‹ Archives néerlandaises des sciences exactes et naturelles (volume 2)Chapitre 79 sur 141 · J. E. ENKLAAR. SUR L’OSMOSE DES SELS, CONSIDÉRÉE · texte numérisé non relu

J. E. ENKLAAR. SUR L’OSMOSE DES SELS, CONSIDÉRÉE

Une fois au courant de ces particularités , je pus m’arranger de telle sorte que le remplacement de la membrane, par une autre de la même espèce , n’occasionnât presque aucune variation dans l’intensité du courant osmotique.

Je veillais aussi à ce que la membrane restât toujours à une distance constante du fond du verre à précipité dans lequel le flacon était suspendu.

Dès les premières expériences, j’eus soin d’examiner si, pour la même membrane, l’intensité relative et absolue du courant osmotique de chacun des sels subissait, à circonstances égales, quelque changement. A cet effet, l’intensité de l’osmose, pour chacun des sels, fut fréquemment déterminée de nouveau. Un changement, qui se produisait de loin en loin, était de cette manière immédiatement reconnu et pouvait être pris en considération.

Des résultats contenus dans le tableau I, je crois pouvoir tirer la. conclusion que la loi de la proportionnalité n’est pas , comme le pense M. Beilstein , une approximation , mais l’expression exacte des faits. Les quantités des sels qui , dans le même temps et dans les mêmes circonstances, passent a travers la même membrane dans Veau pure , sont donc proportionnelles à la concentration des solutions salines.

Il est vrai que les expériences ci-dessus relatées n’ont rapport qu’à cinq sels et à un nombre restreint de dilutions ; néanmoins , on peut regarder comme très probable que la loi ne tient pas à des particularités de ces sels et à ces degrés déterminés de concentration, qu’elle est générale. L’opinion a bien été exprimée que l’acide chlorhydrique, à un certain degré de concentration , présente un point de rebroussement à l’égard de l’osmose; mais cette anomalie s’explique peut-être par quelque circonstance accessoire. D’ailleurs , chez les sels , de semblables points de rebroussement n’ont, que je sache, jamais été rencontrés. L’anomalie en question ne constitue donc pas une exception à la loi de la proportionnalité, telle qu’elle est formulée plus haut.

Néanmoins, il conviendra d’examiner ce point d’une manière spéciale, et, en général, de multiplier les expériences et de faire entrer un plus grand nombre de sels dans le cercle des recherches.

§ 3. Influence qu'exercent l'un sur l'autre des sels qui , de la même solution, passent simultanément, à travers une membrane, dans l'eau pure.

(Voir tableau II, p. 242 et 243).

La disposition du tableau II demande encore quelques éclaircissements.

Sous la désignation: „ Quantité de chlore qui doit traverser la membrane suivant le calcul”, on entend ici la quantité de chlore qui doit passer par la membrane si les sels, dans la solution commune, conservent leur vitesse de courant osmotique, c’est-à-dire, cheminent indépendamment les uns des autres à travers la membrane.

Durant ces expériences, on a de nouveau déterminé fréquemment l’intensité de l’osmose de chacun des sels pris à part. Il a été trouvé ainsi que la nouvelle vessie de lapin (introduite dans l’expérience 8 du tableau I) était, pour le chlorure de potassium et surtout pour les chlorures d’ammonium et de sodium, moins perméable que la vessie précédente. Pour le chlorure d’ammonium, le pouvoir transmissif augmenta ensuite un peu, comme le montre la détermination de l’expérience 23.

Il résulte des tableaux I et II que 1,4615 gr. de chlorure jde sodium, de chlorure de potassium et de chlorure d’ammonium ont laissé passer, à 30°,5, par la vessie de lapin de l'expérience 1, respectivement 0,5106 gr., 0,4007 gr. et 0,5744 gr. de chlore. (Le chiffre 0,4007, pour le chlorure de potasium, n’a pas été obtenu expérimentalement, mais a été déduit du résultat de l’expérience 2 du tableau I). Avec la vessie de lapin de l'expérience 8, à 30°,5, cette quantité de chlore, pour 1,4615 gr. de chlorure de sodium et de chlorure de potassium, a été respec-

Archives Néerlandaises, T. XVII. 16

Tableau II.

