‹ Archives historiques et ecclésiastiques de la Picardie et l'ArtoisChapitre 2 sur 140 · CHRONIQUES ET LÉGENDES · texte numérisé non relu

CHRONIQUES ET LÉGENDES

ES Romains donnèrent leurs lois et leurs j^ usages aux peuples des Gaules après les ^ avoir asservis. Us s'attachèrent aussi à détruire la religion des Druides; mais le succès ne couronna leur tentative que dans la partie méridionale. Là les dieux du capitole prévalurent ; pour eux des temples et des autels s'élevèrent, et le paganisme V recueillit les adorations des vaincus. La pierre druidique que ces peuples avaient vénérée ne servit plus

aux sacrifices humains ; les chênes sacrés furent délaissés, et les plaintes que murmurait la victime ne se mêlèrent plus au frémissement de leur feuillage.

La plupart des tribus du nord des Gaules durent facilement échapper à celte transformation religieuse ; ' Rome osait moins sur leur territoire. Plus isolés du centre de l'Empire ses soldats étaient là moins assurés de leur conquête ; et la présence des légions romaines y fut toujours une garantie plus sûre de la soumission des peuples que les exhortations pathétiques des prêtres de Jupiter.

Les efforts des Romains pour associer les Gaulois à leur

^ Le pngnnismc eut aussi des temples d.nns le nord des Gaules, pendant l'occupation lomaine. Mais le culte des druides s'y maintint sur beaucoup de points , à côté des divinités de Rome et eu dépit de tous ses efforls. Le cluislianisme avait encore à comhallre les traditions invétérées de la religion gauloise, long-temps après la destruction du paganisme. « Des causes inconnues ranimèrent le druidisme vers le « commencement du cinquième siècle... Appartenir à une race druidique, stirps » druidariim, était encore au quatrième siècle un honneur , puisque Ausone place )) au premier rang des louanges qu'il décerne à Phaebicius et à son fils de descen- » dre d'une pareille race.» ( Histoire de la deslniction du payaîiismc en Occident, par M. Beugnot. )

Kliiidcbert I", chef des Franks , s'associait, au sixième siècle , aux efforts de .rÉglise pour éteindre l'idolâtrie. ( De uholeiidis reliquiis idolatriœ , an 554, Baltjze,!"''^ vol. )

Au milieu du septième siècle , les pratiques druidiques se maintenaient encore en Picardie; « St-Éloy succéda en 640 à St-Achaire dans les sièges de Vermand , » ou plutôt de ISoyon et de Tovrnay. On lit entr'autres choses jlans ses sermons : )) Ne portez pas de flambeaux av.v temples , aux pierres , aux fontaines , aux » arbres , aux bois sacrés , ni dans les carrefours ; et ne faites de vœu à aucune H de ces choses...» ( Introduction à l'histoire générale de la iirovince de Picardie par DOM Grekier. Manuscrit de la biblioliièque royale. )

Voici le texte latin : « Nullus chrislianus ad fana , vel ad pctras, vel ad fontes , » vel ad arbores , aut ad cellos, vel per trivia luminaria faciat, aut vota reddere » prœsumat.... » ( f^ita sancti Eliyiiy apud d'AcHERY, spicil. )

culte ne pouvaient irailleurs leur laisser espérer qu'un succès éphëmère , car la victoire ne devait pas tarder à délaisser leurs aigles. L'avenir n'était plus à eux — La corruption des mœurs et les invasions des Barbares hâtèrent la chute de l'i^mpire; et pour mieux en marquer l'heure, pour mieux proclamer peut-être tout le néant de la grandeur humaine par le spectacle de la décadence des Romains , le christianisme vint éclairer le monde pendant qu'il s'échappait de leurs mains

débiles.

On recueille peu de détails , dans l'histoire des peuples dont le territoire eut plus tard la dénomination de Picardie , sur l'époque oîi ils recurent la lumière de l'Evangile. On s'accorde toutefois à reconnaître que vers la fin du troisième siècle la foi chrétienne s'était déjà répandue dans leurs contrées.

