Arkhiv kni͡azi͡a Voront͡sova
Письмо rpasa С. Р. Воронцова къ rpaey Il. В. Завадовскому по поводу своей записки о Русекомъ войскв. Стр. 465.
Ks сей книь npusasaemca спимокв сё Руссказо почерка зрафа С. Р. Boponyoea.
KB БРАТУ ЕГО ГРАФУ А. Р. ВОРОНЦОВУ.
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АРХИВЪ HAS ВОРОВЦОВА, Ен. 10-я. 1
Daisy СОЗ
Richmond, le 9 (20) Décembre 1796.
C'est hier que j'ai appris par un courrier anglais et un des nôtres, qui m’est arrivé, la mort de l’Impératrice et tout ce qui c’est fait depuis ce moment jusqu’au 19» Novembre. Le début du nouveau règne est sage et magnanime. Personne de malheureux, beaucoup de grâces répandues avec discernement et une attention à soulager le pays par l'abolition des magazins de bled si vexatoires pour les paysans et par le contreordre du recrutement. Je suis bien aise de voir les comte Ostermann et Bezborodko conservés et avancés. Quant à mon propre avancement au bout de 14 ans et plusieurs passe-droits, il ne me flatte que par ce qu’il me prouve que je ne suis plus oublié et que l'Empereur a daigné se souvenir de moi, quand il avait tant d’autres objets pressés et pressants. C’est cela qui me flatte, et me flatte beaucoup.
Richmond, le 19 (30) Décembre 1796.
Le roi ш’а beaucoup parlé de l'Empereur avec beaucoup d’attachement et d'admiration pour sa personne; il a infiniment loué sa piété filiale et le ‘respect qu’il a témoigné pour l'Empereur son père.
А propos de cette audience, mylord Grenville m’a dit qu'ayant examiné dans les registres passés ce qui se fait dans ces audiences, il a trouvé que la dernière notification d’un mi-
nistre de Russie de la mort de son souverain a été faite par un comte Woronzow, qui a été introduit à l'audience par le secrétaire d'état George Grenville; il se trouve que c’est vous et son père.
Richmond, le 6 Janvier п. в. 1797.
Je vous remercie, mon ami, de m’avoir communiqué l’ordre de l'Empereur par rapport à la translation du corps et aux honneurs à rendre à feu l'Empereur son père; je savais la chose, mais je n’avais pas la pièce qui la constate. Cela fait beaucoup d'honneur à notre nouveau Maître, ainsi que le souvenir qu’il a conservé pour Гудовичъ, Голицынъ, Унгернъ и Чернышевъ, les anciens serviteurs de son père.
Les Français ont tenté une descente en Irlande, mais leur flotte a été dispersée par les tempêtes; une partie est venue dans une grande détresse dans une baye d'Irlande, où personne ne les a joints, et elle en est sortie sans avoir rien fait. Depuis cela les tempêtes ont continué, et on voit que cette flotte sera bien heureuse si elle pourra regagner Brest.
Richmond, le 10 Janvier п. г. 1797.
On m'écrit de Pétersbourg que la cour ira à Moscou ди mois de Mars et qu’elle demeurera dans la maison du comte Bezborodko. Je m’imagine après cela que le comte de Bezborodko demeurera avec vous. Je lui ai écrit aujourd’hui pour lui conseiller de prendre auprès de lui Викторъ Павловичъ Кочубей, qui ne veut pas rester à Constantinople et qui а
HAMSPEHIE ОСТАВАТЬСЯ BB АНГЛИИ. 5
eu déjà depuis quelques mois la promesse d’être relevé. C'est un homme d'esprit, de jugement et d’élévation d'âme; il peut être très-utile pour le service de l’état et il sera en même temps d’une grande utilité pour son oncle. Je vous prie, mon ami, de le lui conseiller aussi: votre avis auprès de lui aura, comme de raison, un plus grand poids que le mien.
Richmond, le 9 (20) Janvier 1797.
Vous me dites de vous aviser si je retourne en Russie, afin d’avoir le loisir de me préparer un logement convenable. Je vous remercie, mon cher Alexacha, pour tous les soins que vous prenez de moi, mais j’espère que vous ne serez раз encore de quelques années dans le cas de vous occuper de ces arrangements. Mon principal objet et celui qui me tient le plus à coeur est d'achever l'éducation de mon fils, que je ne puis complètement terminer qu'ici, où je l’ai commencée, surtout à l’égard des mathématiques, pour lesquelles il a un penchant et même, à ce que dit son maître, beaucoup de talent. Comme la Russie est en pleine paix, je ne vois pas de quelle utilité je puis y être, tandis que, malgré mon peu d’habileté, je puis servir ici mon Souverain peut-être moins mal qu’un autre, qui avec plus de capacité que шо! ne connaîtra pas le pays où je suis depuis onze ans et demi. On doit eonvenir aussi que ce pays, toujours un des plus . importants de l’Europe, l’est encore plus dans la crise ой зе trouve à présent cette partie du monde, qui influe tant sur le reste. J'ose donc me flatter qu’on me laissera ici et que j'aurai le bonheur d’achever l'éducation de mon fils et que je pourrai le ramener dans ma Patrie, capable de la bien serут. C’est là toute mon ambition, et elle n’est pas petite.
J'ai appris que parmi tous ceux qui ont été pardonnés, le pauvre monsieur Radistcheff se trouve du nombre, се qui ш’а
fait beaucoup de plaisir: car je suis persuadé qu’il n’a jamais été criminel d'intention, que la faute qu'il a faite ne ргоуеnait que d’étourderie et d'ignorance des conséquences qui pouvaient résulter de sa brochure.
Richmond, le 20 (31) Janvier 1797.
J'ai reçu la lettre de ma soeur. Je suis affligé, en vérité, de cg qui lui est arrivé, et qu’elle porte à présent dans sa se la peine de ce qu’une jeunesse remplie de fougue sidération lui fit entreprendre il y a plus de trente
ans, et quoiqu’elle devait s'attendre à cela, elle n’en est pas
moins malheureuse.
La mort du maréchal me fait une peine infinie: c’est une perte irréparable. Tout cassé de corps qu’il était, il avait encore l’esprit frais et vigoureux, et avec ses talents et ses connaissances sublimes dans ce qui regarde le militaire, jointes à une pratique de plus de 50 ans, il aurait pu être d’une utilité inappréciable pour notre bon Souverain, qui désirait de le consulter sur la réforme et l’amélioration de notre armée,. tout à fait disloquée sous Potemkin et Zouboff. Il est donc bien malleureux pour l'Empereur et pour l'état que ce grand homme soit mort au moment qu’on voulait le consulter, ce qu’on n’avait jamais fait.
Londres, le 10 Février п. в. 1797.
J'ai écrit au comte Bezborodko pour le prier que si à Г6poque du couronnement, temps, où il se fait ordinairement
des profusions de grâces, il voit que des personnes qui n’ont pas plus servi que vous et moi demanderont des gratifications en terres et l’ordre de S-t André, et que l'Empereur est disposé à accorder toutes ces demandes, il nous fasse l'amitié de faire mention de nous à Sa Majesté Impériale, et qu’à cette occasion il lui raconte tout ce qu’on nous а ôté dans la Petite Russie et dans la Carélie. Depuis que je connais le monde, je vois qu’il n’y a que ceux qui demandent, qui obtiennent, et dès qu’il у a une disposition de gratifier ceux qui n’ont rien souffert, il est juste que ceux qui ont été injustement dépouillés soyent indemnisés.
