‹ Archives historiques et politiquesChapitre 18 sur 32 · V. Ëxc. n'ignore pas^ qu'il est spuvent^rrivé qu'un · texte numérisé non relu

V. Ëxc. n'ignore pas^ qu'il est spuvent^rrivé qu'un

t M5 ) bâtiment, jeté parla lempcte sur un sol eoneuii, au lieu d'être traité hostilement, a été accneilli avec une généreuse hospitalité, et, après s'être refait, a pu s'en aller en pleine liberté.

Si cela s'est fait avec l'approbation générale sur un sol ennemi, avec combien plus de raison cela ne doit-il pas avoir lieu sur un sol neutre ?

Le commandant françois pouvoit tout au plus revendiquer te navire capturé j mais il ne pouvoit pas s'emparer de l'équipage que la tempête avoit jeté sur la côte.

Sa Sainteté ne sauroit être indifférente à des pro- CL'dés si contraires à tous les droits, et qui compromettent tant la tranquillité de ses sujets exposés à des traitemens hostiles de la part des puissances belligérantes , lorsque celles-ci verront que non seulement la neutralité est formellement violée dans les mers du Saint-Père , mais qu'on ne respecte pas même la loi inviolable de l'asile.

Sa Sainteté, affligée d'une telle conduite, a ordonné au soussigné d'en faire ses plus vives plaintes à V. Exe. , afin qu'animée de cet esprit de droiture qui La distingue, Elle fasse mettre à la disposition du gouvernement pontifical, tantles violateurs de ses ■niers qui ont abordé à Porto-d'Anzo , pour les punir d'après les lois de l'état auquel ils ont manqué , que l'équipage jeté par la tempête à Fiiimicino , pour lui rendre la liberté lorsqu'il aura terminé sa quarantaine.

En exécutant les ordres de son souverain , le sous- ^gué a l'honneur, etc.

VsiLippE cardinal CasotSou .

Kome, le a octobre 180&.

MoDsieiir le cardinal.

Par sa note err date du 27 septembre dernier, V. Eni. m';i fiiit l'honneur de m'infbrmer que , dans lecourautde juillet dernier, trois marins anglois, qui avoient donné la chasse à une feloutjiie napolitaine , ayant été pris sur le littoral de Porlo-d'Anzo , le commandant francois, au lien de les abandonnera l'autorité apostolique) àlaqtrelle il appartient de droit de les juger, avoit exigé qu'ils fussent remis à sa disposition , ainsi que le bâtiment sur lequel ils avoient été pris.

V. Em., par la même note, m'a également fait part qu'une tartane génoise, prise par un corsaire anglois, ajant élé forcée par la tempête, le 16 du mois dernier, de chercher un asile dans !e port de Fiumicino , le commandant de ce port avoit réclamé huit individus anglois qui se irouvoient sur la tartane, comme étant justiciables de son autorité.

V. Em., en me rendant compte de ces faits, demande que je fasse mettre à la disposition du gouvernement pontifical les trois marins anglois qui ont TÎolé le territoire de S. S., et que , quant à ceux que la tempête a jetés sur la côte , ils soient , conformément au droit des gens et aux usages qui se pràtîqueQt partout] remis eo liberté après l'expiration

êe la quarantaioe à laquelle ils doivent élrc assujélis.

J'ai chargé le consul de France, à Givita-Vecchia, de me Iransmellre sur ces deux objets tous les renseignemeos qu'il pourroit avoir en main ; dès qu'ils me seront parvenus, je prie V. Eni. de croire que je ne perdrai pas un instiint pour donner à ces réclamations toute ratlenlion qu'elles méritent.

J'ai l'bonneur de lui renouveler l'assurance deloa haute considération.

AxQUIBlt. .

Ce petit nombre de faits choisis dans -un grand nombre d'autres, peut donner une idée des actes arbitraires que les généraux François commirent par ordre de leur gouvernenient dans les états du Saint- Père. Ce gouvernement ne respecta ni la dignité du souverain ni son indépendance ; il n'eut aucun égard au détriment que sa conduite causoit au Saint-Père et à ses sujets. Nous ajouterons seulement qu'une compagnie de troupes pontificales, faisant partie de celles dont les François s'étoîent mis en po-session dans les Marches , fut employée dans la guerre contre les Napohtains insurgés; qu'elle fut conduite dans les montagnes du royaume où se tronvoient ^ ces insurgés, et abandonnée là à la supériorité de ■ ceux-ci, aidés encore par la connoissance des lieux. Dans cette lutte inégale, le capitaine et plusieurs soldats furent tués, et le reste dispersé.

