Id., Ibid., 1, /i50^ 20-32, 451', t
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Le souvenir n'est pas toujours brut; il peut se doubler de réflexion. C'est ce qui se présente, lorsqu'on a conscience d'avoir éprouvé déjà le phénomène qui se renouvelle. C'est ce qui se présente également et plus encore, lorsqu'on passe par une série de tentatives pour trouver l'objet dont on veut se souvenir; car alors, non seulement on ramène sa pensée sur elle-même, mais encore on institue une sorte de chasse au passé qui suppose le raisonnement. Quand le souvenir s'imprègne ainsi de réflexion, il prend un autre nom : il s'appelle reconnaissance^. Et cette distinction jette de la lumière sur le domaine qu'il convient d'assigner à la mémoire dans le règne de la vie. Le souvenir se produit chez tous les animaux qui sont doués d'imagination, et rien que chez ceux-là : il est probable, par exemple, que les vers ne se souviennent pas; car il ne semble pas qu'ils aient de la fantaisie 2. Quant à la reconnaissance, elle est le propre de l'homme, vu que l'homme seul possède ici-bas la pensée rationnelle ^.
Qu'ils soient des reconnaissances ou de simples souvenirs, les phénomènes de la mémoire ont leurs lois. Chacun d'eux suppose un antécédent qui l'amène* : et la relation qui le rattache à cet antécédent, présente deux
1. Arist., De mem,, 2,453», 9-12 : aÏTtovô'ÔTi tô àva[xitJLvr,(77.£<r6ai iaxivolo/ (ju>XoYi(Tt^ô; Ti:. "Oti vàp irpôxepov eiSev r; rjxouoev iî ti toioOtov eTtaôe, auXXoyiJîsTai ô àva[i.tji.vY)ax6[J.evo;, xat eaTiv olov ^yJTYjaî; ti;.
2. Id., Ibid., 1, 450», 10-18, 22-26; De an., F, 3, 428=', 9-11; De mem., 2, 453*, 6-10.
3. Id., De mem. y 2, 453», 6-9 : ... toù ô' àva|xi[jivTÎ(Txe<i6ai o-jôèv ôj; eîueîv tûv YvwpisOîAÉvwv 2J(La>v [[lETsy^st] , lùàyt àvôpcoTto; ; Ibid., 12-14 : Toùxo o' oî; xai tô PouXsyTixov ÛTiàpxei, cpOaei jJLÔvot; (jy[jLê£ê-/)xev xai Y^pTo PoyASUcffOa; <juXaoyi<7jjl6;
TÎ; £<TTIV.
4. Id.. Ibid., 2, 451'', 10-11 : (xufjLgatvoudi S' al à/a{j.vr,(7£t<;, ÈTîeiSyi Tceçuxev t^ x{vr,<7ii; rfiz Ysveaôai ;j.îTà Tr.voî.
caractères très distincts. Elle peut être nécessaire ^ : si l'on pense à la cause, on pense par là même à l'eilet, et réciproquement; lorsqu'on se souvient des prémisses d'un syllogisme, on se rappelle aussi sa conclusion-. La relation du souvenir à son antécédent peut également n'être que le résultat d'une habitude 3. Le semblable tend à s'agglutiner avec le semblable, le contraire avec le contraire, le contigu avec le contigu ^, Et plus on multiplie les expériences où ces couples sont donnés, plus leur union devient intime et solide : de telle sorte que, au bout d'un certain temps, nous passons infailliblement de l'un à l'autre des termes qui les composent : l'habitude , en se fortifiant, devient une seconde nature ^. La répétition des actes n'est même pas toujours nécessaire à la formation de cette habitude : il y a des impressions qui sont assez vives pour la produire d'un coup ^.
11 ne faudrait pas s'imaginer non plus que ces deux lois principales de la mémoire, dont l'une est d'ordre logique et l'autre d'ordre psychophysique, s'exercent toujours séparément. Au contraire, elles s'unissent dans un très grand nombre de cas et mènent de concert au môme résultat : nous ne nous souvenons pas seulement de nos
1. AriST., De mem., 2, 451»», 11-13 : el [xàv i^ àvaYV.TQ;, ô:^'^"^ <*>? o"^*^ èxeivri nivriÔY), TTQvôe xivTQ6T^(Tetai (îTQvSe tyjv xivv)<tiv xivrjOTidSTai Emy).