Oo
On voit que la solubilité déduite du dosage de l’acide carbonique est toujours plus petite que celle à laquelle conduit, pour la même solution , le dosage de la soude ; c’est là une conséquence du dégagement d’acide carbonique , qui a lieu à l’ouverture du flacon et pendant la courte durée de la filtration ou du transvasement. La dernière colonne du second tableau montre que la perte en acide carbonique croît constamment avec la température, ^ même lorsque cette perte est exprimée en centièmes de la quantité totale d’acide carbonique, déduite du dosage de la soude. L’accroissement progressif de cette perte est sans doute en partie le résultat de la diminution du coefficient d’absorption aux températures supérieures, mais je crois qu’il provient aussi en partie d’une décomposition plus avancée. C’est du moins ce que semble indiquer la tension plus forte que le gaz acquiert alors au-dessus
Déficit en CO* , sur 100 p. de ce gaz.
DES BICARBONATES DE SOUDE, ETC
de la solution. A la fin de ce mémoire je donnerai quelques détails au sujet de cette tension.
Je n’ai pas déterminé la solubilité au delà de 60° , parce que , d’après les expériences de M. A. D. van Riemsdijk le bicarbonate de soude à l’état sec, — par conséquent sans l’assistance de l’eau, — commence déjà à se décomposer à 61°. Si donc, à 61° ou à Une température supérieure, on secoue de l’eau avec un excès de bicarbonate de soude, le sel non dissous sera lui-même converti en carbonate neutre , acide carbonique et eau , et la quantité trouvée de sel dissous acquerra alors une signification toute différente.
Au-dessous de 61°, on peut parier de la solubilité du bicarbonate , à condition d’entendre par là : la quantité maximum de sel , qui J à la température donnée, peut être dissoute en 100 parties d’eau dans un espace fermé , c’est-à-dire dans un espace où la décomposition est réduite à un minimum. En ce sens, la solubilité doit être déduite des déterminations de la soude, ou, mieux encore, elle doit être calculée comme nous le verrons chez le bicarbonate de potasse (page 361).
Comme, dans mes expériences, le petit espace que le liquide laissait libre au sommet du flacon était occupé par de l’air, dans lequel pouvait se dégager un peu d’acide carbonique, une petite quantité du sel devait être décomposée; or, le carbonate neutre de soude étant plus soluble que le bicarbonate , il en résulte que si l’on pouvait empêcher complètement la décomposition, soit par une plus forte pression , soit de toute autre manière, la solubilité serait probablement trouvée un peu moindre. Les .valeurs de la solubilité, déduites des dosages de la soude, bien qu'approchant de la vérité, sont donc, selon toute apparence, un peu trop grandes.
Plus loin je donnerai un tableau plus complet de ces valeurs. La ligne de solubilité qui se déduit de mes expériences présente une courbure très-peu prononcée; entre 15° et 30°, elle se distingue à peine d’une ligne droite.
Be scheikundige loerking der toarmte op anorg. verhindingen } p. 71.
Avant d’en finir avec le bicarbonate de soude, je rappellerai encore que la solubilité de ce sel a été déterminée , en 1843, parM. Poc- GiALE*). Les défauts d’un grand nombre des déterminations de solubilité de ce savant ont déjà été signalés par M. G. J. Mulder ^) , qui les appelle „en beaucoup de cas, des modèles d’inexactitude et de négligence.” Les déterminations de M. Poggiale, relatives au bicarbonate de soude, s’écartent notablement des miennes. Il ne dit pas un mot du dégagement d’acide carbonique ni de la décomposition du sel , qui pourtant ne peuvent échapper à l’attention dans des mesures précises. Il donne pour la solubilité du sel en 100 parties d’eau les nombres suivants:
Poggiale,
il n’a
plus été fait, que
je sache
déterminations de la solubilité du bicarbonate de soude, sauf une seule par M. Anthon ^), qui, de 10® à 11°,2, a trouvé le nombre 8,3; pour 11^,2, cette valeur concorde exactement avec mes expériences.
IL Bicarbonate de potasse.
Ainsi que H. Rose l’a montré le premier, le bicarbonate de potasse, dissous dans l’eau, laisse déjà échapper de l’acide carbonique à la température ordinaire, tout comme le bicarbonate de soude (voir plus haut). C’est là la raison pour laquelle des cristaux humides de bicarbonate de potasse perdent toujours un peu d’acide carbonique pendant la dessiccation à l’air, et cette
Aiin. CMm. Pkys. (3), VIII, pag. 468.
Bijdragen tôt de geschiedenis van het scheikundig gehonden water , p. 10. Chem. Centralhlatt , 1861, p. 629.
DES BICARBONATES DE SOUDE, ETC
perte iracide carbonique, comme il a été dit à la page 351, est pour le bicarbonate de potasse, à cause de l’hygroscopicité du carbonate neutre, plus grande que pour le bicarbonate de soude. Du bicarbonate de potasse pur, soumis à une nouvelle cristallisation dai]^ de Teau chargée d’acide carbonique, et séché sur Tacide sulfurique, dans l’air ordinaire ^ m’a donné en trois déterminations : '
Perte par calcin. Acide carbonique.
Calculé 31,00 44,00
Il y avait donc constamment trop peu d’acide carbonique et trop d’eau, et par conséquent il y avait aussi toujours un peu de carbonate neutre.