St-Firmin , né à Pampelune et disciple de St-Saturnin , fut le premier pasteur de l'église d'Amiens ( AmbianuTii ) ; il prêcha l'Evangile au troisième siècle dans le pays des Bellovaques ( habitants de Beauvais ) et chez les Ambiens ( Ambiani ). Beauvais eut aussi St- Lucien pour apôtre. Les préfets des Gaules appliquaient alors leurs efforts à arrêter la propagation du christianisme ; les chrétiens étaient recherchés , jetés dans d'étroites prisons , et d'affreux supplices devenaient leur partage s'ils refusaient de sacrifier aux dieux du paganisme. Les premiers confesseurs de la foi eurent long-temps à lutter contre la terreur dont ces persécutions frappaient l'esprit des peuples qu'il fallait con-

verlir. Mais leur sainte éloquence et Texemple de leur courage furent les plus forts. Le martyre put seul marquer le terme de l'apostolat de St-Firmin et de St- Lucien ; et ils laissèrent , en mourant , l'Evangile en honneur parmi ceux qui avaient recueilli leurs paroles ' .

Il était réservé aux préfets des Gaules, derniers soutiens du paganisme expiarnt , de voir les apôtres du

' La inénioiie de St-Fiimin est révérée dans toute la Picardie. Les habitants d'Amiens lui gardent surtout la plus grande vénération. La fiertre , ou chasse de St- Firmin , figurait autrefois à la procession de sa fête et à celle de l'ascension. Deux échevins , le greffier de la ville et six bourgeois venaient , la veille , demander an chapitre la permission de porter cette chasse. Les registres de l'échevinage d'Amiens nous apprennent que les éciievins portaient la fiertre du hesnoit corps saint , Monsieur Saint Fremin le Martir , honyiestement et joyeusement , vestus de soye , en chantant chansons plaisantes et gracieuses , et avaient de heaus chupiatix sur leurs testes questait plaisir de les vuoir. ( Eschevinage tenu le xx" jour de niay l'an mil quatre cent soixante-cinq. X. rcg. T. /archives de la mairie d'' /Imiens. )

Les officiers de l'évêque étaient dans l'usage de convoquer en armes les vassaux de l'évêché. la veille du jour de la procession , afin qu'ils gardassent l'église où la chasse de St-Firmin se trouvait exposée. Ces officiers devaient , de leur côté , faire le guet pendant la nuit devant la cathédrale. L'évêque leur faisait envoyer du pain et du vin. « Aux officiers de l'evesché , leur despence de pain et vin, la veille de » St-Firmin-le-Martir, apprès l'appel qu'il se faict des subjects de l'evesché au » parvis Nosire Dame, pour faire le guet durant la nuit devant l'église.. 20 livres.» ( Comptes du temporel de l'évêché d'Amiens, 1666-1667. .archives de la préf. de la Somme.)

Les reliques de St-Firmin inspirèrent une telle vénération que Simon, seigneur de Beaugency, leur donna son château de Beaugency en Orléanais. Le seigneur de Picquigny , en Amiénois, voulut que sa terre relevât du Iras de St-Firmin. Les baillis du prince de Poix , du baron de Boves , du marquis de Bayncval et du châtelain de Vignacourt venaient offrir chaque année un cierge à St-Firmin. Le n»i lui-même faisait présenter deux cierges , du poids de cinquante livres ; l'un pour le comté d'Amiens, possédé par la couronne depuis Philippe-Auguste, l'autre pour la prévôté royale. Le parlement de Paris décida , en 1269, qu'ils seraient offerts en nature et non en argent. Dans les premières années du treizième siècle le cierge

christianisme lasser leur cruauté et frapper leurs efforts

d'impuissance car le peuple croyait au dieu dont

on chantait les louanges au milieu des supplices. Dans les ruines désertes , au fond des souterrains qu'une piété ingénieuse savait cacher à tous les yeux , chaque jour de nouveaux convertis venaient recevoir , à la

royal coûtait cent sols ( soixante francs environ de la monnaie actuelle d'après Leblanc ) :

EXTRAIT DD COMPTE DES REVENDS DU ROY PHILIPPE- AtlGUSTE PENDANT l'année '1202.

