C. 4, PKAKELHARINC
La question de savoir par quelle force, lors de l’inflammation, les corpuscules blancs du sang passent à travers la paroi vasculaire, n’a pas été résolue jusqu'ici d’un accord unanime.
Quiconque observe le phénomène de la diapédèse est fortement frappé des changements de forme que les globules blancs du sang subissent, aussi bien avant de pénétrer dans la paroi vasculaire, que pendant et après l’émigration ; et comme on sait que ces changements de forme sont dus à la contractilité propre des leucocytes, la présomption s'impose d’emblée que ces cellules traversent la paroi vasculaire en vertu de leurs mouvemenis actifs. Cette présomption a effectivement été émise par M. Cohnheim Iui-même, dans sa première communication au sujet de lémigration des globules blancs du sang. Mais plus tard il à renoncé à cette manière de voir et s’est rallié à l'opinion de M. Hering, suivant lequel les globules sont chassés par pression à travers la paroi du vaisseau, sans que leurs mouvements propres interviennent pour une part notable dans le phénomène; bien entendu, la paroi vasculaire doit avoir préalablement éprouvé la modification caractéristique de l’inflammation. Lorsque, en effet, par suite
de lune ou lautre influence nuisible, la paroi vasculaire a acquis une perméabilité anormale, les corpuscules rouges du sang, qui pourtant n’exécutent pas de mouvements propres, la traversent, sous pression sanguine modérée, tout aussi bien que les corpuscules blancs, dès qu'ils viennent à être appliqués contre la paroi. En outre, quand par l’ocelusion de l’artère afférente 1l réduisait la pression sanguine à un minimum, M. Cohnheim voyait s'arrêter l’extravasation des globules blancs du sang, raison de plus, selon lui, pour croire que c’est la pression, et non le mouvement propre des leucocytes, qui amène ces cellules au dehors.
Plusieurs observateurs, toutefois, n’ont pu accepter cette explication. M. von Recklinghausen !) ne trouve aucun motif pour ne pas admettre que les éléments incolores du sang percent la paroi vasculaire en vertu de leur activité propre, puisque durant tout le processus migratoire on voit les cellules exécuter des mouvements autonomes, et que, chez la grenouille adulte, des cellules contractiles, pigmentées, peuvent aussi s’'insinuer à travers la paroi capillaire dans la cavité du vaisseau. — On ne doit pas perdre de vue, au reste, que, de la production de mouvements amiboïdes lors de l’émigration, 1l ne résulte pas encore que ces mouvements aient pour but, et pour effet, la sortie des globules.
Récemment, M. Lavdowsky ?) a insisté sur l’automobilité des corpuscules blancs du sang, en faisant remarquer qu’ils peuvent arriver au jour, à travers la paroi vasculaire, dans des conditions où la pression sanguine pourrait difficilement être regardée comme la force motrice. — Cela ne prouve pas, toutefois, que, lors de l’inflammation, l’activité des leucocytes joue le rôle principal dans l’émigration.
Personne n’a défendu avec plus de force que M. Binz l’opi-
1) Deutsche Chirurgie, Handbuch der allgemeinen Pathologie des Kreislaufs und der Ernäkrung, p. 225.
2) Virchow's Archiv, T. XCVII, p. 188.
nion que les corpuscules sanguins se fraient eux-mêmes le passage à travers la paroi du vaisseau. Le fait capital sur lequel il fonde sa conviction, c’est que des matières qui exercent une influence paralysante sur les globules blancs du sang empêchent aussi l’extravasation de ces cellules. Après que M. Binz eut appris à connaître l’action paralysante des sels de quinine sur le protoplasma, M. Scharrenbroich !) constata, sous sa direction, que l'injection sous-cutanée de ces sels, pratiquée sur la grenouille, empêche, arrête, ou du moins entrave le processus d’émigration dans le mésentère mis à découvert; cette observation, bien que contestée çà et là, ne tarda pas à recevoir des confirmations de divers côtés. Plus tard, on trouva que d’autres substances encore, douées du pouvoir de paralyser les globules blancs du sang, s'opposent à l’extravasation de ces cellules, soit qu’on les applique localement sur la partie enflammée, soit qu’on les injecte sous la peau ou directement dans les vaisseaux sanguins. L’eucalyptol ?), l’acide phénique, l'acide salicylique *), l’iodoforme ‘) sont au nombre de ces substances.
