III. Bicarbonate d’ammoniaque
On doit à H. Rose d’avoir fait connaître le premier la composition du bicarbonate d’ammoniaque, ainsi que différentes manières , de le préparer. Miller ^) , G. Rose et Deville ont décrit la forme cristalline de ce sel. Teschenmacher , Ulex et T. L. Phipson l’ont trouvé, à l’état cristallisé, dans du guano de diverses provenances, et A. Schrotter l’a rencontré en cristaux, qui mesuraient jusqu'à 2 centimètres de longueur, dans un tuyau de conduite, large de 3 décimètres, de la fabrique de gaz à Vienne. Du reste, ce sel n’a encore été que peu étudié.
Pour déterminer la solubilité, je préparai une grande quantité du sel en dissolvant du carbonate d’ammoniaque du commerce dans de l’eau à 40° — 50°, et faisant passer un courant d’acide carbonique à travers la solution pendant qu’elle se refroidissait. J’obtins ainsi des cristaux tout-à-fait transparents, qui parfois.
*) Chem. Centralblatt , 1861, p. 629.
-) Cité dans Otto, Ausführl. Lehrh. der anorg. Chem., 4e éd. , II, p. 141, Pogg. Ann., 46, p, 353,
") Trans. of the 'phil. Soc. of Cambridge , III. — Pogg. Ann. , 23., p. 558. *) Pogg. Ann., 46, p. 400.
®) Ann. Chim. Phys. (3), 40, p, 87.
’) Ann. Chem. Pharm., 66, p. 44. — Journ.f.prakt. Chem. ,46,p. 409. ®) Journ. of the Chem. Soc. (2), 1, p. 74.
®) Sitz. Ber. d. hais. Ahad. d. Wiss. zu Wien, 2te Abtheil. , p. 33, — Chem. Centralhl., 1862, p. 92.
lorsque le courant de gaz carbonique était interrompu avant le refroidissement complet , avaient des dimensions assez considérables et atteignaient jusqu’à 1 centimètre de longueur. Même quand on ne la fait pas traverser par un courant d’acide carbonique , la solution saturée à chaud du sel du commerce laisse encore déposer des cristaux de bicarbonate d’ammoniaque, mais leur quantité est alors un peu plus faible. Les cristaux ' obtenus furent pressés entre du papier à filtre, puis séchés sur l’acide sulfurique et la soude caustique.
Les cristaux appartenaient au système rhombique et présentaient la forme décrite par Miller, G. Rose et Deville L- Leur composition était représentée par la formule (NH^)HCO^, ainsi qu’il résulte des analyses suivantes, exécutées à divers intervalles:
I II III IV Moyenne. Calculé.
... 55,71 . . . 55,64 . . . 55,41 . . . 55,88 . . . 55,66 . . . 55,70 NH3 ... 21,51 . . . 21,51 . . 21,43 . . . 21,40 . . . 21,46 . . . 21,52 H^O : . . 22,88.. .22,78
Dans le n“ IV, le dosage de l’acide carbonique se fit par précipitation au moyen du chlorure de baryum et de l’ammoniaque; l’acide carbonique fut donc pesé à l’état de carbonate de baryte. Les dosages I — III eurent lieu , comme toutes les autres déterminations de l’acide carbonique mentionnées dans ce travail, en chassant le gaz par l’acide sulfurique étendu et le recueillant dans la chaux sodée. — Pour l’ammoniaque , le dosage IV s’effectua en transformant le sel, dans un matras à long col tenu incliné, en chlorure aramonique, précipitant par le chlorure de platine, calcinant le précipité et le pesant à l’état de platine. Les dosages I — III, comme tous les autres dosages d’ammoniaque dont il sera ici question, furent exécutés en décomposant le sel par l’acide chlorhydrique, évaporant au bain-marie dans une capsule de platine , et , lorsque le poids était devenu constant , pesant le chlorure ammonique obtenu. — L’eau fut déterminée par différence. L’accord entre les résultats trouvés et la composition calculée montre que le sel était exempt de carbonate neutre.
