‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 211 sur 242 · Thesmophorcs, i^S et suiv · texte numérisé non relu

Thesmophorcs, i^S et suiv

lES MOEURS. "^^^

Mais il faut revenir à notre point de départ, et ne pas oublier que la poésie aristophanesque est encore pénétrée des origines de la comédie; l'esprit de Dionysos l'anime tout entière. De même que ce qui domine dans la peinture des institutions publiques, c'est la satire impudente, le mensonge joyeux et énorme; de même, l'indécence cyniquement étalée est le trait saillant des peintures de mœurs. Le fleuve charrie encore, intimement mêlées à ses eaux, les scories prises à sa sourc^, et roule sur un lit d'immondices. Il faut bien parler de ces scories et de ces immondices, puisqu'ils sont une partie de la composition et le résidu le plus abondant de l'analyse. La comédie ancienne est l'obscénité même; elle s'y meut, elle la respire. Le goût des gravelures que des siècles d'éducation chrétienne et mondaine n'ont fait disparaître ni de nos mœurs ni de notre théâtre, parce qu'il fait partie de notre nature, s'épanouit avec une tranquille effronterie dans la comédie ancienne. Elle est pleine de bruits, de parfums et de sécrétions scatologiques. Les deux opérations essentielles de la vie, manger et digérer, s*y font successivement ou simultanément, avec la môme candeur et la même joie; les hommes s'y vautrent dans leur fumier comme des hôtes dans Tétable. Il n'y a pas de chambrée de caserne, pas de cabaret d'ouvriers, pas de grange remplie de moissonneurs et de vendangeurs où il y ait plus d*émanations d'ail, de fromage et de vin, mêlées à plus d'odeurs d'un autre genre. L'homme et la femme s'y laissent voir et s'y regardent, dans l'exercice

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des fonctions élémentaires. On y aperçoit accroupis, non seulement les premiers venus, comme ce Blepyros, dont les évacuations pénibles ont fourni toute une scène à Aristophane, mais les grands hommes, les mattres d'Athènes, et même les dieux. Le sommeil empuanti et bruyant de Cléon résonne dans les Chevaliers *; Dionysos apparaît dans les Grenouilles tout embrené*. Et ces bruits, ces aspects, ces senteurs ne sont pas des accidents; on les entend, on les voit, on les sent dans chaque pièce, à chaque scène. Le poète n'a pas Tair de faire un sacrifice aux instincts grossiers de son public; il 8*y complatt luimême ; il manie les mots orduriers avec le même art que les idées les plus délicates. Son œuvre comprend une étude minutieuse et précise de tous les borborygmes^ soufdes, exhalaisons, flatuosités de la digestion; comme le scarabée infect que les esclaves de Trygée nourrissent de fiente, les spectateurs voulaient des boulettes d'ordure triturées avec soin • et avec des matières de choix.

La comédie ancienne est l'hymne sonore et immoral de la vie qui fait croître les fleurs sur le fumier et unit les bétes dans la campagne; son emblème est le phallus qui, des processions de vendangeurs est venu sur la scène où il mène son divin et scandaleux triomphe. Les poètes comiques nous montrent la nudité grotesque de leurs personnages, non seulement par derrière, mais de face; ils ramènent l'amour à sa dernière et universelle expression, l'accouplement. Non seulement leurs pièces fourmillent d'allusions bouffonnes à l'acte de la génération; non seulement ils s'amusent à en désigner les instruments par les noms variés Que leur a donnés Tima- '

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