Je lui ai écrit aussi d'empêcher de tout son pouvoir pour que je ne sois pas rappelé; je ne suis plus en état de santé à figurer à la gelée et à la pluie aux parades militaires. Je crèverais à la peine sans aucune utilité pour l’état; car s’il s'agissait d’une guerre où l'Empereur me crût capable d’être employé, j’y volerais avec joie, préférant de mourir d’un boulet que de pourrir d’une fièvre dans un lit. Et puisque la Russie est en paix, je crois que, malgré mon peu de talent, je ne suis pas tout à fait inutile ici par la longue pratique que j’ai du pays, chose que ne pourra acquérir qu’à la longue un autre qu’on voudrait envoyer à ma place.
Londres le 3 (14) Mars 1797.
Cette lettre vous sera remise par Богданъ Андреевичъ Baparmacxift, capitaine de la flotte et aide-de-camp de ГЕтpereur. C’est un très-digne homme, qui a servi avec distinction sur les vaisseaux anglais et qui retourne en Russie par ordre de S. M. L., qui veut l'avoir auprès d'elle. Je Га! beaucoup connu, et je Га! trouvé très-estimable. Je profite de cette occasion pour vous envoyer, mon bon ami, la continuation du journal de Pelletier. П vous remettra aussi un ре-
tit rouleau avec l’estampe de ГагсЫвис et celle de notre Souverain. Je ne puis plus juger si cette dernière est ressemblante, ayant quitté la Russie il y a 13 ans et demi. Marquezmoi si elle l’est encore; je vous en enverrai plusieurs afin que vous puissiez en donner à vos amis.
Londres, le 4 Avril n. в. 1797.
Si vous voyez monsieur Rostopchin, je vous prie de lui témoigner de l'amitié. П ne cesse de me la témoigner. Ce digne homme, que je n’ai connu qu’à Londres et auquel je n'ai pu offrir qu'une amitié stérile, me sert comme si nous étions liés depuis 30 ans et comme s’il m'avait des obligations extrêmes.
Londres, le 28 Mars (8 Avril) 1797.
J'éspère que cette lettre vous trouvera bien portant à Moscou avec vos amis de Pétersbourg que vous n’avez pas vus depuis longtemps et qui vous auront appris beaucoup de nouvelles très-intéressantes; entre autres les infamies prussiennes et leur accord secret avec la France aux dépens de la pauvre Allemagne, et que cet accord a été communiqué par le roi de Prusse même dans une lettre toute écrite de sa main à l'Empereur. Ла! appris ces détails par une lettre qu’a reçue le comte Staremberg du comte Cobenzel et par mylord Grenville, auquel le chevalier Whitworth l’a écrit en détail. Le même chose fut confirmée par une lettre du ministre de Dannemerk à Berlin à celui qui est ici de la cour de Co-
penhague; il n’y a que moi auquel personne ne Га écrit de Russie, ni de Berlin. Le roi d'Angleterre m’ayant demandé si je suis informé par ma cour de cette affaire et ayant su de шо! que je ne lai sue que par lord бгепуШе et le comte Staremberg, il en fut très-surpris et me dit: „оп ne vous informe donc de rien“. ,
Convenez, mon ami, que cela est bien humiliant, et que le service ne gagne rien quand on traite de cette manière les employés au dehors. Dans les dernières quatre années le comte Ostermann et surtout le comte Marcow m’informaient exactement de tout ce qui se passait verbalement et par écrit entre notre cour et celle de Vienne et de Berlin; ils m’envoyaient même les copies des lettres qui passaient entre l'Impératrice et le roi de Prusse et les mémoires qui les accompagnaient.
Londres, le 10 (21) Avril 1797.
Les désastres des Autrichiens et les victoires de Bonaparte, qui est déjà à Klagenfurt, c’est dire à 20 postes ou 40 milles d'Allemagne de Vienne, mettant cette dernière dans un danger prochain et probable, la maison d'Autriche пе peut plus lutter elle seule contre des forces si supérieures. Elle va céder probablement en perdant une grande partie de ses domaines. L'Europe va voir dans la république Française un colosse de force auquel la puissance de Louis XIV et même de Charlemagne n’ont jamais approché. L'indifférence des uns, la connivence perfide des autres ont forgé des fers à cette belle partie du globe et l'ont assujettie au joug des Français.
Ici les affaires n’ont pas un aspect bien agréable non plus. La flotte de Portsmouth est actuellement dans une situation bien critique: les matelots ont fait une conjuration si finement ourdie et secrète, que personne ne l’a soupçonnée avant
qu’elle éclatât. Ils se sont emparés de tous les vaisseaux, ont renoncé à l’obéissance à leurs officiers et ont déclaré qu'ils ne permettront pas qu'aucun vaisseau sorte (excepté le cas où la flotte française serait en mer), jusqu’à ce qu’ils ne soyent satisfaits dans leurs demandes, qui sont une augmentation de paye, une augmentation de provision de viande et une augmentation dans la distribution de l'argent des prises. Cette révolte sera apaisée sans doute, parce qu'on est décidé à tout accorder, mais c’est un -exemple fatal pour tout gouvernement qui cède à des révoltés.
Londres, le 17 (28) Avril 1797.
Je suis bien sensible au souvenir de Петрь Ивановичъ Измайловъ; il a fait encore plus pour moi: car à peine arrivé à Pétersbourg, il m'a écrit une lettre pour se réjouir avec moi sur l’avénement au thrône d’un Souverain, au père duquel nous avons lui et moi témoigné notre fidélité inébranlable et pour lequel nous avons reçu l’honorable distinction d'être mis aux arrêts. Il est entré dans les détails de sa vie domestique et ш’а parlé sur ses affaires, comme à un ancien camarade, à un ami avec lequel on a partagé le même sort et avec lequel on a une conformité de principes. Je lui ai répondu avec l'attachement que je lui ai voué depuis longtems, mais je ne me souviens pas si c'est par monsieur Baratynskoi ou monsieur Krétof.
Depuis l’année 1762 j'ai revu deux fois à Moscou се respectable vieillard, et il m'a toujours traité avec beaucoup d’amitié et d'affection. Je sais, qu’arrivé à Pétersbourg et ayant eu un entretien avec l'Empereur sur le jour de l’événement de 1762, il lui raconta la manière dont je me suis conduit. `
Londres, le $ Мау п. в. 1797.
Nous avons reçu avant-hier par Paris la nouvelle comme si l’empereur avait fait sa paix séparée avec les Français, et ce matin il court un bruit que les préliminaires de cette paix ont été signés le 18 Avril et que le baron de Thugut, qui a été constant à ne faire aucune paix séparée, a donné sa démission, qui a été acceptée par l’empereur, mais comme les vents contraires nous privent des paquebots de Cuxhaven, nous n’avons aucune nouvelle de Vienne et par conséquent rien d’authentique sur cette transaction malheureuse. Il paraît que Гагс ис Charles a perdu dans le Frioul, la Carinthie et la Styrie la réputation qu'il avait gagnée en Allemagne et que, découragé, il n’a fait que prêcher la paix, ce qui n’a fait qu’accroître le découragement de son armée.
Nous sommes, comme vous pouvez croire, dans la plus grande impatience de recevoir les lettres de Vienne et savoir les conditions de cette paix si précipitamment faite.
