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aisément. A la surface dorsale des mains les tendons extenseurs sont à nu; les muscles interosseux ont disparu pour la plus grande partie. Les ongles sont tombés, et il en est de même des phalanges unguéales des pouces. Les membres inférieurs sont à peu près dans le même état de putréfaction. Quelques petits lambeaux de la dure-mère se voient encore. Le cerveau forme une masse grisâtre, très-fétide. On reconnaît peu de chose des parties molles de la cavité buccale et du cou. Les poumons sont très-putrides, presque noirs, fortement affaissés à côté de la colonne vertébrale. Les muscles du cœur sont très-amollis. Il ne reste que quelques parcelles de la valvule tricuspide. Les valvules sigmoïdes de l'aorte et de l’artère pulmonaire sont dans l’état normal. La surface interne de l’aorte est unie; son calibre est petit. L’œsophage manque. Diaphragme intact. Les organes abdominaux sont assez bien conservés; ils exhalent cependant une odeur douceñtre, extrêmement putride. L'estomac est comme un sac aplati, avec peu de contenu. La rate est petite, très amollie. Foie très-mou, bourbeux ; poids 255 grammes ; de nombreux cristaux de tyrosine à la surface. Le pancréas est reconnaissable. Les anses intestinales, aplaties, accolées les unes aux autres en beaucoup d’endroits, se déchirent aisément. Les reins sont amollis, d’un brun sale. L’utérus n’est qu’une masse molle, d’un brun sale. La vessie est très-amollie, vide.
Analyse chimique. Les résultats sont négatifs.
Remarque. La femme mourut avec des symptômes d’hydropisie générale. Le sol du cimetière était sableux, élevé et sec; le cercueil avait été couvert d’une couche de sable d’un mètre d'épaisseur. Le fond du cercueil était défectueux.
O8s. XVIII. Aufopsie du cadavre d’une jeune femme, 2 ans apès la mort.
Le cuir chevelu se détache avec facilité. Une partie de la face, non couverte du linceul, était revêtue d’épaisses couches de moisissure blanche. Le lobule du nez et l’oreille
gauche manquent, tandis qu’il ne reste qu’une petite partie
de l'oreille droite. Les orbites sont presque vides. La peau
de la face est dure comme du cuir; celle du cou manque pour la plus grande partie. La peau du tronc est presque partout sèche et dure, d’un noir brunâtre. La couleur des cuisses, surtout à la surface externe, est très-foncée, presque noire. Les grandes cavités du corps sont fermées. La paroi abdominale est élevée en coupole. La peau des membres supérieurs est brunâtre, coriacée. Au côté droit le tissu adipeux est consistant; les muscles sont distincts, bruns, çà et là d’une teinte rougeâtre. Les parties molles du bras gauche sont presque totalement transformées en adipocire. Les mains sont appliquées, à découvert, sur la région épigastrique; la surface dorsale en est couverte d’une couche épaisse et blanche de moisissure, Les doigts sont bruns, les ongles d’un rouge brunâtre; quelques ongles sont détachés. La peau des mains
et des doigts est sèche, comme du cuir. Les cuisses, grosses,
sont serrées l’une contre l’autre. La peau est dure comme du cuir. Le tissu adipeux est consistant; à la face interne il a une épaisseur de 3 à 4 centimètres. Les muscles, forts, sont parfaitement conservés et ont pour la plupart l’air tout frais; la couleur en est fraîche, rouge, çà et là un peu brunâtre. Lors de la section des muscles, il s’en exhale une odeur très-prononcée de vieux fromage en putréfaction.. Les muscles des jambes sont de couleur un peu plus pâle; à la face inférieure ils présentent çà et là une teinte sale, grisâtre. La peau du pied droit est dure et sèche, celle du pied gauche est visqueuse. Les méninges manquent totalement. L’encéphale forme une masse d’un gris sale, assez consistante, d’une odeur nauséabonde, extrêmement putride. De l’adipocire dans la fosse sphéno-maxillaire droite. Les parties molles de la cavité buccale, du pharynx et du cou ont disparu. La peau du thorax est dure, le tissu adipeux épais et consistant; les muscles sont pâles. Les nerfs phréniques, avec les vaisseaux sanguins qui les accompagnent, sont
