‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 212 sur 242 · Paix, i · texte numérisé non relu

Paix, i

gination licencieuse du peuple, et en jouent à peu près comme les servantes de Gargantua enfant, mais de longues scènes en mettent le spectacle sous nos yeux; peu s'en faut même que l'acte s'accomplisse sur le théâtre. Aristophane traîne sur cette vue les regards et la pensée du public; il s'ingénie à y mettre de l'art, à mener l'affaire de progrès en progrès jusqu'au dénouement. L'exemple le plus célèbre de ces inventions est la scène de Lysistrata où Cinésias, longtemps privé du commerce de sa femme, vient la supplier de le satisfaire, et où celle-ci, feignant de se rendre à ses désirs, le prépare lentement aux embrassements qu'il sollicite, pour s'échapper tout à coup, le laissant étendu sur un matelas, dans une posture indescriptible, que le poète cependant ose décrire. Il y a des spectacles plus étranges encore, par exemple celui du vieux Philocléon, ivre, en compagnie d'une joueuse de flûte toute nue, qu'il examine en détail, les yeux allumés par le vin; on pourrait citer aussi l'endroit où Trygée, avant son mariage, passe en revue les appâts de sa femme et explique savamment ce qu'il en compte faire, et deux scènes des Thesmophores, celle où Mnésiloque se déguise en femme, et celle où les femmes, sous son déguisement, découvrent son sexe et s'amusent de leur découverte. Il faut songer qu'Aristophane n'est pas seul à chercher ces joyeusetés, qu'autour de lui tous les autres poètes comiques l'imitent ou même le dépassent, qu'il a reproché à plusieurs d'entre eux leurs excès en ce genre, et qu'il a été regardé lui-même comme un des plus discrets. La scène comique est comme un musée du priapisme dont le poète fait les honneurs à grand renfort de mots techniques et avec un gros rire — > et le public, hommes et femmes, rit aussi fort que lui ^

i. Voyez Thistorique de cette question dans un article de

Le vin et l'amour vont ensemble ; Tun prépare à Taulre ; sous leur influence, les hommes redeviennent de simples animaux, innocents et immondes. Au temps de la vendange, hommes et femmes grisés par la liqueur divine qui fermente dans leurs veines, se livrent à l'amour. C'est pour cela que les comédies anciennes, conformément à la tradition antique, se terminent par une orgie; l'ivresse explique et excuse la lubricité. Aujourd'hui encore, dans les pays de vignobles, le dernier soir des vendanges, quand les dernières grappes ont été foulées, quand le moût bout dans les cuves, à l'heure où le soleil tardif abandonne la terre échauffée pour se coucher dans son lit de pourpre, tous les gens de la ferme, garçons et Olles, se réunissent pour un dernier repas; la table est chargée

M. Edelostand Dumûril c Les Femmpt assistaient-elles aux représentations dramatiques? » Revue archéologique, 1863, p. 126-138.

Il est vraisemblable que les femmes honnêtes s'abstenaient d'assister aux représentations comiques. Encore est-il possible que nous nous trompions à cet égard; le caractère religieux et les origines de la comédie justi Géraient leur présence à ce spectacle. La fête de Phalés, dans les Acharniens^ à laquelle prennent part la femme et la fille de Dicéopolis, prouve que nous ne devons pas raisonner sur ce point d'après nos délicatesses. Dans tous les cas, on ne connaît pas de texte de loi qui interdit aux femmes l'entrée du théâtre comique. Il faut en outre distinguer entre les époques; les choses ne se passaient pas sans doute au temps de Gratinus et d'Aristophane comme au temps de Ménandre. £n fait, d'après deux vers d'une comédie d'Alexis (i® siècle), cités par PoUux, IX, a, et dont le sens ne paraît pas douteux, il y avait des femmes parmi les spectateurs de cette pièce; les étrangères y occupaient une partie réservée de l'amphithéâtre. Un passage de la Paix (v. 063 et suiv.), moins formel sans doute, et qui peut être interprété autrement, laisse cependant supposer que des femmes assistaient à la représentation. Des comédies dans le genre de Lysistratn, des Thesmophores et de V Assemblée des femmes s'expliqueraient diificilement si l'on n'admet pas que les femmes étaient autorisées par la tradition et par les mœurs à entendre les énormités que le poète leur faisait dire sur la scène.

