‹ AristoteChapitre 270 sur 304 · V. plus haut, p · texte numérisé non relu

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2. Arist,, Eth.Nic, K, 7, n77^ 30-34, 1178% 1-8; IbicL, I, 8, 1169% 16- 35; ce passage est important. — L'unique endroit où Aristote fasse allusion à la vie future est le chapitre 11* du premier livre de la Morale à Nie. Mais la partie de ce chapitre où il s'agit de cette question n'a pas de valeur doctrinale. Aristote se place dans l'hypolhèse de la tradition grecque, d'après laquelle les morts restaient sensibles au bonheur et au malheur de leurs desrendants (1100% 18). Celte supposition faite, il cherche à quelles con litions les morts peuvent êlre heureux; et il infère que, pour qu'ils le soient, il faut que les impressions venues de la tene demeurent très faibles : autrement, leur félicité en serait perpétuellement troublée (1101*, 22-35, 1101", 1-9). Il se trouve aussi une j)arlie du même chapitre où Aristote ex[)rime sa pensée à lui : il y est question de la nature du bonheur; et sa conclusion est que le bonheur ne dépasse pas les limites de la vie présente (1100', 32- 35, 1100^ 1-35, 1101", 1-21).

Ce n'est pas que les interprètes ne soient divisés sur ce sujet. D'après The- MisTiLS {Varaphrases in Aristotelis librorum qux supersunt, L. Spengel, Lipsiœ, 1866), l'intellect actif et l'intellect passif sont deux aspects d'une même faculté (III, 5, p. 200, 1-25). L'un et l'autre sont impassibles, séparables, immortels (III, 4, p. 174, 12-19; /ôirf., p. 175,4; — III, 5, p. 194, 16-21 ; p. 195, 6-17; p. 200, 10-25; p. 19i, 1-2 : tôv voOv oè âte {xy) ypa)|xevov opYavw CtopiaTtXfj) Tcpô; xyiv èvépy^"'*^ ^*' âjjLtxTov T(o (T(o(j.ai:i TvavTaTtaai xai aTraOrî xal XwpiffTÔv). De plus, le voù; ainsi conçu n'est pas Dieu; il fait parlic de notre âme, et l'immortalité qui lui convient est personnelle (III, 5, p. 185, 4-5 : xal iyiù {ièv ô auyy.et(xevo<; voO; âx To0 6uvà(/.£i xai xoO èvepyeîqi). Lorsque Aristote dit que le voO; 7:a6r,Tixb; est périssable, il parle d'un troisième voùç, qui est le siège des émotions généreuses, des désirs, de l'amour, de la haine, des souvenirs, et qui apj)ar!ient au composé (III, p. 188, 1-11; p. 194, 10-26; p. 195, 26 et Sf|q. : (p6apTÔv Se ^éyet tov xoivov, xa6' ôv ô àvOpw7;o; ô a\>yyt.zi\u\oz èx 4*^7^]; xai ctôjJ-aTo;, èv ^ Cujiot xal £niOu[J.taî a xai llXàTO)v cpOapTà y7ro/a(j.6dtvei).

Alkxandre d'Ai'HROuisE a une manière différente d'entendre la même question {De anima citm manlissa). A son sens, le voù; TiotriTixô; vient du dehors (Oûpa^ev, êÇwOev) ; ce n'est pas une partie de notre ibne (oùx ûv népiov

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Mais alors que devient la tradition religieuse? N'est-elle qu'un agglomérat de vaines légendes? N'a-t-elle réellement aucune valeur philosophique? Telle n'est pas la pensée d'Aristote ; il se garde de prendre l'allure d'un sophiste.

Il y a des mythes religieux qui prêtent à la divinité notre forme corporelle, nos vices, nos passions et nos crimes. Et ceux-là, il faut les rejeter comme autant de blasphèmes; Platon, en cette matière, na pas péché par excès d'austérité ^.

Quant aux autres mythes de môme ordre, surtout ceux qui remontent à une haute antiquité et que l'on trouve presque partout, ils ont d'ordinaire un certain fond de justesse. Non qu'il faille, à la manière de Platon, les regarder comme des symboles humains de l'intraduisible au-delà. Rien, à l'exception de la matière, n'est totalement intraduisible : il n'y a qu'une raison pour les hommes et pour les dieux. Mais on peut faire de ces mythes un examen critique, les préciser de plus en plus et dégager enfin la part de vérité qu'ils enveloppent. Il résulte, par exemple, des légendes accumulées au cours des âges sur le compte des dieux, « qu'ils existent réelle-

■xai ûOvajxcç Ti; r?]; T,{JLeTépa; 4*^x950; 6t il est seul immortel (108, 22-24, 30). Le voO; TcaOrjTixô; n'est qu'une sorte de puissance inhérente à l'organisme, qui disparaît avec l'organisme lui-même (112, 18-32; 113, 1 et sqq.).

