‹ Ariel esclaveChapitre 19 sur 82 · MA JEUNESSE · texte numérisé non relu

MA JEUNESSE

Celle dont la voix n'est qu'un écho :

« Je veux que mon baiser ne te frôle qu'à peine. Pour que son fin toucher n'allume pas ton front. Et mon pied se fera léger comme une haleine Pour que ses pas ne troublent point ton cœur profond,

« Je viendrai près du lit où somnole et s'agite Ta fièvre... Et sans parler, je calmerai ton sein, Car je mettrai sur ton cauchemar qui palpite Mon regard bleu, chargé d'auréoles sans fin.

(( Puis relevant un peu mes prunelles pensives, Je voilerai leur flamme avec mes blonds cheveux, Pour qu'y repose en paix ton âme sensitive, Ton âme, tout entière attirée en mes yeux.

(( Quand tu t'éveilleras dans ta chambre si noire. Tu chercheras encor l'éclair de ma beauté, Et. noyé de regrets, tu ne voudras pas croire Que je n'étais qu'une ombre et n'ai pas existé.

« Fantôme exhalé de toi-même.

J'étais toi-même Et n'ai pas existé. »

Si tu pouvais être vivante,

Ma chère amour...

Si tu pouvais être vivante,

Ombre faite de moi. qui charmes et tourmentes

Mes nuits, mes jours...

Je te prendrais la main comme on prend une rose. Si délicate qu'en l'aimant, à peine j'ose

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L'effleurer de caresses.

Toi, lu prendrais mon âme, et nous irions ensemble, Dans l'été qui se meurt, dans les espoirs qui tremblent.

Découvrir ma jeunesse.

Elle que je n'ai pu ni saisir ni connaître,

A ton souille elle éclaterait dans tout mon être,

Faisant crier ma bouche.

Mais ne ris pas trop fort, et garde d'effrayer Le nid intérieur des oiseaux prisonniers

Qui dans moi s'effarouchent !

Ils ont si peur, ayant toujours vécu sans fleurs, Et sans lumière et sans amour, ils ont si peur

D'être si ridicules 1 Viens, et goûtons sans bruit ma jeunesse à tes lèvres, Et voyons s'il n'est pas une aube dans les fièvres

Du soir, au crépuscule.

Comme une aurore, en tes cheveux la nuit est blonde... J'écoute sous nos pas gémir les sources trop profondes...

Ma jeunesse est, sous l'ombre, une source immense et profonde.

Quand un soir je \errai paraître enfin la Vie, Je la prendrai, sans rien lui dire, dans mes bras. Et nous ne crierons pas, nous ne parlerons pas, Car la douceur en nous sera suprême et recueillie.

Mais je lui montrerai mes deux lèvres, meurtries D'avoir baisé, d'avoir longtemps mordu tout bas, Si loin d'elle, une rose aussi noire qu'un glas, Et dont les dards aigus sont dans ma chair endolorie.

Et ma bouche, en pressant cette Vie enfin mienne.

Sentira remuer ces épines anciennes,

Pauvres épines, tout ce qui me reste du printemps.

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Mais le printemps caresse encor quand il déchire. Et c'est pourquoi ma bouche est un baiser en sang, Où l'épine et la rose ont empreint le même sourire.

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