FAMILLES ILLUSTRES
DE PICARDIE ET D'ARTOIS
Les dissensions qui désolèrent Tcmpirc frank , après la mort de Lodewig -le- Débonnaire , et les invasions des Normands placèrent les possesseurs des fiefs dans rindépendance du pouvoir central. Affaiblis par leurs querelles particulières , les chefs des Franks ne purent protéger le sol contre les Barbares qui l'avaient envahi ; les châteaux et les terres ne trouvèrent alors pour défenseurs que ceux qui les tenaient en fief; et il en advint qu'au jour où les Normands se furent retirés, les possesseurs de ces châteaux et de ces terres <( connaissant leur force — dit du Cange — • et se voyant )) les armes à la main , travaillèrent à leur établisse- » ment particulier, tranchèrent du souverain, et ne re- » connurent les rois que comme supérieurs en dignité » et auxquels ils devaient seulement , à ce titre , la » foi et l'hommage. Ils s'établirent de telle sorte dans « leur gouvernement que les rois, craignant de les » courroucer , étaient contraints de les y laisser dans )) une jouissance paisible sans oser les en déposséder; » et leurs enfants faisaient si bien par les pratiques et
» les intrigues de leurs pères , qu'ils s'y conservaient » après la mort de ces derniers et obligeaient le prince » à y apporter son consentement qu'il n'osait refuser, )) de crainte de porter ces petits tyrans à des révoltes » ouvertes. 11 se contentait donc du simple hommage » et du service de guerre qu'il tirait d'eux dans cer- » taines occasions : et c'est là la véritable origine des 1) principautés et des souverainetés héréditaires en Fran- » ce '.))
Ce rapide aperçu jeté sur les premiers éléments de l'organisation féodale est à la fois vrai et profond. On y reconnaît tout le génie de du Cange. Il fallait son pinceau pour si bien retracer ce qui s'accomplit à la lin de la seconde race , lorsque le royaume , dit Mézeray , étoit tenu selon la loi des fîefs , se gouvernant comme un grand fief plutôt que comme une monarchie.