Composition de la solution . saline contenue dans le flacon ;

exprimée eu grammes.

Température I

dans le tambour. 1

Durée de l’osmose , en heures.

Quantité de chlore qui a traversé la membrane ; eipr. en grammes.

Quantité de chlore qui doit traverser la membrane suivant le calcul; expr. en grammes.

Difierence entre les résultats de l’expériet du calcul.

Quantité de chlore que chacun des sels mélangés pris à j)art laisse passer à travers la membrane ; exprimée en grammes.

Espèce

de la membrane employée.

Q(^^Chlorure de sodium. .1,4615 ■^^(Clilor. de potassium. .1,4615

Chorure de sodium . . .0,5106 Chlor. de potassium . .0,4007

Vessie de lapin de l’expérience 1 .

Q. ^Chlor. de potassium. .1,4615 ■^^iChlor. d’ammonium. .1,4615

Chlor. de potassium .. 0,4007 Chlor. d’ammonium. .0,5744

oniChlor. de potassium. .1,4615 "^"^iChlor. d’ammonium. .1,4615

Chlor. de potassium. .0,3971 Chlor. d’ammonium. .0,5319

Vessie de lapin de l’expérience 8.

nqiChlor. de sodium 1,4615

■^'’/Chlor. d’ammonium. .1,4615

Chlor. de sodium 0,4752

Chlor. d’ammonium. .0,5425

, Clilor. de potassium . . 1,4615

24’Chlor. de sodium 1,4615

(Chlor. d’ammonium. .1,4615

Chlor. de potassium. .0,3971

Chlor. de sodium 0,4752

Chlor. d’ammonium. .0,5425

Chlor. de sodium 0 5106

Vessie de lièvre

^^(Chlor. de potassium. .1,4615

Chlor. de potassium. .0,4007

de l’expérience 12.

