‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 2 sur 242 · RUE BONAPARTE · texte numérisé non relu

RUE BONAPARTE

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AVANT-PUOPOS

Le présent volume n'est que la première partie d'un travail d'ensemble sur Tanoienne comédie attique. Je n'ai pas entrepris de refaire, après Meineke et Denis, l'histoire de cette comédie, dont les origines sont obscures, la chronologie incertaine, les fragments confus, et sur laquelle il semble que toute découverte importante et positive soit, en l'état des documents, impossible. Il m'a paru plus intéressant de montrer ce qu'elle avait été pendant la période connue de son développement, et dans ses œuvres conservées. Je me suis donné pour tâche d'en montrer, avec autant de précision que possible, les caractères essentiels.

Les poètes comiques d'Athènes ont été à la fois les témoins de leur temps, et des artistes, écrivant d'après certaines règles, dans un genre déterminé ; les comédies attiques de la période appelée ancienne

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comédie sont des tableaux d'une époque historique, et des pièces de tliéàtre tout à fait originales, très différentes de toutes celles qui ont paru depuis. C'est à ce double point de vue qu'il convient de les considérer, et c'est ainsi que mon travail s'est de luimême divisé en deux parties, l'une sur la matière des comédies attiques, l'autre sur Vart dont elles sont Texpression. Cette double étude est indispensable à qui veut comprendre, autant que cela est possible aujourd'hui, une comédie d'Aristophane. C'est peut-être pour ne l'avoir pas faite d'assez près, que les critiques qui se sont occupés du grand poète ont émis sur ses œuvres et sur son génie des opinions si diverses.

Qu'était-ce donc qu'un poète comique à Athènes, au V® siècle avant Jésus-Christ? Quels étaient les événements, les hommes et les idées dont il avait à parler? Dans quel esprit en a-t-il parlé? Pourquoi ne pouvait-il pas en parler autrement? — Telles sont les questions auxquelles je me suis efforcé de répondre dans ce premier volume. Et, comme il n'est guère possible d'y répondre qu'avec les comédies d'Aristophane, les fragments des autres comiques ne pouvant servir que de complément ou d'éclaircissement, c'est en réalité dans une étude approfondie du génie d'Aristophane que se résume pour nous celle de l'ancienne comédie attique.

Je me suis appliqué à lire tout ce qui a été écrit

de véritablement intéressant sur ce sujet en France et à l'étranger, mais j'ai tâché de m'affranchir des opinions préconçues que ces lectures auraient pu me suggérer, et de me renfermer dans l'examen attentif du texte d'Aristophane et du scoliaste, expliqués par les écrivains contemporains du grand comique, poètes, orateurs et philosophes. Je ne voudrais pas pourtant avoir l'air de méconnaître les services que m'ont rendus les grandes histoires grecques de Grote, de Curtius, les manuel*; d'Hermann et de G. Gilbert, l'histoire de la philosophie grecque de Zeller, l'économie politique de Boeckh, et des ouvrages d'un intérêt plus particulier, comme ceux de G. Gilbert et de Beloch sur l'histoire de la guerre du Péloponnèse, comme celui de MûUer Striibing sur Aristophane et la critique historique.

Pour l'étude des fragments de la comédie ancienne, je me suis servi du livre toujours utile de Bergk « de reliquiis comoediae atticae antiquae », de l'édition de Meineke, de cellede Bothe, dans la collection Didot, et surtout de celle de Th. Kock {comicorum atticorum fragmenta, I, Leipzig, Teubner, 1880).

C'est à l'édition de Kock, la meilleure de toutes à mon avis, que je renvoie le lecteur toutes les fois que je cite un fragment. Pour le texte d'Aristophane, j'ai eu constamment sous les yeux la grande édition de Bekker, celle de Dindorf, et celles, plus récentes, de

Bergk, de Kock, de Velsen, de Blaydes. Mes ronvois portent les chiffres de l'édition Didot, qui est la plus répandue.

Afin de rendre la lecture de ce livre accessiLlo aux personnes qui aiment les lettres anciennes, mais que trop de citations grecques et trop de discussions de détail auraient certainement rebutées, j'en ai retranché tous les développements qui pouvaient nuire à la suite et à la clarté de Texposition. J'espère qu'il n'en paraîtra pas moins solide, et je prie les lecteurs qui ont le droit d'être exigeants, de croire que dans toutes les questions controversées je ne me suis décidé qu'après avoir examiné de près les textes et les opinions des commentateurs. Mon ambition a été d'écrire un livre que tous les lettrés pussent lire. Si l'on y rencontre çà et là quelques citations ou expressions brutales, on voudra bien ne pas me les reprocher ; je ne pouvais faire comprendre Aristophane sans parler quelquefois son langage.

En écrivant sur les Athéniens du temps de Périclès et de Cléon, je n'ai voulu penser qu'à eux; j'ai fait tous mes efforts pour être leur contemporain. Je n'ai pas voulu donner à mon ouvrage l'attrait menlour d'une comparaison facile avec les Français d'aujourd'hui. On n'y trouvera donc ni rapprochements ni allusions ni aucune intention de faire la leçon âmes concitoyens avec les satires d'autrefois. Athènes n'est pas la France, et en cherchant parmi

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nos écrivains, je n'y vois pas Aristophane. Il est * impossible 'pourtant que l'exemple du passé soit sans application dans le présent; l'histoire ne se répète jamais, mais les hommes se ressemblent toujours. Si donc on croyait découvrir dans ce livre quelques souvenirs de notre temps, c'est que le lecteur les y aurait mis.

En terminant, je serais tenté de m'excuser d'avoir traité, après tant d'autres, un sujet banal, en apparence, et sur lequel je n'ai pas la prétention d'apporter du nouveau. Mais je me rassure en réfléchissant qîic la critique littéraire, même appliquée aux œuvres de l'antiquité, n'a pas encore et n'aura peut-être jamais une précision scientifique, qu'elle change avec le goût de chaque génération, qu'elle est surtout l'expression de sentiments personnels, et que, pour ces diverses raisons, il sera toujours permis, même au plus modeste, de dire ce qu'il pense d'un grand écrivain^ pourvu qu'il le fasse avec sincérité, et avec quelque compétence.

Mars 1889.

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