D Comparer Rammelsbcrg, Knjstallogr . Chemie » p. 152.
DES BICARBOIVATES DE SOUDE, ETC
Le sel; préparé ainsi qu’il a été dit , est complètement inodore. Exposé à l’air ; il attire un peu d’humidité, et répand alors une forte odeur d’ammoniaque ou de carbonate ‘d’ammoniaque. Par l’eau, le sel est partiellement décomposé; il se dégage d’abord de l’acide carbonique, et ensuite de l’ammoniaque, ce qui explique l’odeur du sel humide, odeur dont le sel sec ne présente aucune trace.
Pourtant, le sel sec s’évapore aussi, comme me l’a appris l’expérience suivante. Des cristaux du sel, réduits en poudre fine, furent d’abord séchés longtemps sur l’acide sulfurique et la soude caustique. On en prit alors une partie déterminée (2,476 grammes) , qui fut replacée en présence de l’acide sulfurique et de la soude caustique dans un espace clos, puis pesée de nouveau de temps en temps. Après 12 jours le sel avait perdu 24,2 ”/o de son poids, après 18 jours 36,5 ®/o , après 24 jours 52,0 Vo* La température avait varié entre 12 ’ et 16«. Par l’analyse du résidu (après que le poids du sel avait diminué de 52 °/o) ? j’obtins :
55,64 o/o CO^
67,71 „ NH^C1 = 21,52
ce qui est entièrement conforme à la composition du sel primitif. L’évaporation partielle n’apporte donc aucun changement dans la composition du résidu.
. La détermination du poids spécifique du sel , pour laquelle on a choisi de petits cristaux bien conformés, a été faite à l’aide d’un pycnomètre dont le volume mesurait 2,8876 c.c. à 15% dans du pétrqle qui possédait à 15® une densité de 0,7252 (eau à 4*^ z= 1). J’ai trouvé ainsi pour le poids spécifique du sel à 15®, rapporté à celui de l’eau à 4«:
Moyenne 1,544
M. Ulex 1), en opérant, il est vrai, sur des cristaux retirés du guano et qui n’étaient pas absolument purs, avait trouvé le poids spécifique 1,45.
’) Ann. Chem. Pharm. , 66, p. 44.
Les déterminations de solubilité, relatives à ce sel, ont eu lieu de la manière qui a été , décrite ci-dessus à roccasion du bicarbonate de soude (p. 352). Pour chaque solution saturée, et immédiatement après sa préparation, on dosait dans une portion Tacide carbonique , et dans une autre portion Pammoniaque , sous forme de chlorure ammonique. Au moment de Pouverture du flacon il s’échappait toujours, même à 0°, de Pacide carbonique, ce qu’on pouvait conclure de la tension du gaz. A 4P une expérience vint même à manquer par suite de la projection du bouchon , qui cette fois avait hiqn été fortement serré, mais non attaché au moyen d’une ficelle. A toutes les températures, la tension de Pacide carbonique libre , et par conséquent la décomposition du sel , étaient beaucoup plus fortes que pour le bicarbonate de potasse ou de soude. Par suite de la tension très-considérable de Pacide carbonique aux températures un peu élevées , il m’a été impossible de déterminer la solubilité au-dessus de 30°.
Les données .de mes expériences, de nouveau réduites à 10 grammes de la solution saturée, sont les suivantes:
Bicarbonate
Numéro
de Tempé-
Texpérience. rature.
1 Oo
2 Oo
d’ammoniaque.
10 gr. de solution saturée ont donné:
~~~NR'>CL COK ■
0,7212 gram 0,5768 grain
De ces données j’ai déduit, en procédant comme il a été dit à l’article du bicarbonate de potasse, le tableau suivant:
DES BICARBONATES DE SOUDE, ETC
Bicarbonate d’ammoniaque.