Les affaires en Irlande prennent un aspect sinistre; le mécontentement, quoique sourd et couvé sous la cendre, devient presque général, et on s'attend qu’il va éclater. C’est la suite de cette infatigable industrie d’intrigues et de corruption, que les Français ne cessent d'employer partout avec autant d’habileté que de persévérance. | est affreux de voir combien de beaux pays ils ont déjà révolutionnés et désorganisés complètement. Tout cela est arrivé par l’exécrable politique d’une certaine cour, qui, par un intérêt particulier et une haine invéterée, a paralysé et a ôté à la maison d'Autriche les secours de la majeure partie des princes de l'Europe, et le reste de l'Europe n’a pas assez vu que ce n’est pas une guerre ordinaire pour conquérir ou perdre quelques provinces, mais que c’est une guerre de principes, que Je but des Français est de renverser toutes les religions, toute morale, tous les thrônes et toutes les propriétés existantes.
Londres, le 9 May п. в. 1197.
Je vois que vous avez été le 21 à Петровское où il y avait cour et où vous avez trouvé beaucoup de monde, quoiqu’il n’y eût que les premières classes qui y ont été admises. Je ne suis pas étonné de cette foule, car Moscou doit avoir dans son sein deux ou trois milles personnes des deux sexes appartenant à la 3-me et 4-ше classe.
Ce que vous me dites sur la manière dont l'Empereur s’est expliqué avec le comte Bezborodko à mon égard, et par laquelle j'apprends que Sa M. 1. est contente de mes faibles services, me console infiniment et me donne l'espérance de m'’attendre à être mieux traité que je ne Га! été quand les Mamonof et les Zouboff, abusant de la confiance de la défunte Impératrice, ne faisaient du bien qu’à leurs parents et créatures et desservaient tous ceux qui ne voulaient pas être leurs bas flatteurs et courtisans.
Vous me dites aussi que vous avez vu là monsieur de Rostopchin et qu'il vous a beaucoup parlé de moi. Je l'aime beaucoup et je sais qu’il m'est très-attaché; c’est de quoi il ш’а donné des preuves. Je suis charmé d’apprendre que notre neveu Boutourlin a une bonne place. Elle lui convient mieux qu'aucune autre qui l’aurait obligé d’aller se faire ип. nouvel établissement à Pétersbourg, au lieu qu'à présent il peut vivre à Moscou et peut même passer un temps considérable de l'année sur ses terres: car sa place, n'étant pas active, ne demande nullement sa présence continuelle.
Vous avez déjà appris sans doute la malheureuse paix qu'une nécessité encore plus malheureuse a forcé l'Autriche de faire avec la France. C’est une chose qu’on devait prévoir: l’Autriche seule est abandonnée de tout le monde (саг le peu d'argent que l’Angleterre lui prêtait ne suffisait раз); elle ne pouvait pas lutter contre la France. C'est une vérité
qui ne pouvait pas être contestée depuis deux ans qu'a duré cette lutte si inégale.
Quant.au pays où je suis, il est attaqué d’une maladie bien dangereuse; il у a une gangrène politique, qui mine son corps. L'opposition, qui n’a été autrefois qu’un parti, qui tenait en respect le ministère et le renversait quelquefois quand il faisait des fautes dont le parti proftait, est devenue depuis quelque temps une faction, et une faction atroce, qui propage les idées de résistance au gouvernement et met le pays dans un péril extrême. Les machinations des Français et leur poison s’insinuent dans une certaine classe de gens, et nous en voyons des effets très-marquants.
Vous avez observé, je crois, qu'en vous parlant de la révolte des matelots à Portsmouth, je n’ai pas approuvé la condescendance qne le gouvernement а eue de leur accorder une partie de leurs demandes. Le fait a prouvé qu’on a mal fait, car une autre révolte bien plus forte vient d'éclater sur la même flotte, et on m’assure ‘qu’elle est d’une telle Force et qu’il s’y est commis tant de crimes, qu’il sera impossible de punir ou de pardonner sans compromettre la sûreté du gouvernement.
Londres, le 23 (12) Мау 1797,
Je vous remercie, mon bon ami, pour toutes les nouvelles que vous m'avez données et pour le plaisir que vous а fait tout ce qui ш’а été si libéralement conféré par l'Empereur. Sa bonté et sa générosité à mon égard ont surpassé mes espérances.
Je vous envoye les copies de ce que Leurs Majestés Impériales m'ont écrit et ce que ma fille et moi nous avons répondu. J'ai félicité le prince Bezborodko sur ce qu’il a eu et je l’ai remercié pour ce que j'ai reçu. J'ai remercié aussi le
baron de Nicolay pour la manière ‘dont il m’a servi dans la grâce qui a été accordée à Katinka, et j'ai remercié aussi mon ami Rostopchin pour le zèle qu'il a pour moi et pour la manière dont il n’a cessé de me traiter.
Je suis bien fâché de la perte d'une partie de nos revenus à Tambow, et encore plus du déplaisir que vous fera la nouvelle de mes dettes. Je vous proteste, mon ami, que je n’en ferai plus et que dans deux ans je demanderai un congé pour une année, pour venir en Russie pour mettre шоп fils au service, et si le climat ne me fait pas du mal, comme je l'espère, je tâcherai de m’y établir pour toujours. Si je suis au service, je viendrai vous voir tous les ans, et si je le quitte, je vivrai avec vous, après avoir remis ma fille à l’Impératrice.
J'ai été assez affairé ici par le mariage du frère de notre bienfaisante Impératrice avec la fille aînée du roi d’Angleterre. Cette princesse est un ange de caractère, et elle est bien digne d'être la belle-soeur de Sa M. I. Le prince est tout autre que je Га! vu en Russie. Il est d'une attention, d’une politesse et d’une amabilité ‘parfaites, aussi le roi l’aime d’une manière tout à fait particulière; il veut l’avoir toujours à ses côtés; toute la famille en raffolle, et il est aussi trèsaimé du public.
La flotte de Portsmouth est tranquillisée, mais celle de Plymouth est, ainsi que celle de Sheerness, encore en révolte. On espère pourtant de les apaiser.
L'Irlande est toute en combustion, et si les Français arrivent à faire une descente de 20 mille hommes, cette isle sera perdue. L'aspect est bien sinistre, et la scélératesse des Français triomphe partout.
Vous serez étonné quand je vous dirai que depuis 20 jours que nous savons les préliminaires de la paix signée entre la France et l'Autriche, celle-ci n’a pas encore communiqué ici leur contenu.
Londres, le 19 (30) Мау 1797.
Le prince Bezborodko m'a écrit par le courrier anglais qui est arrivé ici de Moscou et qui a été expédié le 23 Avril du У. з., que le comte Ostermann a demandé et obtenu son congé et que lui a eu la place de chancelier. Je n’ai eu qu’à me louer personnellement du comte Ostermann, sinon que dans les derniers six mois il écrivait et répondait moins que jamais sur les affaires, ce que je dois attribuer à l’affaiblissement de sa santé. Quant à notre nouveau chancelier, il a débuté avec moi d'une manière active et surtout amicale: саг outre une lettre écrite de sa main pour m’annoncer sa nomination, il m’a écrit une autre également de sa main de quatre pages, pour m'informer sur les affaires et pour me donner avis sur ma prochaine destination, au sujet de laquelle je lui ai répondu que je suis prêt à servir partout où Sa M. ГЕшpereur, mon bienfaiteur, croira devoir m'employer.—Monsieur Nicolay m’écrit combien il est heureux de vous voir souvent, C’est un bien digne homme, et il nous est bien sincèrement attaché. П me parle de la terre que l'Empereur m'a donnée et il me propose un homme qui est de la Finlgnde et connaît les loix, pour diriger cette terre. Je lui réponds ce soir en le remerciant de son amitié et en le priant de s’adresser à vous, comme à la personne qui, par charité pour moi et pour mes enfants, a bien voulu prendre soin de nos intérêts et régir notre bien, que nous ne sommes раз capables de soigner, les uns par enfance et l’autre par ignorance et par éloignement.