QpiChlor. de sodium 0,2923

'^^iChlor. de potassium. .0.2923

Chlor. de sodium 0,1021

Chlor. de potassium . .0,0801

nrjiChlor. de sodium 0,7307

■^'jChlor. de potassium. .0,7307

Chlor. de sodium 0,2553

Chlor. de potassium. .0,2003

c^Q^Chlor. de sodium 0.7307

r>rQ.,o

■Chlor, du sodium 0.^553

nojChlor. de sodium 1,4615

■^'7Chlor. d’ammonium. .1,4615

Chlor. de sodium 0,5106

Chlor. d’ammonium. .0,5638

(Chlor. de sodium 0,7307

30|Chlor. de potassium. .0,7307 f Chlor. d’ammonium.. 0,7307

Chlor. de sodium 0,2553

Chlor. de potassium. .0,2003 Chlor. d’ammonium. .0,2819

(Chlor. de sodium 0,2923

3l]Chlor. de potassium. .0,2923 (Chlor. d’ammonium.. 0,2923

Chlor. de sodium 0,1021

Chlor. de potassium. .0,0801 Chlor. d’ammonium. 0,1127

Chlor. de potassium. .0,7307 ^iChlor d’ammonium. 0,7307

Chlor. de potassium . .0,2003 Chlor. d’ammonium . ,0,2819

ooiClilor. de sodium 0,7307

Chlor. de calcium. . . .0,7238

Chlor. de sodium 0,2553

Chlor. de calcium. . . .0,2.560

.j,iChlor. de potassium. .0,9528 Chlor. de calcium 0,7238

Chlor. de potassium. .0,2612 Chlor. de calcium. . . .0,2560

q^iChlor. d’ammonium. . 0,7.307 ^'^(Chlor. de calcium 0,7238

Chlor. d’ammonium . .0,2819 Chlor. de calcium . . . .0,2560

q^iChlor. d’ammonium. .0,7307 ' vChlor. de magnésium. 0,7534

Chlor. d’ammonium. .0,2810 Chlor. de magnésium. 0,3058

orriChlor. de calcium 0,6516

(Chlor. de magnésium. 0,7534

Chlor. de calcium. . . .0,2305 Chlor. de magnésium. 0,3058

qoiChlor. d’ammonium. .0,5.345 (Chlor. de magnésium. 0,9454

Chlor. d’ammonium. .0,2023 Chlor. de magnésium. 0,3749

ogjChlor. de potassium. .0,7445 (Chlor. de magnésium. 0,9454

Chlor. de potassium. .0,2059 Chlor. de magnésium. 0,3749

^(Chlor. de potassium. .1,0253 (Chlor.de magnésium. 0,6509

Chlor. de potassium. .0,2836 Chlor. de magnésium. 0,2581

A.lChlor. de potassium. .1,0253 (Chlor. de magnésium. 0,6509

Chlor. de potassium. .0,2836 Chlor. de magnésium. 0,2581

242 J. E. ENJCLAAR. SUR l’OSMOSE DES SELS, CONSIDÉRÉE EN RAPPORT AVEC LA CONSTITUTION DES SOLUTIONS. 243

244 J. E. ENKLAAR. SUR l’oSMOSE DES SELS, CONSIDÉRÉE

tivement de 0,4752 gr. et 0,3971 gr. ; quant au chlorure d’ammonium, pour ‘1,4615 gr. de ce sel, il a été transmis, par la même membrane, initialement 0,5319 gr. de chlore (durant l’expérience 22) et plus tard 0,5425 gr. (durant les expériences 23 et 24).

La vessie de lièvre introduite dans V expérience 12, mise en présence de 1,4615 gr. de chlorure de sodium, de potassium et d’ammonium, à 35°,5, laissa passer respectivement 0,5106 gr., 0,4007 gr. et 0,5638 gr. de chlore. L’osmose de ces sels se maintint ensuite au même degré d’intensité. Une détermination , toutefois , faite après l’exécution de l’expérience 36 , montra un léger changement dans la vitesse du courant osmotique. De 1,4615 gr. de chlorure de sodium, de potassium et d’ammonium , il passa alors , par la même membrane , à la même température de 35°,5, respectivement 0,5142 gr., 0,4042 gr. et 0,5620 gr. de chlore.

Pour les expériences postérieures on employa toujours la même vessie de lièvre. Dans la vitesse du courant osmotique aucune nouvelle variation ne fut observée, de sorte qu’à cet égard les chiffres des tableaux n’ont plus besoin de commentaires.

La question est maintenant de savoir quelle signification doit être attachée aux résultats expérimentaux contenus dans le tableau II. Si l’on néglige provisoirement les numéros 39 , 40 et 41 de ce tableau , un remarquable accord frappe à première vue. Sans doute, ces résultats comportent encore plus d’une interprétation. Il se pourrait que la vitesse osmotique de un ou plusieurs des sels diminuât dans le même rapport où augmenterait celle des autres. Dans quelques-uns des mélanges , par exemple dans ceux du chlorure de magnésium et du chlorure de calcium avec les chlorures des- métaux alcalins , il pourrait se former des sels doubles ayant une vitesse osmotique conforme au résultat obtenu. La première supposition est inadmissible, vu que rien ne porte à croire que les sels exerceraient les uns sur les autres une influence si remarquable. La seconde supposition peut être rejetée pour les chlorures de potassium , de

sodium et d’ammonium. Entre ces sels, il existe tout au plus une faible attraction moléculaire. Malgré les grandes différences du degré de dilution , la vitesse du courant osmotique du mélange resta toujours égale à la somme des vitesses propres aux sels mélangés. En ce qui concerne ces trois chlorures, on est donc en droit d’émettre l’hypothèse: que chacun de ces sels conserve , dans la solution commune , sa vitesse osmotique propre ; en d’autres termes , quHls passent indépendamment les uns des autres de la solution commune , à travers la membrane , dans Veau pure. Pour acquérir encore plus de certitude au sujet de cette hypothèse, il conviendrait de soumettre à l’osmose des mélanges des trois mêmes sels pris dans les proportions les plus variées.