Perte de
Perte de
Numéro
CO
CO
Solubilité
de
Tempe-
sur 10
gr.
en centièmes
eu
rcxpériencc.
rature.
de sol.
sat.
du CO*.
' 100 p. d’eau.
Oo
^ram
. . Oo
. . 2Go,2 .
Finalement, je dois encore faire remarquer que, dans toutes mes déterminations de la solubilité des trois sels étudiés, la température a été prise dans la solution même, de la manière qui a été expliquée à propos du bicarbonate de soude (p. 353). Toutes les températures indiquées sont corrigées de Terreur du thermomètre, qui au début de ces expériences marquait 0°,2 de trop, tant à 0° qu’à lOO®, et qui, à la fin du travail, accusait à peine une variation de 0°,1.
Les déterminations de la solubilité du bicarbonate de soude, rapportées ci-dessus, ont en outre été calculées par moi de la même manière que celles des deux autres bicarbonates , c’est-à-dire, en y apportant la correction relative à la perte d’acide carbonique ; cette correction est toutefois , pour ce sel , plus faible que pour les deux autres, et ne s’élève qu’à quelques centièmes dans le nombre de la solubilité. Les valeurs ainsi calculées en dernier lieu ont servi de base pour la composition du tableau qu’on trouve à la page suivante.
Comme/ dans toutes mes déterminations, la décomposition du sel, bien que n’étant probablement pas nulle, ne pouvait avoir qu’une valeur très-petite, les nombres trouvés pour la solubilité de chacun des trois sels ne peuvent pas, à ce qu’il me semble.
s’écarter beaucoup de la vérité. Pour la raison indiquée précédemment (p. 357), ces nombres sont, toutefois, plutôt trop grands que trop petits.
Les lignes de solubilité des trois bicarbonates étudiés sont toutes les trois des courbes faibles, ne différant pas beaucoup entre elles quant à la forme, et ayant la concavité tournée vers le haut.
De l’ensemble de mes déterminations j’ai déduit les tableaux suivants, dans lesquels j’ai encore tenu compte des demi-dixiémes ; c’est pour cela que le chiffre 5 figure seul à la seconde décimale.
Solubilité en 100 parties d/ eau.
Bicarbonate Bicarbonate Bicarbonate
Température.
de potasse.
de soude.
d’ammon
Oo . . . .
DES BICARBONATES DE SOUDE, ETC
Bicarbonate
Bicarbonate
Bicarbonate
Température.
de potasse.
de soude, d
’ a m ni O n i a q U e,
CO
Archives Néerlandaises, T. IX.
IV. Sur la tension de Ta eide carbonique dans les dissolutions des bicarbonates alcalins.
Pour déterminer, au moins en quelque sorte, la grandeur de la tension de T acide carbonique libre dans les solutions saturées des bicarbonates alcalins, j'ai fait quelques expériences spéciales, en procédant de la manière suivante. Le flacon, dans lequel devait être préparée la solution saturée , étant rempli presque entièrement de sel et d'eau , on le fermait avec un bouchon percé d'une ouverture , où passait un tube de verre deux fois recourbé , qui près de son extrémité (la plus éloignée du flacon) portait un robinet de verre à double voie. Après que le bouchon avait été bien adapté , on fermait le robinet 5 puis le flacon , placé dans une cuve d'eau, était secoué. Quand on jugeait la solution saturée, l'extrémité inférieure du robinet était reliée à un tube en U placé verticalement, qui servait de manomètre et dont l'une des branches avait environ deux décimètres de long , l'autre environ un mètre. Du mercure était versé dans la longue branche, et, à l'aide de la seconde voie du robinet , le tube pouvait être rempli exactement jusqu'à l’orifice de celui-ci. On ajoutait alors encore du mercure dans la longue branche, puis le robinet était disposé de façon que le flacon se trouvât en communication avec le manomètre. En ajoutant du mercure, ou en tournant le robinet de manière à en soutirer, il était facile d'obtenir que le mercure — la communication étant établie entre le flacon et le manomètre — s'arrêtât juste dans le robinet. La différence de hauteur du mer cure dans les deux branches du manomètre était alors mesurée, ce qui donnait la tension du gaz sans changement de volume.
