‹ Aristote Physique IV, 1-5Chapitre 15 sur 18 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

2142 a 81-88. — On continue à vérifier la définition, d’abord sur une difficulté qu’elle rencontre à propos du lieu du ciel (212 a.31-b 22), puis sur les difficultés relevées au début sur la notion du lieu. Des deux caractères essentiels du lieu, l’immobilité et lenveloppement, le premier donnait lieu à une difficulté implicite, qui a été résolue 4. 212 a 21-28 par la reconnaissance du centre du monde et de la concavité de l’orbe lunaire comme lieux principaux pour les choses du monde sublunaire. Le caractère d’enveloppe donne lieu à une autre difficulté dont voici l'exposé 212 4 31-33 : en conséquence de la dernière définition du lieu, on peut dire que ce qui n’est enveloppé par rien n’est pas dans un lieu ; bien qu'Aristote ne ledise pas explicitement [et ilfaut conserver à la traduction cette généralité, puisque ce n’est que plus loin qu’on parlera de l’ensemble du monde 212 b 14-19: on peut y arriver, en restant intelligible, pourvu qu’on rétablisse un second rouwdro à côté de celui de 2124 32; c’est même ainsi qu’on explique le texte avec le moins d'hypothèses, car, de toute autre façon, il faut admettre que de nombreux éléments du texte ou du sens sont tombés ou sous-entendus]. Aristote pense évidemment au tout de l’Univers, et, par suite, se pose aussitôt le problème du mouvement de cette chose sans lieu, car si le mouvement décèle le lieu (4. 211 a 12b ss), lelieu rend le mouvement possible (IIT, 1. 200 b 21).

2492 à 38-b 8.— Tel étant l'exposé de la difficulté, en voici la solution qui est donnée d’abord d’une façon très résumée (212 a 33b 3) : d’abord le principe en est sous-entendu, à savoir que le tout est en un lieu non par soi, mais par ses parties ; on ne l’explicitera qu'au moment où il s'agira nommément du tout de l'Univers;

s8 = COMMENTAIRE. — CHAPITRE S

ensuite les conséquences sont relatives l’une au tout qui ne change pas de lieu, mais [nous traduisons ainsi äua....dé 212 a 35]se meut circulairement (cf. ad 212 a 21); l’autre aux parties qui, elles, se meuvent, non seulement comme le tout, mais encore comme des choses qui sont dans un lieu : du moins est-ce ainsi que nous établissons la suite des idées à 212 4 33 : mepuéyerar ydo ; il s’agit évidemment ici des parties qui composent le monde à l’intérieur de la sphère extrême, et non seulement des sphères homocentriques, mais aussi de la région sublunaire; c’est ce que prouve, croyons-nous, le passage 212 a 35-b 2 dans sa seconde partie, où le uév de 212 b 1 oppose les sphères homocentriques aux choses sublunaires qui se meuvent ou changent de lieu (üe 212 b 8). [Par suite, nous conservons le texte de Bk, contrairement à la version que Prantl attribue à Simpl., ad 212 b 2, bien que Simpl. interprète comme nous (588, 37-589, 1)]. Reste, dans la première partie de ce passage, la phrase 212 b 1 : rüv poplwv yào oûroe 0 rémoc : ici commence peut-être (cf. Philop. a 26 sq. Simpl. $89, 4 sq.) l’équivoque que nous allons trouver dans le développement suivant entre les parties du monde et les parties de la sphère extrême ; celles-ci seront dites en effet dans le lieu, bien que leur tout n’y soit point ; et cela, comme le dit Alex. (Simpl. 589, 7) parce que le tout ne se meut pas à proprement parler, mais ses parties; par suite, le y%9 de 212 b 1 pourrait s’interpréter en ce sens (cf. 212b 10). Mais on peut, semble-t-il, adopter une autre interprétation qui conserve à mépu le sens que nous lui avons donné plus haut ; il n’y a qu’à se rappeler l’hésitation qu'Aristote a montrée à attribuer le nom de lieu à la sphère céleste de la lune parce qu’elle est en mouvement (4. 212 4 21-24).— 212 a 32 : xäv üdws ; les commentateurs sont d’accord sur le sens de cette hypothèse, l’eau par sa fluidité semble avoir besoin d’une enveloppe qui la contienne, sinon elle s'échappe. — 212 b 2 : réxvootiv xoù Lévwty : cette double opération détermine le passage d’un élément à l’autre, par suite du lourd au léger ; son caractère dynamique est nettement montré (7. 217 a 20-b 20).