Pontivi et Ambian". — Expensa Cereus St-Firmini. ... C. s. ( Brussel ,

Traité des fiefs. )

La cire de St-Firmin coûta ail loi d04 livres en 1620 , 120 livres en 1634, et 124 livres en 1650 ( Chapitres <jénéraux de la cathédrale , manuscrit de la bibliothèque communale d'Amiens. )

Sien n'égalait la richesse de la chasse de St-Firmin. Nous en donnons ici la curieuse description :

<f Extrait de l'inventaire des reliqviaires ,joyaulj: , sainctuaires , calices, » ornemens , livres, linye , candélabres et aultres ustensilles ecclesiasticques , » appartenant à Véglise de Nostre Dame Damyens , 1535.

» Item, sur ledict grand autel , au millieu , est la fierlre de monseigneur sainct » Fremin le niartir, et sur icelle fiertre du costé de devant a une couronne d'or » quy a dix florons et sur chascun floron trois perles et six petites pierres de » petite valeur ; et au chappiau de la dicte couronne y a dix assietes et à chascune » six perles et les xxx aultres assietes de diverses pierres, comme rubis dAlexan- » drie et spraginades desuierauldes ; et est la dicte Qertre toute d'or.

» Item , des deux costés de ladicte couronne a nng chappiau d'or contenant xvn » assietes, cest assavoir nœuf an costé dextre et huit au seneslre, desquelz xvii » assietes les huict sont garnis de perles et les nœuf aultres assietes chascune de » huict pierres tant grenas que petites esnierauldes au millieu. »

( Archives de la préfecture de la Somme. )

L'inventaire fait aussi mention d'un très-grand nombre d'anneaux d'or , de saphirs rares , de diamants , de grenats et d'améthystes dont la chasse était enrichie. La veille de l'ascension de l'année 1575 , des voleurs dépouillèrent cette chasse de la plupart de ses ornements *. L'hôtel des monnaies de Paris reçut , en 1793 , ce que les voleurs n'avaient pu emporter.

* Chapitres généraux de la cathédrale , manusiri» de la ])iHio!liè<iiie comm. frAmiei».

lueur des flambeaux , les préceptes tic rÉvaiigile. Tout d'ailleurs ne conviait-il pas les Gaules, courbées alors sous un joug impitoyable , à embrasser cette croyance divine pour laquelle tant de martyrs donnaient leur sang? Ne proclamait-elle pas l'égalité aux nations opprimées ; devant elle ne voyait-on pas à la fois disparaître les distinctions de races et de conditions, les vainqueurs et les asservis?...

St-Crépin et St-Crépinien souffrirent le martyre à Soissons vers la fin du troisième siècle. Comme St- Quentin , comme St-Denis , ils avaient quitté Rome pour prêcher la foi chrétienne dans les Gaules. ' St-Quentin appartenait à une famille sénatoriale et fut l'apôtre du Vermandois. Son martyre est célèbre , et la vénération qu'il inspirait aux peuples ne perdit rien de sa force en traversant les siècles '. L'église de Serdis révère St-

' Gallia Chrisliana. — TiUemont. — Baillct.

' La fèlc tic ce saint niarl)'i- était célébrée avec beaucoup d'éclat an moyenâge. Les évèqiies de Noyon , de Beauvais , de Laon , <le Soissons et de Cambrai se rendaient à Saint-Quenlin , snivis d'un grand nombre d'ecclésiastiques; les principaux seigneurs de Picardie venaient prendre part à celle solennité, et l'hospilalilé la plus généreuse les accueillait dans le palais des comtes de Vermandois. On représentait quelquefois au peuple le 7narli/re de St-Quenlin dans le goût des mystères du temps.

