‹ AristoteChapitre 101 sur 304 · V. plus liant, p · texte numérisé non relu

V. plus liant, p

n'est jamais assez déterminée pour ne plus laisser qu'une voie ouverte à la poussée du désir; si longue que soit la hiérarchie de ses spécifications, elle garde toujours une certaine plasticité : elle peut toujours recevoir plusieurs formes d még-ale valeur entre lesquelles il reste à choisir.

Il faut donc que l'âme qui réside au fond de l'être en devenir ait une certaine perception de ses potentialités. Non seulement elle communie à la pensée suprême, mais encore elle connaît de quelque façon les virtualités de la matière : c'est à ces deux conditions seulement que la oature peut réaliser infailliblement le meilleur, toutes les fois que rien ne vient du dehors entraver son activité. Chacune de ses opérations se peut comparer à un syllogisme dont la majeure est l'acte pur, la mineure telle possibilité à convertir en forme, et la conclusion cette forme elle-même. De plus, entre la pensée de la nature et la possibihté qui va s'élaborer, ne s'interpose aucun moyen terme qui ressemble à une idée. C'est cette possibilité elle-même qui passe à l'acte sous l'effort intérieur du désir; c'est cette possibilité qui se développe comme un germe.

Ainsi, la nature n'est plus, pour Aristote, un simple accident de l'être, un ensemble de phénomènes qui ne peut avoir de réalité que par participation. L'amour que Platon prêtait ù. son Démiurge, est descendu de son ciel dans la matière; et les « idées » ont suivi la même voie : les « idées » aussi se sont cm[)risonnéos dans les ol)jcts changeants pour y devenir de pures virtualités dont le rôle est d'aller alternativement de la puissance à l'acte et de l'acte à la puissance. Et la nature s'est enrichie

d'autant; elle s'est transformée en un être vivant qui porte en lui-même le principe et une certaine règle de ses actions ; la nature est devenue un artiste qui habite son œuvre et la façonne du dedans '.

1. A cette interprétation de la çOctk; semble s'opposer le texte suirant de la Physique : ôtotiov ôè xo |xti oïecrOai ëvexà tou YÎveffOai, eàv [xy; 'iomci xo xivoOv pou),euaâpL£vov. KaÎToi xal r; TÉyvrj où ^oxjlevtxoiV xai yàp eî £vy;v êv Tû ^uXto T) vauTTTQYixiî, ôfjLOÎtoc àv çûcrei ÈTToiei (B, 8, 199", 26-29). D'après Ed. Zeller, ce passage signifierait que l'art de la nature est inconscient {ouvr. cit. y II, 2, p. 426-427). Mais cette interprétation tout hégélienne ne s'accorde pas avec la théorie de l'ôpeÇi; à laquelle Aristote revient sans cesse et qui peut seule expliquer l'action du premier moteur sur la nature. L'art dont il s'agit dans le passage en question n'est pas un simple idéal; il implique le désir, et par là même la connaissance : ib ôpextov xal voriTÔv xiveî où xivoOfieva {Met., 1072*, 26-27). Seulement, cette connaissance n'est point réilexive ni délibérative. Précisément à cause de sa sûreté, elle est toujours tout entière eu son but, comme un instinct

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