Cependant le courrier livio revint de Paris avec

les réponses da cardiDaI4égat aox dépèdes qoi loi a voient été adressées. Par aue dépêche da i.^ aoât , le cardinal-légat rendit comple aa secrélaire-d'étjt d*ane Doorelle audience qne Bnonapoite loi aroit accordée le 3o JQÎUet. Celoi-ci j avôît de oonreaa manifesté combien il étoit mécontent de la réponse négatire qoe le Saint - Père awoît £iit donner à M. Alqaier par la ncrfe du i5 jiRllety snr les dernières propositions de la France. H avoit pressé le cardinalléi;at d'insister encore une fois auprès de S. S. poar qu'Elle donnât la déclaration qu'on lui- demandoit Il avoit dit que si le Saint-Père persistoil dans son refus ^ il se mettroit sur-le-champ en possession de l'Etat pontifical , et établiroit un sénat à Rome; il avoil ajouté que si une fiMs Rome et l'Etat ecclésiastique étoient entre ses mains , il ne les rendrait plus. Il aYoit terminé Taudience par ces mots: «Ecrivez ainsi, et ne taisez rien de tout ceque je tous ai dit ; je verrai bien si vous 1 avez fait^ par les ré-^ ponses que vous aurez : tous me les commmitquerez.»

Cette relation du cardinal-légat fit sentir an Sainte Père que la réponse qui devoit être coramoniquée à Buonaparte deroit à la fois montrer sa fermeté irrévocable dans les résolutions prises, la dispost* tien la plus décidée à souffrir toute espèce d'adversité et de violence plutôt que de reculer, et la persuasion intime du Saint-Pere, qui avoit pris ces résolutions par son propre mouvement , et non par les manèges de ses conseillers , conmie Buonaparte s'exprimoit toujours

Comme ie Salot-Père n'avoit jamais reçu de réponse de Buonaparte aux lettres que, dans les derniers temps , il lui avoit écrites de sa main , il ne crut pas convenable de lui écrire de nouveau directement; mais il prit le.parti d'écrire lui-même à son ministre, le cardinal- légat, la lettre que celui-ci devoit communiquer à Buonaparte. Elle porte la date du 3oaoût, etestde la teneursuivaste.

LXV. Lettre écrite par Pie F71 au cardinal Ca~ prara, le 5o août 1806.

Monsieur le cardinal,

Notre cardinal secrétaire-d'état a mis souâ ï yeax votre dépêche, du 1". août, qu'a apportée ici le courrier Livio, et qui renferme tout ce que S. M. I. et R. vous dit et vous chargea d'écrire; dans l'audience qu'EUe voua accorda le 3o juillet.

Nous avons ardemment imploré ce Dieu dont, quoique sans nos mérites, nous sommes le vicaire Sur la terre, et l'apôtre saint Pierre dont noua • sommes le successeur, pour obtenir les lumières qui détermineront notre réponse. La voici; nous Vous la donnons non s-mème et de notre main, afia que vous soyez toujours plus convaincu de l'importance que nous mettons à une si grande afîkire, et combien nous sommes pénétré de^

( 25o ) senliniens que nous aoiumes dans la nécessité da ..Vous faire connoîtie.

Les raisons pour lesquelles noua avons dit n»

I pouvoir faire la déclaration qu'on nous deman-

I doit sont trop solides et trop justes pour qu'il nous

éoil passible de changer de sentiment. £Iies ne

[■ Sont pus fondées sur des considérations h umaines >

ainsi qu'on le suppose; elles reposent sur les de>

[: VoIrseMentiels que nous imposent et notre qualité

ée Père commun et la nature de notre ministère

^paciBqiie.

Il peut Être vrai, comme S. M. l'a dit, que le»

Anglois ne croiront jamais que Rome se soit per-'

due pour eus, et qu'ils ne lui en sauront jamais

gré. £n déterminant notre conduite, nous avons

eu en vue nos obligations, et de ne pas faire du

mal à la religion en causant une interruption

f«nlre le chef et les membres, partout où il peut

exister des catholiques, par des actes d'hostilité,

et en nous mettant dans un état progressif de

guerre avec quelque nation. Si les périls de la

, ^ligion proviennent d'un fait d'autiui, comme il

[ pourroit arriver par suite des mesures que S. M.

