V. I). W. — Dérivation de la main gauche à la main droite
Dans cette figure, l'électrocardiogramme est représenté dans un système de coordonnées 2), consistaut en un réseau de millimètres carrés. Les traits horizontaux, ou abscisses, s'obtiennent en plaçant en avant de la plaque photographique, et tout près de celle ci, une échelle en verre verticale, divisée en millimètres, de sorte que les ombres nettes des traits de division tombent sur la plaque; tandis que les traits ver-
^) Les courants électriques accompagnant les battements d'un cœur de grenouille ont été démontrés pour la première fois par MM/A. Kôf.ijker et H. Mûller ; pour le coeur humain ils ont été montrés pour la première fois par M. Auo. D. Waller. Pour de plus amples détails relatifs à la bibliographie ancienne, je renvoie à la dissertation de M. W. T. de Vooel, Leyden, 1893. On trouve des publications plus récentes dans Pkluger's Archiv, f. d. (jes. Physiol, 1895 et 1900, et dans Onderzoekitujen physiol. laborat. Leidcn^ 2o Reeks.
*) Voir S. Garten, Abhandl. d. K. Sàchs. Gesellscli.d. Wissensch, zu Leipzig ^ Math. phys. Kl. 26, n°. 5, 1901.
242 W. EINTHOVEN.
ticaux, ou ordonnées, s'obtiennent par une espèce de roue, tournant d'un mouvement uniforme, dont les rayons interceptent par intermittences la lumière qui tombe sur la plaque. Dans nos photographies il est toujours fait en sorte que la distance des ordonnées soit à peu près la même que la distance des abscisses. De cinq en cinq les traits sont rendus un peu plus gros. Cette dernière particularité du système de coordonnées s'obtient aisément en renforçant quelque peu, de cinq en cinq, les traits sur Téchelle de verre disposée devant la plaque; de même les rayons du disque tournant sont rendus un peu plus épais de cinq en cinq.
Dans la fig. 3 un mm. en abscisse correspond à 0,04 sec, et un mm. en ordonnée représente une différence de i)otentiel de 10~* volts entre le^ pôles du galvanomètre ').
Fig. 4.
Afin de pouvoir discuter aisément la forme de T électrocardiogramme, je représenterai par des lettres les divers sommets de la courbe. Dans la figure schématique fig. 4, nous distinguons les cinq sommets P, Q, ffi, S et T. Le premier sommet P correspond seul à la contraction des oreillettes, tandis que les quatre sommets suivants représentent le mouvement électrique produit par la systole des ventricules. Ces sommets peuvent diff'érer assez notablement quant à la forme et la hauteur, tant par le sujet examiné que par les endroits d'où dérive le courant.
Nous reproduirons maintenant quatre électrocardiogrammes, pris successivement chez une même personne, mais dans quatre circonstances différentes de dérivation du courant. Pour rendre comparables entr'elles les courbes ainsi obtenues, il a été fait en sorte que la partie du corps
') Sauf indication contraire, il en est de même pour toutes les autres figures.
LE TELECARDIOGRAMME.
qui prend le potentiel de la base du cœur ou du cœur droit fût toujours reliée au même pôle du galvanomètre, et à l'autre pôle la partie du corps qui prend le potentiel de la pointe du cœur, ou du cœur gauche. Quand la première partie prend passagèrement une charge négative par rapport à Tautre il se forme dans T électrocardiogramme un sommet dirigé vers le haut.
La vitesse du mouvement de la plaque photographique et la sensibilité du galvanomètre sont réglées de telle manière que, dans toutes les épreuves, 1 mm. en abscisse correspond à 0,04 sec. et 1 mm. en ordonnée h une différence de potentiel de 0,1 millivolt.
Dans la fig. 5 j'ai reproduit le premier des quatre électrocardiogrammes; le courant venait des deux mains. Au premier coup d'oeil la
Fig. 5.
M. — Dérivation de la main gauche à la main droite.
fig. 5 ressemble à Télectrocardiogramme de la fig. 3; mais ils proviennent de personnes différentes, et, en y regardant de près, on reconnaît facilement des différences entre les deux cardiogrammes. Ainsi p. ex. le sommet T, comparé au sommet i^, est nettement plus haut dans la fig. 5 que dans la fig. 3; dans la fig. 5 surtout le sommet S^ dirigé vers le bas, s'abaisse plus loin au-dessous de la position d'équilibre et il est beaucoup plus net que dans la fig. 3. En somme, avec un peu d'exercice, l'analyse quelque peu détaillée des courbes permet de distinguer les personnes par la forme de leur électrocardiogramme.
Je ne puis manquer d'attirer ici l'attention sur une particularité qui paraît se présenter dans tous les électrocardiogrammes, savoir, que dans le dernier sommet 7' la branche ascendante est moins abrupte que la branche descendante. Un sommet d'une telle forme ne s'observe ni dans un sphygmogramme, ni dans un myogramme, ni même, pour autant que je sache, dans aucune autre courbe physiologique.