2124 33-bII s9

2124 8-29. -— On va développer ici la notion du lieu de l’Univers, d’une façon plus. explicite que tout-à-l’heure (cf. Them. 120, 41). D'abord on introduit (212 & 3-6) la distinction du lieu en puissance et du lieu en acte, qui, contrairement à ce qu’affirme Aristote, n’a pas été indiquée bien qu’effleurée (ad 211 a 17-23): d’un corps continu les parties sont dans un lieu en puissance; or, le corps continu dont il va être question plus loin, c’est la dernière sphère (cf. Philop. 601, 20), dont les parties pourraient être aussi dites dans un lieu en puissance, si leur tout n’était pas précisément une chose qui n’admet pas le lieu. Pour le dire, dès maintenant, nous croyons qu'il s’agit de cette huitième sphère et de ses parties d’abord ici, où le principe invoqué n’aboutit d’ailleurs à rien, puis 212 b 11-13 [à cause surtout du ëri +5 xixlw, qu’on ne peut suppri. mer comme le voudrait Bonitz, nd. 146 b 11]; par ailleurs, il s’agit de l’intérieur de l'Univers et notamment des sphères homocentriques.

Des choses qui sont en acte dans leur lieu, aucun exemple n’est donné, mais ce cas est illustré par le premier terme dé la division suivante, les choses qui sont dans le lieu par soi (212 à 7-11). Cette

distinction permet d’opposer les choses transportées ou accrues, choses sublunaires, d’une part au ciel qui se voit refuser le lieu (dans tous les sens que l’on vient d’exposer, Simpl. 591, 25), d’autre part aux sphères homocentriques, qui, étant contiguës, ne sont pas dans le lieu en puissance ; et, en effet, dit Philop. 6o1, 6, elles sont divisées et séparées l’une de l’autre par leurs mouvements, et toutefois ne pouvant changer de lieu, sont moins nettement dans un lieu par soi que les choses sublunaires [212 b 10; nous lisons 39’& avec la plupart des manuscrits; sur #96, voir Diels ad Simpl. $91. 34].

Enfin, viennent les choses qui sont dans un lieu par accident (212 5 11-15), comme l’âme et le ciel (l’âme est un moteur immobile, mais qui est mû et est dans un lieu par accident, VII, 6, 259 a 20 sq). Or, ici, oùpavoe semble désigner non plus le tout, mais la sphère extrême (cf. Simpl. 594, 7; St Th. I. VIL, 15), conformément à la distinction du de Coelo (I, 9. 278 b 10-21); il est vrai

que relativement au lieu du tout, il suffit de considérer la sphère extrême ; en outre, si l’on remarque que cette sphère peut s’appeler elle-même tout, on conçoit qu’elle pouvait donner lieu au raisonnement sur l'existence du tout à l’intérieur de soi-même, mais rien de tout cela ne nous a été conservé; voici, selon le texte que nons avons, l'interprétation que l’on peut donner de la pensée d’Aristote. | Re

Le ciel, qui est représenté par la sphère extrême, est dans un lieu par accident, parce que ses parties sont dans un lieu. Remarquons d’abord que c’est là un emploi bien peu rigoureux de la notion d'accident, car le tout n’est ni partie ni attribut pour ses parties, c’est la’ confusion du xara ouu6. et du xar’äho (Simpl. 592, 34). En outre, c’est à peine si ces parties peuvent être dites en un lieu (d’où le rws, 212 b 13, que par sa position on ne peut attribuer à mévre | cf. Simpl. 592, 20]; c'est pourquoi nous n’adoptons pas l'interprétation de Them. 121, 1 qui voudrait que la partie extérieure de la sphère extrême fut distinguée du reste, comme cela, semble-t-il, est fait 212 b 22; mais nous n’admettrons pas non plus cette dernière interprétation) ; elles sont dans un lieu en ce qu’elles s’entourent l’une l’autre, comme dans un continu et comme cela est rendu sensible par le mouvement (Simpl. s93, 16) ; Aristote ne donne pas d’ailleurs cette dernière précision, pas plus- qu’il n’introduit la notion de lieu en puissance, qui d'ailleurs, nous l'avons vu, s’appliquerait mal. Une telle interprétation ne donne donc pas un sens bien satisfaisant ; elle est cependant meilleure, croyons nous, que les autres, par exemple celle d'Alex. (Simpl. $93, 7) qui voudrait qu’obsavos désignât ici le tout de l'Univers; outre que le ënir@ xüxlw s'explique mal ainsi, l'unité, à première vue satisfaisante, qui est introduite ainsi dans le développement est contredite par la division de 212 b 11 (les choses qui sont dans un lieu par accident) ; meïlleure aussi que celle de saint Thomas, qui. au contraire, ne voit en question dans tout ce développement que la sphère extrême (1. VII, 12 sq ; 15 où il cite l'interprétation contraire d’Averroës).