de volailles grasses, le vin doux circule et remplit les verres gluants; puis les rondes bruyantes accompagnées de chants, de rires et de baisers se prolongent jusqu'à l'heure nocturne où les couples silencieux se dispersent lentement dans Tombre complice : telle est la scène finale de la comédie ancienne. Dicéopolis, après un gai repas, embrasse à pleine gorge et à pleine bouche les deux filles qui soutiennent sa marche chancelante; Philocléon, la tête encore fumante de libations répétées, mêle ses entrechats à ceux des danseurs qui trépignent sur la scène; Trygée caresse sa nouvelle épouse en se rendant au festin qui précédera leurs fiançailles ; Pisthétère repu et triomphant reçoit du ciel la fiancée qu'il a ravie à Zeus; autour de Lysistrata et de ses compagnes, les Athéniens et les Laconiens, malades de désir, pareils à des satyres, se préparent à réparer le jeûne auquel ils ont été condamnés; Praxagora appelle à table tous les citoyens d'Athènes réconciliés sous son commandement; partout le vin coule, les propos lubriques retentissent, l'ivresse déshabille les cômastes en délire, met à nu les gorges et le reste, et mêle tous les personnages, suant, soufflant, ricanant, dans les gestes fous d'une danse obscène.

La franchise et l'énormité de cette joie en corrigent l'ignominie; ces gens-là s'amusent de si bon cœur qu'on ne songe pas à leur en vouloir. Ce spectacle, pour immoral qu'il soit, n'est pas dangereux; les Athéniens ont l'imagination plus licencieuse que les mœurs. Ils aiment, le jour de la représentation, à se croire ramenés par la puissance de la poésie, à l'état de nature; à sentir brûler en eux la vie grossière et ardente des faunes et des satyres qui hantent les gorges du Parnès et du Cithéron. Ils n'y mettent aucune pudeur ni aucune mauvaise pensée; ils rient en enfants de ces choses naturelles dont ils

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n*ont pas appris à rougir. Animés par la route faite pour arriver à temps au théâtre» échauiïés par le spectacle qui les tient attentifs pendant des heures, sous le soleil ardent, perdus dans la foule qui les environne- et sur laquelle passe un souffle de désir et de folie, au milieu des cris, des rires, des sueurs, des odeurs chaudes qui se dégagent de Timmense amphithéâtre, ils redeviennent rhomme primitif qu'il y a en chacun de nous et dont la nature fait servir à ses uns les instincts brutaux. Le soir même ils seront dégrisés; leur âme n'aura pas été atteinte ni leur vie changée par le spectacle. Ils retrouveront chez eux, avec plaisir, au sortir de cette orgie imaginaire, les oignons, la bouillie dont se compose leur repas, et l'honnête lit conjugal. Demain, ils reprendront leur existence de tous les jours; Dicéopolis cultivera son enclos, Trygée labourera son champ, Philocléon reprendra sa place au tribunal, Lysistrata et Praxagora raccommoderont la tunique et prépareront la soupe de leur mari.

Quant aux honnêtes gens, à ceux qui réfléchissaient et qu'une éducation plus fine semblait devoir éloigner de ces spectacles, ils n'en ont pas été oflensés. On sait avec quelle indulgence facile Socrate parlait des plaisirs de l'amour; il n'y voyait rien à reprendre, â la condition que l'homme conservât sa virilité et la maîtrise de soimême. Platon proscrivait la comédie, aussi bien que les autres genres de poésie, ce qui ne l'empêchait pas de faire ses délices d'Aristophane. Les plus délicats et les plus purs ignoraient nos scrupules. Une religion plus spirilualiste ne leur avait pas enseigné le mépris du corps ; une civilisation savante ne leur avait pas appris à n'aimer l'indécence que sous un déguisement. La gymnastique, les bains, le costume flottant émoussaient la pudeur. Les plus sévères de ces hommes d'esprit

