LA CUIRASSE
0 mon âme, ô mon Ariel qui fus si beau, Mais qu'ont courbé les tâches lourdes et vulgaires, Écoute mon secret! Il est plus grave qu'un tombeau, Plus utile que la lumière.
Ecoute, il est banal, certe il est banal, mon secret. Mais écoute-le bien ! C'est le sauveur de qui veut vivre. Il tient en ces deux mots où s'attachent toutes mes fibres Et que le vent des nuits fait murmurer, même aux cyprès : Sois libre I Sois libre I Sois libre !
Mon Ariel, écoute encor
Un secret que j'appris : N'attends pas que l'on te délivre I
La justice ne viendrait pas. Si tu veux vivre,
Ne compte que sur toi, si tu ne veux pas rester mort !
3o ARIEL ESCLAVE
Mon Ariel, écoute encor
Le secret que j'appris, après les élans, les efforts. Le secret que bien tard j'appris avec remords ! Chez les sages marchands et les Barbares ivres, Ne sois plus nu du cœur et désarmé du corps. Si tu veux vivre, si tu veux être enfm libre. Il faudra conquérir une cuirasse d'or.
Ah ! non pas cet or faux que recouvre comme une écorce La rouille et le poison des consciences torses; Mais l'or pur, éclatant, vrai comme cette force Qui sait guider l'aimant vers l'étoile du nord.
Toi. pour te libérer des hommes et des brutes,
Des bons et des méchants, des dieux mêmes etdes bourreaux
De Caliban, de Prospero,
La cuirasse d'or chaud
Seule te conduira vers un avenir de héros,
En te maintenant droit et debout dans la lutte.
Allons, marche, fais sa conquête, et plaque-la
Sur tes membres que les noirs jougs ont déjetés !
Qu'elle dresse ton corps dans le fauve et sonore éclat
Sur qui les coups se brisent sans porter !
Que deux noms soient écrits sur ses deux faces de clarté
En dedans, Discipline ; au dehors. Liberté.
ARIEL ESCLAVE 3l