[ prendroit peut-être si nous n'accédions pas à ce

[ %(ii nous est demandé, nous en gémirons dans

f famertume de notre cœur, et adorerons les ju^e-

r ipens de Dieu dont les desseins occultes lesper-

[ mettent. Mais les dommagesquiadviendroient à la

ïeligion si nous manquions à notre caraclère'en

nous aas6ciaut, contre la nature de noire mints-

1ère, à un état de guerre et en provoquant par là Jes ressenliinensd'autrui, proviendroient de nuire ifeit. Voilà ce que nous ne pouvons permettre. ^' Nous ne pouvons pas, pour éviter un mal qui 'Oous menace, causer nous - même à la religion les maux que nous avons indiqués ci-dessus.

Itfals nous ne pouvons néanmoins nous empêcher ^'observer que ces mêmes maux , dont on nous menace, ne sont pas des maux nécessaires, puisqu'il dépend absolument de la volonté de S. M. de les faire ou de ne pas les faire.

Sa religion, aa justice, sa magnanimitéffnême, ïe souvenir de toute notre conduite à son égard , parleront, nous voulons l'espérer, à son cœur, et ne lui permettront pas de se montrer au monde ' vivant et à la postérité , non comme le protecteur «t le bienfaiteur, mais comme le persécuteur du Saint - Siège. Mais dans tous les événemens nous remettons notre cause entre les mains de Dieu, qni est au-dessus de nous et au-dessus de tous les princes plus grands et plus puissans ; nous comptons sur son assistance divine, qui ne manquera pas à l'époque fixée par sa sagesse.

S, M. nous persuadera facilement de ce que, d'après votre récit, Elle a dit dans l'audience en question ; savoir, qu'une fois que Rome et l'Etat de l'Eglise seront entre ses mains, ils n'en sortiront plus. Mais nous répondons franchement que si S.jM.saitqa'Ellea les forces en main , nous savons ftu contraire qu'au-dessus de tous les monarques il

( aBa ) est un Diea vengeur de la jasticë et de l'inncn cence , auquel sont subordonnées toutes les puissances humaines.

On nous fait réfléchir aux maux qui peuvent résulter pour l'Eglise et pour l'Etat d'une rupture qui pourtant ne proviendroit pas de notre part. Nous ne sommes que trop réduit à voir dans chaque conquête de S. M. la ruine partielle des institutions religieuses et des règles de l'Eglise. Nous sommes réduit à voir gémir nos sujets des immenses dommages que leur causent ces énormes i^^enses^que, contre toute justice, nous sommes depuis si long^temps forcé de faire pour les troupes qui passent et pour celles qui restent. Nous sommes' réduit à voir continuellement noité dignité compromise , même avilie .abx yeux de nés sujette et de l'univers entier, par tant d'actes que les agens de S. M. exécutent journellement par commandement exprès (ainsi qu'ils l'ont toujours déclaré) dé S. M. Elle-même.

On nous réitère maintenant les menaces d'usurper incessamment Rjome et le reste de notre état , si nous ne condescendons à faire la déclar ration qu'on nous demande. Comme les raisons les plus impérieuses nous l'interdisent y nous sommes disposé à souffrir encore cei complément des desseins qui, comme nous le croyons bien , ont été depuis ^si long-temps conçua contre le Saint-Siège; nous sommes dans les mains dd Pieu. Qui sait si la persécution dont & M. noua

Inenace, n'a pas été résolue dans les tîccrels du ciel pour vaniuier la foi , et rallumer la religion daua le cœur îles chrétiens? Nous y verrons une voie secrète de la Providence, que nous adorons déjà avec foi et résignation.