étaient encore de grands enfants, qui aimaient la vie. L'amour, tel que le montraient les poètes comiques, ne pouvait scandaliser des gens qui élevaient des temples à la déesse de la génération, et qui avaient fait un dieu de Priape. Peu à peu seulement, avec l'orphisme et avec la philosophie platonicienne, l'idée du pur et de l'impur entra dans les esprits, et à mesure que les femmes légitimes se mêlèrent davantage à la société des hommes, et qu'il se forma un milieu mondain, les mœurs s'affinèrent et la comédie renonça à ses obscénités traditionnelles. Ce changement était accompli à la fin du iv® siècle ; il commençait à peine au temps d'Aristophane.

11 ne faut donc point en vouloir à Aristophane — pas plus qu'aux autres poètes comiques de son temps — d'avoir obéi à des habitudes qui ne répugnaient à personne, et de ne s'être pas montré plus délicat que les spectateurs. Nous n'avons pas le droit d'imputer à une certaine bassesse de cœur, ce qui n'était qu'une concession nécessaire aux goûts du public. Il n'en est pas moins vrai que chacune de ses comédies aboutit à une farce indécente, que l'obscénité en est l'élément principal et comme la substance, qu'elle y est répandue savamment d'un bout à l'autre, qu'elle y circule par mille vaisseaux imperceptibles, et qu'il serait aussi difficile de l'en extraire sans dénaturer l'œuvre, que d'épuiser le sang d'un être vivant sans en faire un cadavre. - Les plus fines satires, les observations morales les plus pénétrantes, les considérations politiques les plus justes, ,.

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les accents siDcères du patriotisme y sont presque toujours altérés, corrompus par le virus qui les infecte, par quelque mot grossier qui rappelle tout à coup à qui nous avons affaire, et que le poète ne veut pas lui-même être pris trop au sérieux. Le parti pris d'outrance et de travestissement grotesque ou inconvenant que l'auteur affecte à chaque page, nous avertit qu'il s'agit d*uo amusement, et rien de plus. Rien ne l'arrêtera pour arriver à nous faire rire aux dépens de ses héros. On voudrait donc démêler dans ses fantaisies la part de la convention et celle de la vérité, celle des sentiments sincères et celle des haines obligées, celle de la critique sérieuse et celle de l'imagination et de l'art : nous demandons à y regarder de près, et à ne pas accepter sans examen les propos de ce moraliste déguisé en Silène.

C'est cet examen que j'ai essayé de faire dans le livre qu'on vient de lire; on y aura vu, je l'espère, que ni la comédie ancienne ni le génie et le caractère d'Aristophane ne peuvent se définir en quelques mots, et que le sujet est plus complexe qu'il ne semble au premier abord. Les opinions véritables d'Aristophane nous échappent; ses œuvres ne permettent à cet égard que des hypothèses et des réponses contradictoires. Était-il ennemi de la démocratie? Oui, apparemment, puisqu'on trouve dans ses pièces le pamphlet le plus virulent qui ait été écrit contre elle. Mais on y rencontre aussi l'éloge du peuple athénien; on y sent partout la sympathie du poète pour les petites gens, artisans, cultivateurs, habitants de la ville et de la campagne, qui le composent; on y sent aussi un souffle de liberté démocratique; son éloquence, dirigée contre la tyrannie du peuple, est d'une inspiration populaire. Était- il partisan de l'oli- .