Lorsque je voulais déterminer la tension k une température plus élevée, le robinet était fermé, le manomètre détaché, l'eau de la cuve chauffée à une température déterminée, et le flacon secoué pendant longtemps, la température étant maintenue constante autant que possible. Ensuite le manomètre était de nouveau relié au flacon, et en ajoutant ou soutirant du mercure, on mesurait la tension ainsi qu'il a été dit ci-dessus.
DES BICARÜONATES DE SOUDE^ ETC
Cette manière d’expérimenter n’a, sans doute, pas un grand degré d’exactitude. La tension observée dépend en effet, même à température constante , d’une foule de circonstances , telles que : le volume du mélange de CO^ et d’air qui occupe la capacité au-dessus de la solution (dans le flacon et dans le tube jusqu’au robinet), ou plutôt le rapport entre ce volume et celui de la solution ; la diminution de volume que le mélange de sel et d’eau éprouve quand on l’agite, par le fait de la dissolution du sel; la compressibilité du bouchon ; la compressibilité du verre , etc. Si, en outre, on élève la température, la tension est encore modifiée , non-seulement par l’augmentation de la quantité d’acide carbonique devenu libre dans la solution, mais aussi par les circonstances suivantes: la dilatation du liquide, laquelle restreint d’autant le volume du gaz qui repose sur lui; la dilatation du verre; l’accroissement de tension de l’air primitivement inclus dans le tube; l’accroissement de tension de la vapeur d’eau; le changement de compressibilité du bouchon et -du verre, etc. Pour ce motif, je n’ai fait avec cet appareil qu’un petit nombre de déterminations, dont voici les résultats:
Bicarbonate de potasse.
Deux déterminations. Pour II, le flacon avait été rempli de nouveau. Dans les deux cas, le flacon fut bouché à 15°.
Temp. de la Hauteur du
saturation. mercure.
. . 15" 440 millim.
Moyenne: 461 „
Bicarbonate de soude.
Le flacon fut fermé à 15o.
Temp. de la Hauteur du
saturation. mercure.
15“ 120 millim.
Le flacon ayant été xQm^Xi à! eau pure y je trouvai, après Tavoir
fermé à 15o:
Hauteur du
Température.
mercure.
' Si ces pressions , qui résultent de la tension de la vapeur d’eau et de la tension de l’air inclus, toutes deux croissantes quand on chauffe , sont retranchées des pressions ci-dessus , on obtient :
Temp. de la saturation .
Tension de CO*.
de mercure.
JJ JJ
JJ JJ
JJ JJ
Bicarbonate d’ammoniaque.
Le flacon fut fermé à 14°,5.
Temp. de la saturation. Hauteur du mercure.
140,5 720 millim.
c’est-à-dire, une tension de presque une atmosphère au-dessus de la pression de l’air.
Lorsque, pour chacun de ces sels, on laisse échapper l’excès de gaz, en ouvrant un instant le robinet, puis le refermant aussitôt, il recommence à se dégager peu à peu de l’acide carbonique , et la tension , qui était devenue = 0 , augmente de nouveau. Cet accroissement est d’abord assez rapide, ensuite plus lent. Avec le bicarbonate de potasse (Exp. I), par exemple, la tension, 2 heures après que le robinet eut été ouvert puis refermé , s’élevait de nouveau à 82 millim. et au bout de 24 heures elle atteignait 400 millim. de mercure, ou presque la valeur primitive, tandis que la température était restée, tout ce temps stationnaire, au moins à 540 près. Avec le bicarbonate d’ammoniaque, la tension était remontée , 24 heures après la double manœuvre du robinet ,
DES BICARBONATES DE SOUDE, ETC. 373
à 355 millira., et elle continua encore à croître, sans variation sensible de la température. Quand on supprime la tension, les dissolutions abandonnent donc de nouveau de Tacide carbonique, mais un long intervalle de temps est nécessaire pour que l’équilibre se rétablisse.
