‹ Archives néerlandaises des sciences exactes et naturelles (volume 2)Chapitre 119 sur 141 · II. Type: Paramecium bursaria · texte numérisé non relu

II. Type: Paramecium bursaria

Chez le Paramécium vert et chez d’autres Ciliés chlorophyllifères [Stentor viridis ^ Bursaria^ etc.], les actions de la lumière sont plus complexes et d’un ordre plus élevé. Les phénomènes nous obligent à admettre ici l’existence de sensations , qui règlent les mouvements d’une manière appropriée au but, sans avoir toutefois rien de commun avec la perception lumineuse au sens ordinaire, c’est-à-dire, avec la vision.

Ici encore, l’étude des effets de la lumière en cas de tensions différentes de l’oxygène est la voie indiquée pour arriver à l’explication des phénomènes.

Quand l’eau contient la proportion normale d’oxygène, ou un peu plus, les animalcules sont ordinairement très tranquilles, restant longtemps à peu près à la même place. Ils ne réagissent alors pas du tout , ni sous Vinfluence de la lumière ou de V obscuriténi sous celle des changements dans la couleur de la lumière.

Lorsque la tension de l’oxygène ne s’abaisse que peu audessous de sa valeur normale , les animalcules deviennent inquiets et cherchent des places où il y ait plus d’oxygène. Ont-ils , par

exemple, été maintenus quelque temps *) à V obscurité^ dans la goutte recouverte d’un verre médiocrement grand , on les trouve accumulés près du bord du verre, donc près de l’air, ou, s’il y avait dans la goutte des bulles d’air un peu grosses, rassemblés autour de celles-ci. Ils s’y tiennent alors ordinairement aussi tranquilles que dans la goutte non recouverte.

Si la goutte, toutes conditions égales d’ailleurs, est conservée à la lumière (la lumière diffuse ordinaire du jour est suffisante) les susdites accumulations ne se produisent pas, les animalcules demeurant, en apparence avec le même plaisir, sous tous les points du couvre-objet. Parfois , surtout quand l’éclairage est faible, ils forment çà et là de petits groupes.

Lorsque la tension de l’oxygène est diminuée notablement, par exemple en faisant passer de l’hydrogène pur sur la goutte suspendue à découvert dans la chambre à gaz, ou en la laissant longtemps dans l’obscurité sous le couvre-objet hermétiquement clos, les animalcules nagent avec inquiétude deçà et delà, puis s’élancent enfin avec une assez grande vitesse en ligne droite, en même temps que leur corps, qui peu à peu passe de la forme aplatie normale à une forme ellipsoïdale plus allongée, tourne autour de son axe longitudinal. Si alors on les éclaire fortement pendant quelques minutes, de préférence avec de la lumière blanche ou rouge, ils peuvent redevenir tranquilles et plats. En cet état, ils réagissent nettement aux changements dans V intensité et la couleur de la lumière. Ont-ils , par exemple , franchi accidentellement la limite du clair et de l’obscur, ils rétrogradent immédiatement , comme si l’obcurité leur était désagréable.

Du bleu et du vert, dans le spectre de la lumière du gaz, ils se portent vers le rouge, de préférence vers le rouge d'en-

*) Il va sans dire que la durée de ce temps dépend des dimensions de la goutte, ainsi que de la masse et de la nature des organismes consommateurs d’O qu’elle renferme. On peut la réduire à un petit nombre de minutes, en ajoutant à la goutte un peu de liquide contenant des bactéries bien mobiles. Celles-ci absorbent bientôt une grande partie de l’oxygèné qui se trouve sous le verre couvre-objet.

Archives Néerlandaises, T. XVII.

viron 0.65 — 0.70 de longueur d’onde {B — C de Fraunhofer).