De la coïncidence entre la cessation du mouvement actif et l’émigration, M. Binz conclut à un rapport de cause à effet entre ces deux phénomènes. Le fait, que l’extravasation des globules blancs cesse également dès qu’on empêche l’afflux du sang, doit être attribué, suivant M. Binz, non À la disparition de la pression sanguine, mais à l’arrêt de la circulation. Les globules blancs, dit-il, sont paralysés par le manque d'oxygène tout aussi bien que par divers poisons. Lorsque, en cas d’inflammation, ils sont appliqués contre la
1) Das Chinin als Antiphlogisticum, Dissertation, Bonn 1867. Voir aussi: Nederl. Tijdschr. v. Geneesk., 1869, p. 181.
2) Mees, Over de werking van Eucalyptus Globulus, Dissertatie, Groningen 1873; et Binz, Virchow's ‘Archiv., T. LXIIT, p. 289.
3) Prudden, American Journal of the medical sciences, 1881, p. 82, et 1882, p. 64.
4 Binz, Virchow’s Archiv, T. LXXXIX. p. 389.
paroi du vaisseau, ils peuvent grâce à leurs mouvements traverser cette paroi, tant qu’un nouvel apport d'oxygène leur est fourni par les globules rouges qui passent devant eux; mais aussitôt que le courant sanguin s’arrête, l’émigration cesse, non parce que la pression latérale est alors fortement diminuée, mais parce que les cellules, privées d’oxygène, ont perdu leur contractilité. M. Binz fait remarquer, en outre, que la ligature d’une veine suspend l’émigration dans la partie périphérique tout aussi bien que dans la partie centrale du vaisseau, quoique, dans le bout périphérique, la pression ne subisse aucun abaissement. Il rappelle aussi un phénomène déjà décrit par d’autres, et qui certainement a été observé maintes fois par tous ceux qui se sont occupés un peu sérieusement de l’étude microscopique du processus inflammatoire. De temps en temps il arrive que le sang s’arrête dans une branche de communication entre deux vaisseaux. Aux deux extrémités cette branche s’emplit alors peu à peu de plasma et de globules blancs, au moins si dans les vaisseaux qu’elle unit le sang circule avec assez de vitesse pour que les globules rouges y restent dans l’axe. Il peut arriver aussi que dans un rameau étroit, détaché à angle presque droit d’un vaisseau plus large, la circulation persiste, mais que pendant quelque temps il n’y passe que des globules blancs, pas de globules rouges. Dans l’un et l’autre cas, on ne voit aucun globule blanc traverser la paroi vasculaire. Cela ne saurait s'expliquer, suivant M. Binz, si l’on admet que les leucocytes sont expulsés passivement, puisque, dans les cas en question, la pression est parfaitement suffisante pour la filtration; par contre, le phénomène devient compréhensible, à son avis, quand on considère que les globules blancs du sang n'arrivent alors plus en contact continuel avec de nouveaux véhicules d'oxygène, et que, par suite, ils deviennent incapables de transpercer la paroi. , Dans ces conditions il existe donc, tant que les corpuscules rouges n’ont pas d’accès direct aux blancs, une zone presque isolante de sérum entre ces
véhicules d'oxygène et le protoplasma contractile , avide d’oxyoène. La petite quantité d’air vital contenue dans le sérum ne suffit pas pour provoquer des mouvements actifs.” 1) Mais l’observation même du. mésentère enflammé force à douter de cette assertion. Dès que l’inflammation a duré quelque temps, on voit en effet les cellules, issues du sang, ramper dans le tissu du mésentère à une grande distance des vaisseaux sanguins, au moyen de mouvements amiboïdes très énergiques. Là, pourtant, elles sont beaucoup plus éloignées
des véhicules d’oxygène qu’elles ne le sont à l’intérieur des
vaisseaux sanguins dans les circonstances ci-dessus indiquées, et là on devrait donc, avec bien plus de raison, s’attendre à les trouver paralysées par la privation d'oxygène. En réalité, le besoin d’oxygène des globules blancs du sang n’est pas aussi grand que le prétend M. Binz. Introduisons dans le sac lymphatique dorsal d’une grenouille la pointe effilée d’un petit tube de verre, portons sur une lame de verre la goutte de lymphe que l’action capillaire a fait monter dans le tube, et couvrons-la immédiatement d’une autre lame de verre ; si alors, pour prévenir l’évaporation et l’accès de l’oxygène, nous en-
tourons le verre couvre-objet d’un bord imperméable de pa-
raffine ou de vaseline, nous pourrons étudier dans cette goutte
de lymphe les mouvements des leucocytes, et il nous sera
facile d’observer chez eux, pendant une couple d'heures, nonseulement des changements de forme, mais aussi des phénomènes de locomotion. Or, ces globules se trouvent alors indubitablement, en ce qui concerne l’accès de l’oxygène, dans des conditions beaucoup plus défavorables que les globules blancs des vaisseaux mésentériques où ne circulent plus des
DS
cellules à contenu d’hémoglobine.
