‹ AristoteChapitre 233 sur 304 · Jd., Ibid., A · texte numérisé non relu

Jd., Ibid., A

Ton s'élève jusqu'à la vie contemplative. Si nous faisons effort pour ajuster nos actions à la mesure de l'ordre moral, ce n'est pas seulement en vue du charme incomparable qui se dégage de ce noble labeur. Le vrai prix de la lutte est plus élevé ; il a quelque chose de « divin et de bienheureux ». Nous prenons de la peine pour avoir du loisir; et le but du loisir, c'est l'exercice de la pensée pour la pensée ^

Dans la vertu pratique elle-même, il y a matière à distinction. Nos désirs ne contiennent pas leur règle en eux ; ils sont par nature aveugles et indéfinis 2. H leur faut un principe supérieur qui les pense sous la forme de l'universalité , les syllogise en quelque sorte et les coordonne en vue de la plus grande jouissance possible; et cette force architectonique de la vie, c'est la prudence. Cette vertu a donc la primauté. Les autres, comme le courage, la tempérance et la justice, n'existent qu'autant qu'elles portent son empreinte et réalisent ses ordres : elles reçoivent de sa plénitude tout ce qu'elles ont de valeur morale, et, par là même, tout ce qu'elles apportent à l'édifice de la félicité ^.

Au-dessous de la vertu, et sous un autre titre, se ran-

1. ArIvST., Eth. Nie, K, 7, 1177'', 1-24 : ... Aov.eî te y) eùoaisxovîa èv ty] cr-/oXyi elvai' àaxoXoûjJL&ôa yàp îva (T/oXàî^copLSv, xal 7:oXe|xoù[jL£v ïv' £Îpy)vïiv àyœfxev : /bid., A, 10, 1099»», 16-18. D'après la Morale Eud., la contein[)lation et la vertu morale ont un autre genre de relation : tout consiste à contempler Dieu et à le servir, t6v ôeàv ôepaTieuetv xal ÔewpEïv (H, 15, 1249", 13-21). Ce.>>t là une variante d'inspiration platonicienne qui ne s'accorde pas avec la pensée d'Aristole.

2. Id., Eth. Nie, r, 15, llig»», 8-19 : a.T:\-(\rs'o- yà? i\ tou r^Uoc, ôpe^i- xaî TravTaxôÔev iC^ avorta); Polit., A, 9, 1258*, 1-2; Ibid., B, 7, 12G7^ 3-5 : dc/reipoç ^àp tj xri; èTriÔuaîaç çûdiç... ; cf. A, 13, 1102», 26-34, 1102^ 1-34.

3. Id., Eth. Nie, Z, 13,1144^ 4-36, 1145», 1-2; /6icZ., K, 8, 1178», 16-19; Eth. mag., A, 35, 1198*, 34 et sqq.

gentles biens corporels et extérieurs. Tandis que la vertu est le principe du bonheur, ils n'en sont que les conditions plus ou moins extrinsèques ^ ; encore n'y serventils que dans la mesure où l'usage en est bien ordonné -, Il faut de la santé pour agir et même pour contempler ; on n'arrive au plein épanouissement de son énergie personnelle que si l'on possède une certaine fortune et des amis. Mais, ces avantages une fois donnés, rien n'est encore fait, tout peut tourner à notre plus grand malheur. C'est du dedans que vient le bonheur ; il habite le temple de l'âme, suivant le mot de Démocrite. C'est du fond de notre activité intellectuelle qu'il jaillit; et les biens physiques n'y coopèrent qu'autant que cette activité ellemême règle le temps et la limite de leur emploi ^.

Ainsi tout se coordonne et se simplifie en même temps, tout se ramène en définitive aux gradations diverses d'une seule énergie, la plus noble et la plus puissante, celle qui fait la caractéristique de l'homme. Qu'est-ce que la vertu contemplative? L'intelligence, en tant qu'elle s'applique aux principes de l'être^. Qu'est-ce que la prudence? L'intelligence, en tant qu'elle se tourne aux principes de l'action ^. Que sont les autres vertus morales? une traduc-

1 Arist., Lt/i. Nie, A, î), 1099% 32-33 : àôuvarov yàp y) où paotov xà y.aXà TtpaTTetv àyopriYTiTOv ôvxa; Ibid. , 10, 1099", 26-28 ; Ibid., 11,1 lOO", 7-1 1 ; Jiid., H, 14, 1153", 16-19 : où5£|xta yàp èvspysia T£)>eio; Èu.uo5tîio|j.£vyi, y) ô' eùôatfjiovia TwvTeXeJwv SibupcaosiTai ô e'jôaia<»)v tùiv èv cwixaTi àyaOàiv xat tûv èxto; xal Tfj; Tu-/r,;, ottu); \ii] £(JL7coôt2[r)Tai TaOxa; Ibid., K, 8, 1178", 29 et sqf[. ; Ibid., 9, 1178b, 33-35.

Page 1