du- Puy .

L'archiduc d'Autriche, Sigismond, donna une image de la Vierge et un navire d'argent à la chapelle de Notre-Dame-de-Boulogne. La statue du duc de Bourgogne , Philippe-le-Bon , et celle de son fils Charles , à cheval et en or massif, étaient gardées dans la trésorerie; on y voyait aussi une chasuble en toile d'or, d'un travail merveilleux, venue d'Espagne et aux armes de ce royaume. Le frère du maréchal de Boucicaut vint présenter à Notre-Dame -de-Boulogne son équipage et ses armes après un combat glorieux contre les Anglais. La chapelle était éclairée par trois lampes d'or et quatre d'argent. Ecoutons Erasme , dont le témoignage est ici d'un grand poids : <■<■ On n'use point d'huile en » cette chapelle. Tout y brille en or, en argent et en •>•> pierreries. On y sent une odeur très-suave qui ravit •>•> les cœurs et les esprits des pèlerins. Aux pieds de n la Vierge, on voit une pierre d'une admirable beauté.

)> bliinn ce lieu ressemble au ciel empilée ou est le » siège du grand Dieu ! ' »

Après avoir reconquis le Boulonnais, Louis XI se reconnut vassal de Notre-Dame-dc-Boulognc , déclarant ne vouloir tenir ce comté que d'elle et à titre de fief, u 11 lui en fit hommage à genoux , dit M. de » Barante % sans ceinture et sans éperons, en présence ■>■> du clergé , du maire et des échevins. Il offrit en » même temps , en signe de vassalité , un cœur d'or )> du poids de deux mille écus, réglant qu'à l'avenir » les rois de France et ses successeurs prêteraient un » semblable hommage et feraient une pareille offrande ■.»

' Erasme, CoUoquia Fumiliaria. Pereyrinatio religionis cryo. — Histoire de V ancienne image de N. D. de Boulogne par ALPHO^•CE , d634.

* Histoire des Ducs de Bourgogne.

' LETTRES PORTANT DON A N. D. DE BOULONGNE DU DROIT , TITRE, FIEF ET HOMMAGE DU COMTÉ DE BOULONGNE. « Loys , par la grâce de Dieu , roy de France ; savoir faisons à tous présens et » advenir , comme puis naguères nous ayons acquis , par titre d'échange , de notre » cher et féal cousin Bertrand de la Tour, comte d'Auvergne , la comté de Bou- >> longue avec toutes ses appartenances et appendances quelconques... et pour en >> prendre la réelle et actuelle possession, soyons présentement venu en notre ville » de Boulogne pour la grande et singulière dévotion que nous avons à la glorieuse » vierge Marie , mère de Dieu notre créateur , et à son église collégiale fondée en » ladite ville de Boulongne, en laquelle, par l'intercession de ladite Dame, se » font chascun jour de beaux et grands miracles.. Désirant de tout notre cœur » révérer , eslever , augmenter en honneurs , prérogatives et dignités ladite église » de Notre-Damc-de-Boulongne... Noustivons, etde notre certaine science, propre » mouvement , grâce espéciale , pleine jouissance et auctorité royale, donné, cédé, >) transporté et délaissé, donnons, cédons, transportons et délaissons à ladite « Dame révérée en ladite église de Boulongne, le droit et titre de fief et hommage » de ladite comté de Boulongne qui nous competoitet appartenoit pour raisons et » à cause de notre comté d'Artois, lequel fief et hommage nous et nosdils succès-

Pendant le règne de François I/% la ville de Bon logne fut. assiégée et prise par les Anglais. Ils saccagèrent la chapelle de Notre-Dame et pillèrent ses trésors. L'image sainte , ravie à la piété des fidèles , avait été transportée en Angleterre et ne leur fut rendue qu'en 1551 lorsque la ville eût été restituée à la France. Alors les pèlerinages recommencèrent; mais l'influence de la Réforme et la marche de l'esprit humain vers une époque de discussion et de doute vinrent arrêter l'essor de ces pieuses pratiques dans lesquelles les plus grands princes trouvaient, comme l'humble mendiant, des consolations et des espérances.

