CITÉS PICARDES
ET ARTÉSIENNES.
7"^ A chronique d'Haiiulfc, moine de Saint- Riquier , nous apprend qu'en 831 \bbe- J ville, Ahbatis -Villa , était au nombre des possessions de ce monastère. De chëtives 'habitations agglomérées sur une île de la Somme , de grossiers travaux de défense, quelques palissades, tels furent les commencements d'Abbeville. Mais ce lieu ne devait pas tarder à s'agrandir, et sa
fis
prospérité fut rapide. On voit, vers 990, Ilugues-Capct construire un chutcau-fort pour proléger Abbeviîle eontre les incursions des peuples barbares ; son gendre, Hugues, comte de Montreuil, est mis en possession de cette forteresse où les comtes de Montreuil et de Ponthieu , ses successeurs, fixent leur résidence. Le port d' Abbeviîle acquiert aussi de Timportance; et lorsque Guillaume-lc-Conquérant , partant pour son expédition d'Angleterre , fut retenu à Saint-Valery par les vents contraires, ses soldats et les matelots de sa flotte n'échappèrent à la famine que par le secours des navires abbevillois qui portaient l'abondance sur les vaisseaux normands.
Les comtes de Ponthieu firent beaucoup pour la prospérité d' Abbeviîle. Ces puissants feudataires tenaient une cour brillante et dotèrent cette cité de nombreux établissements. Les annales de la province ont consacré le souvenir de la magnifique réception faite par Gui , comte de Ponthieu , aux princes et chevaliers qui , partant pour la première croisade, se réunirent à d'Abbeville. L'église du Saint-Sépulcre s'éleva sur le lieu même où les croisés avaient placé leurs tentes, où ils jurèrent d'aller combattre en Orient sous la bannière de Godefroy de Bouillon.
Les premiers privilèges d'Abbeville datent de l'an 1130. Ils furent vendus aux habitants par Guillaume de Talvas , comte de Ponthieu , et leur donnèrent d'importantes garanties contre les empiétements ou les exactions des nobles et des nombreux officiers du
comte '. Cependant la ville d'Auiiens, Laun , Noyon, Beauvais , Saint-Riquier et beancoup d'autres cités picardes se trouvaient déjà en possession de chartes communales; de leur coté, les Abbcvillois réclamaient l'extension de leurs droits ; ils l'obtinrent après de longs elForts et, le 9 juin 118-4, Jean, comte de Ponthieu, leur octroya une charte. Elle portait confirmation de tous les privilèges autrefois accordés à prix d'argent par Guillaume de Talvas, aïeul du comte , et conférait aux habitants des franchises nouvelles. Mais ce dernier eut grand soin de spécifier que ces concessions étaient faites sous la réserve des droits de la Sainte Église , (le ceux du comte de Ponthieu , de ses hèiHticrs et des principaux seigneurs du comté. Tout ce qui touche à l'affranchissement des communes a eu ce caractère ; ceux qui concédaient des chartes, qu'ils fussent rois , évéques ou simples barons , obéissaient à d'impérieuses nécessités ; et toujours ils se ménagèrent les moyens d'échapper , quand ils le croiraient bon , à l'engagement contracté. Que de fois ne vit~on pas la ruse suppléer à la force dans cette longue lutte que le pouvoir féodal eût à soutenir, et d'où nos libertés communales sortirent enfin victorieuses ! Tout d'ailleurs ne devait-il pas sembler de bon aloi pour mettre un frein à ces tentatives d'émancipation si menaçantes à la fois pour
' '• (iùm avus mens coines Willelmiis TaU'viis, propler injurias et nioleslia.'^, à 1) polentibus tenae snsc , biirgensibiis de Abl»alis-Vilhi ficquenter illatas, eistlein » comniuniaiii vendidisset. » {Charte des privUétjes d'Ahlcville.)
la piépondërance du clergé, de la noblesse et des hommes de guerre. (( Commune, dit un auteur ecclén siastique du douzième siècle, est un mot nouveau » et détestable ; et voici ce qu'on entend par ce mot : » les gens taillables ne payent plus qu'une fois Tan » à leurs seigneurs la rente qu'ils lui doivent. S'ils » commettent quelque délit , ils en sont quittes pour •>-> une amende légalement fixée; et quant aux levées » d'argent qu'on a coutume d'infliger aux serfs , ils » en sont entièrement exempts '. »
' « Communio BUtem, novuin ac pessimiim nonien, sic se habct , ut capitc censi » oinnes solitum servitulis debitiim dominis semel in anno solvant, et si quid conirà » jura deliqiierint, pensione legali emendenl ; caeterae censuum exactiones, qnœ ser- » vis infligi soient, omnimodis vocent. » ( Guibert de Nogent. — M. Augdstik Thierry. )