La dernière partie du développement (212 à 13-17) revient au

"S12 PilT1:23 6I

tout de l'Univers (Simpl. 593, 23) : malgré le mouvement (212 b 13, uév; omis par Philop. 603, 14) de la sphère extrême, qui d’ailleurs n’est que circulaire (toutefois, tel quel, il pourrait s’appliquer à un corps qui fût dans le lieu, comme cela arrive pour les planètes), le tout de l'Univers n’est pas quelque part, parce qu’il n'est pas enveloppé; on a, en effet, démontré aulivre III, que l'Univers ne baignait pas dans l'infini; la démonstration ne sera satisfaisante qu'après celle de la non-existence du vide ; d’où les expressions de léger doute (212 b 18; cf. eï ye b 9). Par suite, le monde n’est pas dans le lieu; et en effet, dirons-nous en faisant appel à l’autre caractère essentiel du lieu, l’immobilité, ou ce lieu serait mobile, alors il ferait partie du monde et nous savons que nulle chose n’est par soi à l’intérieur de soi; ou ce lieu serait immobile, mais alors, Il existe mais transcendant au monde, dernier terme de l’échelle qui monte à la forme pure, à mesure que le lieu s'élève ; mais rien ne permet de l’appeler encore lieu.

De là résulte une conséquence importante pour les lieux de l'Univers (212 b 17-22). On peut dire que tout est dans le ciel, parce qu’il n’y a rien au-delà; mais ce n’est pas là une détermination locale ; il faut définir le lieu comme la limite interne du ciel qui touche le corps mobile, c'est-à-dire la concavité de l’orbe lunaire, qui touche le corps sublunaire ; seul, avons-nous vu, ce corps mérite le nom de mobile, comme seul il est vraiment dans le lieu, tout le développement précédent montrant que les astres et même les planètes ne sont dits dans le lieu qu'après beaucoup de difficultés. Aussi préférons-nous cette interprétation qui est de Them. (121, 18), de Simpl. (594, 7 sq.), de Saint Thomas (1. VIT, 14), à celle d'Alex. (594, 16), suivi par Zeller 398, 4, et Hamelin, Syst. 291: d’après celle ci le corps mobile de à 19 représenterait le premier müû, et la proposition distinguerait en lui une limite interne et externe ; la limite externe serait ainsi immobile absolument, et représente une abstraction qui se confondrait avec la suprême réalité, et un attribut sans sujet; c’est tout à fait antiaristotélicien, outre que xvnroù s'applique difficilement à un dieu. Par suite, dans la série des lieux qu’on déduit de là, il faut enten-

PA

dre äbño comme le synonyme du feu : la terminologie d Aristote, et même sa conception du feu pur n'étant pas très nette (Ideler, Météor. Index ; cf. Simpl. qui critique Alex. 594, 29 ; saint Thomas, 1. VIT, 14 fin); les textes opposés à cette interprétation (Bonitz, Ind. 15 b 14) peuvent faire admettre que, sans rigueur, Aristote revient ici à l’idée du ciel comme sphère extrême et établit l’implication successive des divers ordres de l'Univers, y compris le monde sublunaire. Cette série n'est d’ailleurs que la représentation d'une superposition spatiale et l’on ne voit pas qu’Aristote se soit posé le problème de la mobilité de chacune de ces couches, si l'on en fait des lieux successifs ; en tous cas, il n’invoque pas, comme pour la concavité de l’orbe lunaire, le mouvement circulaire des éléments, qu il a nettement marqué par ailleurs, cf. Météor. II, $. 346 b 25 : les transformations de l’air en eau forment comme un fleuve; cf. la comparaison avec le mouvement circulaire du ciel, Gen. Corr. II, 10.337 41.

