NÉANT
Accablé d'être seul, dégoûté de l'étude,
Et du morne travail et du rêve imposteur,
Quand d'un rire glacé comme ma solitude
J'eus, amer, bien fouaillé le chien muet qu'est ma douleur.
J'ai pris une lanterne, ainsi que Diogène,
Et j'ai dedans versé la flamme de mon cœur.
Et j'ai cherché la Vie en ces masses humaines
Où le soleil jetait, comme des cris clairs, ses couleun,
Et j*ai frôlé ceux qui montent, ceux qui déclinent. Mais le rayon songeur qui tremblait à ma main. Eclair perdu, frappait leur front et leur poitrine, Sans en faire sortir l'étincelle du feu divin.
AU CœUR DU COEUR 1^9
Ils allaient, comme va l'instinct des fourmilières,
Vers le butin pesant et les bonheurs étroits
Et tout ce que promet la vulgaire lumière.
Et tant d'êtres n'étaient qu'un Néant étranger pour moi.
Ces décorés avaient dans leurs yeux la bassesse, L'insolence, l'envie et les larcins roublards. Ces arrivés n'étaient que plates petitesses. Et ces femmes n'aimaient que Ploutos le vieillard.
N'existe-t-elle pas, lumineuse et tranquille,
Faite d'amour, et de pensée et de fierté,
La Vie enfant et vierge avec l'àme virile.
Qu'au fond de mon silence en frémissant j'entends chanter,
Elle qui de lyrisme embaume ses blessures,
Et reste l'idéal quand régnent les veaux d'or.
Et porte la beauté, l'infini, la nature,
Seule entre ces passants qui sans être nés sont des morts î
Et j'ai cherché, crispant sur la flamme mes paumes. Sentant fuser l'espoir et blanchir mes cheveux. Ces morts qui vont, qui vont se fondre en leur fantôme, Me regardaient parfois, avec un dédain soupçonneux.
l5o ARIEL ESCLAVE
Puis, le cœur plus saignant qu'une aurore écrasée, Je suis tombé dans l'ombre, et depuis bien des jour», Espoir, je cherche dans ta lanterne brisée La Vie, éteinte enfin près de moi qui brûle toujouri.