Id., Ibid., K
292 ARISTOTK.
celle des dieux. Elle lui serait égale, si nous pouvions nous délivrer totalement de la matière , nous arracher à la loi du devenir et nous fixer pour toujours dans la pensée des vérités éternelles i. C'est de la vie contemplative que viennent nos joies les plus douces, et parce qu'elle est notre énergie la plus haute, celle qui se rapproche le plus de « l'Acte pur » . C'est de la vie contemplative que viennent nos joies les plus longues ; car il est moins pénible de méditer que d'agir : il ne s'y produit presque pas de fatigue 2. Et ces joies pleines et durables, nous pouvons les renouveler comme nous le voulons, quand nous le voulons. S'agit-il de pratiquer la libéralité, la justice, ou même la tempérance, il y faut une certaine fortune. L'action a besoin du concours des biens extérieurs ; elle en a d'autant plus besoin qu'elle acquiert plus de grandeur et de beauté. Le sage qui contemple se suffit : ses jouissances ne dépendent que de lui-même ; il les a comme sous la main -^
Après la contemplation, ce qui concourt le plus au bonheur, c'est la vertu pratique *. Elle est belle de sa nature; et, à ce titre, il s'y ajoute je ne sais quelle volupté virile qui ne vient que d'elle, volupté d'autant plus profonde que l'on a une raison plus haute et le cœur mieux fait ^. En outre, la vertu est comme la voie par où
1. AniST., Eih. Nie, K, 7, 1177", 20-31; Ibid., 8, 1178^, 7-27; Ibicl., 9, 1179*, 22-32; Met., A, 4, 1072^ 14-30.