DERRIÈRE PÉRIODE
pagne, pour le dème rustique, où la vie était plus aisée et plus saine ; avec cela, large part accordée aux réunions, aux fêtes, à Tart même, comme expression spontanée d'un idéal tantôt joyeux, tantôt élevé ; et, par contre, aversion prononcée pour Tambition stérile, pour Tégoïsme dur et méchant, et aussi pour toutes les curiosités pures de l'esprit, légitimes ou non.
Cette conception a donné au patriotisme d'Aristo-. phane son caractère propre et parfois agressif. Il a aimé Athènes ardemment ; il a détesté, comme ses ennemis personnels, ceux qu'il accusait de la corrompre et de la ruiner. Persuadé qu'ils semaient et développaient, au dedans, la haine entre les citoyens, ce qu'il a défendu contre eux, avec une âpre véhémence et sans aucun scrupule de justice, il faut le reconnaître, c'était en réalité la bonne entente, la concorde, la confiance mutuelle. Plus il a vu cette union compromise, plus il s'est porté résolument à son secours. Lysislrale et les Grenouilles attestent quelle force cette préoccupation avait prise chez lui dans la seconde partie de sa vie. Au dehors, il souhaitait non moins ardemment la paix entre les Grecs. Nous ne sommes pas en état de déterminer par quels sacrifices il aurait consenti à l'acheter, d'autant plus que lui-même ne l'a peut-être jamais su bien exactement. Son idéal, un peu vague, semble avoir été celui d'un accord équitable entre Athènes et ses alliés
et d'un arrangement avec Sparte, fondé sur une bonne volonté réciproque. N'étant pas homme d'État, il ne cherchait pas à en préciser les conditions. Mais il avait au cœur un sentiment hellénique très vif, qui lui faisait deviner ce qu'il y avait dé funeste dans ces luttes fratricides, par lesquelles la Grèce préparait sa ruine. Cette fureur de s'entre-tuer, sous les yeux de l'étranger qui s'en réjouissait, lui paraissait le pire des maux ; et c'est comme partisans intéressés de la guerre, que Cléon et les autres démagogues lui faisaient particulièrement horreur.
Ces sentiments, bien entendu, n'étaient pas propres à Aristophane. Ils se sont rencontrés en mélange et en proportions diverses chez beaucoup des hommes de ce temps et, naturellement, ils ont alimenté la politique des partis. Lorsqu' Aristophane les traduisait dans ses pièces, il se rencontrait donc nécessairement avec ceux qui les partageaient et avec ceux qui s'en servaient. De là des rapprochements passagers qui seraient de nature à nous tromper, si nous n'y prenions garde. A priori, il aurait dû paraître invraisemblable qu'un génie aussi spontané, aussi vigoureux, aussi original, eût vécu, pour ainsi dire, de suggestions étrangères. Cela n'aurait pu être admis qu'en présence de preuves décisives. Or, non seulement ces preuves manquent, mais les faits, étudiés de près, nous en fournissent de toutes contraires. Dans chacune des pièces du grand poète.
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nous avons Irouvts avec une conception personnelle des choses, des intentions librement déterminées, qui nous ont paru procéder directement des circonstances et de ses sentiments les plus certains. C'est donc bien à lui-même qu'il faut imputer, avec la responsabilité de ses injustices et de ses préjugés, le mérite de certaines vues vraiment larges et généreuses aulant que perspicaces.