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garchie ? Comiûent en douter, quand, dand toutes ses pièces, il mène une campagne au profit du parti oligarchique, quand il combat avec acharnement tout ce qui lui est hostile, s'indigne de sa chute et prépare sa revanche ? Et pourtant, dans cette pluie de sarcasmes qu'Aristophane verse sur les hommes de son temps, combien d'éclaboussures rejaillissent sur les chefs des honnêtes gens; quel dédain il laisse deviner pour les plus respectables d'entre eux ; comme il semble faire peu de cas de leur courage et de leurs talents ! Il était attaché aux traditions de l'ancienne Athènes, et il a célébré en beaux vers l'esprit et les mœurs des ancêtres; mais ne voit-on pas qu'il aime son temps, qu'il lui appartient par ses défauts non moins que par ses qualités, qu'il a au fond peu d'estime pour l'épaisseur d'intelligence des hommes d'autrefois, que cet ennemi dangereux de la philosophie et de la rhétorique en est lui-môme nourri, que ce défenseur de la religion est assez indifférent à la religion, que cet apologiste de la vieille poésie est pénétré de la poésie nouvelle? Certes, il aime sa patrie, cet Athénien qui a si éloquemment rappelé les victoires d'Athènes sur les Perses, et qui a parlé avec une tristesse grave — sentiment si rare chez lui — ^ des malheurs de la guerre du Péloponnèse. Mais son patriotisme ne l'empêche pas de faire cause commune avec Sparte et avec les amis de Sparte, de jeter le discrédit sur les hommes qui conduisent la guerre, de les bafouer également quand ils réussissent et quand ils échouent; son amour de la paix est à la fois l'expression du sentiment populaire et celle de la couardise et de l'égoïsme du parti oligarchique. 11 avait une intelligence ouverte et une rare sagacité, le pamphlétaire qui a vu avec tant de netteté et signalé avec tant de force les dangers du gou-,

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vernement démocratique, les vices des hommes qui le conduisaient, Tinfluence démoralisatrice du scepticisme sophistique, la décadence prochaine, irrémédiable. Mais, d'autre part, comment cet observateur d'un esprit si pénétrant s*est-il attaché à une faction égoïste, violente et sans avenir ? Comment s'est-il tant mépris sur la révolution morale commencée par Socrate? Gomment s'est-il enfermé — en supposant qu il fût sincère — dans l'idéal étroit de T Athènes des Pisistrates? Enfin, la persistance de ses haines, la continuité de la lutte poursuivie pendant plus de vingt ans contre les mômes principes et contre les mêmes hommes le feraient regarder comme un conservateur et un patriote inébranlable dans ses convictions, si l'exagération de ses invectives, l'inconvenance de ses facéties, ses gestes de gamin rieur et effronté ne faisaient douter de son sérieux et de sa bonne foi.

Ces contradictions s'expliquent, je le sais, et je me suis efforcé de le montrer, par les origines de la comédie, par son rôle politique, par la situation des poètes comiques vis-à-vis du parti populaire et du parti oligarchique. Mais s'il convient d'en absoudre Aristophane, il faut donc les attribuer à la comédie, c'est-à-dire au peuple athénien lui-même, qui a fait cette comédie à son image. Et c'est par là surtout que s'expliquent, en effet, tous ces contrastes, toutes ces extrémités de la comédie, qui sont les contrastes et les extrémités du génie d'Athènes : un mélange de noblesse et de turpitude, beaucoup de délicatesse et non moins de cynisme, le respect des traditions et le désir du changement, des pratiques religieuses enracinées, et l'absence d'esprit religieux, l'orgueil de la gloire nationale et un amour immodéré de la paix, un manque désolant de courage civique et miti-

taire, l'impérieux besoin d'avoir un mattre et le besoin non moins impérieux de le renverser, de généreux élans d'enthousiasme, un vif sentimentdes grandes choses, delà beauté la plus pure, et le goût du dénigrement, des petits scandales, des spectacles et des plaisanteries ignobles. Voilà ce qu'a été le peuple d'Athènes pendant le demi-siècle qu'a duré la comédie ancienne, et voilà ce qu'il est dans cette comédie. Il a voulu avoir au théâtre, dans la tragédie et la comédie, la représentation de ses sentiments, ennoblie dans l'une, travestie dans l'autre. L'imagination de ce peuple était assez forte et assez jeune pour lui faire oublier que les ridicules et les vices dont ses poètes l'invitaient à rire, étaient les siens. Il se consolait de Syracuse en songeant à Salamine, et d*étre le bonhomme Démos en écoutant Agoracrite. Au milieu d'une guerre interminable et sanglante, et d'un désordre intérieur toujours croissant, les Athéniens n'ont pas cessé de s'offrir la fête de leur esprit.