De celte divergence sont sortis deux courants d'interprétation. Quant à nous, Themistius nous semble piatoniser Aristote plus que de raison ; Alex. d'APHRonisE est plus près du « maître ».

1. Arist., Met., B, 4, 1000», 9-19 : ... àXXà uepl {lev twv (xuOixû); «ro9iJ^o[Ji.éva)v o'jx âÇiov («Ta ououôriç ffxoTCîïv; /&/rf., 2, 997", 8-12; parfois cependant, Aristote condescend à voir jusque dans les légendes les plus indignes des dieux un élément de vérité {Met, A, 8, 1074'-', 5-10). — Cf. Poet., S, 25, 1460»», 32-36, lier, t; Polit., A, 1252", 21-27: l'anthropomorphisme, voilà l'idée inspiratrice de ces mythes; et c'est là une erreur de fond.

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ment et que le divin enveloppe la nature entière ; le reste n'est que de la fable ^ ».

Ce n'est pas à dire que l'on doive, comme Platon, travailler à la purification de la religion populaire : c'est là un rêve, et qui a son danger. Les hommes, en général, n'ont ni le temps ni la puissance d'esprit voulus pour s'élever à l'idée pure. C'est le mythe qui les charme, c'est le mythe qui les persuade ; et quand on essaie de le leur enlever, le fruit de vérité qu'il contient se volatilise du même coup. Il faut donc laisser au peuple ses fables favorites; elles lui sont nécessaires. La philosophie ne sera jamais que le bien de quelques sages. C'est ce que semblent avoir compris les premiers dompteurs d'hommes : ils ont inventé de divines légendes pour imposer à leurs semblables un commencement de discipline sociale 2; et l'on n'a qu'à suivre leur prudent exemple. Il importe au premier chef d'élever des temples dans la cité idéale, d'y créer des collèges de prêtres aux frais de l'État'^ et d'y permettre à la foule le culte de ses dieux, même les> plus étranges ^.

Tels sont les éléments de l'éthique aristotélicienne. L'impression dominante qui s'en dégage, c'est qu'elle est principalement expérimentale : elle se fonde presque tout entière sur une analyse de nos actions dont le but

1. Arist., Met., A, 8, 1074^ l-Ki; v. plus haut, pp. 23G-237.

2. /t/., Ibid., 1074'», 3-5 : Ta 6s Xomà (jiuOtxàJ; r^Sri Ttpodyjxxai Tcpà; xyiv TcetOw Tûv 7ro)>),â)V xal Ttpô; Trjv et; toù; v($|xou; xal to au[xçépov j^pyjaiv.

3. Id., Polit., il, 8, 1328^ 11-13, 20-23; Ibid., 9, 1329», 28-34; /ôîd., 12, 1-331', 24 etsqq.; Ibid., 10, 1330*, 8-16.

4. Id., Ibid., II, 17, 133G»', 14-19 : ... llpô; ôà toutoi; àçtyiiiv ô vôtxo; toù; ly^ovra; T?)>vtxiav nXc'ov TtpoTQxouoav xat Ouàp aOtcôv xal téxvwv xal yuvaixwv tii/.a).?erv Toy; Ôeou;; lbid.,U, 1335^ 12-16.

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est de les coordonner en vue du bonheur. Mais ce serait une exagération de croire qu'elle est indépendante de la métaphysique. Elle s'y ramène au contraire de plusieurs côtés à la fois : et par la notion du plaisir qui vient d'un acte, lequel à son tour vient d'une puissance; et par la notion de la vertu qui n'est que le perfectionnement de nos facultés; et par l'idée du bonheur qui a sa source dans l'achèvement de la « forme » humaine. On ne peut pas même dire que l'éthique d'Aristote soit indépendante de la religion. Dieu produit l'ordre des choses par l'attrait qu'il exerce sur la nature; et, à ce titre, il est encore le fondement de toute relation morale. Bien plus, Dieu se situe, au sommet de la hiérarchie des êtres, comme le terme d'une obligation : c'est un devoir essentiel de lui accorder l'hommage de la « zv^/q ». Aristote a éthérisé la religion ; il ne Ta point rayée du domaine de la morale.

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