. Vous nous dites que l'empereur vous a fait remarquer que la chose est devenue publique, et gae par conséquent il ne peut reculer. Mous le prions d'observer que sa grandeur et sa magna- ■BÏmité ne perdentrien, quand il cède non à un potentat de la terre, qui est son éviile en puissance et en force , mais qu'il se rend aux remontrances et aux prières du pontife de Jésus-Christ , et de son père et ami. Mais si celte réMexion ne ^ufht pas pour le persuader, noua ne pouvona nous dispenser de dire, avec notre franchise l^postolique , que si S. M. est engagée devant les jiommes, nous le sommes devantDieu; que jamais le chef de l'Eglise ne prendra part à la guçrre; que certainement nous ne serons pas le premier à donner à l'£g1ise et au monde un exemple qu'a,ucun de non prédécesseurs n'a donné pendant dix-huit siècles, savoir de nous associer à un état de guerre progressif , sans fin et permanent, cpntre.'vine nation quelconque , qui ne soit pas i^dèle, et cela, d'après les convenances delà nation à laquelle nous serions alliés ; que nous ne pouvons accéder au système fédératif de l'empire françois; que nos états, qui nous ont été transmis indépendans d'aucune fédération , doi-

vent, par la nature de notre ministère, rester

lels, el que si cette indépendance est attaquée, l'on exécute les menaces qui nous ont été L&itessans égard ni pour notre dignité ni pour

l'iiinitié qui nous lie ■ S. M,, noua y reconnoi-

Irons la persécution, et en appellerons au juge-

Bient de Dieu. Notre réRolulion est irrévocable; l-jrien ne peut la faire changer, ni lea menaces ni ^kur exécution.

Vous nous dites encore qu'aux observations ktaue vous avei» faites à S. M., sur la situation ac- ', tuelle des ciioses, qui ne peut lui inspirer aucune > erainlepour la siireté de son armée et de ses deux ■ iroyaunics d'Italie et de Naples , S. M, a répondu I qu'Elle Touluit avoir l'esprit tranquille pour LiJ'avenir. £h bien ! nous procurerons cette tnini \^uinilc que S. M. désire, en vous autorisant à Lui

dire que nous nous engageons à empêcher tout W, (lébarque nient que ses ennemis voodroienl faire i- nos côtes; et si une seule fois on tentoît un

débarquement malgré les mesures que nous au- If-tions prises pour l'emp^her, nous troaverons

dans cette violation de notre neutraUlc nn motif

pour accéder à ses désirs.

.. Quant aux lettres que S. M. dit Lui aroir été -transmises de Vienne, et dans lesquelles on parie

avec peu dp respect de S. M. , et où l'on allègue de • fiiusses raisons des différends qui subsistent j nous

vous répétons ce que nous vous avons fait éçtipe

par notre secrétaire-d'état, la première fois ifft

( 255 ) -nous entendîmes parler de cela, c'esl-à-tlire que la

* chose est absolument fausse; nous le disons avec

^ fcanchise et sans peur d'être démenti. S. M.

, ayant les originaux entre ses mains, Elle peut nous confondre quand Elle le voudra. Que quelque individu, de quelque condition qu'il soit, ait écrit des clioses si imprudentes , si fausses et si répréhensibles, nous l'ignorons et ne pouvons en être responsables. Ce que nous assurons

t hardiment , c'est que ces lettres ne sont pas ds

■ nous -ni de notre ministère ; ce seroit l'unique reproche qu'on pourroit nous faire, si cela étoit.

Au reste, nous ne désirons rien plus ardem-

■ nient que de nous voir placé par S. M- dans une position à pouvoir donner l'essor à toute la tendresse de notre cœur pour Elle. S. M. cessera

s'd'insister sur des demandes auxquelles nous ne rpouvons accéder; Elle arrangera les affaires spirituelles à la teneur des lois de l'Eglise et des con- ;cordats solennellement conclus avec S. M., nous -rendra Bénévent et Ponte-Corvo, qu'on nau3 a injustement enlevés, et réparera les immenses dommages ■ causés à notre état, par la dépense faite par ses troupes.

Nous voulons nous flatter que la voix de la" '•religion, de la justice , de l'affection filiale et du aouvenir de notre conduite envers S, M. parlera «ncore à son cœur, et l'empêchera d'exéculer f ^es menaces ; mais si par malheur il ne le faisoit t-|>a3^noas vous réitérons l'ordre de partir de Paris

pour Rome à la* première démarche hostile qui sera faite cor|tre nous, et vous défendons en même temps de rien écrire^ rien publier à l!ocr casion de votre départ. Nous sommes certain,; ainjsi que vous nous en donnez l'assurance / que vous ^éploirez, dans l'exécution de^nos ordres, le. zèle et la fermeté d'un légat du. Sjaint-Siégei.

