LA MORT DE L'AMANTE
Etouffe, étouffe-moi sous ces roses dernières ! Demain, peut-être il n'en resterait plus assez. La bise aurait flétri leurs caresses trémièrcs. Et moi qui sécherais comme un fruit sur la terre.
Oh ! je veux bien mourir, mais mourir de baisers.
Puisque s'éteint l'automne et puisque tout expire.
Tout ce qui fut divin, jeune et joyeux et beau,
Je veux du moins que ce soient elles mes bourreaux.
Les filles du soleil, les roses du sourire.
Pour me conduire en fête aux noces du tombeau.
L OMBRE DES COUPLES 99
Ne laisse pas l'hiver toucher ma lèvre ardente
Et posséder, faner le bouquet de mes seins !
Mieux "vaut pour eux la mort cruelle, mais touchante.
Arrache les rosiers, et fais-en pour l'Amante
Un lit suprême où pleure et sourit le matin !
Qu'il me foule, ce lit de douceur et de larmes En qui rosée, épine et parfum sont mêlés ! Et me blessant des fleurs qui hier étaient mes armes, Hélas ! qu'en me foulant il évoque les charmes Des lits de mai que nos voluptés ont foulés !
Voici mon front pour les couronnes aux dents fines, Et ma gorge pour les colliers pourpres et clairs, Et puis mes flancs pour les guirlandes, et ma chair, Toute ma chair pour la morsure des épines. Des épines d'amour dont j'ai déjà souffert.
Vêts-moi de leurs baisers, sème-les sur mes plaintes ! Jette sur moi les flots de roses, jette encor, Jette, et viens, cuirassé comme l'archange d'or, Et prends, étreins-moi nue en leur poignante étreinte, Pour qu'en mon être elles entrent comme un essor, —
OTtavit»««î.
lOO ARIEL ESCLAVE
Un Essor, tout ailé de soupirs qui s'envolent Longuement avec moi dans la mort et l'amour, La mort, l'amour, que nimbe une même auréole, Si bien que ton regard, dont les pleurs me consolent, Ne saura plus lequel des deux est mon séjour.
Car après les sanglots, les suprêmes tendresses
Et les vibrations d'extase et de douleur,
Mon âme s'enfuira soudain dans l'allégresse
De savoir que je meurs pour que ce moment laisse
Une image de moi plus belle dans ton cœur.
Mes lèvres garderont le sourire de vie, Mais idéal comme la blanche éternité.
Et la source de sang, de mes veines jaillie. Sera comme une sève où les roses meurtries Plongeront pour te rendre à jamais notre été.
Et dans le froid du soir où gémira l'automne, Tu prendras la plus rouge enfoncée à mon cœur, Et, toute pleine du sang fier que je lui donne. Tu l'emporteras pure à travers les vents jaunes, Qui n'éteindront jamais son feu ni sa douceur.
L OMBRE DES COUPLES ICI
Car la chair de l'amante et le sang de l'ivresse Seront empreints vivants dans son sein exalté, Et brûleront la main comme un flux do jeunesse. Et crieront, pour avoir encore tes caresses, Que je vécus d'amour et mourus de beauté.