Vu la complication du phénomène , je m’abstiens , pour le moment , de pousser plus loin l’étude de ces tensions. Ce que je viens d’en dire suffit pour donner une idée de leur grandeur , et pour expliquer complètement les phénomènes décrits par H. Rose ^ ), savoir , que les solutions de bicarbonate de potasse et de bicarbonate de soude , abandonnées à l’air ou dans le vide , ou bien évaporées , perdent de l’acide carbonique et se transforment finalement en carbonates neutres.
Avant de finir, encore une remarque concernant le bicarbonate
ammoniaque.
J’ai mentionné plus haut (p. 365) le fait que ce sel, à l’état solide^ s’évapore déjà à la température ordinaire, et cela sans que la composition du résidu se trouve altérée. Or il serait intéressant de déterminer la densité de vapeur de ce sel à différentes températures et sous différentes pressions, attendu qu’une décomposition ou dissociation , à l’état de vapeur , est ici à prévoir. Pour l’examen des particularités accompagnant cette dissociation présumée, le sd conviendrait peut-être tout aussi bien que le carbaminate d'ammoniaque y ^étudié à ce point de vue parM. Naumann ^ ) , et qui d’après ce chimiste ne saurait exister comme tel sous forme de vapeur , 1 molécule du sel se dédoublant en 1 mol. CO^ et 2 mol. NH^. Dans l’hypothèse de la dissociation du bicarbonate d' ammoniaque y 1 molécule se partagerait en 1 mol. CO^, 1 mol. et 1 mol. H^O, et par conséquent, en cas
de décomposition complète , la densité de vapeur devrait être trouvée (de même que chez le carbaminate d’ammoniaque) trois fois plus petite que la densité calculée.
Amsterdam y Oct. 1874.
D ï’ogg. Ann. 31, p. 119.
Ann. Chem. Pharm. t. 160 p. 1.
ENDOTHÉLIUM ET ÉMIGRATION,
PAR
LAIDLAW PURVES.
Le but des observations que je vais communiquer était de rechercher quels sont les changements qui ont lieu dans Tendothélium des veines et des capillaires pendant les premières phases du phénomène inflammatoire. Je voulais savoir, en premier lieu, si, avant le début de Témigration des corpuscules sanguins , les parois des vaisseaux ne montreraient pas déjà des changements, qu’il conviendrait de regarder comme préparatoires à cette émigration. Secondement, j'espérais déterminer, avec plus de précision qu’on ne l’a fait jusqu’ici, la voie par laquelle les corpuscules sanguins traversent l’endothélium; il s’agissait, en particulier, d’essayer de résoudre la question , très controversée et encore indécise, de l’exisstence de stomates préformés dans l’endothélium normal des vaisseaux, et, en cas de solution négative, de reconnaître où et, comment se forment les ouvertures par lesquelles l’émigration s’effectue. Enfin, je me proposais d’examiner comment les stomates et l’endothélium se comportent dans les premiers temps après le passage des corpuscules.
Les expériences ont porté exclusivement sur le mésentère de grandes grenouilles mâles (Ra?ia esculenla et lemporaria) ; la méthode que j’ai suivie dans ces recherches est la suivante.
La grenouille est empoisonnée par une dose de curare tout juste suffisante pour produire la paralysie, ou bien elle est rendue
LAIDLAW PURVES. ENDOïHÉLIU Al ET ÉMIGRATION.
