‹ Aristote Physique IV, 1-5Chapitre 1 sur 18 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

208 a 27-29 : Aperçu général sur la question. 208 a 29-32 : Son importance. 208 a 32-b 1 : Difficultés sur l'essence. 208 b 1-209 a 2 : Preuves de l’existence du lieu, tirées de l'opinion commune. 209 4 2-fin : Reprise des difficultés sur l'essence, qui retombent sur l’existence. 4

2 Quand il en vient à l'étude du lieu, le physicien doit, tout comme au sujet de l'infini, rechercher s’il existe ou non, et à quel titre, et ce qu’il est. Selon l’opinion commune, en effet, les êtres sont, comme tels, quelque part, (car le non-être n’est nulle part : où est le bouc-cerf, le sphinx ?); puis le mouvement le plus général et le principal est le mouvement selon le lieu (dans notre terminologie, le transport).

32 Mais la question de savoir ce que peut bien être le lieu est pleine de difficulté : en effet, il n’apparaît pas unique à qui l’examine selon toutes ses propriétés. En outre, les autres auteurs ne nous ont rien laissé, aucun exposé de difficultés, ni aucune solution, à son sujet. À

1 Que donc le lieu existe, on le connaît clairement au remplace-

ment : là où maintenant il y a de l’eau, là même, quand elle en part, comme d’un vasé, voici de l'air qui s’y trouve et à tel moment une autre espèce de corps occupe le même lieu ; c’est que, semblet-il, c’est une chose autre que celles qui s’y produisent et s’y déplacent, car là où il y a maintenant de air, là il y avait tout à l'heure de l’eau ; par suite, il est clair que le lieu (que l’étendue) est quelque chose d’autre que les deux corps qui y entrent et en sortent en se déplaçant.

8 En outre, les transports des corps naturels simples, comme feu, terre etautres semblables, indiquent non seulement que le lieu est quelque chose, mais aussi qu’il a une certaine puissance : en effet, chacun est transporté vers son propre lieu, si rien ne fait obstacle, l’un en haut, l’autre en bas ; mais ce sont là parties et espèces du lieu, je veux dire le haut, le bas et les autres parmi les six dimensions. Or, ces déterminations, le haut, le bas, la droite, la gauche, ne sont pas telles seulement par rapport à nous; pour nous, en effet, elles ne sont pas toujours constantes, mais dépendent de la

| position selon laquelle nous sommes tournés ; par suite, une chose peut, en restant sans modification, être à droite et à gauche, en haut et en bas, en avant et en arrière. Dans Îa nature, au contraire, chaque détermination est définie absolument : le haut n’est pas n'importe quoi, mais le lieu où le feu et Le léger sont transportés, de même le bas n’est pas n’importequoi, mais le lieu où les choses pesantes et terreuses sont transportées, de telles déterminations différant non seulement par leur position, mais par leur puissance.

*% Les choses mathématiques le montrent également : elles ne sont pas dans le lieu et cependant, dans leur position relativement à nous, elles ont droite et gauche, mais leur position est seulement objet de pensée, et elles n’ort par nature aucune de cés déterminations.

%5 En outre, lés partisans du vide affirment par là même l’existence du lieu, car le vide serait-un lieu privé de corps.

27 Donc, que le lieu soit quelque chose indépendamment des’ corps et que tout corps sensible soit dans le lieu, on peut l’admettre d’après ce qui précède. Et il semblerait qu'Hésiode ait pensé

Fn

208 b 2 == 209220 1 AD

juste quand il à mis au commencement le Chaos ; voici d’ailleurs

ses paroles :

Re

Le premier de tous les êtres fut le Chaos, puis la Terre au large ventre

comme s’il fallait qu’il existât d’abord une place pour les êtres; c'est parce qu’il pensait, avec tout le monde, que toute chose est quelque part, c’est-à-dire dans un lieu. Mais, s’il en est ainsi, la puissance du lieu est prodigieuse et supérieure à tout; car ce sans quoi rien n'existe et qui existe sans les autres choses est premier nécessairement : en effet, le lieu n’est pas supprimé quand ce qui est en lui est détruit. |

? Maintenant, à supposer qu'il existe, il ne s'élève pas moins une difficulté sur la question de savoir ce qu’il est, s’il est pour ainsi dire une masse corporelle, ou quelque autre nature : c’est, en effet, son genre qu'il faut d’abord chercher. # Or il a bien trois intervalles, longueur, largeur et profondeur, par lesquels tout

corps est délimité. Mais il est impossible que le lieu soit corps, car

il y aurait ensemble deux corps.

1 De plus, s’il existe un lieu (une étendue) du corps, il est clair qu’il en est ainsi pour la surface et les autres limites, car le même raisonnement s’applique ici : là où étaient tout à l’heure les surfaces de l’eau, voici que vont venir celles de l’air. Maintenant, nous ne pouvons établir aucune différence entre point et lieu de point ; par suite, si pour le point le lieu n’est point différent de la chose, pas plus pour les autres choses, et le lieu n’est rien indépendamment de chacune.

13 Que pourrions-nous bien admettre, en effet, que soit le lieu ? Il ne saurait être, en effet, ni élément, ni formé à partir d’éléments, avec une telle nature, {5 ni parmi les choses corporelles ni parmi les incorporelles : car il a grandeur et n’est point corps; or, les éléments des corps sensibles sont corps et d’éléments intelligibles ne réussit aucune grandeur.

18 De plus, de quoi pourrait-on établir que le lieu est cause pour les êtres ? car aucune des quatre causalités ne lui appartient ;

ce n’est, en effet, ni comme matière des êtres (rien n’est constitué à partir du lieu), ni comme forme et essence des choses, ni comme fin, qu'il est cause; et il ne meut pas les êtres.

% De plus, lui aussi, s’il est un des êtres, où sera-t-il ? Car la difficulté de Zénon n’est pas sans besoin de discussion; en effet, si tout être est dans un lieu, il est clair qu’il y aura également un lieu du lieu et cela va à infini.

% De plus, de même que tout corps est dans un lieu, de même dans tout lieu il y a un corps ; que dirons-nous alors des choses qui s’accroissent ? En effet, il est nécessaire, d’après ce qui précède, que le lieu soit accru avec le corps, si le lieu n’est ni plus grand ni plus petit que chacun des corps.

% On voit donc par là que sur l’essence, mais aussi sur l’existence du lieu, il faut soulever des difficultés.

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