distincts. Le cœur est très-bien conservé dans le péricarde. Les muscles sont secs, bruns, les valvules dans l’état normal. L’aorte est intacte, sa surface interne est lisse, L’œsophage n’est
plus reconnaissable. Les poumons, presque noirs, sans adhéren-
ces, fortement affaissés, se trouvent tout près de la colonne vertébrale. De grandes phlyctènes à leur surface. Le diaphragme est intact. La paroi abdominale, élevée en coupole, ne change pas de forme après avoir été incisée. A l’ouverture de l’abdomen s’exhale de nouveau l’odeur de vieux fromage en putréfaction. La peau est dure comme du cuir. Le tissu adipeux, consistant, a une épaisseur de 2 à 3,5 centimètres. Les muscles sont bruns, minces, comme desséchés, le péritoine luisant. Les intestins sont fortement aplatis. L’estomac, fermé et dirigé en bas, se détache avec peine des organes voisins. Le pancréas manque. Le foie, d’un gris bleuâtre, pèse 250 grammes. En le coupant, on voit des phlyctènes de différentes grandeurs. La rate, en partie reconnaissable, se sépare avec peine des autres organes. Les anses intestinales, aplaties, d’un rouge jaunâtre, sont accolées les unes aux autres. Les reins, amollis, ne peuvent pas être isolés. La vessie est vide. L’utérus est bien couservé. Les ovaires et les oviductes sont distincts.
Analyse chimique. Les résultats sont négatifs.
Remarque. La fosse était sèche; le cercueil, comme neuf, bien fermé, avait été placé dans la fosse de manière à rester libre sur tous les côtés. Le cadavre était couvert de beaucoup de vêtements, dont plusieurs de laine.
On voit donc que les cadavres examinés étaient en général très bien conservés, à l’exception de ceux mentionnés sous les nos VIII et XVII.
De VIII ïl ne restait guère que le squelette. Les circonstances suivantes suffisent, je crois, à expliquer ce fait. Le jeune homme en question n'avait été malade que 4 ou 5 Jours et mourut le 15 juillet 1881. Vers cette date, à Leiden, la température était élevée (le 15 juillet, 22°,7 C; le 16 juillet
23°3, le 17 juillet 23°, le 18 juillet, jour de l’enterrement, 22°9 dans une chambre fermée, non chauffée, à 8 heures du matin), Au moment de l’inhumation, le cadavre se trouvait donc probablement dans’ un état de décomposition déjà avancée; or, l'expérience de l’amphithéâtre m'a appris que la putréfaction, une fois arrivée à un certain degré, fait des progrès très rapides et peut même difficilement être arrêtée
par les antiseptiques. En outre, le cercueil occupait le haut
de la fosse, circonstance qui peut aussi avoir accéléré la
décomposition !).
Dans l’observation XVII, la putréfaction du cadavre avait fait de très grands progrès dans l’espace relativement court de 48 jours. Mais aussi, la femme était morte au commencement du mois de septembre, par conséquent dans la saison chaude, en présentant des symptômes d’hydropisie générale, et on sait qu’en pareil cas le cadavre se décompose d’ordinaire très rapidement (voir plus loin). De plus, le cercueil était défectueux et n'avait été recouvert, dans une grande fosse commune, que d’un mètre de sable.
Sur les 18 cadavres examinés par nous, 14 donnèrent de l’arsenic à l’analyse; ces 14 cadavres provenaient tous de personnes qui vraisemblablement avaient été CS par la femme van der Linden.
