‹ Aristophane et l'ancienne comédie attiqueChapitre 48 sur 242 · CMvaliers, 1369 et suiv · texte numérisé non relu

CMvaliers, 1369 et suiv

- L'armée, ainsi recrutée, a perdu toute vertu militaire. Aux chefs énergiques d'autrefois, ont succédé des petits maîtres. Au lieu du vaillant Myronidès, ce mâle héros, au corps robuste et velu *, au lieu de Phormion, ce rude soldat, qui mangeait, assis à terre, un oignon et trois morceaux de poisson confit dans de la saumure, on a des chefs dont Tallure efféminée ressemble à celle d'une courtisane ionienne. Il leur faut des amandes et du vin de Naxos, tout un attirail de cuisine. L'armée imiteleur exemple, et des femmes la suivent, comme chez les barbares '.

En regard du corps des hoplites, où se passent tant de scandales, il serait agréable d'admirer sans réserve, avec Aristophane, le corps des chevaliers, si nous ne savions qu'il était composé de ses amis. Au lieu de les critiquer, comme il fait pour tous les autres, il exalte leurs mérites. La comédie des Chevaliers a été représentée quelques mois après le grand succès de Cléon à Pylos, le seul succès marqué qu'Athènes eût remporté jusque-là dans la guerre; cependant, le poète ne tarit pas en plaisanteries à l'adresse de ce général de pacotille qui a volé à Démosthène sa victoire; cette victoire même, il la considère comme une surprise due à un hasard heureux, tandis que dans la parabase, entre deux invocations lyriques aux dieux protecteurs d'Athènes, Poséidon et Athéna, il glorifie l'insignifiant avantage que les chevaliers, conduits par Nicias, venaient de remporter à Corinthe. L'ardeur belliqueuse en môme temps que la discipline, la patience à supporter les privations, c'est là qu'il faut les chercher, parmi ces jeunes nobles qui ne demandent qu'à servir leur patrie gratui-

•1. Lytislrataf 801 et suiv.; Assemblée des femmes^ 3Ci2. S. Eupolis, les Taxiarques, fr. 2o0-â58.

tement, et ne réclament en retour que le droit d'être habillés à la dernière mode sans être traités en suspects *. Au contraire, les stratèges favoris du peuple ne vont au combat que pour être récompensés par de l'argent et des honneurs. L'esprit de parti se montre ici avec trop de candeur pour qu'il n'y ait pas lieu de se défier des éloges du poète, et, par contre-coup, des satires qui précèdent.

Dans les fragments des autres poètes comiques et dans les pièces d'Aristophane on ne trouve à peu prèsrien sur la flotte. On serait tenté tout d'abord de s'en étonner. La flotte, montée par des étrangers, des mé* tèques, et par les citoyens de la dernière classe, était la véritable forteresse de la démocratie. Comment donc un poète si empressé à signaler le mal dans toutes les institutions démocratiques, n'a-t-il pas touché à celle-là? Je ne puis admettre que ce fût par oubli, je crois plutôt que c'était par pudeur patriotique, dût ce mot paraître singulier. La flotte était le salut et l'espérance d'Athènes. Elle avait fait la démocratie, mais elle avait repoussé les barbares. C'était le talisman de la patrie. Aristophane s'abstient donc d'en parler; par un mot seulement jeté en passant, dans les Grenouilles, le poète semble indiquer que là aussi, la corruption avait fait son œuvre. L'esprit de jalousie, d'égoïsme et d'indiscipline, qui est le véritable esprit démocratique, y avait porté ses fruits. Les marins d'autrefois obéissaient sans murmurer aux ordres de leurs chefs et n'ouvraient la bouche que pour pousser le cri des rameurs; aujourd'hui, ils discutent avec le commandement '.

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