Nuées, IO
<4. Eupolis, MaiicaSf fr. ISi.
ICO AHiSTOPHANE.
par la conclusion d'une paix désirée cependant de presque toute la cité, avait excité le mécontentement et les soupçons des patriotes à outrance, comme Hyperboles. Ils essayaient de miner sa réputation en faisant entendre qu'il n'avait peut-être pas agi dans l'intérêt du peuple, mais dans le sien et dans celui de ses amis les nobles.
Cependant Hyperbolos était devenu un personnage assez considérable pour que son nom ait pu, quelques années plus tard, être mis en balance dans un vote d'ostracisme, avec ceux de Nicias et d'Alcibiade. On sait par quelle habile manœuvre Nicias et Alcibiade, menacés d'ostracisme par Hyperbolos, s'unirent contre lui. Il fut la victime du vote qu'il avait préparé contre les autres, et il prit le chemin de l'exil, comme avant lui Thucydide ûls de Mélésias, Cimon, Aristide. Les ennemis d'Hyperbolos ne manquèrent pas de faire ce rapprochement. Jusqu'alors l'ostracisme n'avait atteint que les grands noms ; le voilà qui descendait aux couches inférieures de la démocratie ; Hyperbolos avait déshonoré l'ostracisme, t Les héros d'autrefois, dit le poète Platon, étaient dignes de cette peine ; mais lui, avec les marques de son esclavage, il en était indigne. Ce n'est pas pour de pareilles gens que l'ostracisme a été inventé '. > Un simple fabricant de lampes avait pu prétendre au rang de dictateur, et s'en approcher assez pour qu'on ait cru nécessaire de l'écarter par l'exil.
Quelques années plus tard, en 411, lorsque éclata à Athènes la révolution des Quatre-Cents, Hyperbolos qui s'était réfugié à Samos, et dont les nobles redoutaient l'influence parmi les marins de la flotte, fut assassiné. Ceux qui l'avaient trouvé indigne de l'ostracisme, tout
4, Platon, Hyperbolosy fr. 487.
en Ty condamnant, trouvèrent qu'il valait bien un coup de poignard, c On tua, dit Thucydide, un Athénien nommé Hyperbolos, un misérable déjà condamné à l'ostracisme, non pour sa puissance et par crainte de son influence, mais à cause de sa méchanceté, et parce que la ville avait honte de lui ' . > Il m'est impossible de ne pas voir dans cette phrase de Thucydide la marque évidente de l'esprit de parti. Si Hyperbolos n'avait eu ni pouvoir ni influence, Athènes n'aurait pas procédé contre lui à un vote solennel d'ostracisme, et Nicias et Alcibiade qui se détestaient n'auraient pas fait alliance pour se débarrasser de lui. Quant à la perversité criminelle d'Hyperbolos, Thucydide, qui se borne à cette phrase dédaigneuse, n'en donne aucune preuve, et les poètes comiques eux-mêmes ne nous en fournissent pas, à moins que l'on ne considère comme telles les allégations ordinaires qu'ils n'épargnent à aucun des partisans de la démocratie. Hyperbolos ne semble pas avoir commis d'autre crime que d'être né dans une boutique et d'avoir déclamé pour la continuation de la guerre.
Après la mort d'Hyperbolos, quand personne n'avait plus rien à craindre de lui, Aristophane ne renonça pas à l'insulter. Dans les Thesmophores il attaque la mère du mort, t N'est-il pas indigne que la mère d'Hyperbolos siège, vêtue de blanc et les cheveux longs, à côté de celle de Lamachus " ? » Ce qui méritait plutôt l'indignation, c'est que, même dans une comédie, un poète
i. Thucydide VIII, 73, 3. Le grave historien parait avoir emprunté les expressions d'Aristophane qui, dans les Chevaliers T. 4304 appelait Hyperbolos f é^vôpa |i.ox0tip6v ico>Cttiv ».
2. G.-à-d., dans le costume des femmes honnêtes. Thesmophores, 839 et suiv. Ce rapprochement entre la mère de Lamachus et celle d'Hyperbolos, prouverait que les Thesmophores sont postérieures à la mort d'Hyperbolos.
iOi ARISTOPUAWB.
insultât publiquement une mère en deuil Tannée môme -où son (ils avait été assassiné. De pareils mots montrent <;e qu'étaient à Athènes les haines politiques et nous éclairent sur ce que la démocratie, cette criminelle démo- 'Cratie, avait à attendre de la justice des oligarques.
t Silencieusement s'avance Ténorme Pisandre, pareil -au phallus que Ton porte au bout d'une perche pendant les Dionysies... on dirait un âne avec son bât '. * Voilà •surquel ton les comiques parlaient du démocrate Pisandrc qui paraît avoir joué un rôle important après la disparition d'IIyperbolos. Ils raillent surtout ses infirmités physiques, sa grosseur phénoménale et sa voracité. Il n'y avait pas d'homme plus ventru, disait de lui le poèlî Platon dans la pièce qui porte le nom de Pisandre '. Dans la môme pièce, un ami de Pisandre lui adressait ainsi l.i parole: « Est-ce en mangeant un petit plat, selon ton habitude, que tu as été malade, parce qu'il t'est resté sur 4'estomac? — Oui, l'année dernière, répond Pisandre, en mangeant du homard*. » Ce Pisandre était aussi lâchr^ •que glouton. Platon le comique l'appelait un « rejeton do Alars » ♦. Le chœur des paysans, dans la Paix, pari 13 ironiquement des aigrettes et des sourcils belliqueux do Pisandre ^ Eupolis le représente faisant une expédition Tcrs le Pactole et s'y montrant le plus mauvais soldat de toute l'armée^. Toutes ces plaisanteries ne nous 4ipprennent pas grand'chose sur Pisandre. Nous voyons ^lu'il aQectait des sentiments démocratiques 1res vifs et
i. Ilcrmippc, fr. 9.