Pour préparer du bicarbonate de potasse exempt de carbonate neutre, je pris du sel cristallisé qui ne renfermait que des traces de sulfate et de chlorure ; ce sel ayant été soumis à une nouvelle cristallisation, dans de l’eau à bO'’ — 60®, les cristaux obtenus furent pressés entre du papier à filtre, réduits en poudre, et séchés par petites parties sur l’acide sulfurique dans une cloche remplie d’acide carbonique. En opérant sur 1 kilogramme des cristaux primitifs, je recueillis de cette manière plus de 300 grammes de sel pur, entièrement débarrassé de sulfate et de chlorure, et qui dans trois dosages (exécutés chacun sur 4 — 6 grammes de matière) donna:
Perte par calcin.
Acide carboniqi
Moyenne. .
. . . .■3î;ôo. . .
L’accord de ces résultats avec les quantités calculées montre que le sel obtenu par ce traitement était aussi complètement exempt de carbonate neutre. Ce sel fut employé pour les déterminations de solubilité.
Les solutions saturées furent préparées exactement de la manière qui a été décrite ci-dessus pour le bicarbonate de soude. Quand on ouvrait les petits flacons qui contenaient la solution saturée, il s’en échappait, même à 0°, de l’acide carbonique, comme l’indiquait la tension du gaz au-dessus du liquide, et déjà à 21®, 5 cette tension était si considérable, que le bouchon, à l’instant où on coupait la ficelle qui le maintenait , était chassé du goulot avec bruit. A cause de la grandeur de cette tension , je n’ai pas fait de déterminations au-dessus de 60'’. D’après M. van Riemsdijk 1) , le sel sec commence à perdre de l’acide carbonique vers 106'’.
Dans deux portions séparées de la même solution je dosais chaque fois le potassium et l’acide carbonique: ce dernier, toujours immédiatement après l’ouverture du flacon, de la manière indiquée précédemment; le premier, en transformant le sel en nitrate dans un petit matras à long col, évaporant à siccité dans une capsule de platine chauffée au bain-marie, et desséchant à 150" — 160'^; après que le salpêtre obtenu avait été pesé , je m’assurais toujours de sa neutralité au moyen de l’essai tant avec le papier de tournesol bleu qu’avec le papier rouge. Le poids de la solution saturée employée pour chaque dosage était de 5—15 grammes , ' le poids du salpêtre obtenu dans chaque expérience s’élevait à 1,5 — 2,5 grammes, le poids de l’acide carbonique obtenu dans chaque expérience à 0,7 — 1,3 grammes.
Les données de mes expériences, réduites à 10 grammes de la solution saturée, sont les suivantes:
) I)e scheikundige tcerking der icarmte op cmorganiscJic verhmdingen , p. 69,
DES llICARBONATES DE SOUDE, ETC.
Numéro
de
l’expérience.
Bicarbonal
Température .
Qo
5 llo,0
. . . lGo,3 . .
e de potasse.
10 gr. de solution saturée ont donné
KNO^
COV
1,8537 gram . . .
gram .
Au moyen de ces données, j’ai calculé la solubilité de la manière suivante, qui s’écarte un peu de celle que j’avais adoptée précédemment. De la quantité trouvée de KNO^, par conséquent de la quantité trouvée de K, je déduisais le C0‘^ qui aurait dû être trouvé si aucune partie de CO^ ne s’était échappée ; la différence entre cette valeur et le CO^ trouvé directement donne la quantité de CO^ qui s’est échappée au moment de l’ouverture du flacon. Ce CO^ échappé appartenait à la solution, et en conséquence son poids a été ajouté au poids de la solution saturée. — Un exemple éclaircira ce que je viens de dire. Dans l’expérience No. 15, temp. 1= 59®,0, on a trouvé,
en 10 grammes de solution saturée, telle qu’elle avait été pesée:
3,7903 gr. KNO' = 3,7528 gr. KHCO' z= 1,6512 gr. CO^
Trouvé: 1,5486 „ „
Différence : 0,1026 gr. CO^.
A l’ouverture du flacon et pendant la décantation ou la filtra-
tion il s’était donc échappé, sur 10 grammes de solution, 0,1026 grammes de CO^.
3,7528 grammes KHCO^ avaient donc été dissous, lorsque le flacon était encore bouché, non pas dans 10 grammes, mais dans 10,1026 grammes de solution saturée, d’où l’on déduit pour la solubilité en 100 parties d’eau: 59,10. Sans cette correction 'pour l’acide carbonique échappé, on trouverait: 60,07.
En opérant ainsi, on a déduit des données de l’expérience le tableau suivant:
]M uméro de
rexpérience.
Bicarbonate de
Perte de CO*
Tempé- sur 10 gr.
rature. de sol. sat.
potasse.
Perte de CO?'
en centièmes du CO?.
Solubilité
en
100 p. d’eau.
. Oo
0,0067 gram
. Oo
. llo.O . . .
. llo,8 . . .
Ces déterminations , tout comme celles relatives au bicarbonate de soude , s’éloignent beaucoup des chiffres de M. Poggiale , dont l’inexactitude a déjà été signalée plus haut. M. Poggiale donne' pour la solubilité du bicarbonate de potasse en 100 parties d’eau
les nombres suivants ^ ) :
0 An?i. Chini. Phys. (3), 8, p. 168.
DES BICARBONATES DE SOUDE, ETC
Il n’y a pas accord non plus avec la détermination deM. Anthon ^ ), qui à 10^ — 110^2 trouve la solubilité =24,4, ni avec celle de M. Redwood , d’après lequel, à 15'^ C , 1 partie de sel exige pour se dissoudre 3|^ parties d’eau, ce qui fait sur 100 parties d’eau 28,6 parties de sel. Ces deux dernières déterminations se rapprochent pourtant plus des miennes que Celles de M. Poggiale (Voir le tableau ci-après).