LA TEMPÊTE
La tempête au grand vent lyrique et furieux,
Qui noire bat ton âme et rouge mord tes yeux,
Ne la maudis jamais, car en elle s'éploie un dieu!
Et s'il t'emplit de foudre aérienne et s'il te brùie,
N'éteins pas son feu d'or qui sous ta chair circule,
Car ce serait éteindre en toi l'astre et les cieux !
Et si tous les échos de l'orage superbe
Frappent ton cœur comme des ailes d'oiseaux fous.
Grains l'heure où dans les échos morts mourra le \erbe,
La Vie, et crains, hélas ! la nuit sans forme et sans remous !
Crains le silence où rien ne mord et rien n'arrête.
Où sans brûler et sans souffrir, froid et perdu,
Et traînant le cadavre immobile de la tempête,
Qui portait la divine Espérance en ses flancs de bête,
On sait qu'on est vivant, mais on ne le sent plus.
46 AHIEL ESCLAVE