Londres, le 6 Juin п. в. 1797.
Mon opinion à ne pas céder à des soldats ou matelots en révolte, et de courir plutôt tous les risques que de s'y
soumettre, n’est malheureusement que trop justifiée: car, après que la première et la seconde révolte de matelots à Ports- ‘ mouth ont été apaisées à force de concessions de la part du gouvernement, et que cette flotte est allée en mer pour croiser aux environs de Brest, l’escadre qui était à Nore, à Гетbouchure de la Thamise, s'est révoltée avec plus d’audace que celle de Portsmouth. Les lords de l’amirauté se sont transportés et ont eu une entrevue à terre avec les chefs des matelots révoltés, et cette conférence, accompagnée de la plus grande douceur du gouvernement, n’a fait qu’accroître l’insolence des insurgés. La plupart des vaisseaux qui étaient dans les différents ports de la côte de l'Est, pour les garder contre les ‘entreprises des Français et des Hollandais réunis, ont abandonné leur poste et sont venus joindre à Nore leurs camarades révoltés. Toute l'Angleterre est unanime et furieuse contre ces scélerats Ча! ont eu l'audace de tirer sur une frégate fidèle et sur les forts qui gardent les bords de la rivière. On assemble des troupes des deux côtés des bords, on établit des batteries de canon et de mortiers et on arme des vaisseaux, pour les assaillir de tous côtés. En attendant, ces scélérats bloquent le port de Londres, et toute la côte orientale de l'ile est exposée sans défense à la merci des tentatives ennemies. Dans quel maudit siècle vivons. nous, mon amil Les principes jacobins sont semés et germent partout. L'Europe est menacée, et la paix ne lui donnera pas plus de repos pour cela: car la guerre sourde que les Frangais feront à tous les gouvernements, en inoculant leurs principes venimeux à toutes les nations, pourra être encore plus funeste que celle qu'ils ont fait les armes à la main. Il faut se remettre à la Providence, si les gouvernements ne sont pas plus vigilants qu'ils n’ont été jusqu'ici.
Londres, le 9 Juin п. s. 1797.
Je suis bien aise de ce que vous allez faire le voyage à "Троицкое pour voir ma soeur. J'espère qu'elle est bien à présent et que vous passerez agréablement votre temps ensemble.
Nous ignorons toujours le contenu des préliminaires signés il y a près de deux mois entre l’Autriche et la France, ce qui est incroyable. En attendant, nous avons reçu la nouvelle de l'anéantissement de la république de Venise. Celle de France s'amuse de créer des nouvelles républiques, cispadane et transpadane, et d’exterminer la plus ancienne et la plus respectable de toutes. Heureux est le pays qui est séparé de la France par le Rhin, ГЕЪе, ГОдег, la Vistule, la Dwina et le Dnieper. Car il vaut mieux être voisin des antropophages que de cette abominable république française qui n’est occupée qu’à faire le malheur de tous ceux qui sont ses voisins ou qu’elle peut atteindre de quelque manière que ce. soit.
Richmond, le 12 (23) Juin 1797.
Le prince Bezborodko m'avait déjà prévenu que l’Empereur me destinait pour le congrès futur, et j’ai répondu que ‘quoique ce déplacement me dérange de toutes les manières, je me soumets à la volonté de mon Souverain et bienfaiteur et. que je suis prêt d'aller partout où il lui plaira de m’envoyer. Vous me dites que vous croyez que la chose est changée et que c’est le prince Repnin qui ira. C'est la nouvelle la plus agréable que je pouvais recevoir: car outre que je ne serai pas déplacé, je serai aussi délivré d’une commission
qui m’épouvantait, étant au dessus de ma capacité. Le prince APXEBS ВНЯЗЯ ВОРОНЦОВА, Жн. 10-я. 2
Repnin, ayant déjà été au congrès de Teschen, fera mieux que moi cette besogne.
Vous avez entendu et vu dans les gazettes qu'outre les révoltés de l’escadre à Portsmouth et qui ont été apaisés, il y a eu une troisième plus forte dans l’escadre au bas de la Tamise, à Nore; elle est enfin presque apaisée; car de 24 vaisseaux il n'y а que 2 qui ne sont pas encore soumis, et ils vont Гёте incessamment, et ce qu’il у a de mieux, ce n'est pas par des concessions, mais en tenant ferme que le gouvernement a repris le dessus. Il y a une vingtaine de pendus parmi les chefs de la révolte, c’est à dire les matelots que se sont appelés les délégués. On a commencé hier le procès dans une cour martiale sur un de ces vaisseaux, et c’est par un nommé Parker, le président des délégués, qu’on a commencé.
Je vous enverrai l'ouvrage de Rhulière sur la révolution de 1762, puisque vous voulez l'avoir; mais vous verrez qu'il ne mérite pas d’être lu, qu’il est plein de faussetés et qu'il est tout à fait au dessous de la réputation qu’il a eue quand il n'était pas imprimé.
Richmond, le 14 (25) Juillet 1797.
Vous avez du apprendre par nos amis le prince Bezborodko et le comte Zawadowsky et peut-être me blâmer de ce que j'ai fait par rapport à notre cscadre, que j'ai retenue pour deux semaines, malgré l’ordre que javais reçu de la renvoyer. J’aurais pu être tout aussi bien blâmé, et je vois bien à présent que je l’aurais été, si malgré les pressantes sollicitations du ministère anglais et les circonstances trèspérilleuses où le pays était alors, je l’avais laissée partir. Je vous envoye la copie du billet que m’écrivit dans le temps mylord Grenville et que j'ai envoyé à la cour, auquel je n’ai
pas répondu, parce que devant diner се jour chez lui, j'ai voulu me donner une couple d'heures de réflexion et lui répondre de bouche sur le parti que je prendrai. Га! pensé et repensé sur cette affaire, j'ai vu à quel point elle était délicate et que quelque parti que je prenne, je cours peutêtre le risque, en ne rencontrant pas l’idée de l'Empereur, de m'attirer sa désapprobation extrême. Sa M. [. m'avait ordonné expressément de renvoyer son escadre afin qu’elle soit vers le 10 (24) Juillet aux environs de Réval; mais d’un autre côté il m’ordonna aussi expressément d'assurer la cour de Londres que ce n’est pas faute d'amitié pour elle qu’il rappelle ses vaisseaux et qu'il ne le fait que parce qu’il ne les croit plus nécessaires ici, vu la grande supériorité des forces navales de la Grande Bretagne comparativement à celles de ses ennemis, en m'ordonnant en même temps d’assurer que sa m. le roi a en Sa М. L. un ami et un allié constant et fidèle et qui prendra toujours une part très-vive dans tout ce qui concerne sa personne ou ses états. Or, toutes les escadres, composant plus de 20 vaisseaux de ligne, qui devaient défendre les côtes de l'Est de la Grande Bretagne, s'étaient révoltées et bloquaient même le port de Londres. L'amiral Duncan n'avait que deux vaisseaux fidèles, avec lesquels il a eu le courage d'aller croiser aux environs du Теxel, où plus de 10 vaisseaux de ligne, plusieurs frégates et une grande quantité de vaisseaux de transport, remplis de troupes, n’attendaient que le vent pour sortir et faire un débarquement en Angleterre, qui était dans la plus grande confusion à cause de la révolte. En un mot, le pays était dans un péril extrême. Pouvais-je dans cet état des choses refuser ce qu'on me demandait? Pouvais-je aller contre les sentiments amicals de mon Souverain, qui ne rappelle son escadre que parce qu’il ne la croit plus nécessaire ici, ne pouvant pas savoir alors la révolte des escadres anglaises? Pouvais-je la laisser partir au péril inévitable de ce pays?