Il était d'usage que le chapitre de l'église principale de Saint-Quentin pourvût aux dépenses des simples ecclésiastiques qui venaient en pèlerinage au tombeau du martyr. Ils pouvaient, à leur choix , être gratuitement hébergés par les chanoines ou en recevoir si.v deniers. — En 4 J59 , Raoul I ^' , comte de Vermandois, n'était plus ; le tuteur de son jeune fils refusa de participer aux frais de la fête et le palais des comtes ne s'ouvrit pas pour recevoir, selon l'antique usage, les évéques et les seigneurs de la province. Cependant l'évêque de Noyon avait voulu . cette année-là, rehausser sa qualité de diocésain par un cortège plus brillant qu'il

Kieul comme son premier pasteur. St-Valèrc et St- R«fm sont en honneur dans le martyrologe de Soissons. ils étaient receveurs des rentes du domaine impérial ; éclairés par l'Évangile et persécutés, ils moururent dans les supplices en proclamant ses vérités immortelles.

L'empire romain n'était plus ; les Franks avaient envahi les Gaules et Khlovigh, l'un de leurs plus illustres chefs, y affermissait par d'éclatantes victoires une domination d'oii la monarchie française devait un jour sortir. St-Remy , évêque de Reims , que son savoir et son éloquence placèrent au premier rang des hommes de son temps , convertit Khlovigh au chris-

iie rétnit d'ordiii.iire. Aussi les cluuioines épniscvenl-ils leur Ircsor pour satisf;iire à tout!.. Mais ils prirent soi» de porter les faits à la connaissance du Saint- Siège et ne lui celèrent point que leur diocésain avait surtout contribué à absorber les ressources du cliapitre. Lcms plaintes furent accueillies et le pape Alexandre III régla par nne bulle le cortège que devraient avoir à l'avenir les évoques de Noyon , lorsqu'ils se rendraient à la fête de Saint-Quentin.

TRADUCTION DE LA BULLE DU PAPE ALEXANDRE III. n Alexandre, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à nos bien-aimés fils le » doyen cl les chanoines de Saint-Quenlin , salut et bénédiction apostolique.... La » providence divine nous ayant permis , malgré notre indignité , de régler la posi- » lion des églises , notre pouvoir pastoral doit s'appliquer à leur procurer tout le « bien possible... A celle fin , fils bien-aimés dans le Seigneur , nous avons favora- )) blement accueilli vos justes réclamations relativement à l'évêque de Noyon qui , » au jour de la fête de Saint-Quentin où il est tenu de visiter votre église , lui » impose une charge onéreuse en menant à sa suite un nombre d'hommes et de » chevaux trop considérable , de sorte que sa visite devient un fardeau pour cette » église. Par notre autorité apostolique, nous défendons très-expressément à » l'évêque de Noyon , et à ses successeurs, d'avoir à leur suite dans celte cérémonie 1) plus de trente-cinq hommes et trente chevaux. Ils ne devront occasionner aucune » charge aux chanoines et se contenteront de ce que vous jugerez à propos de fixer » pour l'entretien convenable du nombre d'hommes et de chevaux désigné.... » A Anagni, le 3 des kalendes de juin... Alexandre. «

tianisme. Les chroniques ecclésiastiques nous enseignent que le célèbre St-Vaast contribua à cette conversion, ' Khloviglî , charmé de ses vertus et de sa piété , voulut recevoir de lui les préceptes de la foi chrétienne.

St-Vaast se rendit ensuite en Artois où les peuples étaient plongés dans l'idolâtrie. Le christianisme avait pénétré à Arras pendant l'occupation romaine ; mais les invasions des Barbares ne laissèrent rien , après leur passage, de ce culte naissant; quelques vieillards, disent les traditions, purent à peine désigner à St- Vaast l'emplacement de l'église où les premiers fidèles s'étaient autrefois assemblés. St-Vaast devint l'apôtre de l'Artois ; il consacra quarante années de sa vie à Y faire fleurir le christianisme et mourut vers l'an

St-Médard , né à Salency , occupait alors le siège de Noyon ; la vénération qu'il inspirait fut telle qu'à sa mort Khlother , chef des Franks , fit transporter les restes du saint prélat dans la ville de Soissons '. La magnificence présida à ces funérailles. Le cercueil de St- Médard fut couvert d'étoffes précieuses sur lesquelles étincelaient l'or et les pierreries. Les peuples du Soissonnois et du Noyonnais se pressaient sur les pas du

' Gallia Christiana.

