ET DE LA
COUl.EUR CHEZ l.ES ORGANISMES LES PLUS INEÉRIEIJRS,
PAR
TH. W. ENGELMANN. ,
Depuis longtemps on connaît, parmi les plantes et les animaux les plus simples, des organismes dont les mouvements sont influencés par la lumière. Le plus souvent, ce sont des formes vertes, ou du moins colorées, qui se meuvent librement dans l’eau au moyen de cils vibratiles ou par quelque autre mécanisme (zoospores d’Algues , Diatomacées , Oscillarinées , quelques Bactéries, Flagellés, Infusoires ciliés, etc.). Mais il y a aussi différentes formes non colorées (plasmodies de Myxomycètes, Pelomyxa^ gamètes de Chytridium vorax) qui possèdent cette propriété. ,
L’influence de la lumière peut se manifester de manières très diverses: la direction, la rapidité, la forme et la durée du mouvement peuvent changer. En outre, l’intensité et la qualité de la réaction varient ordinairement, d’une part avec la nature, l’intensité et la direction de la lumière incidente, d’autre part avec l’espèce de l’organisme, et aussi avec l’individu et avec la phase de développement où il se trouve.
De nombreuses formes intermédiaires rattachent ces phénomènes, d’un côté aux différentes actions photocinétiques qu’on observe chez les plantes plus élevées (déplacement des grains de chlorophylle, phénomènes d’héliotropisme, de nyctitropisme , etc.), d’un autre côté au processus spécifique de la perception lumineuse dans l’organe visuel des animaux supérieurs.
Je n’ai pas besoin d’insister sur la haute portée d’une étude détaillée et approfondie de ces phénomènes Au point de vue physiologique comme au point de vue phylogénétique , leur importance est égale. Jusqu’ici, toutefois, cette étude est à peine ébauchée, et on a commencé seulement à rassembler et à décrire un certain nombre de faits. Quant à la façon dont la lumière provoque les susdites réactions des organismes les plus élémentaires, quant au rapport causal des processus qui s’y passent, notre connaissance est encore absolument nulle. Tout ce qui tend à jeter quelque jour sur ces questions ne peut donc être que bienvenu.
Dans les pages suivantes, je me propose de communiquer quelques faits, qui prouvent que la lumière peut influer au moins de trois manières essentiellement différentes sur les mouvements des organismes les plus simples, savoir:
P. directement^ par une modification des échanges gazeux^ sans intervention appréciable de quelque sensation ;
2°. par la modification de la sensation du besoin respiratoire ^ à la suite d'une modification des échanges gazeux;
3“. par l'intermédiaire d'un processus spécifique probablement correspondant à notre perception lumineuse.
Ces trois processus peuvent se trouver combinés chez le même individu; le premier peut aussi se présenter à part, ou seulement associé au second Quant à la coexistence du premier avec le troisième, sans immixtion du second, je n’ose rien affirmer; mais je la regarde comme improbable, parce que la sensation du besoin respiratoire est beaucoup plus généralement répandue que la sensation spécifique de la lumière.
La manière dont ces processus dépendent de la nature et de l’intensité de la lumière, ainsi que des autres circonstances extérieures, est différente pour chacun d’eux. Par suite, les réactions produites sous l’influence de conditions différentes peuvent différer notablement. Agitation violente et repos complet, photophobie et photophilie, mouvement progressif en ligne droite et rotation sans translation , changement de forme sans change-
ment de place et phénomène inverse , tout cela s’observe , comme effet de la même lumière sur le même individu, dans des circonstances différentes.
Pour arriver à une analyse satisfaisante des phénomènes, il faut partir des cas où l’on n’a affaire qu’à un seul des processus en question , ou dans lesquels , du moins , la possibilité existe d’isoler convenablement les divers processus partiels.
Sous ce rapport, les organismes qui se recommandent spécialement sont: pour le processus mentionné ci-dessus en 1“, Naviculct, pour celui en 2“, Paramecium bursaria^ pour celui en 3“, Euglena viridis, organismes qui abondent presque partout dans nos eaux douces.