Je pouvais être blâmé en la retenant, mais je pouvais l’être
aussi en la laissant partir. Je n’ai jamais été dans des cirpa
constances aussi embarrassantes et fatales. Je пе me les suis pas attirées par ma faute; je me suis trouvé, malgré moi, au milieu d'elles; j’étais au pied du mur; il fallait absolument prendre l'un des deux partis: car il n’y avait pas de troisième, et alors je pris celui qui m’a paru le plus juste, le plus utile au pays allié de mon Souverain, le plus utile pour ma Patrie et pour l'Europe, qui aurait souffert de la chute de l'Angleterre, le parti enfin le plus digne de la grandeur d'âme et des vrais sentiments de l'Empereur, étant persuadé de sa noble franchise et que quand il m'’écrivait d'assurer qu'il prendra toujours une part très-vive à tout ce qui intéresse le roi d'Angleterre et ses états, ce n'étaient pas des phrases comme fait le roi de Prusse, aux assurances duquel personne n’ajoute plus de foi. Aussi j'ai été approuvé, et je vous envoie la copie de cette approbation. Je vous prie de me dire si je n’ai pas bien fait et si à ma place vous n’auriez pas fait la même chose.
Richmond, le 11 Août п. в. 1797.
Vous me dites que monsieur Nicolay m'a servi et que messieurs Rostopchin, Jacowleff et Baratynskoi se sont loués beaucoup de moi et que le dernier et monsieur Baratynskoi m'ont servi. Je”suis lié avec monsieur Nicolay depuis 1762, et nous avons demeuré près de deux ans ensemble. Il était ami de notre ami commun *) que nous avons eu le malheur de perdre; aussi je ne m’étonne pas de ce qu'il а fait. Je ne m'étonne pas non plus de monsieur Rostopchin: il a passé plusieurs mois avec moi et il a reçu avec sensibilité l’amitié que je lui ai témoignée ef qu’il m'a inspirée par beaucoup d’élévation d'âme que j'ai trouvée en lui. Ilest vif, désintéressé, un peu caustique, mais parfaitement honnête homme et: capable de bien sentir l’amitié qu’on a pour lui, aussi il me
Га bien témoigné même du vivant de la feue Impératrice, et depuis sa mort il s’est mis en quatre pour m'être utile. Quant à monsieur Baratynskoi je n’ai fait que suivre l'impulsion de mon coeur, qui est de servir avec zèle mes compatriotes quand j'en trouve d'estimables. Je Га! fait envers lui, mais je regarde cela comme un devoir, et tout autre à ma place aurait fait de même: car c’est un jeune homme de mérite et de la conduite la plus sage. Il est donc bien bon de me savoir un mérite de ce que je n’ai fait que ce que tout autre aurait fait à ma place.
Richmond, le 1 (12) Septembre 1797.
Ce qui était probable à attendre est arrivé à Paris: le triumvirat dictatorial a arrêté deux directeurs, Carnot et Barthéleimy, et 64 membres des deux conseils, sans façon et sans aucune forme de procès. On va les envoyer à Madagascar. Voilà la belle constitution et la belle liberté française. J'aimerais mieux vivre au Maroc que dans ce pays de prétendue égalité et liberté. Les Jacobins vont rouvrir leurs clubs dans toutes les villes de la France, et l’infernale morale de ces monstres va de nouveau se répandre sur toute la surface de ce pays maudit de Dieu. 11 paraît que l’exemple du passé ne sert de rien aux hommes, car le parti abattu à présent pouvait prévenir et devait arrêter les trois directeurs. Quand on fait une guerre à mort comme celle que se faisaient les deux partis, celui qui balance, qui n’agit que mollement, doit s'attendre à être prévenu et massacré. Robespierre aïfait vécu et ses ennemis auraient été exterminés, s'ils n'avaient pas tout risqué pour le prévenir; aussi ils ont réussi.
Je suis persuadé que les négociations à Lille et à Udine
seront dans peu rompues par les Français et que la guerre recommencera des plus belles.
Richmond, le 3 (14) Janvier 1798.
Rogerson, qui m'est très-attaché, m’a écrit fort au long et de l’aveu de monsieur Rostopchin pour me conseiller de retirer mon fils du service militaire, qui devient, dit-on de jour en jour plus insupportable, et de se servir du prétexte de la santé faible de mon fils pour pouvoir après l’attacher à ma mission. Je lui а! répondu que je ne ferai rien à l'égard de mes enfants sans votre aveu, parce qu’il sont autant les vôtres que les miens; mais que si vous êtes du même avis que lui, je le suivrai d’autant plus que, sans être maladif, Michinka n’est pas robuste, et il est surtout excessivement frileux. Au reste, comme il n'a que 15 ans, nous aurons tout le temps d’y réfléchir et de prendre de bons аггапgements pour cela, et il faudra alors profiter d’un vent favorable pour obtenir qu’il soit fait gentilhomme de la chambre.
Londres, le 30 Janvier п. s. 1798.
Je viens d'apprendre à ma grande satisfaction que mon ami monsieur Rostopchin garde sa place. Je suis bien aise pour lui et pour l'Empereur, auquel il est très-attaché et qu’il sert d’une manière que personne ne peut le remplacer dignement dans la place qu’il occupe.
Londres, le 6 Février п. в. 1798.
Pour ce qui est de la descente française, je ne la crains pas: il y a un bon fossé entre ces deux pays, et ce fossé est encore défendu por la plus grande, la plus savante, la plus active et la plus brave flotte de l'univers. Il se pourra qu’en risquant beaucoup et en envoyant beaucoup de leurs embarcations, les Français réussiront à débarquer ici 8 à 10 mille hommes, mais ce nombre est trop petit pour conquérir ce pays, dont les habitants sont déterminés à se bien défendre et dans lequel les forces et la bonne volonté pour se défendre ne font que s’accroître.
Londres, le 2 (13) Février 1798.
La nation anglaise, assurée à présent des projets d’invasion que la France maudite commence, a déployé une énergie admirable; les souscriptions volontaires, des dons gratuits pour aider le gouvernement pleuvent de tous côtés et montent déjà à des sommes considérables.
Les habitants sont décidés à se bien défendre et à sacrifier tout au monde pour le maintien de leur liberté, propriété et leur bienheureuse constitution. Cette disposition d’une nation si brave et avec la flotte formidable qu'elle possède feront évanouir les ridicules tentatives françaises. Ainsi ne soyez pas inquiet pour la bien heureuse isle que j'habite.
Londres, le 2 Mars п, s. 1798.