immobile au moyen d’une aiguille , qu’on enfonce par la voûte du crâne jusqu’au bas de la moelle épinière. Les intestins grêles et le mésentère étant alors amenés avec précaution au jour, à travers une petite incision faite dans ce but à la paroi abdominale, le mieux au côté droit, on étend le mésentère, — à l’aide de quatre ou cinq courtes épingles, qui fixent l’intestin sur un anneau de liège , — dans une position horizontale , en ayant soin qu’il se trouve tiraillé aussi peu que possible. On doit éviter dans cette opération l’effusion du sang. — Si l’on se propose d’étudier les vaisseaux dans une phase plus avancée de l’inflammation, le mésentère ne doit pas être tendu , parce qu’il en résulte aisément , dans beaucoup de vaisseaux, la stase du sang et un obstacle à l’injection; il faut se borner alors à le fixer au dehors par une seule épingle. Cette dernière précaution est nécessaire pour empêcher que les intestins, par suite des contractions de leurs muscles , ne se retirent de nouveau dans la cavité abdominale. — La grenouille est conservée dans un espace entièrement saturé de vapeur d’eau, et de temps en temps on observe au microscope l’état des vaisseaux du mésentère. La circulation doit encore pouvoir continuer , dans la majeure partie des vaisseaux , pendant au moins 2 — 3 jours.
Lorsque l’inflammation est arrivée au point convenable, — ce qui doit être décidé par l’examen microscopique du mésentère à un grossissement de 100 — 200 fois , attendu que le temps seul est un guide insuffisant, — on met le cœur à nu, on entoure d’un fil les deux aortes , et , par une incision faite au bulbe artérieux , on introduit une fine canule, remplie du liquide à injection, dans une des deux aortes. La boucle du fil est alors serrée. Ensuite on injecte environ 1 once d’une solution de nitrate d’argent à 1 — tV cent, après avoir pratiqué une ouverture à la veine
cave ou au cœur, pour laisser échapper le sang et le superflu du liquide injecté.
On reconnaît que l’injection a bien pénétré dans les vaisseaux , au changement de couleur des divers organes, spécialement du foie , et aux crampes tétaniques des muscles de la grenouille. Au
LAIDLAW PURVES. ENDOTHELIUM ET ÉMIGRATION.
bout de quelques minutes (5 — 10), la seringue, préalablement un peu chauffée, est remplie d’une solution de gélatine dans l’eau distillée , puis cette solution est injectée à son tour. Pour empêcher tout à fait que, dans les manipulations ultérieures, la solution de gélatine ne s’écoule de nouveau des vaisseaux, on lie la racine du mésentère de l’intestin grêle, puis on laisse la gélatine se coaguler par le refroidissement. La préparation peut alors être placée dans un mélange de glycérine et d’eau (10 p. c.) , avec ou sans addition d’un peu d’acide acétique.
De cette manière , il est possible d’obtenir une image claire et nette de l’endothélium , sans donner lieu à beaucoup de précipité et sans colorer sur une trop grande étendue les corps des cellules endothéliales ; en outre , on prévient ainsi l’affaissement des parois des vaisseaux capillaires, qui se produit presque toujours quand on n’injecte pas de gélatine, et qui empêche alors de juger sainement de la situation relative des cellules endothéliales , soit entre elles , soit par rapport aux corpuscules du sang. En même temps que les cellules de l’endothélium , il importe beaucoup de conserver inaltérés , quant à leur forme et à leurs caractères , les corpuscules blancs et rouges du sang, et de les rendre bien apparents par l’injection. Pour cela, il est nécessaire que la solution argentique ne soit pas trop faible, car autrement les corpuscules sanguins se gonflent, pâlissent et même se détruisent complètement. Les solutions à pour cent sont déjà trop étendues; une concentration à ^ — f pour cent paraît convenir le mieux. Les solutions plus fortes, telles qu’on les emploie ordinairement, doivent être évitées, attendu qu’elles donnent des images très inégales, troublées par toutes sortes de précipitations, de colorations, etc. M. Robinsky a attiré avec raison l’attention sur ce point.