La cessation de l’émigration, lorsque le sang s’arrête, ou
la suspension du phénomène lorsque durant quelque temps un vaisseau ne donne passage qu’à des globules blancs, ne
1) Binz, Virchow’s Archiv, T. LIX, p. 295.
peut donc être expliqué par une paralysie des cellules, due au défaut d'oxygène.
Par contre, les faits cités ne constituent pas, pour l’hypothèse de la filtration, des objections aussi irréfutables que le pense M. Binz.
Quand une veine du mésentère enflammé est occluse vers le milieu de son trajet, l’extravasation des cellules cesse, aussi bien dans le bout périphérique que dans le bout central. Il est facile de s’en assurer. Pour cela, le mieux sera de choisir une veine qui, entre le point où elle naît du concours de deux petites veines intestinales et le point, voisin de la racine du mésentère, où elle se réunit à une autre grande veine, ne reçoit pas de sang de vaisseaux plus petits. Au milieu de l’intervallle entre ces deux points, on étrangle le vaisseau au moyen d’une ligature ou, mieux encore, en le serrant entre les branches d’une fine pince. Si le sang peut facilement s’écouler du mésentère vers la cavité abdominale, ce qui est le cas chez des grenouilles récemment prises, médiocrement curarisées et préparées avec précaution, la réplétion du bout central de la veine oblitérée diminue fortement. Là, par conséquent, l'arrêt de l’extravasation est en parfait accord avec l'hypothèse de la filtration. Le bout périphérique, au contraire, s’emplit fortement, mais de corpuscules du sang, beaucoup plus que de plasma sanguin. Bientôt les corpuscules y sont tellement rapprochés qu’on ne les distingue plus les uns des autres. Dans les deux branches qui formentla veine, le cours du sang est changé par suite de l’occlusion. Tandis que précédemment les courants de ces deux branches convergeaient vers la grande veine, le sang passe maintenant d’une des branches dans l’autre, mais, à cause de la résistance plus grande qu’il éprouve dans ce nouveau trajet, 1l coule plus lentement et d’une manière plus ou moins irrégulière. À chaque renforcement du courant un peu de sang est refoulé, du moins au début, dans la veine occluse, et dès que le courant faiblit, le plasma de ce sang reflue, tandis que les corpus-
cules restent en majeure partie. Les molécules liquides, en effet, incomparablement plus petites et plus mobiles que les corpuscules, trouvent beaucoup plus facilement leur chemin - vers la seconde branche, par laquelle le sang s'écoule maintenant. Même quand le courant est régulier, les corpuscules s’accumulent dans le vaisseau oblitéré, par suite de leur entrechoquement. De même que, dans les branches veineuses, où maintenant la circulation est suffisamment ralentie, les globules rouges sont pressés contre la paroi, de même, là où cette paroi manque, c’est-à-dire 1à où les branches débouchent dans le tronc veineux, ces globules sont en partie rejetés en dehors du courant.