La quantité de l’arsenic trouvé dans les organes des différents cadavres était très variable. Chez le cadavre VI on en rencontra le plus, et le poison fut décelé jusque dans les cheveux. En 100 grammes du foie du cadavre IX on ne trouva qu’une trace d’arsenic ; celle-ci provenait probablement des médicaments que la condamnée avait présentés à sa tante malade. Il a pu facilement arriver, en effet, que ces médicaments, en passant par les mains de la femme van
1) Les cadavres de Leiden (IV— XVI) étaient inhumés dans deux cimetières différents, Le sol de ceux-ci est de nature argileuse. Trois cercueils y sont superposés dans une même fosse. Le couvercle du cercueil supérieur se trouve à 30—40 cm. au-dessous de la surface du sol.
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der Linden, fussent accidentellement souillés d’une petite quantité du poison qu’elle maniaïit journellement.
Au sujet de la momification totale ou partielle des cadavres, il y a à mentionner ce qui suit.
La peau du cadavre VI était dure en plusieurs endroits (visage, paroi abdominale, extrémités inférieures), mais néanmoins très facile à diviser par le couteau. Des organes thoraciques, aucun n'était reconnaissable. La décomposition des organes abdominaux était très avancée; le foie et la rate avaient disparu, on ne distinguait plus que quelques-unes des anses intestinales. Il ne saurait donc être question, dans ce cas, de momification.
Chez VII et XII, des traces de momification furent rencontrées à l’une des mains. Je ferai remarquer, à ce propos, que dans les deux cas la main reposait sur la région épigastrique, qu’elle occupait donc, relativement aux-autres parties du corps, une position élevée; ensuite, j’en appellerai encore une fois à mon expérience d’anatomiste, laquelle m'a appris que les mains, en général, sont très susceptibles de passer à un état de momification. |
Une momification presque complète existait chez le cadavre de l'observation XIV. Son aspect extérieur répondait, sous tous les rapports essentiels, aux descriptions de cas analogues données par divers auteurs. L’odeur de vieux fromage, dont la plupart d’eñtre eux font mention, manquait toutefois chez ce cadavre. La quantité d’arsenic trouvée dans le foie !) de Johannes Lepelaar n’équivalait qu'à 0,032 gr. d'acide arsénieux ; elle n’était donc pas très grande, et au moins de moitié plus petite que chez XIII. Lepelaar (XIV) avait été malade pendant 4 ou 5 jours, sa femme (XIII) pendant 2 jours seulement, chez celle-ci, la quantité de l’arsenic trouvé dans le foie correspondait à 0,074 d’acide arsénieux.
1) À cause du grand nombre des cadavres à examiner, les autres organes ne furent soumis à lJ’analyse que dans les cas pour lesquels la femme van der Linden était traduite en justice.
Le cadavre de l’observation XVI présentait également des signes de momification, mais à un degré moindre que celui de XIV. Dans le premier, aucune trace d’arsenic ne fut découverte.
Notre observation XVIII est incontestablement l’une des plus importantes. Le cadavre concordait en beaucoup de points avec celui de XIV, maïs était au total encore mieux conservé et répandait une très forte odeur de vieux fromage en putréfaction. Une particularité remarquable, en tout cas, c'est que, 2 ans après la mort, les nerfs phréniques, avec les vaisseaux sanguins qui les accompagnent, se voyaient encore distinctement, et que les muscles des cuisses avaient l'air tout frais. Les conditions dans lesquelles le cadavre s'était trouvé sont d’ailleurs, comme nous le dirons plus loin, très favoräbles à la momification; en outre, la femme était morte en hiver. D’autre part, elle avait beaucoup d’embonpoint, ce qui est regardé comme défavorable à la production du phénomène, Le cadavre ne contenait ni arsenic, ni aucun autre poison.
En ce qui concerne la momification, nous arrivons donc aux résultats suivants:
Dans 10 des cadavres enterrés la présence de l’arsenic fut constatée !). Un de ces cadavres (XIV) avait subi une momification presque complète; chez deux (VII et XII), une main fut trouvée momifiée.
Les 5 autres cadavres inhumés étaient exempts d’arsenic. L'un d’eux (XVIII) était momifié presque complètement, un autre (XVI) incomplètement. L
On voit que, d’après nos observations, la momification est plus fréquente chez les cadavres exempts d’arsenic que chez ceux qui en contiennent.