Les résultats des expériences faites avec des mélanges de chlorure de calcium, de chlorure d’ammonium et des chlorures des métaux alcalins conduiraient à étendre l’hypothèse à ces sels. Pour eux aussi, les petits écarts existants peuvent être estimés compris dans les limites des erreurs d’observation. Toutefois, nos expériences sur ces sels ne sont encore nullement suffisantes, ni quant au nombre ni quant à la diversité, pour légitimer une pareille conclusion. C’est ce qui ressortira plus clairement des détails suivants.

Les chlorures de magnésium, d’ammonium et de potassium furent d’abord mêlés en un nombre égal de molécules. Dans l’expérience 38 , on ajouta 0,9454 94,92 x 0,00996 grammes

de chlorure de magnésium à 0,5345 = 53,58 X 0,00997 gr. de chlorure d’ammonium , et dans l’expérience 39 , 0,9454 ~ 94,92 X 0,00996 gr. de chlorure de magnésium à 0,7445—74,57 x 0,00998 gr. de chlorure de potassium. Les résultats sont encore dans un accord satisfaisant avec l’hypothèse énoncée, de même que ceux de l’expérience 36, dans laquelle, en proportion du chlorure d’ammonium , on a pris une plus grande quantité de chlorure de magnésium.

Mais dans l’expérience 40, où 0,6509 = 94,92 x 0,00685 gr. de chlorure de magnésium furent mêlés à 1,0263 = 74,75 x 2 X 0,00685 gr. de chlorure de potassium , les écarts sont trop

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grands pour qu’on puisse les imputer aux erreurs d’observation. Pour 1 molécule de chlorure de magnésium, il y avait ici 2 molécules de chlorure de potassium. Je répétai cette expérience, mais le résultat, comme le tableau l’indique, resta à peu près le même. Il est remarquable que l’écart devienne si grand justement dans ce cas-ci, où il s’agit d’un sel de magnésium et d’un sel alcalin , lesquels , comme on sait , forment ensemble des sels doubles bien cristallisés. Dans ce cas, il entre donc certainement en jeu des forces moléculaires.

Admettons que dans les expériences 39 et 40 les deux chlorures se sont unis dans les proportions du mélange qu’on en avait fait. Dans l’expérience 39, il s’est alors formé, au sein du liquide, le sel double Mg Cl^. K Cl. Du résultat, de cette expérience^ consigné dans le tableau II, on peut déduire que 1,6899 gr. de ce sel laissent passer par la membrane une quantité de chlorure telle , que sa décomposition exige 163,5 cc. de la solution argentique (y‘^ normale).

Dans l’expérience 40, c’est le sel double Mg Cl^. 2 K Cl qui aura pris naissance, et du résultat de cette expérience il suit que, pour la décomposition du chlorure que 1,6899 gr. de ce sel envoient à travers la membrane, il faut 151,7 cc. de la solution argentique (voir le tableau III).

Si l’on compare maintenant les poids moléculaires de ces sels avec les nombres relatifs de molécules qu’ils laissent passer par la membrane à 30^5, toutes circonstances égales, on obtient les résultats suivants :

(Yoir tableau III, p. 247).

L’écart des résultats des expériences 39 et 40 serait donc expliqué, si l’on admet qu’il se forme des sels doubles de la composition Mg,Clç^. K Cl et Mg Cl^. 2 K Cl., dont les molécules posséderaient des vitesses osmotiques moléculaires (voir p. 250) inversement proportionnelles aux poids moléculaires.

Si l’on calcule de la même manière le nombre relatif des molécules que 1,6899 gr. de chlorure de magnésium laissent

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