Lorsqu’on a maintenant injecté, par la méthode décrite, les vaisseaux d’un mésentère saiuj on trouve que chaque cellule de 'l’endothélium montre un contour obscur bien limité, qui est partout appliqué immédiatement contre la paroi de la cellule voisine, sans stomates y ni entre y m dans les cellules. Cela est vrai d’une manière tout à fait générale, pour les artères, les veines et les
LAIDLAW PURVES. ENDOTHELIUM ET ÉMIGRATION.
capillaires, alors même que, par suite d’injection sous très haute pression, tous les vaissaux sont distendus à l’excès. De ce dernier fait, il suit que l'adhesion etiire les cellules de l'endothélium est très grande ^ et que le corps même des cellules endothéliales possède une grande extensibilité. Dans le tissu extérieur aux vaisseaux on peut voir quelquefois un corpuscule blanc du sang, et il y en a parfois aussi un de fixé au côté interne de la paroi vasculaire, au moins dans les vénules et les capillaires. Les mêmes résultats m’ont été offerts, par des mésentères qui avaient déjà été exposés à l’air pendant plusieurs heures, et qui montraient çà et là un commencement d’accumulation et d’émigration de leucocytes. Les cellules de l’endothélium, ainsi que leurs noyaux , étaient à ce moment encore parfaitement normales . Même dans un stade plus avancé de l’inflammation , en des points où beaucoup de corpuscules sanguins ont déjà traversé la paroi du vaisseau, on réussit assez souvent à obtenir des images qui ne diffèrent des images tout à fait normales que par la présence d’un nombre plus ou moins grand de leucocytes , et aussi d’hématies, à la face interne et à la face externe de la paroi vasculaire, et dans la paroi vasculaire elle-même y toujours entre les cellules de l’endothélium. Là seulement où un corpuscule du sang se tronve en partie dans la paroi vasculaire , en partie en dehors , les cellules de l’endothélium ne se touchent pas directement ; partout ailleurs, les choses se présentent comme dans l’état normal : nulle trace de stomates y nul signe d’un changement des cellules endothéliales ou de leurs noyaux.
Il est vrai que, lorsque les mésentères sont parvenus à une période très avancée de l’inflammation , les résultats de l’injection ne sont plus tout à fait uniformes ; l’injection reste alors presque toujours incomplète, certaines vénules et certains capillaires ne se gonflant pas, à cause de leur obstruction par des corpuscules du sang, surtout par des blancs. De préférence au voisinage de pareils vaisseaux, et même quand on injecte une solution argentique très diluée (à pour cent, par exemple) , il se forme alors souvent, à la face interne des cellules de l’endothélium, et plus
378 LAIDLAW PURVES. ENDOTHÉLIUM ET ÉMIGRATION.
spécialement entre les cellules, des précipités irréguliers, qui ne tardent pas à brunir sous Tinfluence de la lumière. Ils ont des dimensions très variables (jusqu'à 0,003 mm.) et la forme de globules ou d’anneaux, rarement celle de granules anguleux. La preuve que ce ne sont pas des stomates résulte de leur couleur brune , même au centre , ainsi que de leur situation à la face interne de la paroi vasculaire , situation qui , à l’aide de très forts grossissements (Zeiss F.) et d’une bonne vis micrométrique , se laisse constater avec certitude dans de fins vaisseaux capillaires, même par l’examen d’images en profil. Ces précipités ressemblent par tous leurs caractères à ceux qu’on observe aussi, fréquemment, dans les vaisseaux normaux , tant artères que veines et capillaires, surtout à la suite d’une injection rapide de solutions assez fortes de nitrate d’argent ^ pour cent). Comme d’ailleurs ils man-
quent entièrement dans beaucoup de vaisseaux où, au moment de l’injection , se faisait ou s’était déjà faite une émigration active , ils ne peuvent être regardés comme le signe d’une altération pathologique de la paroi vasculaire.