W. EÎNTHOVEN.
Quand on obtient le courant en reliant les deux mains, la hauteur des divers sommets est assez grande. Par contre, quand on relie le galvanomètre aux deux pieds, les sommets sont beaucoup moins prononcés, comme on pouvait s'y attendre d'ailleurs. La fig. 6 prouve qu'on n'observe plus alors que deux sommets, dont Tun atteint une hauteur de 0,9 mm., et l'autre, à peine sensible, 0,1 mm.
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Fig. 6.
Dérivation du pied gauche au pied droit.
Dans la troisième manière de dériver le courant, nous faisons usage de la main droite et du pied gauche. La fig. 7 représente Télectrocàrdiogramme obtenu dans ces conditions. En général les sommets sont plus élevés que dans la dérivation par les deux mains, et c'est de cette façon que Ton obtient d'ordinaire les plus belles courbes.
Une quatrième dérivation s'obtient en reliant le galvanomètre à la main gauche et au pied gauche. Dans ces conditions, les écarts sont
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Fig. 7.
Dérivation de la main droite au pied gauche.
généralement plus petits, comme on peut le voir sur la fig. 8; mais ce qu'il y a de plus frappant c'est que la hauteur relative des divers sommets est modifiée. Le sommet S s'abaisse plus loin, tandis que le dernier sommet T a diminué dans une plus forte mesure que les autres. On peut même constater dans les électrocardiogrammes de plus d'une personne que le sommet T a totalement disparu ou est devenu négatif.
LE TÉLIÉCARDIOGRAMME.
Une fois que Ton connaît les courbes obtenues 1°. en reliant la main droite à la main gauche, 2°. en reliant la main droite au pied gauche, il doit être possible de dt^luire de ces deux-là la courbe résultant d'une dérivation par la main gauche et le pied gauche. Ce calcul, qui est utile non seulement pour le contrôle de la précision des tracés, mais encore pour Tidentification des sommets qui ont été représentés par la même lettre dans les diverses courbes, sera traité bientôt, j'e^'^père, dans
Fig. 8.
M. — Dérivation de la main gauche au pied gauche.
la dissertation d'un de mes élèves. On y verra que les sommets de même nom ne sont pas absolument identiques, et que les écarts nous permettent de nous faire une idée de la façon dont les sommets prennent naissance.
Pour effectuer le calcul, nous nous servons de courbes enregistrées
Fig. 9.
M. — Dérivation de la main droite au pied gauche.
Absc. 1 mm. = 0,01 sec; ordon. 1 mm. = 10~4 volts.
avec une vitesse du tableau d'enregist ration quatre fois plus grande. La fig. 9 représente une pareille courbe. Elle a été fournie par la même personne qui a donné les quatre électrocardiogrammes précédents, en reliant la main droite au pied gauche. Ici encore 1 mm. en ordonnée correspond à 10"\ volts, mais 1 mm. en abscisse correspond maintenant à 0,01 sec. La distance des sommets Q, R et /S'est assez grande
W. EINÏHOVEN.
pour qu'il soit possible de déterminer avec une précision sufiBsante le moment exact de leur apparition.
La vitesse plus grande, dont le tableau d'enregistration est animé, nous permet aussi de mieux étudier la forme de chaque sommet en particulier. J'attire spécialement l'attention sur le relèvement accompagnant la contraction des oreillettes; ce sommet est ici bien accusé, ainsi que cela s'observe très souvent. Par contre, dans la fig. 10, qui représente rélectrocardiogramme d'une autre personne, mais pris dans des conditions absolument les mêmes d'ailleurs, le sommet des oreillettes pi'ésente un plateau oii Ton remarque encore une petite dépression.
On peut naturellement s'attendre à ce qu'un cœur malade trace un
in;ini]LiLL]i[jiJ.iijii=n^ul
Fig. 10.
Th. — Dérivation de la main droite au pied gauche. Absc. 1 mm. = 0,01 sec; ordon. 1 mm. = lO"** volts.
électrocardiogramme d'une autre forme qu'un cœur sain. Cette prévision a été directement confirmée par quelques observations préliminaires, faites dans mon laboratoire. Mais le nombre des cas ainsi examinés devait évidemment rester fort restreint, puisque le transport des malades au laboratoire de physiologie, surtout dans des cas graves, n'était pas sans difficulté. Pourtant il fallait multiplier le nombre des observations; pour une étude quelque peu approfondie des maladies du cœur il est, en effet, nécessaire que les recherches s'étendent sur un grand nombre d'exemples.