Tels sont nos sentimens 9 quç vous pouviez jce-^ garder comme notre testaiiienl, que nous sommes prêts à sceller, s'il le faut, de notre sang, nous Consolaût, si la persécution nous atteint, par ces pa- ]:oles de notre divin maître .'Heureux ceux qui souffrent la persécution pour la justice* .Faites connoître ces sentimens à S. M. dans toute leur étendue ; nous tous l'ordonnons expressément, II est temps que nous solutions de cette, mer de troubles et de tempêtes , qui nous, fait demander, au ciel une prompte fin de qos Jours. Dite^ k-^ l'empereur que nous l'aimons encore, et que npqs sommes prêt à lui en donner tovt^s les prçayest qui nous sont possibles ^ e1? à co^itinuer de, nousr montrer son meilleur ami , mais qu'il ne npot; demande pas ce que nous nç pouvons fiiire.

Nous vous réitérons aussi pour vous l'assurance, sincère de notre bienve:^Uance ; et, au milieu, des amertumes de notre cœur, nous vous donnons de. toute notre affection la bénédiction apostolique* .

Datum'Romae, die 3i âugui^ti, 1806, poi^tificatu».

nostri anno septirao.

Plus PP. VII

On attendit ea vain pendant un mois entier la réponse du cardinal-légat à cette lettre, qui lui 'avoit été envoyée pac «n courrier extraordinaire. Enfin il annonça qu'après avoir vainement sollicité une audience de BuoFiaparte, il avoit pris le parti de lui en envoyer copie par rentreniise de M. de Tdîleyrand , qui, en la recevant, lui avoit pourtant dit qu'il en auroit encore une audience. Elle ne lui fut cependant jamais accordée, Buonaparte étant alors occupé des préparatifs de sa guerre contre la Prusse ; seulement , ayant vu ce chef au parc de Saint-Cloud, avant son départ pour l'armée, il s'approcha pour lui parler; mais Buonaparte lui tourna le dos ; et le cardinal ayant fait une seconde tentative , il lui dit qu'il sentait les clubs de Rome, et qu'il s'y trouvoit ^encore un personnage; en disant cela, il lui tourna le dos une seconde fois.

La guerre qui éclata au mois d'octobre 1806 , engagea Buonaparte à ajourner ses projets contre la cour de Rome. Cette époque offre un vide dans la correspondance politique et diplomatique ; aiais elle fut riche en vexations de tous genres, dont le Saint-Pèie et ses sujets durent souffrir. Nous allons en fournir encore quelques exemples, peu nombreux à la' vérité, pour diminuer ce que ce récit d'actes arbitraires d'un côté, et de proteâta7 tiuns infructueuses de l'autre, a de fastidieux. Bientôt nous aurons de plus grands crimes à raconter.

ToM. II. ï7

\ TJSyi. Note du cardinal fiecrétaire-d'étatadresaéet le jA octobre 1 806 , à M. figuier.

Jiet appartemeas du Quirinal, le i4 octobre i8o€.

Parmi les désordres graves et multipliés que les cominamlans françois stationnés dans l'étal du souverain pontife se sont permis jusqu'à présent, il n'y en a peut-être pas qui puisse être plus fë- ■ cond en conséquences fatales, que celui que le cardinal secrétaire-d'état s'empresse aujourd'hui de porter à la connoissance de V. Exe.

Le commandant françois de Porto-d'Anzo a expulsé la garnison pontificale, et en outre il a aussi expulsé le député de ta Sanitd de Torre di Anzo, ainsi que V. Exe. le verra par la copie cijointe. Ni la gravité de l'attentat commis contre la flouveiainelé pontificale, ni les conséquences de cet acte aussi irrégulier qu'injuste, ne peuvent échapper à la pénétration de V. Exe.

Lasalubrité publique est un des objets auxquels toutes les nations attachent un vif intérêt; les réglemens qui y tendent sont respectés par des peuples qui ne prétendent pas au même degré de civilisation que les François. Le salut public repose sur l'observation de la police sanitaire , et celui qui la contrarie dans l'inspection qu'elle exerce se rend coupable d'un délit bien grave, en exposant les nations aux suites les plus désastreuses. Mais combien plus fatales et plus certaines ne sont

pas ces conséquences , quand toute inspection cesse absolument, quand le magistrat, chargé par sa place de surveiller les mesures de prévoyance n'existe plus sur les côtes de la mer!

11 ne seroit pas impossible qu'aux autres domjnages que les troupes ont causés à l'état, se joignît encore le mal de la peste.