Les figures de la Planche V donnent une idée de la manière dont s’effectue le passage des corpuscules du sang entre les cellules de l’endothélium. La fig. 1 montre une portion de l’endothélium d’une veine (d’environ 0,2 mm. de diamètre), la fig. 2 une portion d’un des vaisseaux capillaires d’un fragment de mésentère qui était resté exposé à l’air pendant 48 heures. Dans toutes les deux, on voit que les cellules de l’endothélium se joignent parfaitement, sauf à la place où un leucocyte traverse la membrane. Là où les cellules de l’endothélium embrassent le leucocyte, leurs bords sont beaucoup , moins sinueux qu’ailleurs, ce qui s’explique par l’extension passive des parois des cellules, sous l’effort du corpuscule qui s’insinue entre elles.
Il ne peut plus , en effet , y avoir de doute que les corpuscules blancs se fraient activement leur chemin entre les cellules de l’endothèlium , qu’ils commencent par conséquent par faire euxmêmes les ouvertures qui doivent leur livrer passage. Cela est d’accord avec le fait que non-seulement les stomates manquent
LAIDLAW PURVES. ENDOTHELIUM ET ÉMIGRATION. 379
complètement dans les vaisseaux à l’état normal, mais que, avec notre méthode d’injection, ils font aussi habituellement défaut là où a déjà eu lieu une forte émigration. Cette dernière circonstance ne peut s’expliquer qu’en admettant que, après la sortie des cor puscules blancs du sang, les stomates ^ qu’ils avaient formés, se referment de nouveau par suite de l'élasticité des parois des cellules de r endothélium. Si ces ouvertures persistaient, le nombre des corpuscules rouges du sang trouvés en dehors de la paroi vasculaire, dans une phase encore relativement récente de l’inflammation, devrait aussi être beaucoup plus considérable que cela n’est en réalité le cas. Selon toute apparence, il ne sortirait pas d’hématies du tout, si les stomates se refermaient immédiatement derrière les leucocytes; car ces hématies, en leur qualité d’éléments non contractiles, ne peuvent sortir que passivement, à travers des ouvertures préformées. Or puisqu’elles émigrent , et toujours , à ce qu’il m’a semblé, en des points où peu de temps auparavant un leucocyte a quitté la cavité du vaisseau, on doit admettre que les stomates, bien que se refermant assez vite, ne disparaissent pourtant pas aussitôt après le passage du premier corpuscule. La méthode suivie pour l’examen ne peut être la cause qu’on ne trouve plus de stomates après l’émigration. Au contraire, l’injection , surtout sous une pression aussi forte que celle à laquelle j’ai eu fréquemment recours, doit favoriser la formation de fentes et d’ouvertures entre les cellules de l’endothélium.
En ce qui concerne les points de sortie des leucocytes , je dois encore faire remarquer que je n’ai jamais vu un corpuscule du sang traverser le corps d’une cellule de l’endothélium. Souvent on observe bien un corpuscule appliqué au centre de la paroi interne d’une cellule de l’endothélium, mais toujours, ainsi qu’on peut s’en assurer à l’aide des grossissements les plus puissants et de la vis micrométrique, ce corpuscule se trouve en entier sur la face interne de la cellule, et n’envoie aucun prolongement au dehors, à travers le corps de l’élément.
L’émigration a donc lieu exclusivement par le passage entre les cellules , quelquefois juste au point où trois cellules se touchent ,
3 80 LAIDLAW PURVES. ENDOTHÉLIUM ET ÉMIGRATION.
mais, dans le cas le plus ordinaire, entre deux cellules seulement, ‘ et alors, à ce qu’il m’a paru, de préférence au voisinage d’une des extrémités de la cellule.
Eu terminant, je veux encore insister sur le fait que, même dans les phases les plus avancées de l’inflammation, jusqu’à 48 heures après le commencement d’une émigration active, je n’ai pu découvrir aucun changement caractéristique, ni aux cellules endothéliales des capillaires, ni à celles des veines , et qu’en particulier je n’ai rien vu qui annonçât une proliflcation ou multiplication des cellules ou de leurs noyaux.
Laboratoire physiologique de L université d' UtrecJil ^ Avril 1873.
SUR LES ACIDES OCTYLIQUE ET CAPRYLIQUE,
PAR