‹ Aristide Froissard (volume 2)Chapitre 7 sur 14 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

Un an — rien.

6 mois-rien, 3^ mois, rien 1 mois, rien.

ON s'abonhh En pleine mer et au faubourg Montmartre à la Boule-Rouge.

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« Nous ne croyons à la probité ni au « talent de personne, et nous venons € courageusement le dire à la face du « pays, qui attendait depuis longtemps « cet aveu d'hommes assez désintéressés

<r pour le faire. Sans haine ni envie, nous a avouerons que Tignorance et la mauc vaise foi régnent partout et triomphent « impunément. Quand aucun organe « de la publicité n'ose démasquer tant de (( fourbes, tant d'apostats, tant d'intri- <r gants, nous nous présentons, nous, « jeunes hommes sans souillure dans le « passé , pour remplir cette mission.

« Nous ne désignerons pas, nous nomme- « rons, nous ne toucherons pas avec le « bout du gant, nous écraserons avec le « bâton! que les traîtres, les fripons, c les usurpateurs de renommée trem- « blent, le Purgatoire les réclame ; c'est « à eux de se consulter pour savoir s'ils c doivent ou non se racheter des tor- « tures qu'on leur prépare. Comment se « rachèteront-ils? par une meilleure « conduite, par la restitution de ce

€ qu'ils ont volé, et surtout par les « conseils que notre loyale rédaction, as- « sistée d'un des premiers avocats du « barreau de Paris, pourra leur don- « ner. »

— Très bien I dit Grandier, voilà qui est net et clair comme un poignard : en n'admettant personne au bénéfice de l'exception, nous jetons tout Paris dans les transes...

— Mais cependant, dit Froissart, dont cet exposé de principes n'était pas plus Tœuvre que celle de ses trois amis, il n'y a pas que des fripons et des imbéciles à Paris ; personne ne croira à cette profession de foi.

— Il s'agit bien de savoir, répliqua Grandier, ce que l'on croira ou ce que Tonne croira pas... D'ailleurs, tu te trom-

pes, Froissart, la plupart des gens sont ainsi faits, qu'ils sont parfaitement heureux lorsqu'on attaque tout le monde, excepté eux...

— Mais le jour où on les attaque, ceuxlà, cependant?

— Us chantent alors, comme les autres dont ils se sont moqués, et que voulezvous? faire chanter, toujours faire chan-* ter.

— Quel Jupiter Olympien! murmura Lacervoise. Fais sur lui une romance, ajouta-t-il en se tournant ironiquement du côté de la dernière guitare non moins étonné.

— Passons maintenant au second article du journal, reprit Grandier. Il est encore de moi. Je vous le recommande et vous le

donne pour un modèle du genre, mes pigeons. Formez-vous le cœur et Tesprit en le lisant :

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JEAN BERK...

€ Fils d'un colporteur de l'Alsace, le <r banquier Jean Bern. . . montra de bonne « heure les mauvais instincts de son or- <t ganisation. Encore jeune homme ou c pour mieux dire enfant, il fut surpris

< plusieurs fois mettant le feu à des gran- « ges etè des meules de blé. Fournisseur « aux armées, sous la République, il n in-

< cendia plus les foins , au contraire, il € les donna avec tant de parcimonie à la

« cavalerie française que le jour d'une c bataiile livrée aux Autrichiens, nos « chevaux se trouvèrent si faibles qu'ils c tombèrent épuisés à la premiè re charge « et que la bataille fut perdue. Enrichi € par ses rapines dans les fournitures, « il vint s'établir à Paris où il épousa la « fille d'un émigré dont il avait précédem- € ment acheté tous les biens pour un c morceau de pain. Ce fut pour cou- « vrir et consacrer cette spoliation qu'il « conclut C3 mariage dont il a eu deux « fils , l'un, le chef aujourd'hui de sa a maison de banque, l'autre qu'il a fait « avoué afin de pouvoir poursuivre gra- € tis tous les procès qu'il intente ou qu'on < lui fait. Ajoutons qu'il a laissé mourir « son père de faim et que sa mère n'a pour € vivre qu'une pension de douze cents € francs qu'il a été condamné à lui servir.

« Eh bien 1 c'est cet homme couvert de

« boue, mauvais fils, presque parricide,

« dilapidateur, mauvais citoyen qui a

T Faudace de se mettre sur les rangs de

« la députation dans un des départe-

€ ments du nord pour le représenter à la

ce Chambre.

— Un instant ! dit Froissart qui avait frëmi en écoutant la lecture de cet acte d'accusation, et qui maintenant aurait voulu imaginer un prétexte pour le faire supprimer du journal. Un instant! j'ai deux questions à t'adresser... d'abord les faits que tu avances dans cette biographie sont-ils vrais ?

— Encore une fois ce n'est pas notre affaire, répondit Grandier ; c'est à Taccusé à prouver qu'ils ne le sont pas.

— Mais les tribunaux?

— Le personnage n'est pas nommé, de quoi se piaindrait-il? Il manque plusieurs lettres à son nom.

Froissart ne parut pas plus convaincu qu'édifié de l'explication.

— Quelle est ta seconde question?

demanda Grandier. Parle !

— La seconde question est celle-ci : Ne crains-tu pas d'aller directement contre tes intentions , contre ton but , qui eât de faire chanter, en attaquant si brutalement du premier coup un homme mis à jamais dans l'impossibilité d'entrer en composition avec toi? avec plus de ménagements...

-— Ne va pas plus loin, dit Grandier, c'est inutile. Je n'ai pas besoin de mena-

ger, répondrai-je , celui dont je n'attends rien. Le banquier Bern..., immolé dans cette biographie , ne viendra assurément pas à prix d'argent nous empêcher de parler, puisque nous avons tout dit sur lui ; mais l'exemple de son supplice épouvantera les autres banquiers ses confrères, et voilà ce que nous voulons. Il suffira de la menace de faire un article sur eux pour les amener à nos pieds. Ils chanteront avant même que nous levions Tarchet. Je l'ai si bien prévu que nos mesures sont prises. Tenez , lisez , mes chers associés , les lignes palcées immédiatement au dessous de cette biographie.

On lisait en effet :

« Nous promettons à nos lecteurs pour

<r les numéros suivants du Purgatoire:

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