') seurs rois de l-rnnce et comtes d'icelle comté seront tenus de faire d'ores en » avant perpétuellement , quand le cas y écherra de rendre ledit lionnuage , devant » l'image de ladite Dame en ladite église , es mains de l'abbé d'icelle église , » comme procureur , abbé et administrateur de son église, et de payer les reliefs, ') tiers de chamberlage et autres droits seigneuriaux pour ce deubs à niuance de )) vassal ; et en outre pour l'honneur et révérence de ladite Dame , nous et nosdits i> successeurs serons tenus, en faisant ledit hommage, d'offrir et présenter devant >> ladite Dame notre cœur en espèce et figure de métail d'or fin de la pesanteur de I) treize marcs d'or.... Donné àHesdin, au mois d'avril , l'an de grâce mil quatre » cent soixante-dix-huit et de noslre règne le dix-septième. Loys. »

( Ordonnances des rois de France , xv!!!.*" vol. f.° 394. )

La politique de Louis XI ne fut pas étrangère à cet acte d'hommage du comté de Boulogne qu'en apparence le sentiment religieux semblait seul inspFrer. « Comme ce comté relevait de l'Artois , que Louis XI n'était pas sûr de le con- '> server , il le conféra de son autorité à la Sainte Vierge pour éteindre lu suze- » raineté. Nous avons ses lettres du mois d'avril M78 par lesquelles il attribue )) à la Mère de Dieu la mouvance du comté de Boulogne. » ( Art de vérifier les dates , F.° 567. ) — « Il s'empara des villes sur la Somn\e et de plusieurs villes >» dans l'Artois sur lesquelles il avait des prétentions assez fondées; mais pour » éteindre le droit de suzeraineté que l'Artois avait sur la ville de Boulogne , il >) transporta et conféra celte suzeraineté à la Si\\nte\ieige, sa petite maistresse, » sa grande nmic. » ( M. dk Chateaubriand. )

li faut lire dans M. de Chateaubriand l'admirable récit de raccomplisscment d'un vœu fait par des matelots à la Vierge, pendant la tempête. « Ils se rendirent en pro- )' cession, dit l'illustre écrivain, à une petite chapelle » dédiée à St-Thomas. Le capitaine marchait à leur )) tête et le peuple suivait en chantant Y^ve Maris i> Stella. Le prêtre célébra la messe des naufragés, et ^> les matelots suspendirent leurs habits trempés d'eau » de mer, en ex volo , aux murs de la chapelle. La )^ philosophie peut remplir ses pages de paroles ma- )> gnifiques ; mais nous doutons que les infortunés vien- » nent jamais suspendre leurs vêtements à son temple.»

LES EVEOUES.

ES annales des diocèses de la Picardie datent des premiers siècles du christianisme. Dès le troisième, les églises d'Amiens, de Senlis, de Beauvais et de Soissons étaient gouvernées par de saints pasteurs dont la vie, toute consacrée aux travaux de l'apostolat, fut couronnée par le martyre. Vu quatrième siècle, St-Hilaire fonda le siège épiscopal de l'Auguste de \ ermandois transporté à Noyon par St-Médard lorsque la première de ces

villes eut été ruinée par les Vandales '. V la fin du cinquième siècle, l'évêché de Laon fut fondé par St- Rcmy ; St-Vaast, son disciple, allait alors porter à Arras les lumières de l'Evangile. L'établissement de révêché de Thérouanne prend sa date dans les dernières années du sixième siècle.

L'agrandissement et les phases diverses du pouvoir épiscopal , depuis l'origine des églises de Picardie , offrent à l'historien un sujet d'intéressantes études. Aussi long-temps que le culte chrétien fut l'objet de vives persécutions , l'unité ne s'établit point dans le gouvernement ecclésiastique ; les fidèles restèrent disséminés ; rien n'indiqua encore ' un commencement d'organisation de la société chrétienne. La célébration des saints mystères et les prédications remplissaient la vie des évêques.

Lorsque le christianisme eut conquis , avec Constantin , l'appui du trône impérial , l'influence épiscopale s'accrut. L'administration des diocèses se régularisa ; les pasteurs appliquèrent leur sollicitude à l'entretien des lieux saints; la discipline ecclésiastique prit naissance, les clercs eurent des écoles. Par la religion et par la

' Jacques le Fasseur et quelques historiens se sont trompés en .nfTirmont que St-Hilaire avait élabli le siège de son évèché dans le village de Vermand. La ciironique de Ferri de Locrcs , Gasef, les Annales de Flandre de Jaajves Meyer , Marlot , do7n Luc d'Achèry , le père Lccointe et CoUictte ont prouvé jiis(jn'à lévidence que ce siège était dans l'//H(/K*f<? de f^ermandois aujourd'hui Saiul-Qucnlin. Le village de Vermand possédait autrefois une abhavc dp prémontrés , mais n'eut jamais de cathédrale.

culture des lettres, l'Eglise préparait sa doiniualioii sur tous les esprits.