La forte accumulation de globules dans le bout périphérique de la veine occlusionnée aura pour effet d'y réduire à un minimum l’exsudation de la partie liquide du sang. Car le liquide, amené par l’une des deux branches, aurait à passer non-seulement à travers la paroi du vaisseau, mais aussi à travers une épaisse et dense couche de corpuscules. Il n’est pas douteux que, en présence d’une pareille augmentation de la résistance, la filtration ne doive diminuer considérablement. Or, par là disparaît un des facteurs les plus importants pour la filtration des globules blancs du sang , lesquels, comme on sait, traversent la paroi suivant la même voie que le liquide, savoir, en passant entre les cellules de l’endothélium. !) La cessation de la diapédèse, dans ces circonstances, plaide plutôt contre que pour la participation active des globules blancs à l’extravasation. On ne s’expliquerait pas pourquoi un globule blanc, occupé à se frayer un passage à travers la paroi vasculaire, serait subitement arrêté dans son action par la suspension du courant sanguin, alors que, sans aucun nouvel apport d'oxygène, il conserve pendant des heures entières ses propriétés contractiles. Il est facile de comprendre, au contraire, qu'un pareil globule, refoulé contre la paroi
1) Laidlaw Purves, Arch. Néerl., T. IX: et Arnold, Virchow’s Arch,, Et LXVE-p177
LA
vasculaire par la pression du sang, et entraîné à travers cette paroi par un courant liquide, reste en chemin lorsque la filtration du liquide diminue fortement, comme il a été dit, à la suite de l’occlusion du vaisseau.
Beaucoup plus tard seulement, quand la stagnation du sang a duré longtemps et qu’en conséquence la paroi vasculaire est devenue très perméable, on voit apparaître au dehors des corpuscules rouges et, avec eux, un petit nombre de blancs. Le fait, que les globules rouges sont alors prédominants, doit être attribué à ce que dans le sang stagnant la séparation des globules blancs et rouges n’existe plus, de sorte que les rouges viennent s'appliquer en foule contre la paroi, non, comme le dit M. Binz !), ,précisément à l’inverse de ce qui a lieu dans l’inflammation”, mais exactement comme dans une inflammation qui, par la violence de l'affection des parois vasculaires, a conduit à la stagnation du sang.
L'observation, qu'aucun corpuscule sanguin ne s'échappe d’un vaisseau tant que celui-ci contient uniquement des cellules blanches, ne saurait non plus être invoquée comme argument décisif contre l'hypothèse de la filtration, et encore beaucoup moins comme preuve à l'appui de l’opiniôn que l’émigration dépend de l’activité des globules blancs du sang. Dans ces circonstances, d’abord, les mouvements amiboïdes ne manquent pas entièrement. Dans des capillaires où pendant longtemps n’avait passé un seul globule rouge, j'ai vu des corpuscules blancs ramper le long de la paroi en exécutant les plus beaux mouvements amiboïdes. Si ces corpuscules ne traversent pas la paroi, l’absence de mouvements actifs n’en est donc certainement pas la cause. Le phénomène éveille plutôt l’idée que les leucocytes ne sont pas pressés contre la paroi vasculaire avec assez de force pour passer entre les cellules de l’endothélium. Ils se déplacent le long de la paroi avec une vitesse relativement grande. Mais dès
1) Virchow’s Arch. T. LXXIII, p. 185.
que les globules rouges retrouvent accès au vaisseau et, comme l’exprime M. Bimz !), ,passent l’un après l’autre devant les globules blancs, en les contournant de près,” il semble que le choc continuellement répété des globules rouges contre les blancs, adhérents à la paroï, favorise l’émigration.
La plupart des corpuscules blancs, toutefois, dans les cas dont il s’agit, sont entièrement ronds. Souvent, et surtout aux extrémités de branches de communication dans lesquelles le courant est arrêté, on en trouve rassemblés un grand nombre ,
qui ne présentent pas trace de mouvement actif et dont aucun
ne traverse la paroi. De cela d’ailleurs, au point de vue de l'hypothèse de la filtration, il n’y a pas lieu de s’étonner. Car ces corpuscules, comme l’a déjà fait remarquer M. Zahn ?), sont libres ; ils participent au mouvement oscillatoire du liquide et ne peuvent donc être foulés à travers la paroi. Mais lorsque le sang recommence à couler dans le canal de communica-
tion, les leucocytes accumulés sont en partie entraînés par
le courant, en partie rejetés contre la paroi par les globules rouges affluents. Là ils s’attachent, et dès lors ils peuvent passer au dehors. On n’en saurait RATES qu'ils PRE la paroi de leur propre effort.