J'ai reçu, mon bon ami, vos deux lettres écrites immédiatement après votre retour de chez ma soeur. Je suis bien aise que vous l’avez trouvée assez bien de santé; car je craignais que ses chagrins ne l’ayent minée et je suis bien aise de savoir qu’elle est logée très-commodément et a une bien belle campagne pour résidence. Quant aux disparates de son excessive économie qui l’oblige à des privations d’agréments personnels et des générosités marquées envers les autres, dont vous me citez les exemples, je n’en suis pas étonné: ces caractères ne sont pas rares, il y en a beaucoup ici. Un certain monsieur Eloyns, membre du Parlement, mort depuis 5 à 6 ans, avait un bien dont le capita passait 400 mille livres sterling, n'ayant ni femme, ni enfants, ne dépensait pas 200 livres sterling pour lui-même, n’avait qu’une servante, marchait à pied et était vêtu misérablement, ne dépensant pas un shilling pour sa nourriture, et il a fait souvent des traits de générosité qui lui coûtaient 30 à 40 mille livres sterling, il est mort enfin à 70 ans, pour n’avoir pas voulu dépenser quelques shillings au médecin; sa maladie était guérissable, mais il fallait quelques remèdes, et'il ne voulait pas les payer.
Londres, le 12 (23) Mars 1798.
Je vous remercie, mon ami, pour les vers de monsieur Херасковъ que vous m’avez envoyés. Ils sont assez médiocres et accusent la vieillesse de l’auteur; mais au moins il faut lui savoir gré de son attachement pour notre Souverain et pour avoir fait mention de l’Impératrice Elisabeth, qu'on a
oubliée, comme vous l’observez, pendant tout le long règne разsé. Cet oubli était aussi affecté qu'indécent: les Russes ne peuvent, sans l’ingratitude la plus basse, oublier une Souveraine qui était si bonne et qui a rendu la Russie si
heureuse. ‹
Londres, le 10 Avril п. в. 1798.
Nous avons la nouvelle qu’on arme à Brest à toute force pour la descente projetée et dont le vrai but sera l'Irlande, où il y a eu déjà des révoltes ouvertes. Cependant, comme on a proclamé Ja loi martiale dans cette isle et que les troupes ont commencé en vertu d’elle à attaquer, à battre et à disperser les révoltés sans avoir besoin d'intervention des magistrats: cette révolte sera exterminée avant l’arrivée des Français, admettant même qu’ils parviendraient à éluder la vigilance des escadres anglaises. Pour ce qui est de l’isle où je suis, il serait à désirer que ces Jacobins y viennent: car il ne trouveront ici ni la lâcheté italienne, ni la perfide politique des princes d'Allemagne, qui pensent encore à leurs haines et jalousies réciproques et ne songent qu’à piller les plus faibles et à s’agrandir à leurs dépens, tandis que les Français minent leurs thrônes et s’appliquent à révolutionner tous ces grands et petits potentats germaniques. Les Anglais sont unis et braves, et il п’у а pas de doute qu'il ne fassent repentir les sans-culottes de leur témerité.
Londres, le 8 May n. s. 1798.
Par les nouvelles de Paris, il paraît que le Directoire n'a pas pris l'affaire de Vienne comme celle de l'ambassadeur (de)
Bonaparte à Rome. Cela prouve qu’il veut dissimuler jusqu’à ce qu'il soit mieux préparé pour se venger, ce qu’il ne manquera pas de faire. Comme on est timide et irrésolu à Vienne, je crains qu’ils ne se laissent endormir et au lieu d'attaquer l'ennemi quand il n’est pas prêt, on sera obligé de зе défendre quand il sera bien armé. et en force supérieure.
Le chevalier Sidney-Smith s’est échappé de la prison de Paris, il est arrivé ici avant-hier.
J'ai eu à diner chez moi hier le duc de Berry et le duc de Bourbon avec leur suite. C'était un dîner de bienséance, car ils sont tous les deux au service de Russie.
Londres, le 4 (15) Мау 1798.
On vient de recevoir les papiers imprimés de Philadelphie, par lesquels on voit en détails la communication que le président des Etats-Unis de l'Amérique a faite au Sénat et aux représentants, des dépêches qu'il a reçues des trois envoyés américains à Paris, pour démontrer qu'il n’y а rien à espérer de pouvoir arranger les différends entre ces Etats et la France. Cette communication, qui est très-étendue et très-intéressante, prouve la bassesse et la corruption du Directoire et du ministère de la prétendue grande nation. А moins que de lire les pièces, on ne peut se représenter jusqu'où vont cette corruption et cette bassesse. Je me flatte que le tout sera traduit et imprimé en français, et je vous l’enverrai alors. Au reste, nous n’avons rien de nouveau sinon que le roi a rayé monsieur Fox de la liste de ses conseillers privés, ce que tout le monde approuve à cause des discours séditieux que cet homme de grand talent, mais qui a perdu toute modération et jugement, a tenus dans les clubs et qu’il a fait imprimer.
Londres, le 18 (29) Мау 1798.
Je suis bien obligé à une attention amicale du comte Alexis Orlow, qui vient de m'écrire. de Leipzig où il est qu’il a reçu la nouvelle que ma soeur a eu la permission de vivre à Moscou et que le prince Daschcoff son fils a eu le cordon de S-te Anne. Ces deux nouvelles, particulièrement la première, m'ont fait un plaisir extrême. Ma soeur aura le plaisir de vivre avec ses parents et amis, et elle aura aussi toutes les aisances et tous les secours des médecins, dont elle а tant besoin, vu ses maladies, ce dont elle a été privée à Troitskoié.
Londres, le 5 Juin п. в, 1798.
Le prince Bezborodko m'a écrit pour me dire qu'il va profiter du voyage de l'Empereur pour faire lui-même une course à Moscou et mettre la première pierre à une maison qu'il va bâtir на Воронцовомъ uozxë et qu’il compte d'aller vous voir sur votre terre. Je lui réponds aujourd’hui que je suis persuadé du grand plaisir que vous aurez de revoir notre meilleur ami et que je suis bien aise de savoir que l'ami constant des Woronzow aura sa maison sur un territoire qui porte leur nom.
Londres, le 15 (26) Juin 1798.
Nous sommes toujours dans l’impatience d’avoir des nouvelle de Гезсайге du contre-amiral Nelson, que lord St. Vin-
cent a détachée pour chercher, combattre et détruire celle de Bonaparte, sortie de Toulon. Les dernières nouvelles qu'on a reçues hier de Lisbonne, sont que le 30 Мау п. s. Nelson avait passé Carthagène;, nous savons d’un autre côté, que Вопаparte le 28 était encore à la hauteur des côtes occidentales de la Corse, et comme il est embarrassé par près de 300 vaisseaux de transport, il ne peut avancer que très-lentement. Les deux escadres peuvent se rencontrer entre le 3 et le 7 de Juin. Le nombre des vaisseaux de ligne est égal, mais le courage, la science et la pratique sur mer sont tout à fait du côté des Anglais; aussi il n’y а pas de doute que ce Corse, toujours heureux jusqu’à présent, cessera de l'être, et ce sera le cas de dire comme Géronte dans les Fourberies de Scapin: ,que diable allait-il faire dans cette maudite galère?“
D'Irlande on a reçu aujourd’hui la nouvelle que le corps le plus nombreux et le mieux organisé des rebelles a été complétement défaît le 21, proche de Wexford, et que le lendemain les troupes du roi se sont emparées de cette ville trèsimportante.
Londres, le 17 (28) Juin 1798.