Les évèques de Picardie étaient alors élus par le peuple et par le clergé. Mais les formes de rélcetioii varièrent ; et il serait inexact d'attribuer des règles générales, constantes, à ce qui se pratiquait dans les diocèses lorsqu'il fallait pourvoir à la vacance d'un siège. L'assemblée des clercs eut quelquefois à lutter contre des factions redoutables; souvent le peuple se laissa gagner par l'intrigue , car les passions humaines sont de tous les temps , et l'on vit la simonie deshonorer l'épiscopat '.

Lorsque les Franks eurent embrassé le christianisme, le pouvoir des évêques s'agrandit encore. Ils prirent part aux affaires publiques et délibérèrent avec les laïques dans les conseils de l'état. Bientôt les chefs de la race franke s'arrogèrent le droit de nommer aux

' L'élection des évêques devint quelquefois l'occasion ues pius grands désoiuies. Celle de Walbert , évêqiie de Noyon au dixième siècle, s'accomplit dans des circonstances dont plusieurs historiens nous ont laissé de tragiques récits. « Walbert, >. moine du monastère de Sainct Pierre de Corbie, fut appelle à cette charge tam- » quant Aaron^ sans brigue et sans dessein de sa part ; au contraire fut rejette de » Dieu et du peuple un certain ecclésiastique de Noyon qui aspirait à ce morceau, » et pour y parvenir avait gagné le comte Adeleni ou Adeline, lequel ayant la nnict » escaladé la ville de Noyon en chassa les gardes. Ceux-ci se ramassans et altrou- >) pans avec ceux des faubourgs font assault à la ville, à l'aide des citoyens y restez » de leur party ; les uns mettent le feu aux portes et se font passage ; autres se » glissent dedans par les fenestres de l'église où le comte s'estant sauvé y fut massan cré auprès de l'autel avec aucuns qui l'avaient suivy. Alors le peuple s'estant 11 rendu maistre de la ville fut procédé à l'élection d'im nouveau prélat et toin- ') lièrent toutes les voix et tous les vœux sur le susnommé Walbert. »

( Jacqttcs LE Vasseor , 1633. )

sièges vacants, preuve certaine du développement de rinflucncc épiscopale; car on comprend que les évêques préférassent tenir leur investiture de Dagobert ou de Karle - le - Grand et n'avoir plus à briguer les suffrages du clergé et du peuple , qu'ils étaient appelés à gouverner, A diverses époques, on vit les chapitres des cathédrales ressaisir le droit d'élection; mais dans ce cas, et d'un commun accord, la confirmation royale fut déclarée indispensable '.

Les évêques étaient dans ce temps-là tenus d'accompagner les rois de France à l'armée, suivis de leurs équipages , de plusieurs chevaliers et de leurs hommes d'armes. Quelques prélats cependant réussirent à se faire exempter de cette obligation. Nous voyons , au treizième siècle, Jacques de Bazoches , évêque de Soissons , demander au roi d'être dispensé de servir en personne et l'obtenir moyennant payement de cent vingt livres au trésor royal. Les évêques furent aussi soumis au droit de gîte

' Pliilippe-Augiiste, partant pour la Terre-Sainte, régla que, lorsqu'un évêché «leviendrait vacant , le chapitre demanderait à la reine mère , régente du royaume, et à rarclievêquc de Reims, frère de cette princesse , l'autorisation de procéder à l'élection d'un nouveau prélat, et qiC elle devrait leur être accordée. « Si forte conligerit sedem episcopalem , vel aliquam abbatiam regaleni , vacare , » volumus ut canonici ecclesiœ , vel monachi monasterii, vacanlis, veniant ad re- » ginam et archiepiscopum , sicnt antè nos venirent , et liberam electionem ab eis » pétant j et nos volumus quod sine contradictione eis concédant. » (Ord. des rois de France. )

« Selon l'ancienne coutume du royaume aussitôt que l'évéque avait été consacré » et introduit canoniquement dans le palais épiscopal , il venait faire au roi et au i> royaume la féauté; ensuite de quoi il recevait ses régales. » ( Brtjssel, Usayc général des fiefs. — Lettre de Suger au doyen et au chapitre de Véglise de Chartres. DucHESNE , coll. des hist. de France.)

