‹ Ariel esclaveChapitre 79 sur 82 · SOUS LE MANTEAU BLANC · texte numérisé non relu

SOUS LE MANTEAU BLANC

D'autres ont apporté les beaux matins d'aurore,

Les Orients dont les essors

Sont des astres fondant en gloire,

Et Midi, fauve Argus qui, songeant sa lumière.

Ebloui, parfois dort de tous ses yeux ouverts.

Moi, sous mon manteau blanc, comme sous un suaire,

J'apporte l'Aurore du soir.

En moi j'ai le soir, tombe ardente d'un soleil,

Le soir aux changeantes couleurs,

Qui demande tout bas si l'on va naître ou si l'on meurt,

Et quels soupirs sonnent dans l'heure.

Et quels dieux, morts depuis longtemps, en nous s'éveillent

Et sanglotent sous leur suaire et s'émerveillent

En respirant le ciel, plein d'au-delà, du grand soir clair, — S'émerveillent, tout en pleurant sous le suaire Palpitant qu'est ma chair.

Je ne sais pas au juste quelle est l'heure,

Car je n'ai pas vécu durant le jour ;

Ou bien si j'ai vécu, c'est dans un grand cauchemar lourd,

Sous le joug et sous l'ombre, enseveli dans la torpeur,

Dans la tâche sans âme et dans l'exil sans cœur.

Et j'appelais de tous mes vœux l'aurore.

Mais je n'ai pu monter jusqu'à l'air vivant que ce soir.

Et je ne sais si l'heure est vieille ou jeune encore

Qui peut-être, en coulant de la lune qui vient d'éclore,

Va mêler sur mon front des reflets blancs aux cheveux noirs.

Mais dans mon sang qui bat , jeune sous les couchants austères

J'apporte celle qu'il couve, ma solitaire

Aurore — et le soir doux, profond, immense et fier.

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