LITTÉRAIRE ET POLITIQUE
\j Bt Ouvrage , publié ea 1707» «voit été composé, trente ans auparavant) pour servir aux leçons que donnoit son immortel Auteur dans l'Université de Cam* bridge , ou il étoit professeur de mathématicpies. Feu volumineux , comme tous les bons livres que la réflexion a otûris , celui-ci mérita non seulement d'être mis au nombre des plus excellens livres élémentaires , mais encore de tenir une place remarquable parmi les ouvrages d'invention , qui augmentent le domaine de la science par des vérités neuves et importantes. Voici ce.qn'en disoit, sous ce dermer rapport, Tabbé de 6ua, Géomètre de l'Académie des Sciences y
et Quoique Newton fût né , dit-il | dans un temps où l'analyse paroissoit déjà » presque parfaite , cependant un si grand génie ne pouvoit manquer de trouver 3» à y ajouter encore. U a donné en eSet, successivement, dans son Arithmé^ » tique universelle : i^* Une règle trè^élégante et très-belle pour reconnoitro » les cas oii-les équations peuvent avoir des diviseurs rationnels , et pour détern miner, dims ces cas> quels polynômes peuvent être ces diviseurs; 2^. Une 31. autre règle pour reconnoitre , dans un grand nombre d'occasions^ combien il 3» doit se trouver de racines imaginaires dans une équation quelconque; une » troisième pour déterminer d'une manière nouvelle les limites des équations ; » enfin une quatrième pour découvrir en quel cas les équations des degrés pairs 9 peuvent se résoudre en d'autres de deg/ffs inférieurs dfont les coëfficiens ne » contiennent que de simples radicaux du premier degré ».
Considérée comme ouvrage élémenlair^esliné aux commençans 9 l'Arith* métique universelle nous paroit encore plus recommandable. C'est un modèle de méthode , de précision , d'élégance .; c'en est un dans l'art de généraliser ses idées | dans le choix dies problèmes , dans la variété des solutions.
Ce qui embarrasse les commençans en algèbre (et le livre dont il s'agit est un traité de cette science ) ce qui , dis-je , est difficile pour eux , ce n'est pas dé comprendre , ni de suivre le mécanisme de celte langue jusques dnns ses moindres détails, un esprit ordinaire en vient facilement à bout 5 c'est de saisir, dans une question , les rapports que les grandeurs ont entr'elies, et de les traduire en langage algébrique. On n'a point de règles générales à ce sujet, et il est impossible d'en trouver , parce que les principe^ d'où dérivent les rapports sont différens dans les problèmes de différens genres. Il n'y a que l'haDitudé d'envisager ces sortes de questions y de les discuter , de 1q0 varier, qpi puisse, après beaucoup d'exercice , donner de la facilité dans ces recherches. Aussi Newton semble-t-il s'être proposé principalement de plier les esprits à cette habitude. La moitié de son livre n'a point d'autre objet. Les sujets des questions qù'ir présente sont pris dans toutes les parties de no9 connoissances autquelles l'algèbre est applicable : elles sont choisies avec tant dé soin , et disposées avec tant d'art, qu'un jeune esprit a besoin^de déployer â chaque instant une sagacité nouvelle, et qu'en même temps, à chaque pas-, il a le sentiment agréable dé raccroîssement de ses forces.
Nous avons aujourd'hui des traitas d'algèbre pins étendus et plus complets ; dififéreus points de la science y sont éclaircis et présentés avec plus de dévelop* pemens : cela doit être , puisque la science a été perfectionnée depuis Newton : cependant , quels que soient le mérite et la réputation de>ces ouvrages , celui-ci peut rivaliser avec eux , et seroit digne au moins de passer un des premiers. dans les mains des jeunes géomètres.
La langue latine dans flpielle' fut écrite l'Arithmétique universelle, éloît un obstacle à ce qn« cet Ouvrage servit aux commençaos^ même dans les temps oii le latin étoit plus cultivé qu'aujourd'hui. Le G. Beaudeux a donc rendu un service réel à la science , en transportant dans notre langue cet Ouvrage inté* ressaut. Il est juste de lui en témoigner de la reconnaissance 9 et de lui décerner le tribut d'éloges qu'il mérite, par la manière dont il a rempli cette tâche pénible ; et c'est une chose d'autant plus fondée , que , dans les ouvrages de cette natute , après le sentiment d'avoir bien fait une cliose utile , le suffrage de quelques lecteurs est presque la seule récompense de l'Auteur. Au surplus , l'Arithmétique de Newton n'a rien perdu dans les mains du G. Beaudeux. On trouve dans la traduction la même clarté , autant de concision et de netteté que dans l'original ; U nous a paru impossible de rendre avec plus d'exactitude l'esprit et la lettre de son Auteur.
IfCS notes que le Traduc^^ur ajoute pour éclaircîr le texte, ou suppléer des ^oses découvertes depuis Newton , sont toujours nécessaires , et ne laissent rien d'obscur ; c'est tout ce qu'on désire dans un coipmentaire. Le C. Beaudeux a soigneusement évité le défaut ordinaire des commentateurs qui se croient obligés de tout dire, comme si l'auteur original n'eût pas exprès laissé çâ et là des intervalles à remplir pour l'instruction et l'agrément du lecteur. Ce sont nos propres pensées qui nous instruisent ; le meilleur maître, ou le meilleur livre ^ jsst celui qui les (ait naitrç*
Cet Otfvrage annonce un sarant bien propre à briller dans l'instruction publique. Si le C. Beaudeux peut y 6tre appelé, bous ne doutons pas qu'il ne soit un professeur très-distingué.
La partie typographique de Touvrage a été soignée : le texte est exact, les planches sont bien gravées , la plupart des calculs sont figurés et tenus hors du texte, le caractère et le papier sont agréables à l'œil. Tout cela ne fait pas le bon livre , mais contribue plus qu'on ne croit à en faciliter l'intelligence. Cette réflexion tient aux travaux du C. Bernard qui est ce que doivent être tous ceux qui exercent sa profession, homme éclairé» en même temps que libraire, et qui sait aimer les sciences » leur être utile, et ayo^* des Mois parmi ceux qui les cuIUvjBnt
L. LBF&yaB-GlKE AV, membre de VInstUut n^Honal ^ et professeur au Collège de Froncef