OU procuratioi '. Ils eurent leur monnaie particulière , dès le neuvième siècle * ; mais son cours s'arrêtait presque toujours avec le territoire de la ville oîi ils résidaient. Souvent leurs vassaux la refusèrent, et recoururent à l'intervention royale pour se mettre à l'abri des exigences épiscopales.

L institution des vidâmes remonte aux temps méro-

' Ce droit constituait l'obligation de défrayer le roi et les gens de sa suite lorsqu'il voyageait. Le gîte pouvait être exigé en nature ; mais si le roi le jugeait bon , une somme équivalente à la dépense que le gîte aurait occasionnée devait être comptée au trésor royal. Dans les temps difficiles, les rois usèrent sans mesure de cette faculté. Ils avaient , d'ailleurs, droit dans chaque ville à autant de gîtes qu'il s'y trouvait d'églises ou monastères placés sous leur autorité immédiate. Brussel rapporte , dans son ouvrage sur les fiefs, que lorsque St-Louis revint de la Terre- Sainte, les dépenses de la guerre et la rançon de ce prince avaient épuisé le trésor. « 11 s'appliqua presqu'aussitôt, ajoute Brussel , à recueillir des droits de gîte, vi- » sitant pour cet elfet les villes et les monastères de son royaume. »

PRINCIPAUX ARTICLES DU ROLE DES DROITS DE GÎTE PAYÉS EN PICARDIE PAR LES ÉVÉQUES ou LES ABBAYES PENDANT LES RKGNES DE LOUIS VIII ET DE ST-LOUIS.

i'l2i. Beauvais. Dominicâ ante festum beati Pétri ad vincula apud Belvacum... 256 livres. Le gîte dû par la ville et celui de l'évèque y sont compris. — Mbaye de Saint-Just. Die luna; post apud S. Justuin in Belvassino... dOO livres. — Abbaye de Saint-Médard de 5oi5*on5. Die jovis post apud S. Medaidum Sucssionensem... 224 livres. — Evôché d'^-Irras. Die Sanctœ Katharinœ in douio episcopi Atrebatensis... 1S9 livres. — Abbaye de Saint-Riquicr. Dieveneris post festum beati Nicbolai , apudSanctum Richerum... 200 livres. — Abbaye de Corbie. Dominicâ post apud Corbeiam... 400 livres. — 1225. Evèché de Beauvais. Die lunae post brandones, in domo episcopi Belvacensis , pro gisto,d40 livres. Et ceperunt vinum et quxdani alia minuta in domo episcopi. — 4259. Abbaye de N. Dame de Soissons. Sabbato post octav. pascliœ , ad Sucssionensem , super moniales N. Domina;... 126 livres 40 s. — Evèché de Soissons. 1269. Veneris in vigilia S. Mathaei. Super episcupum pro gisto... 117 livres, 11 s. 6 d. (La livre valait alors 40 francs environ delà monnaie actuelle. )

* Brussel, patente de Karle-le-Gros, an 888.— Dormay affirme que Khilpérik II accorda le droit de battre monnaie aux évoques de Noyon et Tournay ; cette concession remonterait aux premières années du huitième siècle.

vingiens, et sous Karle-le-Graiid beaucoup d'églises et d'abbayes avaient déjà leur vidame particulier. Le vidame de l'évcché fut d'abord pris dans le clergé ; mais au jour où les évéques se trouvèrent dans l'obligation d'aller à l'armée , lorsqu'ils eurent un temporel à défendre , ils choisirent leur vidame parmi les seigneurs les plus considérables du diocèse et lui abandonnèrent une notable partie de leur temporel , sous la réserve qu'il la tiendrait d'eux à titre de fief. Le vidame rendait la justice dans les domaines de l'évêque, devait conduire ses vassaux à l'armée et marcher à leur tête pendant le combat. Il convient toutefois d'expliquer que beaucoup d'évêchés n'avaient point de vidâmes. Les diocèses de Beauvais, Laon , Amiens et Senlis étaient les seuls de la Picardie où ces officiers fussent en charge ^.

Amiens , Beauvais , Soissons , Senlis , Noyon et Laon reconnaissaient l'église de Reims pour métropole '.

