LES CAUSES
La « philosophie première » ne s'en tient pas à l'analyse de Têtre ; elle en cherche aussi les causes et ne clôt son enquête qu'après en avoir épuisé la série ^
Tout être qui nait et qui meurt a d'abord deux causes. Il enferme, en effet, deux éléments constitutifs qui l'ont produit par leur réunion, une matière et une forme - : une matière dont il est fait, une forme qui le spécifie et qui est par là même sa définition ^. De plus, comme il a commencé, son existence suppose un changement; et ce changement ne s'explique pas tout seul. Ce n'est pas de lui-même que le bois devient lit ou le marbre statue; ce n'est pas non plus de lui-même que l'air se transforme en feu ou le feu en air ^. Qu'il s'a-
1. Arist., Met., A, 1, 981^ 28-29; Ibid., T, 1, 1003% 26-32 ; Ibid., E, 1, 1025»», 3-4.
2. Id.. Ibid., Z, 3, 1029", 1-3: (JLaXiffTa yàp ôoxeî eîvat oùcria xô 07rox£t[X£vov upcôTov. ToioOxov 5= TpÔTTov |jLév Tiva OXTj/iyeTat, à)>),ov ôs xpOTrov -q \i.oç)Z>-/], xpiTOv oï Tô ÈxTouTwv; Ibid., H, 1, 1042», 26-31 ; Ibid., A, 3, 1070», 12-13.
3. Id., De gen. et corr., B, 9, 335% 29-31 : -^i (xàv y»? èfr^tv w; uXy), ti 6' w;
(XOpÇYl.
4. Id., Ibid., B, 9, 335**, 29-33 : t95; ixèv yàp uXyi; to noLcyj.i'j iaxl xai xiveï- CT0ai, TÔ ôè xtvEiv xal Tioietv éiépa; ôyvajxeo);. Arj/.ovSèxai ètîI twv té/vï] xal iizl
gisse d'œuvres d'art ou de choses naturelles, la matière est également indifférente à devenir ceci plutôt que cela*; par suite, elle demeure impuissante à se donner de son chef une autre forme que celle qu'elle possède déjà. Il faut qu'il y ait un troisième principe qui vienne convertir en acte ce qu'elle renferme virtuellement- : à la matière et à la forme s'ajoute la cause motrice.
Ces trois causes ne suffisent pas à fournir la raison intégrale de l'être. La nature n'est point un amas de phénomènes qui se produisent pêle-mêle. L'homme, d'ordinaire, n'engendre pas des monstres ; et l'on ne cueille pas l'olive sur des épis de blé ^ : il y a de l'ordre dans les choses. Il y en a dans le cours des astres qui se meuvent au-dessus de nos têtes. Il y en a aussi dans la suite des saisons *; et c'est grâce à cet ordre que la terre retrouve sans cesse son heure de se féconder, puis celle de se charger de fleurs et de fruits. Il y a de l'ordre surtout dans le règne des êtres vivants. Les plantes ne poussent point leurs racines en haut, elles les dirigent vers le sol où se trouvent les sucs appropriés à les nourrir; et, quand elles se préparent à donner leur fruit, elles l'entourent de feuilles afin de le protéger contre les ardeurs du soleil et les atteintes du froid. L'hirondelle bâtit son nid avant de faire sa couvée ; c'est
TÛv 9Û(T£i yi'^o\j.iy(ii'^' où yàp aùxà Tcoiet xo uScop 2[ù)ov è$ autoO , oùSè ro $û)-ov xXivr;;, à>r 'f^xi/yr\\ Ibid., IJ, 9, 33G», 1-14; Met., A, 3, 984», lG-27.