COURANTS DANS LB SYSTEME STELLAIRE. XLI
quelques physiciens, qui ne d&espèrent pas de découvrir un corps absolument immobile. Mais vous me permettrez de ne pas entrer dans ces considérations.
Figurez-vous deux trains de chemin de fer arrêtés dans une station. Un voyageur assis à une fenêtre de Tun des deux voit Tautre passer à côté de lui. Mais il ignore si c'est l'autre train qui se met en mouvement, ou bien si c'est celui dans lequel il se trouve qui se meut en sens inverse \ et même il se pourrait qu'ils se soient mis en mouvement tous les deux à la fois. Son doute est parfaitement motivé. Il ne voit en somme que le mouvement relatif des deux trains, et dans cette observation il n'y a rien qui lui permette de conclure à son propre état de repos. Nous savons tous par expérience combien il est aisé de se faire illusion à ce sujet.
H en est tout à fait de même dans le cas qui nous occupe. Pour nous, qui sommes placés sur la terre, les étoiles passent à côté de nous , de préférence dans une direction venant d'Hercule. Mais il se peut tout aussi bien que ce soit l'inverse qui a lieu en réalité: que cette préférence des mouvements stellaires pour une direction déterminée n'est qu'une illusion, et que c'est nous-mêmes qui nous déplaçons en sens inverse, c. à d. vers la constellation d'Hercule, avec la terre, le soleil et notre système solaire tout entier.
Et dans les mouvements que nous observons il n'y a rien qui nous permette de conclure que l'une ou l'autre de ces deux interprétations est la vraie.
Ce sont donc d'autres considérations qui devront nous guider; or voici une pareille considération.
Chaque étoile du firmament est un soleil, et notre soleil n'est pas même un des plus grands parmi la légion d'étoiles. J^a grande importance qu'a pour nous le soleil tient uniquement à ce qu'il est l'étoile fixe la plus rapprochée de nous. Quelle raison y aurait-il donc d'admettre que notre soleil fût la seule étoile réellement fixe ?
11 y au contraire une raison pour ne pas l'admettre. En effet, si le soleil avait été en repos à un instant déterminé , l'attraction de toutes les étoiles aurait dû le remettre en mouvement depuis. L'immobilité du soleil ne peut durer qu'un moment.
Il n'y a qu'un point dans tout le système stellaire dont on ne puisse pas dire la même chose. Ce point est le centre de gravité de tout le
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système. Ce point, une fois en repos, doit le rester indétiniraent *).
Il est donc naturel et logique de rapporter tous les mouvements dans le grand système stellaire au centre de gravit(^ de ce système.
C'est ainsi, et pour un même motif, que Newton rapporta tout mouvement dans notre système planétaire au centre de gravite de ce système. Tout comme il admit Timmobilité du centre de gravite du petit système solaire, nous admettons ici Timmobilit*^ du centre de gravite du grand système stellaire, c. à d. de Tensemble des étoiles que nous voyons à travers nos lunettes.
Mais en agissant ainsi nous déclarons fausse le représentation de la fig. 4, où le soleil est supposé immobile. Là les étoiles de tout le système se déplacent en majorité dans une même direction. Il faut donc quMl en soit de même du centre de gravite. Ce mouvement n'est donc pas réel.
Mais alors il faut que ce soit le soleil qui se déplace avec la même vitesse, mais en sens contraire; c. à d. que le soleil doit avoir le mouvement indiqué par la flèche OX, un déplacement vers la constellation d'Hercule, tandis que Texistence d'une direction favorisée parmi les déplacements des étoiles n'est qu'une illusion.
Récapitulons ce qui vient d'être dit jusqu'ici:
Nous avons constaté qu'une certaine régularité est cachée dans l'entrecroisement, inextricable en apparence, des mouvements des étoiles, tels que no«s les voyons projetés sur la sphère céleste : il est vrai que toutes les directions sont représentées, mais on reconnaît pourtant, en chaque point du ciel, une certaine préférence pour une direction déterminée.
Ces directions privilégiées présentent cette particularité qu'elles s'écartent d'un même point du ciel, situé dans la constellation d'Hercule.
Ce fait peut être interprêté de deux manières : ou bien : Les étoiles se meuvent dans l'espace dans toutes les directions, mais on y reconnaît néanmoins un grand courant universel , qui fait passer le système stellaire à côté du soleil immobile, dans une direction qui va de la constellation d'Hercule vers nous ;
*) Il n'en serait pas ainsi évidemment s'il existait d'autres systèmes stellaires encore que le grand système que nous connaissors. Mais j'ai crû qu'il valait mieux ne pas parler ici de pareils systèmes, purement hypothétiques.