* <( Tempore Clotarii régis sanctus Dci Medarthis episcopus, consunimato boni I) operis cursu , et pleinis dieiuin, sanctitatc pioecipuiis, dicm obiil j qiicni Clo- •> larius rex cum summo honore apnd Snessionas civitalem scpelivcl, et basilicani " super enm fabricare cœpit....» ( Grégoire de Tours. )

rorlége ; on y remarquai! Klilollier, les princes ses enfants, ses principaux officiers et le clergé des deux diocèses. Une église et un monastère ne tardèrent pas à s'élever dans la ville de Soissons pour mieux consacrer encore la mémoire de St-Médard.

L'extrême charité et la piété de St-Eloy illustrèrent aussi le siège de Noyon. Lorsqu'il mourut, la désolation se répandit dans le diocèse ; on vit arriver en grande hâte Bathilde, femme de Khlovigh II; accompagnée des princes ses enfants et de quelques officiers, elle avait quitté Paris, sur la nouvelle de la maladie du pieux évéque , pour recevoir ses dernières bénédictions.

\ux septième et huitième siècles , les fastes de l'Eglise nous montrent le christianisme en honneur dans la Picardie. St-Valery éclaire le Vimeu par ses prédications ; St-Usmer devient l'apôtre de la Tiérache ; St- Riquier dans le Ponthieu , St-Wilmer dans le Boulonnais, St-Germer en Beauvaisis , St-Bertin dans l'Artois, fondent des abbayes ou y font fleurir les vertus évangéliques.

Le développement des institutions monastiques , les légendes populaires et la construction des cathédrales occupent une grande place dans les annales de la Picardie des siècles reculés. Une foi vive remplissait alors les cœurs. Le peuple opprimé, épuisé par d'incessantes guerres, subissant tour-à-tour le pillage du vainqueur et des vaincus, sans garantie contre les excès des grands, ne trouvait que dans la religion un adoucissement à

d'aussi grands maux. Elle seule pouvait lui offrir des consolations et l'espérance d'un meilleur avenir. Combien de fois la fervente lecture d'une pieuse légende ne rendit-elle pas le calme au cœur que la souffrance remplissait ' ! L'espoir triomphait de la douleur après une longue prière devant une sainte image. Aussi le peuple trouvait-il toujours sur ses pas des églises, des monastères ou de modestes chapelles. Sur les cimes de la montagne , au fond des vallées , au milieu des ponts jetés sur les torrents , aux bords du chemin , un oratoire , une croix rappelait aux infortunés qu'ils devaient espérer. Il fallait bien que les symboles d'une religion consolatrice se multipliassent puisque les malheurs publics étaient si grands!...

Les oppresseurs eux-mêmes vinrent souvent confesser au pied des autels leurs égarements et leur repentir, et de pieuses fondations ou des expiations solennelles rassurèrent leurs consciences troublées. Au moyen-âge, on vit les princes et les rois venir en pèlerinage dans les lieux que le peuple vénérait , et leur dévotion à l'image de Notre-Dame-de-Liesse est célèbre. La légende nous apprend que cette image fut apportée d'Egypte par trois chevaliers de l'ordre des Hospitaliers.