' « Le fief de la vidamie (l'un évêciié consistait principalement en un hôtel » situé près de celui de l'évûque ; en une portion de l'ancien domaine de révècUé » tivec la seigneurie et toute justice dans cette portion ; en une part dans le pro- » duit des amendes , mortes-mains, formariages, et autres profits où droits casuels; » au droit d'être chancelier né de l'évêque , et comme tel , gardien perpétuel de M son anneau ; en la suzeraineté sur plusieurs vassaux ; et enfin dans la préséance » sur tous ceux de lévêque , même sur ses grands-ofFiciers , s'il en avait à cause )) du titre de duché ou de comté attaché à son évêché, » ( Brussei. )

- ( Du Cange. )

^ Au treizième siècle , l'officialité métropolitaine de Reims s'appelait encore cour de l'urchcvéquc. — «Voici ce qu'écrivait dans le siècle dernier, sur lesofTiciali- » tés de Reims, Bidet, l'un des plus consciencieux historiens de la localité: —

\rras et Thérouanne relevaient de l'aichevèché de Cambrai'. Théronanne fut luiiiéc dans les guerres du seizième siècle ; les nouveaux évèchés de Boulogne , de St- Omer et d'Ypres consolèrent alors les fidèles de la perte de leur ancien siège cpiscopal.

La seigneurie temporelle de la ville d'Amiens avait été donnée par les rois de France aux ëvèques du diocèse. Elle eut titre de comté et fut concédée par Tun de ces prélats aux seigneurs de Boves. Nous voyons ensuite Raoul , comte de Vcrmandois , déposséder ces derniers du comté d'Amiens , le donner en dot à sa fille Isabelle , mariée à Philippe d'Alsace , comte de Flandres. Il fut cédé au roi Philippe- Auguste , en 1185, par le gendre de Raoul.

Les évêques jusqu'alors avaient gardé droit d'hommage sur le comté d'Amiens. Philippe- Auguste voulant

» Vers l'an 4166, les évêqiies se sont donnés des oflîcinux ordinaires ; ils en fai- » saient précédenimenl les fonctions eux-mêmes , assistés des dignités des cathé- » drales et des abbés de leur diocèse... Les officiaux ayant autrefois ntliré à eux la » plupart des affaires civiles , ils en furent dépouillés par l'appel comme d'abus... » L'appel des sentences des officiaux des évoques ressortit au tribunal de l'official » métropolitain ; celui du métropolitain au primat , et de celui-ci au pape qui , à » cet effet , est tenu de déléguer des juges sur les lieux... L'official métropolitain ') de Beims est juge d'appel des officiaux de la province ecclésiastique de la ville ; " il connaît du bien ou mal jugé de leurs sentences ; et attendu la primatie de » l'archevêque de Reims dans la Gaule Belgique , il n'y a d'appel de ses officiaux » diocésains et métropolitains qu'au pape...» ( Archives législatives de lieims , publiées par M. Warin , ancien secrétaire du comité des chartes et inscriptions , 1840. )

' Jusqu'à l'épiscopatde François II Richardot , (|ui vivait au milieu du seizième siècle , Arras avait reconnu la suprématie de l'église de Reims.

échapper à celte servitude, dont ne pouvait s'accommoder la grandeur royale , transigea avec l'ëvêque Thibaut d'iieilly. Le droit d'hommage fut retiré et, en dédommagement , Philippe- A.uguste déclara l'évêque et ses successeurs exempts , à l'avenir , de l'obligation de défrayer les rois de France lorsqu'ils se rendraient à Amiens *.

Les privilèges et prérogatives des évêques de cette ville étaient autrefois considérables. Ces prélats usèrent long-temps du droit de battre monnaie. Leur justice temporelle s'exerçait dans une juridiction très-étendue '. Les archives du chapitre nous apprennent qu'au douzième siècle la pêche dans la Somme appartenait à

' (Pièces du chapitre de la cathédrale. — Aich. «le la préfect. de la Somme. Gallia Christiana , x' v. p. 321. ) L'obligation de défrayer les rois de France à Amiens n'était autre que le droit de gîte ou àeprocurution que plusieurs historiens de Picardie ont cotifondu avec la réijale. 11 faut lire dans VHistoirc des coyntes d'^iniens ^e du Gange , que M. //ewrt Hardodin a récemment publiée, une savante dissertation sur la distinction à établir entre la procuration et la régule. M. Hardouin a fait suivre le texte de du Gange de notes intéressantes et de plusieurs documents inédits.