C'est alors que M. Bosscua suggéra l'idée de relier, par des fils conducteurs, à l'hôpital de l'Université de Leyden, le laboratoire de physiologie, où est établi le galvanomètre difficilement transportable. De cette manière on rendrait possible l'examen des malades de l'hôpital au moyen du galvanomètre du laboratoire. ,
xVfin d'établir jusqu'à quel point cette idée était susceptible d'une
LE TELéCARDIOGKAMME. 247
réalisation pratique, une expérience était nécessaire et M. le Prof. Place proposa d'employer pour cette expérience le subside que la Société Hollandaise des Sciences destine à une recherche de physiologie. La proposition de M. Place fut approuvée et Texpérience eut lieu.
A première vue la question du raccordement électrique parait très simple. En effet, les courants électriques nous apportent journellement par le télégraphe des informations de tous les coins de la terre. Pourquoi les courants provenant du cœur ne pourraient-ils pas être conduits de rhôpital au laboratoire? En réalité, il n'y a aucune difficulté quant au principe; mais dans Texécution des détails on se heurte pourtant à un certain nombre de difficultés d'ordre pratique.
Nous nous sommes servis d'une paire de fils du réseau téléphonique de Leyden, installé d'une façon parfaite par MM. Ribbink et van Bobk. Les fils de ce réseau s' étendent en partie sous le sol, en partie dans Tair. Tandis que les fils souterrains, fournis par la maison Fei^ten et Guil- LEAUME à Mûlheim s. 1. Bhin, ne laissaient rien à désirer, nous avons reconnu que les raccords terminaux, tendus au-dessus du sol, n'étaient pour nous d'aucun usage.
Des fils tendus dans Tair ne sont jamais absolument immobiles. Ils sont toujours animés d'un léger mouvement d'oscillation, par lequel ils se rapprochent ou s'écartent irrégulièrement l'un de l'autre. Par là ils enferment dans leur circuit un nombre variable de lignes de force du champ magnétique terrestre, ce qui donne naissance à des courants rendant le galvanomètre instable.
Il est assez difficile de placer sous le sol les extrémités des fils conducteurs; nous les avons donc fait aboutir en des fils isolés, tordus ensemble de manière à occuper l'un par rapport à Tautre une position invariable, et entourés d'un manchon en plomb. Ce câble de plomb, lourd et flexible, ne saurait être tendu; voilà pourquoi nous l'avons suspendu dans l'air à un câble en acier *). Même quand ce câble est agité par le vent, il n'en résulte aucune modification de Tindication du galvanomètre; nous avons donc vaincu ainsi une des difficultés que nous avons rencontrées au commencement.
Nous avons rencontré d'autres difficultés dans une isolation imparfaite et dans une induction réciproque des fils du réseau téléphonique.
') Les matériaux nécessaires pour cette installation nous ont été fournis aussi, à notre entière satisfaction, par la maison Fei.ten et Guiî.leaume.
ABCHIVES NÉERLANDAISES, SËBIB U. TOME XI. 17
W. BINTHOVEN.
Chaque fois qu'un abonné reçoit un signal d'appel, des courants assez intenses se produisent dans le réseau, et, quand les divers fils ne sont pas parfaitement isolés les uns des autres, ces courante passent d'un fil à un autre, ce qui rend encore une fois incertaines les indications du galvanomètre.
Nous avons eu beaucoup de peine à isoler d'une façon aussi parfaite que possible les fils du galvanomètre. Le remplacement des fils termi-
^it^tc-
^vpitvif.
l^bc'yicJL.
Fig. 11.
naux, nus, tendus dans Tair, présentant nécessairement une isolation imparfaite aux points d'appui, par les câbles de plomb dont nous venons de parler, constituait déjà une amélioration considérable. D'ailleurs, remploi de ces câbles de plomb nous a permis de laisser de cAté, saus danger, les parafoudres ordinaires, qui constituent toujours une source d'erreurs; il suflBsait maitenant de mettre le manchon en plomb en communication avec le sol. L'isolation des câbles de plomb n'a jamais rien laissé à désirer, mais les endroits où s'établit le raccordement de la conduite souterraiîie aux fils aériens constituent, maintenant encore, des points faibles. Par un temps sec la résistance y atteint, il est vrai, 2000 à
LB TBLECARDIOGRAMME.
3000 mégohras, mais en temps de pluie elle peut s'abaisser jusqu'à 10 mégohms et moins encore.
L'induction réciproque, surtout gênante aux extrémités des fils conducteurs, tendus sans enveloppe Tun à côté de l'autre, a été également diminuée notablement par l'emploi des câbles de plomb.
Mettons maintenant une des extrémités de la corde en contact avec un des fils de communication du laboratoire avec Fhôpital, et relions l'autre extrémité de la corde à la terre, ainsi que le représente la figure schématique 11 A. Dans ces conditions le galvanomètre est traversé par des courants vagabonds, produits dans le réseau téléphonique au mo-
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