' « C'était un temps de malheur et de dêsoidre extiême, un de ces temps qui :) pèsent en quelque sorte de toutes parts sur l'homme, et l'élouffent et l'écrasent... ') Toutes choses étaient livrées au hasard , à la force ; on ne rencontrait presque » nulle part , dans le monde extérieur , cet empire de la règle, cette idée du de- » voir , ce respect du droit, qui font la sécurilc de la vie et le repos de l'âme ; 1) on les trouvait dans les lénrendes. » ( M Guizot. )

La chapelle de iNolre-Daine de-Liesse avait été fondée près de la ville de Laou ; plusieurs de nos rois roriièrent de leurs armes ; on y remarquait aussi celles de Louis d'Orléans , frère de Charles YI , de Yalentine de Milan; des maisons de Lorraine, de Guise et de Coucy. Louis XI se rendit à Liesse en 1475 et y fit construire peu d'années après une chapelle royale. Nous voyons aussi François I.^% après sa captivité en Espagne, venir rendre grâce de sa délivrance à Notre-Dame-de-Liesse.

La légende de la Sainte Image de Rue, en Ponthieu , fut toujours chère aux âmes pieuses. Elle a consacré que , vers Tau 1 000 , les chrétiens de la .ludée trouvèrent trois crucifix au milieu de ruines abandonnées , près de la porte de Golgotha. Ceux qui gardaient alors la foi de TEvangile dans ces contrées lointaines étaient persécutés ; leur culte chaque jour subissait les outrages des infidèles. Les chrétiens s'assemblèrent secrètement ; et pénétrés de la crainte que ces saintes images ne pussent échapper aux profanations qui les menaçaient, ils préférèrent les exposer sur la mer, au gré de Dieu. Trois barques, dépourvues de voiles et de gouvernail , les recurent au port de Joppé. Elles s'étaient dirigées vers l'occident et l'une des trois vint s'arrêter sur les grèves qui avoisinaient llue en Ponthieu '.

Le premier dimanche d'août 100! , quelques habi-

' << La Hier , (lit le père Ignace dans son Histoire eccUsiastiqvc iV/Ubevillc , » avait autrefois son flux et reflnx libre jusqu'à Rue. L'an 4210, Guillaume III , » comte de Ponthieu, s'était réservé un droit sur chaque navire qui abordait à Rue. »

tants raperçurent ; aussitôt le clergé , suivi d'un peuple immense, se rendit sur le rivage pour y recueillir la précieuse image. Transportée avec beaucoup de solennité dans la grande église de Rue, elle fut placée dans une sainte chapelle sous la dédicace du Saint- Esprit .

Les pèlerinages affluèrent bientôt à Rue; les fidèles s'y rendaient de tous les points de la chrétienté et un hôpital ne tarda pas à être construit dans la ville pour recevoir les pèlerins. Les papes lui accordèrent de nombreux privilèges, et Louis XI donna à la chapelle du Saint-Esprit quatre mille écus d'or et quatre cents livres tournois'. On voit encore dans cette chapelle la statue de ce prince , celles d'Innocent VII , du roi Louis XII , du cardinal Bertrandi , d'Isabeau de Portugal et de Philippe de Bourgogne -.

' « Loys, parla grâce de Dieu, 103 de France... Savoir faisons comme pour » la grande et singulière dévolion que nous avons au benoist Saint-Esprit , révéré » en l'église et chapelle de Rue , et afin qu'icelle chapelle , en laquelle ad- » viennent chaque jour de grands et évidents miracles, soit mieux entretenue, « fermée et décorée et ornée , à l'honneur et révérence d'iceluy benoist Saint- » Esprit... Nous avons donné et aumosné à ladite église et chapelle quatre mille » escus d'or et quatre cents livres tournois , pour estre employez en rente béré- » ditable par nos bien amez liwjues Malicome , esleu en Pontieu , Pierre Gaude , » nostre advocat audit Pontieu, David Descamps , majeur de Rue et Jean Lorbe , >' escbevin d'icelle , auxquels lesdites sommes ont été baillées en garde par nostre » ordonnance et mises en un coffre, en l'hostel dnàit Malicorne , sous quatre clefs » diverses , jusques à ce que par eux serait achetée ladite rente le plus profitable- » ment que faire se pourrait... Donné à Bel Esbat les Bouligny , au mois de mai » mil quatre cent quatre-vingt et de nostre règne le dix-neufviesme. Loys. »

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