Je ne conçois pas comment les souverains ne voyent pas qu’ils seront tous bouleversés l'un après l’autre par la république française et qu’ils n’ont pas de temps à-perdre pour oublier leur jalousie et haine, pour s'unir et faire la guerre franchement et avec vigueur contre cette république qui les terrassera séparement. Elle l'aurait déjà fait si elle n’était . occupée à écraser l’Angleterre, qui seule lutte avec une énergie qui n’a pas d'exemple contre се colosse qui fait trembler toute l’Europe. Ce même esprit de vertige empêche ces princes de voir que l'Angleterre est actuellement le boulevard de ce qui n’est pas soumis et révolutionné par la France.
Les forces que ce pays а mises sur pied pour за défense et ce qu’elle emploie en mer pour bloquer tous les ports de France, d’Espagne et de la Hollande, surpassent tout ce qu’elle a jamais fait de pareil. La révolte de l'Irlande est sur le point d'être apaisée, et nous attendons d’un jour à l’autre la nouvelle que Nelson a battu Bonaparte dans la Méditerrannée.
Richmond, le 3 Juillet п. =. 1798.
Je suis établi ici depuis 4 jours et bien enchanté de l’être, car la campagne est d’une beauté extrème; elle est particulièrement belle aux environs de Richmond, qui le dispute aux endroits les plus renommés de cette belle isle. Quand on connaît tous les avantages physiques et moraux que la Providence a versés à pleines mains sur ce bienheureux pays et ses habitants, on doit aussi bénir cette Providence d’avoir donné à ces derniers le discernement de bien comprendre leur bonheur et la force d’âme de le soutenir à tout prix: car c’est ce qui sauve l'Angleterre des atteintes. d’un ennemi acharné, qui cherche tous les moyens pour l’abtmer et qui n'attend que l’accomplissement de son projet pour bouleverser plus sûrement après, tout ce qui n’est pas encore révolutionné. Ainsi ce pays doit être regardé comme le boulevard de tous les autres, où la vie, la religion et la propriété des habitants sont menacés d’une destruction totale. Les efforts, les sacrifices de toute espèce que tout le monde a faits et continue à faire sont incroyables et dignes d’admiration. Cette respectable nation a passé par toutes les épreuves les plus dures pendant le cours de cette guerre: elle a eu une famine si générale que, malgré que le gouvernement a payé un willion de livres sterling pour des primes pour l’importation des blés, le pain s’est vendu pendant près de 10 mois trois fois plus cher que de coutume. A peine sorti de ce
malheur, qu’une pénurie générale d'argent éclata et obligea de ne faire tous les payemens qu’en papiers. Pour comble de malheur, toutes les escadres qui devaient protéger les côtes des trois royaumes, se révoltèrent. Mais l'esprit public пе s’abattit раз; au contraire, il s’éleva plus que jamais et il fut vainqueur de toutes ces calamités. Jamais cette nation si Justement celèbre n’a été plus grande que depuis ces trois dernières années. Les Anglais méritent bien en vérité d’être estimés de tout homme qui а du jugement et de l'élévation d’âme. J'espère que la divine Providence couronnera par des succès brillants la noble carrière qu'ils courent pour réprimer l'audace et les attentats des Français, c’est à dire de la nation la plus vile, la plus cruelle et la plus abominable de toutes celles qui ont jamais paru dans le monde.
Richmond, le 13 (24) Juillet 1798.
Vous me dites dans une de vos lettres, mon bon ami, que vous êtes bien aise que Sheridan s'est joint au ministère pour le soutenir dans la crise actuelle; mais si les gazettes étrangères que vous lisez sont exactes, vous avez du voir depuis que ce n’était qu’une hypocrisie et une simagrée aussi basse que ridicule de la part de ce charlatan sans consistance: car le même jour où il déclara que quoiqu'il ne change раз son opinion sur le ministère, il croit qu'il faut le soutenir pour la défense du pays, il vota contre le ministère dans une mesure qui était proposée pour le bien du pays et pour sa sûreté et défense, et depuis ce jour jusqu’à la prorogation du Parlement il n’a cessé de voter contre et a fait tous ses efforts pour entraver les mesures du gouvernement pour la suppression de la révolte irlandaise. Heureusement que son éloquence ne fait aucun effet au Parlement et dans le pays,
grâce au bon jugement des Anglais, qui regardent plus au caractère moral des orateurs qu'à leurs phrases éloquentes.
La révolte en Irlande diminue par les mesures vigoureuses du gouvernement.
Richmond, le 20 (31) Juillet 1798.
Vous avez vu par mes précédentes l’arrivée de notre commun ami Rogerson. Je ne saurais vous décrire la joie que j'ai eue à le revoir et combien je suis content de le posséder. Nous avons déjà passé plusieurs jours, moi à le questionner et lui à répondre. 1l vous est bien attaché et me prie de le rappeler toujours à votre souvenir. Il compte d’aller dans peu en Ecosse, où il restera jusqu’à l'hiver de ce pays, c’est à dire jusqu’au mois de Janvier, et comme je n'ai pas épuisé encore ma curiosité et mes questions, ce sera à reprendre quand il reviendra ici.
Le jeune Nicolay, qu’il a amené avec lui, est un excellent jeune homme; il est bon, doux et modeste, aime le travail, a une main très-lisible en russe et en français et écrit fort vite et, malgré cette vitesse, copie très-exactement. Comme l’oisiveté est la mère des mauvaises habitudes et des vices, je l’occupe tant que je puis, quoiqu'il est éloigné de tout vice; car en vérité c’est un jeune homme fort sage. Je suis bien aise pour Michel de ce que le jeune Nicolay est ici. Je vois même qu’ils commencent à se lier, ce qui me fait beaucoup de plaisir. Quand vous avez l’occasion d'écrire à son père à Pétersbourg, dites lui combien je suis content de son fils et assurez-le qu’il est chez moi comme un enfant de la famille, et en le disant je vous garantis que vous ne direz que la pure vérité.
Richmond, le 3 (14) Août 1798.
Ma fille partira avec sa gouvernante Samedi prochain pour Brighton pour 6 semaines, afin de reprendre les bains de mer, qui lui font beaucoup de bien et qui lui sont ordonnés tous les printemps et les automnes.
Dans ce moment je reçois votre lettre du 24 Juin. Vous me parlez de la santé de monsieur Pitt, de la perte que les Anglais ont faite à Ostende et d’une fille de madame Genlis qui fait tant de bruit dans les gazettes.
Monsieur Pitt, en héritant les talents prodigieux de son père, a le malheur d’avoir hérité aussi de sa goutte. Quand cètte maladie vient aux extrémités, on souffre pendant le paroxysme, mais dès qu’il est passé, on se porte mieux que jamais; mais quand la goutte ne peut pas se fixer et se promène par tout le corps, attaquant l'estomac, la poitrine et la tête et passant d’une à l’autre, alors les souffrances et le danger sont grands. Voilà ce qui a fait la dernière maladie de monsieur Pitt. Па souffert plus d’un mois. J'ai dîné avec lui à la campagne de monsieur Dundas; il était déjà convalescent et à présent il est tout à fait bien: je le tiens de mon ami et de mon médecin le chevalier Farquhar, qui me traite depuis 13 ans et qui depuis 2 ans est aussi le médecin de monsieur Pitt.
Le dommage causé aux ennemis par la ruine des écluses du canal qui va de Brugges à Ostende, est considérable. La perte des gens ne va pas à 60 hommes, et les 12 ou 13 cents prisonniers vont être échangés; ainsi tout le gain est du côté de ce pays-ci.