Une grave difficulté, pour l’opinion qui considère la diapédèse comme un processus actif, c’est le fait que des globules rouges traversent également la paror vasculaire. M. Binz admet que ce fait ne se produit que lorsque les vaisseaux sont arrivés, au cours de l’inflammation ou par suite de stase prolongée du sang, à un état d’éraillement (Prüchigkeit) beaucoup plus prononcé qu’il n’est nécessaire pour l'issue des corpuscules blancs *). Cette hypothèse, toutefois, ne s’accorde pas avec la réalité. Dans toute inflammation on peut observer, comme M. Cohnheim l’a déjà dit dans sa première com-
1) Virchow’s Archiv, T. LIX, p. 293.
2) Arbeiten aus dem Berner Pathol. Institut, Würzburg, 1873, p. 8. 3) Virchow’s Archiv, T. LXXXIX, p. 390.
munication ,Ueber Entzündung und Eiterung”, que les vaisseaux capillaires laissent émigrer non-seulement des corpuscules blancs, mais aussi des globules rouges, et cela longtemps avant que l’affection inflammatoire des parois vasculaires ait atteint un haut degré d'intensité. En général, même quand la paroi n’a gagné que modérément en perméabilité, les globules . rouges la traversent aussi bien que les blancs. La prédominance de ces derniers dans l’exsudat inflammatoire tient à ce que , en cas de ralentissement faible du eourant sanguin, les corpuscules blancs arrivent seuls dans la zone marginale plasmatique. Tant les rouges que les blancs sont portés, par la rapidité du courant liquide, vers l’axe du vaisseau. Mais, lors des chocs des corpuscules rouges contre les blancs, les rouges, grâce à leur force vive supérieure, conserveront généralement leur direction, tandis que les blancs seront lancés de côté. En cas de vitesse suffisante du courant sanguin, les corpuscules blancs déviés sont immédiatement ramenés vers le milieu ; mais si la vitesse diminue, comme dans l’inflammation, les leucocytes, une fois parvenus dans la zone marginale plasmatique, y restent immobiles ou n’avancent plus que lentement. La vitesse s’abaiïsse-t-elle encore davantage, elle n’est même plus en état de tenir les corpuscules rouges écartés du bord, et la séparation caractéristique des éléments figurés du sang disparaît.
Lors d’une inflammation de degré modéré, la circulation ne se ralentit pas assez fortement pour que, dans les veines et les grands capillaires, les globules rouges viennent s’appliquer aux parois. Quand même de temps en temps une hématie, heurtée par d’autres, est lancée contre la paroi, elle peut, à raison de sa forme aplatie, être ramenée beaucoup plus facilement qu’un leucocyte, par une vitesse moyenne, vers le courant axial. Dans les susdits vaisseaux, la paroi ne peut donc être traversée que par des corpuscules blancs. Mais dans les capillaires étroits, où il n’est plus du tout question de zone marginale plasmatique, çà et là un corpuscule rouge
se trouve retenu en un point de bifurcation ou entre les corpuscules blancs, et alors il passe tout aussi bien que les blancs à travers la paroi du vaisseau. !) | Il ne reste donc plus, contre l’hypothèse de la filtration, d'autre argument que celui emprunté à l'arrêt de l’émigration ou, pour parler comme M. Cohnheim, de l’extravasation, sous l'influence des matières qui exercent une action paralysante sur les corpuscules blancs du sang. Or, pour que
ces corpuscules sortent en quantité un peu notable, il faut
non-seulement qu’ils soient appliqués contre la paroi du vais