Quand ils sont arrêtés dans ce rouge, et qu’on les amène ensuite dans une lumière de longueur d’onde plus grande, ou plus petite, ils deviennent bientôt inquiets. Plus le changement est grand, plus la réaction est rapide; au minimum, elle a lieu en un temps infiniment court, au maximum, au bout de plus de

10 secondes. Même quand la longueur d’onde change avec une extrême lenteur, l’agitation finit par se manifester, pourvu que le changement soit assez considérable. Un certain degré d’accommodation paraît avoir lieu en ce cas. Si l’on renforce la lumière , ou qu’on ramène les infusoires dans le rouge de départ, ils redeviennent tranquilles, etc.

L’ultra-rouge et l’ultra-violet produisent toujours le même effet que l’obscurité. Le violet agit plus faiblement que le bleu (F) , le bleu à peine plus faiblement — dans le microspectre de la lumière solaire, même un peu plus fortement — que le vert (E%b); le jaune et l’orangé , de même que le rouge visible extrême, ont aussi une action beaucoup plus faible que le rouge entre B et C.

L’explication de ces phénomènes consiste évidemment en ceci , que les Paramécies sont très sensibles aux différences de tension de l’oxygène et que, en cas d’apport insuffisant d’O du dehors;

11 peut être satisfait aux besoins respiratoires, devenus plus pressants, par l’oxygène que dégagent les granulations chlorophylliennes situeés à V intérieur du corps ^ dans le mésoplasme et l’endoplasme. A l’aide de la méthode des bactéries, j’ai déjà montré, l’année dernière ^), que ces granulations, de même que les correspondantes d’autres animaux inférieurs [Hydra viridis^ Spongilla) sont de vrais grains de chlorophylle, c’est-à-dire, dégagent de l’oxygène sous l’influence de la lumière.

J’ai trouvé que le dégagement d’oxygène par la chlorophylle dépend de la même manière de la longueur d’onde et de l’intensité de la lumière que les actions ci-dessus décrites de la lumière

*) Proc.-verb. K. Akad. v. Wet.^ 28 mai 1881. — Pflugers , XXV,

1881, p. 285. — Bot. ZeiU, n". 28.

sur les mouvements des Paramécies *). En effet, l’énergie de ce dégagement mesurait en moyenne (en centièmes de la valeur maxima , entre B et C) , dans le microspectre de la

lumière solaire:

lumière du gaz:

dans le rouge

exfrême

„ „ jaune

„ „ vert

„ „ bleu

„ „ violet

Tout comme la

disette

d’oxygène

, un notable accroissement

la tension de

ce gaz

rend les

Paramécies

très inquiètes.

Elles ont alors une tendance particulière à nager à reculons ou, en général, à fuir les lieux de haute tension de l’oxygène. Or, le même effet est obtenu lorsque, la tension de l’oxygène étant déjà passablement mais non suffisamment élevée au-dessus du taux normal, par exemple dans la chambre à gaz remplie d’O pur à la pression ordinaire, on éclaire tout à coup fortement les animalcules. Au lieu de se ralentir , les mouvements , jusque-là encore assez normaux, deviennent alors subitement des plus tumultueux. Parfois les Paramécies s’élancent brusquement , avec la rapidité de la flèche, à une grande distance en arrière, pour ne se calmer peu à peu que lorsqu’elles sont entrées dans l’obscurité. Un nouvel éclairement excite une nouvelle agitation, etc. Bien loin d’éviter V obscurité, elles fuient maintenant la lumière. Photophiles en cas d’insuffisance d’O, elles sont donc photophobes en présence d’un excès d’oxygène. En accord aussi avec l’explication donnée, elles craignent alors le plus la lumière rouge, et les autres longueurs d’onde d’autant moins que l’action assimilatrice en est plus faible.

Tout montre que les Paramécies possèdent, à un degré très développé, le pouvoir de distinguer des différences dans la

tension de l’oxygène , et que c’est par l’intermédiaire de cette faculté de discernement que la lumière influence les mouvements.

i) Lichtahsorptie en assimilatie etc., l. c., p. 10.

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