REPONSE DE FROISSART
«Je t'ai comprise, répondit Froissart à Adeline, n'hésite pas : quand un vaisseau va périr, on jette son lest à la mer. Jetons notre lest. Vends le second étage de notre hôtel à notre ami M. de Villa- Réal, à qui nous avons déjà vendu le premier éta-^e, et tire-moi de Clichy, où je ne puis plus; lutter de magnificence avec les hôtes que j'y ai trouvés, et où je resterais trop au-dessous de ceux que la dernière débâcle industrielle y envoie.
« Depuis cet orage où mes actions ont péri, il
arrive ici par fournées des ruinés du premier ordre. Clichy ressemble à un petit Versailles. On meuble pour ces touchantes infortunes des cellules sur le modèle des boudoirs de la rue Saint-Georges : on parle de donner une livrée aux geôliers. Le séjour deviendra inhabitable à cause de la dépense et du train à mener. Je ne suis plus assez riche, je te le répète, pour vivre en prison. Vends donc le plus tôt possible ce second étage à notre ami, M. de Villa-Réal. C'est un centime pour lui; pour nous, c'est une espèce de demi-aisance. Nous habiterons les mansardes, je l'avoue, mais les mansardes de l'hôtel nous suffiront. Le bonheur n'est pas une question d'espace. Rappelle-toi la chanson de Béranger :
Dans un grenier qu'on est bien...
« Avec toi, d'ailleurs, où ne se plairait-on pas? Nos trois vieux amis embelliront notre solitude. Tu feras de la musique avec la Dernière Guitare, tandis que j'éventrerai la question d'art avec Lacervoise et ce pauvre Beaugency, qui a le malheur de se porter de mieux en mieux, m'écrit-il. Nous aurons un billard et un amour d'estaminet dont j'ai tracé le plan dans ma tête. Nous ferons la poule en famille. Ajoute à ce tableau de bonheur, ton père ronflant dans un coin et ta mère me maudissant dans l'autre. Tu me parles du monde! Il dira : Froissart fut riciie autrefois ; aujourd'hui Froissart est heureux. Vends donc ce second étage, afin que nous touchions à ce bonheur au-dcsius
diiqu;l il n'y a plrs qu2 le ciel pliysi-iucmeiit et moralement parlant...
« Ton ami,