D’une façon générale, ce développement n’est pas au point, et l’on est plus fidèle au texte quand on ne cherche pas à lui donner une cohérence qu’il n’a pas, comme le font les commentateurs grecs, au contraire de saint Thomas et d’Âverroës (St Thomas PONT OEIS\

212 à 22-29.— Explication des difficultés proposées au début, au moyen de la définition du lieu. D’abord l’augmentation du lieu, conséquences de celles du corps 1.208 a 26), ne s'impose plus: la raison en est facile à trouver, bien qu’Aristote la sous-entende ; c'est qu'une telle difficulté repose sur la conception du lieu comme intervalle (St, Th. 1. VIIL, 2) ; or, la limite n’est pas augmentable (Philop. 597, 24; l’accroissement est des corps). Même réponse pour la difficulté de la destruction du lieu (210 à 9; cf. Simpl. 596, 11). En oùtre le principe de cette difhculté : Tout corps est dans le lieu et sa réciproque (1. 208 a 29) ne sont pas rigoureuse.

De même la question du lieu des limites est écartée (cf. 1. 208 a 7), car, dit Simpl. (596, 18), les limites ne sont ni séparées, ni entourées (cf. Philop 597, r4 : elles ne sont pas en soi dans le lieu).

De même, l'existence d’un corps dans le lieu ne répugne plus au principe de l’impénétrabilité (1. 208 a 4) ; on a vu, en effet, que le lieu, loin d’être corps, était plutôt surface (212 a 28).

De même les difficultés relatives à l'existence d’un intervalle. corporel disparaissent (cf. 4. 211 b 14).— 212 b27 : 8108 iéornue soparos : c’est-à-dire un intervalle, réceptacle d’un corps, mais qui soit lui-même corporel (cf. Philop. 604, 23).

Nous avons traduit 212 b 25 : ni que le lieu soit un intervalle corporel, avec Simpl. 596, 25 ; et ainsi cette difficulté ne fait que mettre en lumière le principe de la précédente; toutefois l’interprétation selon laquelle ce passage signifierait : ni qu’il existe un intervalle qui soit corporel, annonçant la critique prochaine du vide, serait assez satisfaisante, d’autant qu’'Aristote identifiera le problème du vide et celui du lieu substantialisés.— La proposition suivante : l'intervalle est corps dénonce avec netteté le réalisme d’Aristote ; la fonction intervalle n’est pas conçue dans son originalité, alors qüe la limite, bien que toujours rattachée à la chose, avait cependant une notion spécifique (de même, l'intervalle du temps, conçu parallèlement à celui de l’espace, est la chose mue, 11. 219 D 9-33).

Enfin, la difficulté de Zénon est de nouveau résolue (cf. r. 208 a 23, et 3. 210 b 22), le lieu est rattaché à ce dont il est le lieu, et c'est là un nouveau sens de ë#v xw, qui n’a d’ailleurs pas été distingué 3-début. Ici (212 28) l'argument est développé grâce à la théorie du début du ch. 5, où l’on a montré l’existence ëv rérv n’est pas universelle, contrairement à l'affirmation d’Hésiode (x. 208 b 33) et que même elle pouvait servir à qualifier ontologiquement une certaine sorte d’êtres, les mobiles, ou sublunaires ; ainsi la liaison du mouvement au lieu n’a plus une simple valeur pour la connaissance, mais pour l’essence.

242 B 29-fin. — Dans la fin du chapitre est expliquée la propriété 6, que nous avons appelée la propriété dynamique du lieu et qui donnait l’une des raisons les plus nettes de l'existence du lieu (1. 208 b 8).

D’abord on considère (212 b 29-33) le mouvement vers le lieu

propre ; il apparaît comme conforme à la raison, si l’on applique la définition acquise du lieu ; car le corps enveloppant que touche le q ; P ‘4 :

corps logé, mais sans violence, est parent au corps logé ; cette affinité étant d’ailleurs définie avec précision (Gen. Corr. II, 4 et 5)

par l'existence d’un oüu6odov, c’est-à-dire d’un terme de rapport commun. Telle est l'explication d’Aristote ; elle fait évidemment intervenir un principe caché : si le corps tend vers ce corps parent, ce n’est pas comme on le démontre de Cælo IV, 3. 310 b 1-7 cf. sq. parce que ce dernier a une force attractive, mais pour que l'ordre local se réalise conformément à l’échelle des natures (Saint Thomas, p. VII, 6; Philop. 580, 13). En outre (212 b 31),cette réalisation n’amènera pas une stratification inerte de l'univers (cf. Gen. Corr. IL, 11. 337 47-15); car entre le lieu et le corps logé il y a une relation dynamique (laquelle dépend, selon l'indication de Gen. Corr. IL, 2 et 4. de la grosseur des masses en présence) ; seuls les corps soudés (suursouxora) n’agissent point l’un sur l’autre (cf. la même remarque de Cœlo IV, 3. 310 b 6, Gen. Corr. I, 9. 327 a 1 [le contact est nécessaire à l’action mutuelle, Gen. Corr. I, 6. 322 b 24 sq.], Phys. VIIL, 4. 255 a 12).

