LE CŒUR, LANTERNE SOURDE
Aux grandes âmes, par la nature choisies. Donnez le pain de vie et la source de la pensée I Au roseau sensitif, tige aux vents lyriques bercée» Donnez les mets des dieux : le soleil et la poésie !
— 0 fou ! Le pain de vie
Est pour le mufle et pour le groin.
Et la source de la pensée est réservée
A ce gros bœuf pesant, ruminant son âme de foin.
Pour qu'il y débarbouille, enduit de bouse mal lavée,
Ses pattes, et peut-être même un peu ses flancs.
Après quoi, s'il lui plaît, le gros bœuf ruminant
Broutera ton petit roseau pensant,
Tranquillement.
Ainsi les mets des dieux se dispensent sur terre. —
AU COEUR DU CCEUR ll\J
Les rosiers blancs vers la lumière tendent
L'éclat et le parfum de leurs belles rosières...
Et de grands cœurs sont là, des cœurs de feux et de lumière.
Oh ! donnez-leur ces fleurs, ces virginités qui s'épandent 1
— Quoi, fleurs, virginités ? Mais.ô fou, toutes sont vendues ; Car tout se vend, et les Roses avec la Pomme. Celles-ci sont à ce vieillard dont le cœur pue, Mais qui dans son métier sut bien voler les hommes. —
Ma voix s'en est brisée, ainsi qu'une rose qu'on tue.
Et c'est pourquoi, parlant tout bas en plein midi, Courbé sous la lumière à présent lourde, A travers le printemps je m'en vais en cherchant la Vie,. Avec une lanterne sourde.