- Les cartulaires du chapitre nous ont conservé la sentence rendue en 4244 par révoque Arnoul contre Geoffroy de Milly , bailli d'Amiens. Cinq clercs avaient été emprisonnés et pendus par les ordres de ce dernier, au mépris de la juridiction ecclésiastique dont ils relevaient. L'évêque le condamna à se rendre au gibet , à y détacher le corps de l'un des clercs , et à le porter sur ses épaules , dans la cathédrale et de là au cimetière St-Denis. La sentence régla que cette expiation recommencerait pendant cinq jours consécutifs ; le bailli devait être en chemise, avoir les pieds nus et les mains liées derrière le dos. Arnoul ordonna de plus que Geoffroy de Milly se rendrait dans les églises cathédrales de la province de Beims , dans celles d'Orléans, Paris et Rouen, qu'il ferait des offrandes à la cathédrale d'Amiens ; enfin , qu'il irait à Jérusalem. ( Cartulaires du chapitre d' Aviiens. Archives de la préfecture de la Somme. )

l'ëvéqur '. Il n'était point exempt du service militaire ; mais il n'envoyait à l'armée ni chars ni chevaux -. Jusqu'en 1369, les biens des habitants d'Amiens, morts ab intestat et sans confession, appartinrent à l'éveque. Il recevait deux quêncs de vin lorsqu'un bourgeois se mariait, et pouvait faire arrêter les clercs dans toute la ville et la banlieue. On lui offrait un gant, après la vente d'une maison ou d'une terre. Les brasseurs lui payèrent des redevances pour la fabrication de la bière "'. Les estohiers j ou pelletiers, étaient tenus de lui offrir des fourrures *. Les commerçants d'Amiens , mariés et

' (1191. Transaction entre l'éveque Thibaut et le chapitre. ) — An quatorzième siècle les droits de pêche dans la Somme étaient communs ji l'éveque et an cliapitre. ( Transaction de 4333 entre Jean de Cherchemont et les chanoines d'Amiens. Aich. de la piéfect. de la Somme. )

" « Lorsque l'évêqne d'Amiens devait se rendre à l'armée , les artisans lui four- » nissaient quelque chose de leur profession : la conmiunauté des peintres et des » escuhiers , suivant un titre de 1206, donnait un bouclier peint ; les tanneurs deux » paires de louchiaux ( petits tonneaux faits de peaux de boucs ou de chèvres en- » duits et couverts de poix ) , contenant l'une un niuid de vin , l'autre vingt-quatre » septiers. Les bouchers fournissaient de la bonne graisse pour préparer ces hou- » chiuux. Les feures ou forgerons , donnaient une coignée , les viroles , les pezons » des tentes et d'autres ferrements... » ( Le pèreDAiBE. — V. aussi l'Histoire des n comtes d'Amiens , de du Gange , p. 41 4 . )

' « Droiclz de torillage que Monseigneur a droict de prendre sur chacun bras- » seiir... XXII cestiers d'avoine sur chacun d'iceux, demeurant en lieu non franc, » avec soixante-dix sols pour le droit de cambage. » ( Comptes du temporel de révèchc, d666 — 1667. Archives de la préfecture de la Somme. )

■• « Monseigneur a droict de prendre des marchands pelletiers de la ville d'A- » miens la somme de soixante solz pour le droict de manteau d'agneau deu , par » chactm an au jour de Sainct Firmin le Marlir et durant les octaves en suivant , » par la communauté desdicts pelletiers. » ( Comptes du temporel de Vérâché d'Amiens. 1666 — 1G67. )

inscrits sous la taille do St-Finniii-lc-Martvr, payaient (|iiatre deniers à l'évèque. (]e droit épiscopal reçut le nom de respit ou respect de Sl-Firmin , et ne fut plus (jue de trois deniers au treizième siècle '.

' Les nouveaux mariés avaient aussi une redevance à payer à l'évèque pour qu'il leur fut pernùs d'user des droits du mariage avant le troisième jotir ; et divers do cuments indiquent que cette singulière prérogative fut long-temps respectée dans tout le diocèse. Sur la plainte des liabitants d'Abbeville, le parlement de Paris décida, en 1409, que la permission de l'évèque ou de ses officiers n'était nullement nécessaire. — Robert de Fouilloy , évêque d'Amiens, accorda en 4316 aux habitants ile Monlreuil l'autorisation d'établir deux fours banaux où l'on cuirait tartes , flancs et autres pâtisseries. Une charte du même évêque , à la date de dSll , fait mention des (jâteaux feuilletés. ( Le Grand d'Aussy. )

Page 1