CHAPITRE IL
Suite des difficultés sur l’essence du lieu. 209 a 31-b $ : Le lieu est forme. 209 b $-21 : Le lieu est matière. 209 b21-fin : Lelieu n’est ni forme ni matière. (209 b 21-30) : il est séparable de la chose. (209 b 30-33) : il est enveloppe. 209 b 33-210 a 2 : Critique de Platon. 2104 2-fin: Autres arguments. A
# Si l’on distingue ce qui est relatif à soi et ce qui est relatif à autre chose, il faut alors distinguer le lieu commun dans lequel sont tous les corps et le lieu propre dans lequel chaque corps est en premier ; par exemple, vous êtes maintenant dans le ciel, parce que vous êtes dans l’air'et que l'air est dans le ciel, et dans Pair parce que dans la terre, et de même dans celle-ci également parce que dans ce lieu-ci, qui n’enveloppe rien de plus que vous. Si donc . le lieu est l’enveloppe première de chaque corps, il est une certaine limite; par suite le lieu paraît être la forme et la configuration de chaque chose, par quoi est déterminée la grandeur, je veux dire la matière de la grandeur; car telle est bien, pour chaque chose, la fonction limite.
5 De ce point de vue donc le lieu est la forme de chaque chose ; au contraire, en tant qu’il semble être l'intervalle de la grandeur, le lieuest la matière ; c’est là, en effet, une chose différente de la grandeur : c’est ce qui est enveloppé et déterminé par la forme, par exemple une, surface et une limite. Or, telle est la matière et l'indéfini ; en effet, la limite et les affections de la sphère supprimées, il ne reste rien que la matière. C’est pourquoi Platon également déclare, dans le Timée, l'identité de la matière et de l’éten-: due, car le réceptacle et l’étendue sont une seule et même chose ; certes, sa théorie du participant n’est pas la même dans cet ouvrage et dans ce qu’on appelle les Enseignements inécrits ; toutefois, ses déclarations sur le lieu et l’étendue n’ont pas varié. (Il
faut citer Platon car, si pour tous, le lieu est quelque chose, lui seul a essayé de dire ce qu'il est).
17 Un tel examen montre, avec assez de clarté, qu xl est difficile de pénétrer l'essence du lieu, puisqu'il est difficile de savoir s’il est l’une ou l’autre, de ces deux déterminations : matière ou forme ; elles réclament par elles-mêmes un examen très ardu, et quand on les sépare l’une de l’autre, il est très difficile de les pénétrer.
2 I] y a plus, d’ailleurs : il est impossible que le lieu soit l’une ou l’autre, c'est ce qu’on verra facilement. En effet, la forme et la matière ne se séparent pas de la chose, tandis que le lieu le peut, car là où il y avait de l’air, voici qu’il y vient de l’eau, nous l’avons dit, l'air et l’eau se remplaçant mutuellement, et de même les autres corps. Par suite le lieu n’est ni partie, ni état, mais séparable de chaque chose. Il semble, en effet, que le lieu soit quelque chose comme un vase, le vase étant un lieu transportable; or, le vase n’est rien de la chose ; donc, en tant que séparable de la chose, ce n'est pas la forme; en tant qu’enveloppe, ce n’est pas la matière. :
32 D'autre part, ce qui « est quelque part » est, par soi et en tant qu'être, quelque chose, en tant que quelque part, autre chose en dehors de lui. 3
% A Platon, bien entendu, si l'on nous permet cette digression, il faut demander pourquoi les Idées et les Nombres, ne sont pas dans le lieu, puisque le lieu est le participant, que le participant ce soit le Grand et le Petit, que ce soit la matière, comme il est écrit dans le Timée.
2 En outre, comment pourrait se produire le transport vers le lieu propre, si le lieu c'était la matière ou la forme ? En effet, il est impossible que ce vers quoi il n’y a pas mouvement et qui n’a pas, comme différences, le haut et le bas soit lieu. Ainsi, c’est parmi de telles choses qu'il faut chercher le lieu.
5 D'autre part, si le lieu est dans la chose elle-même (et il le faut, s’il est ou forme ou matière), le lieu sera dans le lieu, car la forme et l’indéterminé se transforment et sont mus avec la chose, ils ne demeurent pas à [a même place, mais là-même où est la chose; ainsi, il y aura un lieu du lieu.
209 b 16 — FIN DU CHAPITRE 13
9 En outre, quand de l’eau est engendrée à partir de l’air, alors
le lieu est détruit, car le corps, qui a été engendré, n’est pas dans le même lieu ; qu’est-ce donc que la destruction du lieu ?
1 On a donné ainsi les raisons pour lesquelles l’existence du
lieu est nécessaire, et, par contre, celles des difficultés qui s'élèvent sur son essence.