Parmi ceux qui ont en été les ordonnateurs, Aristophane fut peut-être le plus brillant et le plus ingénieux, celui en qui l'on retrouve au plus haut degré les qualités attiques, le bon sens, la vivacité de l'imagination, la netteté de l'intelligence. Si, d'ailleurs, ses pièces nous éclairent peu sur ses opinions, elles ne nous apprennent rien de son caractère. Faute de documents sur sa vie, nous devons accepter cette ignorance. Il fut de ces poètes dramatiques qui ne se mettent point eux-mêmes au théâtre. Aussi, toutes les suppositions sur sa nature intime sont possibles. On a pu voir en lui un humoriste, cachant sous une gaieté apparente et sous les extravagances d'une imagination bouffonne une àme grave, une philosophie amère, la tristesse de la patrie défaite et déchue. On a pu prétendre, au contraire, non moins

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justement, qu'il fut un joyeux bateleur, uniquement occupé de rire, et se faisant payer cher ses cabrioles. Ces points de vue ont été soutenus; ils contiennent peut-être une part de la vérité; à coup sûr ils ne la contiennent pas tout entière. Aristophane ne mérite d'être mis ni si haut ni si bas. Il fut plutôt, dirais-je, comme le peuple qu'il a si bien décrit, frivole, léger, sans dignité, sans règle morale, mais capable de comprendre ce qui est sérieux et noble, de l'admirer, de le faire admirer aux autres : haute intelligence, Âme moyenne. Il eut comme ce peuple la bonne humeur, la souplesse, l'à-propos, cette eutrapélie que les Athéniens aimaient tant, et qui fait accepter même leurs défauts. Il eut surtout, comme les plus grands hommes d'Athènes, comme Socrate, comme Platon, comme Démosthène, la qualité attique par excellence, l'ironie. Et c'est précisément le triomphe de cette ironie de déconcerter notre jugement. Après les laborieuses analyses des idées et des sentiments d'Aristophane qu'on vient de lire, j'en arrive à me demander si ce n'est pas peine perdue, s'il n'y a pas là un secret que nous ne devinerons jamais, s'il ne vaut pas mieux se laisser aller à jouir sans arrière-pensée delà mascarade fantasque et philosophique, indécente et exquise derrière laquelle l'auteur se dérobe, et qu'il a mise devant les yeux de ses concitoyens, comme pour leur cacher le spectacle plus vulgaire et plus triste de la vie réelle. Les comédies d'Aristophane sont de la poésie; je ne voudrais pas, en terminant, les juger comme un livre d'histoire.

Elles ont pourtant une valeur historique, moins pour les faits qu'elles racontent que pour leur parfaite conformité avec l'esprit de la race où elles sont nées; les exagérations et les mensonges y sont presque une ressemblance de plus. C'est bien le peu[>Ie athénien qui s'y est peint

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lui-meme. On reconnaît assurément les principaux caractères de l'atticisme dans tous les autres écrits de cette époque; il est dans les tragédies de Sophocle comme dans les discours de Lysias, dans les histoires de Thucydide comme dans les dialogues de Platon, mais il y est, malgré le naturel qui leur est commun à tous, plus ou moins transfiguré; il ne se livre tout entier, avec tous ses contrastes, que dans les comédies du grand poète. Et cette merveilleuse ressemblance n*est pas le résultat d'une imitation servile de la réalité; Técrivain nous en donne Tillusion par le prestige d'un art qui réussit à faire une caricature plus expressive qu'un portrait. C'est donc peu de chose encore d'avoir passé en revue les idées et les faits qui sont la matière de l'art d'Aristophane ; pour le connaître et pour mieux connaître en même temps le peuple qui lui a servi de modèle, il faudrait étudier cet art lui-même.

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