‹ AristoteChapitre 162 sur 304 · Ibid., 1, 450*, 27-32, 450^ l-ll · texte numérisé non relu

Ibid., 1, 450*, 27-32, 450^ l-ll

passé. 11 faut que le souvenir ait pour objet cette image elle-même, ou la cause dont elle provient. Dans le premier cas, nous nous souvenons du présent : ce qui est une contradiction dans les termes. Et, dans le second cas, par quel artifice pouvons-nous, au moyen de ce que nous sentons, nous souvenir de ce que nous ne sentons pas, à savoir la chose qui n'est plus? Est-ce donc qu'il nous est donné de voir et d'entendre ce qui a cessé d'être? Aurions-nous l'intuition du passé, comme nous avons celle du présent 1?

Mais peut-être n'est-il pas nécessaire de recourir à cette extrémité ; on peut même dire que la chose est impossible, car ce qui n'est pas ne se perçoit pas.

Il est bien vrai que l'image enfermée dans le souvenir n'implique par elle-même aucune relation d'aucune sorte; elle est, nous la saisissons : et c'est tout. Mais il en va différemment, lorsqu'on l'envisage comme copie; alors elle fait tout naturellement penser à quelque autre chose, qui est son exemplaire. Or, c'est sous ce dernier aspect que se présente l'image qui fonde le souvenir. Elle ne renaît pas à la manière d'une légende qui sortirait tout inventée des puissances créatrices de l'âme. Elle a été sensation vive ; elle est issue du commerce de nos organes avec un objet réel, existant dans telle portion de l'espace et de la durée. De là un rapport avec cet objet qui devient un de ses traits distinctifs, qui se conserve en elle comme elle se conserve elle-même, et que l'on peut d'ordinaire y percevoir à quelque degré : l'image réviviscente rappelle le passé ainsi qu'un portrait son original 2.

1, Arist,, De vicm., 1, /j.'iO'', 11-20.

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