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LA NUTRITION

La distinction des facultés de Tàme une fois établie, il convient de les reprendre une à une pour en donner une notion plus précise ; et la vraie méthode à suivre en pareille matière, c'est de commencer par les faits, vu qu'ils « sont logiquement antérieurs aux puissances » ^.

On ne peut expliquer la nutrition comme Tout essayé Empédocle et Démocrite ; ici encore la théorie mécaniste se trouve en défaut -. La nutrition n'est pas un mélange, c'est une assimilation. Dès qu'un être prend de la nourriture, commence un travail intérieur par lequel il tend à la changer en sa substance : elle de- \ient son sang, sa chair et ses os ; l'aliment absorbé perd peu à peu sa forme pour revêtir celle du vivant qui s'alimente ^.

Du moment que la nutrition est un phénomène d'assimilation, elle ne peut aller que du dissemblable au semblable. Parmi les anciens, les uns ont soutenu que le vi-

1. Arist., De an., B, 4, 415*, t4-20 : ... Ttpôtepov yàp elai tù>v Ôuâ[xea>v al évÉpYE'.ai xata! TipaUi; xaTa tov Xôyov; Ibid., A, 1, 402", 22-25.

2. Id., Ibid., li, 4, 415", 28 et sqq.; 416» 1-18. V. plus haut, p. 145.

3. /d., De gen. et corr.. A, 5, 32l^ 16-2i, 32-34; cf. 328% 26-28; De an., B, 4, 416*, 6-18.

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vant se nourrit de ce qui lui ressemble ; d'autres qu'il se nourrit de ce qui lui est contraire K Ces deux opinions se concilient, si divergentes qu'elles soient en apparence; car elles répondent aux deux aspects principaux du processus de la nutrition. L'aliment, à son point de départ, diffère de l'être nourri; mais, à son point d'arrivée, il ne fait plus avec lui qu'une même chose ^.

Toutefois, cette conciliation n'est qu'approximative. Si la nourriture digérée ressemble complètement au sujet nourri, la nourriture à digérer ne peut en différer de toute manière. Rien ne devient telle chose qui ne soit déjà cette chose en puissance : c'est un principe inéluctable ; car la matière ne fournit que ce qu'elle enveloppe déjà dans ses virtualités ^. Par suite, rien ne devient du sang qui ne soit du sang en puissance ; rien ne devient de la chair qui ne soit de la chair en puissance ; rien ne se change en os ou en nerfs que ce qui contient déjà par lui-même de quoi se changer en ces parties de la substance organisée ^. L'être vivant ne peut pas plus vivre de tout qu'un artiste ne peut faire une statue de marbre avec du bois : la nutrition suppose une certaine adaptation de la nourriture à celui qui se nourrit et ne s'opère que dans la mesure même où elle est donnée.

D'ordinaire, elle ne l'est que d'une manière assez

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