Mais alors la question du repos du corps dans le lieu naturel se pose ; Aristote la résoud rapidement (212 b 33-213 4 1) en le comparant à la situation d’une partie dans son tout ; sous la réserve que cette partie est détachée du tout, comme cela arrive par le mouvement dans les parties d’un tout fluide comme l’eau et l’air (telle est, on le sait, la différence entre la partie et le corps logé cf. 5. 212 b 17-22 ; Simpl. 598, 17).

Or, cette relation de la partie au tout, appliquée aux cas de deux corps consécutifs, va nous permettre d'approfondir la relation locale (2143 a 1-fin); on peut dire que l’eau est partie de l'air en tant que l’air est forme ; certes, cette manière de parler n’est pas rigoureuse, d'abord parce que la matière n’est pas partie de la forme mais du tout (Simpl.

598, 33); ensuite parce que les éléments ne sont pas matière les

uns pour les autres (ils sont en puissances les uns des autres, mais aussi élémentaires les uns que les autres) enfin, et Aristote le ‘ remarque explicitement (213 a 4) parce que la relation inverse est

212 b 23. — FIN DU CHAPITRE 6$

possible. [ci il s’aperçoit que son développement devient très obscur,

et il n’est pas difficile de comprendre en quoi: on sait, en effet, qu'il attribue (Gen. Corr. I, 3) un sens à la génération, selon lequel elle est absolue et non relative ; il y a génération absolue, quand de l'air est engendré à partir de l’eau, parce que c’est le plus formel qui est engendré (cf. St. Th. 1. VIIL, 7 ; Hamelin, Phys. 57); si la génération inverse est possible, c’est que les éléments parti-

. cipent à la matière et par suite au changement, mais elle n’est que

relative, et constitue une destruction absolue (d'où 213 a 4: &\ov roémov). Aristote parait donc songer ici à une échelle de concepts correspondant à une hiérarchie de substances, conçue au moyen des notions de matière et de forme. Et, ce qui est très important à remarquer, c’est que cette hiérarchie prend une valeur locale ; ainsi s'explique la liaison que nous avons remarquée (cf. 2. 209 D 30-210 a 2) entre la forme et le contour local cf. Gen. Corr. I, 3. 318 b 27-32; Il, 8. 335 a 19-fin du ch. : le feu est le plus formel des éléments parce qu’il est porté vers la limite; de Cælo I, 2. 269b 13-fin du ch., où il apparaît que la dignité de chaque

corps est proportionnée à son éloignement du centre; Il, 13.

293 b 13-15 ; IV, 3. 310 b 10. Certes la démonstration d’une telle coTrespondance était impraticable ; d’abord parce que l’échelle des

lieux était empruntée à l’expérience et qu’on n’aurait fait que.

retrouver en conclusion ce qu’on eût mis dans les prémisses ; ainsi la notion de tout et de partie qui est utilisée ici (cf. 213 a 9) suppose évidemment l'intuition spatiale ; ensuite l’ensemble de l'univers est conçu uniquement sous des déterminations finalistes, et au moyen d’appréciations portant sur la perfection ou l’imperfection des êtres ; par suite, la liaison des substances au lieu est une qualification ontologique et la détermination dynamique qui en résulte n’a rien de rigoureux. Toutefois un tel effort d’appréhension de la réalité par les concepts devait être signalé.

Par suite (213 a 10), le lieu apparaît comme uni à la notion de contact, étant la limite de deux corps en affinité, cette limite déterminant un équilibre, d’ailleurs variable à tout instant.

Simpl. (600, 13) remarque qu'Aristote n’a pas répondu à la

| difcué “He ler. 209 a 1: : le lieu n n est ni élément, ni fo

Eu Eu

que nous nous élevons dans le cel. ‘Ensuite, nous pe | savons <

æ À ce qu’ “il n'est pas be de la ou pat restent. mèlées les raisons dynamiques et, os M les déterminations |

| locales. TERRES

Vu le 24 mai 1923 4 Le Doyen de la Faculté des Lettres | de l’Université de Paris FEerp. BRUNOT.

Vu et permis d’Imprimer Le RECTEUR de l’Académie de Paris

P'eAPPELT:

Page 1