Si la proteclion spéciale du ciel vient préserver ie pays de ce fléau , les inconvéniens qui résulteront pour le commerce du renvoi de ce magistrat, seront toujours inévitables , puisqu'au premier avis qui en parviendra aux magistrats de santé des autres pays , tous les bâtimens venant des £lats pontificaux seront soumis à la quarantaine.

Tous les commandans françois , pendant la première occupation et pendant celle-ci , avoient jusqu'à présent respecté cette institution j tous ont désiré qu'elle restât entre les mains des employés pontiScaux, qui connoissent par expérience les règles à observer et les précautions à prendre. Le seul commandant de Porto-d'Anzo s'est permis d'expulser à la fois et la garnison et le député de la Sanità.

Le Saint-Père, affligé de tant d'actes arbitraires journaliers , a ordonné au soussigné d'en porter sa réclamation auprès de V. Exe. , dans la persuasiun qu'Elle s'occupera sans retard de cet objet da plus haut intérêt, pour faire rentrer dans l'ordre le commandant françois, et obtenir que la gar-

iiison et le député puissent retourner sans obstacle à leur poste.

Le soussigné attend une^ réponse de Y. Exe.

En attendant, il lui renouvelle, etc.

Philippe cardinal Casoni.

LXYIL Réponse de M. Alquier à la note précé^.

dente , du iS octobre 1806.

Monsieur le cardinal ,

V. Em. m'a fait Thonneur de m'informer , par* sa note en date du i4 de ce mois, que l'officier françois qui commande à Porto-d'Anzo, venoit d'enjoindre à la garnison pontificale de se retirer, et qu'il avoit compris dans le même ordre la députation chargée de la santé.

y. £m. considérant les conséquences funestes qui peuvent résulter particulièrement de cette dernière mesure, soit pour la sûreté publique, soit pour le commerce^ demande que la garnison et le magistrat de la santé puissent être autorbés à retourner à leur poste. J'en écris aujourd'hui au général Duhesme , que cet objet regarde , et je loi envoie copie de la note de V. £m.

Dès que la réponse me sera parvenue , je prie V. Em. de croire que je m'empresserai de la lui communiquer.

(2B, ) Je saisis cette occasion de renouveler à V. Em. l'assurance de ma respectueuse considération.

Rome, le 18 octobre 1806.

Alquier.

Un autre attentat, d'autant plus grave qu'il fut commis sous les yeux mêmes du souverain pontife, fut l'airestiition d'un certain Nicolas Rossi, sujet du Pape, Les circonstances de ce fait sont exposées dans la notesuivante.

LXVIII. Note du cardinal ~ secrétaire cPétat , adressée à M. Alquier, le a décembre i8o6.

Des appartemens du Quirinal, le 2déc. i8off.

Le cardinal -secrétaire d'état a reçu l'ordre exprès de S. S. d'exposer à V. Exe. un fait qui ne peut pas être arrivé de son au ; cet événement a sensiblement affligé le cœur du Saint- Père, à l'autorité duquel il a porté un coup public et manifeste.

Dans la journée du ag novembre, nn certain Kîcola» Rossi, citoyen d'Ancone , fut arrêté par Jea troupes françoises dans sa propre demeure en cette ville} par ordre du commandant d'armes français^ cet individu fut envoyé au commandant du fort Saint-Ange, pour y être détenu comme prisonnier d'état.

Informé du fait> S. S. ne put dissimuler sa surprise de ce qu'une troupe étrangère, se trouvant dans un pays ami et hospitalier, *e soit permise d'outrager si ouvertement l'autorité du prince légitime, en se permettant, sous les yeux de ce souverain , l'arrestation d'un de ses sujets , sans en avoir donné la moindre connoissance au gouvernement auquel il appartient.

I^dit fiossi assure ignorer parfaitement la cause de sou arrestation; il ne sauroit l'attribuer qu'à la circonstance qu'il a faità Terracine les fonctions de consul de Ferdinand IV, poste d'où il s'est retiré tlepuis l'entrée des troupes françoises dans le royaume de Naples. V. Exe. conviendra, dans sa haute sagesse, que celte conduite ne peut pas être imputée à crime.

Mais, quelque grave que soit le délit que ledit Kossi puisse avoir commis , il devoit être dénoncé au gouvernement pontifical, qui a donné trop de preuves du zèle et de l'activité avec lesquels il concourt d&ns toutes les occurrences au maintien de la bonne harmonie ; mais on ne devoit jamais se permettre de l'arrêter.