seau, mais, en outre, que cette paroi elle-même ait une perméabilité anormale. Il serait donc possible que la quinine, l’eucalyptol, ete. missent fin à la diapédèse non par leur action paralysante sur les leucocytes, mais en diminuant la perméabilité de la paroi vasculaire. Voici comment M. Binz s'exprime à ce sujet: ,On pourrait encore dire : l’extravasation est empêchée parce que les vapeurs de l’hydrocarbure (eucalyptol) s'opposent à l’altération nécessaire des parois vasculaires, et telle est la cause directe de leur action antiphlogistique. Mais, provisoirement, personne ne voudra s'arrêter sérieusement à cette pétition de principe, où ce qui doit être prouvé est d’abord employé comme argument” ?). Et plus loin:
1) L'opinion de M. Schklarewsky (Pflüger’s Archiv, T I, p. 657), que les corpuscules blancs seraient expulsés par les rouges, parce que là où il y a le plus de corpuscules rouges la densité du liquide est plus grande, soulève différentes objections. Les leucocytes s’échapperaient alors uniquement par le haut, contrairement à la direction de la pesanteur, tout comme il arrive pour la boule de cire plongée en partie dans le mercure et en partie dans l’eau, que l’auteur prend pour exemple. Il faudrait aussi que, en cas de stagnation du sang, la paroi fût traversée surtout par des corpuscules blancs, et non, principalement, par des rouges. — La viscosité des corpuscules blancs, fréquemment invoquée, et à laquelle M. Schklarewsky refuse à tort toute influence, ne peut avoir pour effet de les ameper vers la paroi, mais bien de les y maintenir, une fois lancés dans cette direction.
2) Virchow's Archiv, T. LXXIIT, p. 191.
» D’après l’explication de M. Hering et de M. Cohnheim, il faudrait admettre que par elles (les substances médicamenteuses en question) la paroi vasculaire ,altérée” fut ramenée à l’état normal, ce,qui prévint toute émigration ultérieure. Une pareille action , localement dirigée sur le vaisseau , devrait toutefois être démontrée, et c’est ce qui n’a pas eu lieu jusqu'ici.” !)
Mais, si cette démonstration pouvait être donnée, — et à priori il n’y a rien d’inconcevable à une semblable influence curative exercée par des substances médicamenteuses sur la paroi vasculaire pathologiquement altérée, — il semblerait permis, après ce qui précède, de regarder la question comme tranchée dans le sens de l’opinion de MM. Hering et Cohnheim.
Or, il est à noter que différents auteurs, qui ont étudié l'influence de la quinine sur le processus inflammatoire, ne parlent pas seulement de diminution ou d’arrêt de épi on mais aussi d’une amélioration de la circulation.
M. Scharrenbroich ?) a toujours vu le cours du sang se ralentir après l’injection hypodermique de quinine, mais dans les expériences XXI et XXII, où la quinine avait été appliquée localement sur le mésentère mis à nu, il trouva la circulation remarquablement active.
M. Martin *) dit que le quinine ,exerce une influence enrayante sur la dilatation des vaisseaux.” Il parle aussi, à différentes reprises, de circulation lente chez les grenouillestémoins.
M. Zahn ‘) mentionne deux expériences, où le diamètre intérieur d’une veine mésentérique devint plus petit après irrigation avec la quinine -Dans l’un des cas il tomba de Oum 14 à Omm 12, dans l’autre, de 0", 18, après une augmentation passagère, à 0" 136.
1) 1bid., T. LXXXIX, p. 395.
3) Das Chinin als Antiphlogisticum. Dissertation, Giessen, p. 24. 4) L.c. p. 40.