COUKANTS DANS LE SYSTEME STELT.AIRE. XLIH
OU bien: Le soleil se meut, et les mouvements réels des étoiles nont pas de résultante ; c. à d. qu'il n'y a aucune direction qui soit mieux représentée que les autres, et les étoiles se meuvent , pour autant que nous sachions en ce moment, sa7ts aucun ordre.
C'est la dernière manière de voir qui est évidemment la seule rationnelle, et nous en arrivons ainsi à reconnaître le fait, important au plus haut points du mouvement propre du soleil, et avec lui de notre système planétaire tout entier, à travers l'espace Ce fait fut reconnu , moitié par intuition, par F. W. Herschel, rejeté comme insuffisamment établi par Bessel, et définitivement démontré par M. Ahgelandeu.
Le point vers lequel le soleil se dirige dans son mouvement, situé dans la constellation d'Hercule, est ordinairement appelé V Apex du mouvement solaire, ou apex tout court.
Yoilà donc que la seule régularité , constatée jusqu'ici dans les mouvements stellaires, n'est en somme que la reproduction du mouvement de notre système solaire dans Tespace. Au sujet de la constatation d'une régularité dans les mouvements réels des étoiles nous ne sommes donc pas plus avancés. Dans ces mouvements réels nous n'avons trouvé jusqu'ici aucune trace d'ordre.
Remarquons pourtant que nous sommes partis de cette hypothèse (voir p. XXXV), que la régularité qui se manifeste dans les mouvements „consiste en ceci, qu'en tous les endroits du ciel il y a une seule direction qui est mieux représentée que toutes les autres''. C'est cette supposition qui nous a conduit à faire usage de la résultante. Cette résultante a l'avantage de déterminer, d'une façon nette et précise, la direction principale du mouvement; c'est ce qui a rendu son emploi fertile; elle nous a permis d'établir le mouvement du soleil à travers Fespace. Mais il est évident que la considération de la résultante ne peut pas être substituée complèfeme7it à la considération des mou vernents eux-mêmes, car elle ne tient pas compte de toute autre régularité possible.
Et pourtant on conçoit que d'autres régularités ne sont pas exclues a priori.
Ainsi, par exemple, il se pourrait qu'à côté d'une préférence pour une certaine direction, il y eût aussi une préférence pour un mouvement parallèle à un certain plan, en particulier parallèle au plan de la Voie lactée. Une pareille éventualité est même assez probable a priori ,
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car elle expliquerait comment il se fait qu'il existe encore toujours une Voie lactée.
La Voie lactée est cette large bande du ciel, qui est beaucoup plus riche en étoiles que le reste de la voûte céleste^ et qui nous apparaît pour cette raison comme une bande lumineuse au firmament.
Or, s'il est vrai que les mouvements stellaires s'effectuent dans toutes les directions, sans préférence aucune, il semble qu'au bout d'un certain temps la Voie lactée doive se dissiper complètement. Cela peut durer des millions d'années, mais cela paraît inévitable. Et comme il y a tout lieu de croire que le monde céleste existe déjà des millions d'années, dans l'état à peu près oii nous le connaissons, il est assez étonnant même que cette dissipation de la Voie lactée ne soit pas depuis longtemps un fait accompli.
Un mouvement systématique des étoiles parallèlevient au plan de la Voie lactée rendrait compte de sa persistance.
De pareilles considérations ont fait que M. Schonfeld, et bien d'autres encore après lui , se sont occupés d'examiner si le système stellaire tout entier ne serait pas animé par hasard d'une révolution autour de Taxe de la Voie lactée. Moi-même j'ai poursuivi cette idée, il y a deux ans, d'une façon plus générale, et j'ai tâché de découvrir une préférence possible pour des mouvements dans des plans parallèles à la Voie lactée, ces mouvements étant pour le reste sans ordre dans ces plans mêmes.
On peut dire qu'on n'a pas constaté de traces certaines de la rotation de Schonfeld. Et de même les traces que j'ai pu trouver de la préférence que j'avais présumée sont tellement faibles que je n'ai pas crû devoir publier mes résultats.
11 semble donc qu'il soit nécessaire de suivre une voie plus directe.
Voilà pourquoi nous ne continuerons pas à baser de nouveaux raisonnement sur les considérations de tantôt, mais nous reprendrons la question ah ovo. Seulement nous admettrons désormais comme fait établi (|ue notre système solaire se meut à travers l'espace. Et nous allons maintenant:
a. examiner comment doivent se présenter à nous les mouvements astronomiques des étoiles, quand ils sont réellement désordonnés, mais sont observés d'une station qui se déplace dans l'espace; c'est ce que j'appellerai la distribution Idéale des mouvements propres;
6. examiner si la distribution réelle des mouvements propres observés s'accorde, oui ou non, avec une pareille distribution idéale.