Le militaire, non content de cet acte, a déjà fait entendre qu'il vouloit effectuer le transport de cet individu dans une autre prison.

Le Saint-Père ne peut souffrir des actes arbitraires et des outragea de cette nature, qui avilissent trop sa souveraineté aux yeux de ses sujets et du monde entier. Il a en conséquence chargé le

Boussigné d'ordonner immédiatement au commandant du fort Saint-Ange de ne livrer le détenu à qui que ce soit, sans un ordre du soussigné. S. S. l'a en même temps chargé de faire do ■vives réclamations auprès de V. Exe, dont Elle connoît la droiture , tant pour demander une réparation proportionnée à l'affront fait à ses droits suprêmes,que pourLa prévenir des ordres donnés au commandant du fort pour empêcher l'extradition du détenu qui, en sa qualité de sou sujet, & le droit d'être jugé, s'il est accusé.

En exécutant ce commandement du Saint-Père , le cardinal soussigné a l'honneur, etc.

Philippe cardinal Casosi.

Cette note resta sans réponse. Quelque temps après, on apprit que le militaire françois ctoitsur Je point de transporter à Venise trente canons de ]a forterese d'Ancone, appartenant au souverain pontife; ce qui donna lieu aux notes suivantes.

LXIX. Noteadressée , le i3 décembre 1&06, par le cardinal Casoni, à M. Altjuier.

Des apparteœens du Quirinal, le i3 déc. 1806.

Le soussigné cardinal secrétaire d'état ne peut •, se dispenser de représenter à V. Exe. un fait qui ^ a vivement aiTectë le gouvernement pontifical.

Mgr, le délégué d'Ancone prévint, par une d»^

ptche au a4. novembre , qu'ayant été averti par le colonel Bracci qu'on avoit le projet de transporter à Venise trente canons appartenant à cette forteresse pontificale, il s'en étoit plaint à M. le général Tisson , comme d'une usurpation de la propriété du souverain pontife. Le général suspendit le transport , en assurant qu'il alloit écrire à Milan pour représenter que ces canons apparte- Tioient au Saint-Siège, et qu'il attendroit de nouveaux ordres.

Cela suffit au gouvernement pontifical qui ne pouvoit pas supposer qu'on donneroit l'ordre de s'approprier ce qui appartenoit à autrui.

C'est donc avec surprise et déplaisir qu'il ap- , prit , par l'entremise de Mgr, le délégué , sous la date du 8 de ce mois, qu'on avoit efiectivement commencé l'embarquement des pièces en question^ au mépris d'une nouvelle réclamation de ce prélat.

Il est en «vérité surprenant que , comptant pour rien les dépenses immenses que fait le Saint- Père pour les troupes françoises, on aille encore ]e dépouiller des effets destinés à garnir ses for^ teresses.

Le Saint-Père a ordonné au soussigné de faire auprès de V. Exe. la plus vive réclamation, afin qu'Elle veuille bien ^aire donner sur-le-champ l'ordre que les canons non encore embarqués soient laissés au fort auquel ils appartiennent ^ et que ceux qu'on a déjà emportés y soient ramenés.

' C'est là ce qu'exige la justice qui est si chère au cœur de V. Exe, et c'est ce qu'on espère de son autorité. Dans l'attente d'une réponse, tesuussigdé renouvelle à V. Esc, , etc.

Philippe cardinal Casoni.

LXX. Lettre dic cardinal Canoni adressée , le l5 décembre 1806, au général Charpentier à Milan.

Des appartemens du QuirÎDal, le i3 déc. iBoS.

Je ne puis me dispenser d'incommoder V. Esc.

et de réclamer auprès de sa droiture contre un lait qui afflige trop le cœur de S. S.

Le général françois commandant dans ces paysci a chargé le commandant militaire d'Ancone de faire transporter à Venise trente canons appartenant à ladite forteresse.

Mgr, le délégué réclama à ce sujet auprès de M. le général ïisson qui suspendit cet enlèvemeat, en disant qu'il alloit écrire à Milan pour représenlcr que ces canons étoient une propriété pontificale et pour demander de nouveaux ordres.

Cela suffit à ce gouvernement , parce qu'il comptoit sur la justice qui garantit à chacun Tïnviolabilité de ses propriétés.