M. Kerner !) trouva que linjection de petites doses de quinine rendait la circulation, dans le mésentère enflammé de la grenouille, plutôt meilleure que plus mauvaise. -
M. Appert ?) a observé le processus inflammatoire dans la langue blessée d’une grenouille, cette langue étant irriguée alternativement avec une solution de Na CI à 5° et avec une solution de quinine à -:,7.. Comme suite de l'irrigation avec la quinine, il vit toujours une accélération assez notable du cours du sang et un élargissement tant des artères que des veines. Administrée à l’intérieur, au contraire, la quinine produisait, à fortes doses, un ralentissement considérable de la circulation, à doses moindres, un faible ralentissement du courant et un rétrécissement modéré des vaisseaux. Quant à l'influence de l'irrigation par la quinine sur le processus d’émigration, voici ce que M. Appert en dit: ,L’immobilité observée chez les cellules émigrées, et qui se traduisait tout particulièrement par leur accumulation autour des vaisseaux abandonnés, ne permet -pas, 1l est vrai, de douter que la modification imprimée à ces cellules par le quinine ne doive être regardée comme une entrave à leur locomotion. Mais il ne faut pas trop appuyer sur cette circonstance pour expliquer la diminution de l’émigration des corpuscules blancs du sang ; ce qui le défend, c’est qu'aucun changement n’a pu être observé chez les cellules encore intravasculaires , même pendant l'irrigation la plus prolongée avec la solution de quinine”#).
Pour juger de l’influence de la quinine sur les paroïs vasculaires, l'application locale de l’alcaloïde à la partie enflammée mérite certainement la préférence sur l’injection hypodermique. Il importe beaucoup, en effet, d’exclure l’action nuisible de la quinine sur le cœur. Comme tous les autres observateurs, j'ai vu, après l’injection sous-cutanée de doses pas trop minimes, se ralentir le cours du sang, ralentissement imputable,
1) Pflüger’s Archiv, T. VII, p. 122.
2) Virchow’s Archiv, T.LXXI, p. 364.
sans nul doute, à l’affaiblissement de l’action cardiaque. Dans ces conditions, la dilatation des veines ne prouve rien pour l’état des parois vasculaires elles-mêmes, cette dilatation pouvant dépendre de ce que le sang s’écoule plus difficilement vers le cœur. En un petit nombre de cas j’ai constaté, de même que M. Appert, une contraction tant des artères que des veines; mais ordinairement les veines devenaient un peu plus larges, ou conservaient leur diamètre antérieur.
En irriguant toutefois avec une solution très étendue de quinine le mésentère mis à nu, J'ai trouvé une action manifeste de l’alcaloïde sur les parois vasculaires elles-mêmes, action contraire à celle que détermine l’inflammation. Ordinairement je me servais d’une solution à 0,05%% de chlorhydrate de quinine et 0,5% Na CI. Lorsque l’inflammation n’a pas encore duré longtemps, et que le mésentère n’est pas encore couvert d’une couche d’exsudat gélatineux , une solution aussi faible est suffisante, non-seulement pour arrondir et rendre granuleux les leucocytes contenus dans le mésentère, mais aussi pour changer le diamètre des vaisseaux. Les s0lutions plus fortes, telles que M. Appert les employait pour la langue de grenouille, occasionnent dans les petits vaisseaux du mésentère, au moins lorsqu'une couche d’exsudat ne fait pas obstacle à l’action du poison, la stase du sang. C’est précisément à cause de cela que le mésentère me paraît mieux convenir aux recherches que la langue blessée: les vaisseaux mésentériques sont recouverts d’une si mince couche de tissu, qu'ils permettent l’emploi de solutions assez faibles pour écarter tout danger que la quinine soit résorbée en quantité telle que le cœur puisse en être affecté.
En opérant ainsi, je trouvai en général, immédiatement après l’irrigation avec la quinine, une accélération du courant sanguin et un rétrécissement des veines, en même temps qu’un élargissement des artères. J’en citerai une couple d'exemples.
Chez une Rana esculenta vigoureuse, venant d’être prise, et curarisée, le mésentère est découvert, à huit heures du
matin. À deux heures, l’émigration est en pleine activité. Une artère et une veine sont mesurées, chaque fois au même
point, à l’aide du micromètre oculaire, Oc. 3, Obj.B, Zeiss.
Divisions.
OR Te ne. :
| Veine. Artère. | :
bi5m | 93 | 19 | 20 | 23 | 22 25 | 24 |.929 MP1:95 |092
Ps 17 25 | Depuis 2h30m jusqu’à 3h45m irrigation du mésentère 34 16 95 | = Fi solution à 0,05 pet. chlorh. de quin. et 0,5 pet. 26414: 25 AT LME