Id., Eth. Nie, E, 10, 113i
Mais ces conventions d'origine humaine n'ont qu'une force relative. Elles ne peuvent jamais l'emporter sur « la loi non écrite » : celle-là « n'est ni d'aujourd'hui ni d'hier», suivant le mot d'Antigone ; elle est éternelle et parla même immuable comme les dieux. Rien ne prévaut contre le droit naturel ^ ; et, quand le droit positif s'en écarte, il devient la règle d'après laquelle on doit redresser ses décisions caduques -. Il est bon toutefois, lorsqu'il s'agit de tels redressements, de ne pas exagérer la zone des exigences essentielles. Il y a jusque dans la nature de chaque chose une partie intégrante qui ne se produit que dans la majorité des cas, qui est plus ou moins variable. L'homme est généralement droitier; mais il se trouve aussi des gauchers, et nous pouvons nous-mêmes apprendre par l'exercice à nous servir de nos deux mains avec une égale adresse. Ainsi des relations morales qui dérivent de la nature humaine : elles ne sont pas totalement fixées dans l'immuable ; quelques-unes d'entre elles conservent un fond de souplesse qui leur vient de la matière ^. Les barbares, par exemple, peuvent être traités comme des esclaves; vu qu'ils ont perdu le sens de la liberté, à force de n'en pas faire usage.
Il n'y a de droit qu'entre les hommes libres; et la preuve foncière de ce fait, c'est qu'ils sont seuls à « pos-
1. Arist., RheL, A, 13, 1373", 1-17; lOid., 15, 1375% 22-35, 1375% 1-2. Arislole cite à deux reprises les vers que Sophocle met sur les lèvres d'Antigone.
2. ïd., Eth. Nie, E, 14, 1137", 11-34 : iroieî 6è tyiv àîioptav ôti tô èîiieixè; Ôcxaiov [xév èorriv, où tô xarà vô|xov ôé, àXX' £7:avopOu)(jLa vo|xî{xou ôtxatou... xal £cttiv auTY] il çucti; r\ tov iTtieixoO;, è7iav6pOa)[j.a v6|xou; v. aussi les deux passages de la filiét. ci-dessus mentionnés.
3. Id., Eth. Nie, E, 10, 1134", 24-35, 1135', 1-5; Eth. mag., A, 34, 1194", 30-39, 1195', 1-6; S. Thom., ouvr. cit., liv. V, lec. XII, p. 463'- 463".
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séderla raison » qui seule nous rend capables de félicité. Les esclaves n'ont pas cette puissance hégémonique ; ils ne font que « la sentir », ils ne font qu'exécuter ses ordres comme des machines animées ^ : ils peuvent avoir des plaisirs, ils ne sauraient aspirer au bonheur. Et, par suite, il n'existe à leur égard aucune de ces conséquences protectrices auxquelles donne lieu l'idée de ce bien des biens; Us n'ont, comme tels, aucun droit précis, ni civil, ni politique.
Ainsi du droit ; et la justice consiste à le respecter pour lui-même. Mais ce n'est là qu'une approximation qu'il convient de préciser.
Il est injuste d'avoir plus que son droit ; il est également injuste d'avoir moins. Le juste se situe entre ces deux extrêmes ^; et par là même la justice aussi. Elle est « dans le milieu » , comme les autres vertus ^ ; et ce milieu a sa marque spécifique. Il va du gain à la perte : c'est une égalité entre l'un et l'autre, une sorte de proportion mathématique ^.
Mais cette proportion n'est pas toujours la même; elle peut revêtir deux formes. S'agit-il de rapports entre citoyens, par exemple, de ventes, d'achats, de prêts, ou bien encore d'actions violentes, comme le pillage et la mutilation, l'on ne considère alors que l'inégalité qui s'établit : celui qui vend un médimne de blé reçoit l'équivalent soit en nature soit en monnaie, celui que l'on a
1. Arist., Polit., A, 5, 1254'*, 20-24 : so-xi yàçi çûoei ooOXo; ô ôuvàtxevo; àXkou eîvai (Stô xat à).).ou Ècxtv) xai xoivwvôiv Xôyou to<7oOtov ôcov aîdôàveoQai àXXà jxr] é-/etv Ta yàp alla. Çoia où lôyoM al(j6av6|j.eva, à>).à 7ra8r,{xaaiv Onyipetei.