‹ Ariel esclaveChapitre 8 sur 82 · UNE VOIX CRIE · texte numérisé non relu

UNE VOIX CRIE

Celui qui s'est laissé tuer par les Barbares N'aura pas le refuge où l'on étend les morts. La terre avec dédain va rejeter son corps. La terre ne veut pas ce reste des Barbares.

Ces mains que sous l'affront on ne vit que se tordre, Ce cœur qui fut rongé dans l'ombre sans combats, La terre n'en veut pas. La terre ne veut pas Ces dents dont les sanglots se brisèrent sans mordre.

Le lâche n'a pas droit au berceau funéraire Sous l'arbre résistant et sous les roses fières, Pour y boire leur sève et dans leur sein fleurir.

Toi qui fus l'àme et te livras au Groin avide, Cherche un asile hors de la terre où, splendide, Tout revit, toi qui n'as, si mal, su que mourir.

Car tu devais défendre et venger la lumière,

L'aube étouffée en toi, la sève et le grand vent,

Les morts qui t'ont laissé du feu dans leur poussière,

Pour qu'il brûle à ton souffle et s'y mêle au monde vivant.

Car l'espace, car la nature et ses semences. Les astres de la tombe et l'orage des cieux, C'est toi, puisque tu es toute leur conscience. Toi roseau sensitif, perdu sous les Ubus visqueux.

Sois l'Énergie ! Arrache au joug, à l'agonie, Ton front, ton sein, pour délivrer, avec ta vie, L'âme des dieux penseurs, l'àme allière de la beauté,

Les germes qu'on écrase et qui crient dans la fièvre. Et l'aurore qui vierge a dans ta voix chanté, Elle que souriaient, en saignant sous les pieds, tes lèvres 1

a8 AHIEL ESCLAVE

Cliaque minute est un crime lorsque la bête Tue un songe, une idée, un espoir, un rayon, Qui couvait la Beauté nouvelle dans ta tète. C'est que nous avons tous ici-bas notre mission.

Elle nous prend, nous attire comme une sphvnge.

Turcaret et Lcchat, Caliban. les Ubus

Ont la leur : agrandir la royauté du singe.

Et la tienne est ceci : ressusciter les dieux perdus,

Les redresser en nous malgré nos platitudes, Pour que, dans le bonheur ou dans la solitude, llscroient à l'homme encore, au pur honneur, au ûer amour,

Grâce à toi, pâle Eden foudroyé qu'ils respirent, Toi, rythme de leurs chants, lumière de leurs jours, Ariel, libre enfin, qui pour aile ouverte as la Lyre.

ARIEL ESCLAVE 2g

Page 1