Cependant Mgr. le délégué a représenté, par sa dépêche du 8 de ce mois, qu'on embarquoît effec-

tivcnicnt les canons, et que, s'en étant de nouveau plaint, M. le gonéralTissonliiiavoitréponda que l'ordre étolt venu de les faire parlir.

Le gouvernement de S. S. a été surprix et affligé qu'on ait ordonné l'enlèvement de l'artillerie pontificale. Je ne puia donc faire moins que d'en adresser des plaintes à V. Exe, comme j'en adresse aussi à M. le ministre Alquier, afin que le départ des canons soit suspendu, et que ceux qui sont partis soient ramenés à Ancone.

C'est là ce qu'exige la justice de votre caractère , et c'est ce que j'en attends.

Je prie V. Exe. d'agréer la confirmation de ma considération la plus distinguée.

Philippe cardinal Casoni.

mër. l

Nous allons placer ici la réponse de M. Alqm Le générai Charpentier ne se donna pas même la peine de répondre, et les canons furent enlevés.

LXXI, Réponse de M. Alquier, du i6 décembre 1806.

Borne le 16 décembre 1806-

J'ai reçu la noie de V. Era. , en date du 1 3 , par laquelle Elle m'a faitl'bonneurde m'iûformer que trente pièces de canon appartenant à la forteresse d'Ancone viennent d'être transportées à Venise par ordre de M le général Tisson , qui

(=67 ) commande la première de ces places. Je donne, par le courrier de ce jour, coiinoissance au viceroi d'Italie de la noie de Y. Ein. , ainsi que des réclamations qu'Elle m'adresse à cet égard, et je m'empresserai de lui faire connoiCre la réponse de S. A. dès qu'elle me sera parvenue.

J'ai l'honneur de renouveler à V. Em. l'hommage de ma haute considération,

Alquier.

Un autre attentat commis à Civita - Vecchîa donna lieit aux quatre notes suivantes.

ZiXXII. Noie du cardinal Casoni adressée , la 16 décembre 1806, à M. Aîquier.

Desapparlemens da Quirinal, le i6dûc. 1S06.

Le cardinal-secrétaire d'état a été informé, par des lettres arrivées ce matin, que le conimandiiat françois de Civita-Vecchia , sans s'en être préala- . hlement entendu avec le gouvernement, a fait arrêter un individu, nommé Samuel Roylos, venant de Viterbo, et qu'ensuite il l'a enfermé dans la forteresse.

Le soussigné s'est vu obligé de faire connoître sur-le-champ cet événement à son souverain; il ne peut exprimer la surprise et le chagrin qua,"! celui-ci en a témoignes.

Le Saint-Père voit avec une douleur infinie

( nBB) que les commandans françoîs, secouant toWs les égards qu'ils doivent à un souverain qui prend tant de soins amicaux des troupes de leur nation , outragent si fréquemment son autorité.

De quel droit le commandant de Civita-Vecchia a-t-il t'ait arrcter (conlrairemetitau droit des gens et contre celui de l'asile) un individu étranger qui se trouve en pays neutre? Ce commandant a renouvelé l'exemple d'un acte arbitraire donné par le commandant d'armes de Rome, qui s'est permis de faire arrêter Nicolas Pacifique Rossi, d'Ancone, enfermé depuis plusieurs jours au château Saint-Ange, d'où le Saint-Père se propose de Je faire sortir, puisqu'on n'a déduit contre lui aucun motif de culpabilité.

Le Saint-Père, comme souverain indépendant et neutre, proteste hautement contre ces actes de violence et d'abus de force, et prétend avec raison que les militaires respectent de fait sa souveraineté et ne troublent l'exîslence pacifique d'aucun individu étranger se trouvant dans ses états. Il proteste en même temps que si quelqu'un de ces individus se rendoit indigne de sa protection et de l'asile , en participant à des machinations contre la France, dont il déclare solennement être l'ami, il suffira qu'on le lui fasse connoîti-e, pour que le gouvernement procède contre lui selon toute la rigueur des lois.

Tels sont les scnlimens que S. S. a chargé le soussigné de manifester en son nom â V. Exe, en

(=69) implorant sa médiation et sa droilare bien connues pour que Tindividu arrêté à Civita-Vecchia, contiaireiucnt au droit des gens, soit mis en liberté. En remplissant cet ordre de S. S., le soussigné a l'honneur, etc.

Philippe cardinal Casoni.

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