La fameuse Paméla que le malheureux lord Edouard Fitzgerald a épousée, a été élevée par madame Genlis. Tout le monde a cru qu’elle était la fille du duc d'Orléans et de madame de Genlis; mais le fait est qu’elle est une pauvre реtite fille auglaise, que cette femme a prise pour élever afin
de faire voir son habileté en éducation. L'élève est jeune et jolie, a de l'esprit, mais un esprit faux et imbu des principes qui ont bouleversé la France. Son mari, qui avait peu de jugement, fut encore plus perverti par elle, et il fut un des plus ardents conspirateurs dans la révolte irlandaise. Au moment qu’on le saisissait pour l'arrêter, lui faire son procès et le pendre, il se défendit à outrance, tua un homme, blessa un autre et reçut lui même plusieurs blessures, dont il est mort en prison avec |а rage au coeur de n’avoir pas pu bouleverser sa patrie.
Richmond, le 20 (31) Août 1798.
Vous trouverez dans ce paquet les copies des lettres que j'ai écrites à Burrop® Павловичъ, au prince Bezborodko et au baron de Nicolay. La première est confidentielle: la lecture vous expliquera le sujet. Je dois vous ajouter à cetle occasion que quand le roi ше parla de cette affaire que je n'ai sue que par Jui, sa m. m'a dit les choses les plus flatteuses et m’a répété souvent: à moins que се ne soit pour votre fortune et bonheur, je désire que cela ne soit pas vrai el que vous restiez ici. Je suis persuadé que c’était un faux bruit et qu'on n’a jamais pu songer à moi; mais j'ai voulu ouvrir mon coeur avec Kotshoubey en le priant d'expliquer mes sentiments à son oncle, afin qu’on me laisse tranquille ici, si jamais on avait quelque intention de me donner quelque place à Pétersbourg.
Ma lettre au prince Bezborodko est pour retirer mon fils des gardes, et je laisse à sa prudence de montrer ma lettre à l’Empereur ou de faire cette affaire verbalement.
Celle à monsieur de Nicolay exige une explication. Il ya 10 mois que monsieur Rostopchin m’a écrit qu’on aveit le projet de me faire revenir dans 3 ou 4 ans pour me faire
АРТЕВЪ UNSS ВОРОВЦОВА, ин. 10-я. 3
34 НЕУДАЧА ФРАНЦУЗОВЪ Bb ИРЛАНДИ.
gouverneur du grand-duc Nicolas. Il n'avait pas fait grand cas de cet avis, quoique je lui aie répondu que je пе l’accepterai jamais, ne me sentant pas propre pour cette place, mais le baron de Nicolay ш’ауапё écrit par l'occasion de l’arrivée de son fils, que c’est un projet absolument formé et que l’Impératrice lui en avait parlé, c’est ce qui me détermina à lui écrire la lettre que je vous envoie. Je ne lui parle que comme d’an bruit qui m’est parvenu, pour qu’on ne l’accuse pas de m'avoir donné Гау!з, et j'ai pu vraiment lui écrire de cette manière, parce qu’il y a déjà dix mois qu’on m'avait prévenu sur ce projet. Je le prie par un billet à part de montrer ma lettre à l’Impératrice et j’envoie aussi une copie à Викторъ Павловичъ.
Richmond, le 3 (14) Septembre 1798.
Nous avons reçu avant-hicr l'agréable nouvelle que les Français débarqués en Irlande, après avoir été défaits complètement par le général Lake, ont mis bas les armes et se sont rendus à discrétion. Les chefs des rebelles qui les avaient joints, avaient déjà depuis plusieurs jours offert au vice-roi marquis de Cornwallis de se retirer du camp des Français et de mettre bas les armes, si on leur accorde leur pardon en ne Jes soumettant pas à de plus grande peine que le bannissement hors du pays, peine à laquelle ils consentent à se soumettre; mais le vice-roi a rejeté ces propositions, exigeant qu’ils se rendent à discrétion. Après la défaite, la plupart des rebelles, surtout leurs chefs, se sont enfuis; mais.on saura les trouver, et ils seront traîté en traîtres à leur souverain et patrie, ce qui sera une bonne leçon pour leurs pareils, et après cet exemple les Français auront beau aborder de nouveau en Irlande, personne ne viendra les joindre.
Richmond, le 1 (12) Octobre 1798.
Vous avez appris avant moi la nouvelle grâce que ГЕтpereur vient de m’accorder en faisant mon fils chambellan et en permettant qu’il reste auprès de moi pour être employé dans les affaires qui me sont confiées. Un chambellan de 16 ans, sans avoir passé par le grade de gentilhomme de la chambre, est une grâce et une distinction qui n’a pas eu d'exemple chez nous. C’est après l'Empereur au prince Bezborodko et à monsieur Kotshoubey que je dois le plus de reconnaissance. C’est le prince qui a représenté cette affaire, et c’est sûrement monsieur Kotshoubey qui a accéléré cette
représentation.
Richmond, le 12 (23) Octobre 1798.
Та! appris, par mon ami Викторъ Паваовичъ, le retour imprévu et agréable de Oexopr Васяльевичъ à Pétersbourg, que vous m’annoncez dans votre avant-dernière lettre. Certainement, sa retraite du service n’a pu diminuer en rien mes rapports avec lui, et il en a des preuves par écrit; c’est mon ami, et il me l’a prouvé dans maintes et maintes occasions. Si j'ai écrit à monsieur Marcow depuis son exil, c’est à dire à un homme qui dans sa faveur a observé envers moi toute la bienséance d’une ancienne connaissance et qui par courriers m'informait sur les affaires générales, vous pouvez bien croire que je n’ai pas cessé d'écrire à monsieur Rostopchin avec tout l’attachement d’un ami, depuis qu'il s’est retiré des affaires et du service. Le singulier est que sachant son retour et sa rentrée en faveur, je n’ai pas pu lui écrire
ge
par le dernier courrier que j'ai expédié; mais j'étris si fatigué ce jour à force d'écrire, que mes yeux et ma main, qui ne me servent plus comme autrefois, n’en pouvaient plus: mes yeux me faisaient mal, et la main qui conduit la plume, était tout engourdie. Mon corps s’est usé, et je le sens de jour en jour davantage. Je lui écris par le courrier que j'envoie ce soir. Au reste, il sait, sans recevoir même de mes lettres, combien je l’aime. Vous avez du apprendre par le prince Bezborodko ou par Вякторъ Павловичъ la proposition que l'Empereur a daignée me faire par l’estaffette, et la réponse que j'ai faite et que j'ai expédiée aussi par estafette; je vous en envoie ici les copies et je me flatte que vous ne me blâmerez pas pour la manière dont j'ai répondu. J'ai dit la pure vérité sur ma santé et sur mon attachement personnel pour Sa М. 1., qui m’a comblé de ses bontés. Si après ce que je lui ai dit sur la première, on m’ordonne de venir et d'occuper la place du prince Alexandre Kourakin, je me soumettrai avec résignation: c’est le moindre sacrifice que je pourrai faire pour un Souverain qui ne cesse de me témoigner sa bonté et sa confiance. Mais il ne gagnera rien à me transporter dans un climat et un genre de vie qui me tueront dans peu de temps, et il faudra de nouveau chercher un autre pour remplir la vacance que je laisserai dans Го се de vicechancelier, tandis que j'aurais pu vivoter ici quelques années de plus. Enfin je me remets à la Providence et je ne crains rien de се qu’Elle ordonnera de moi, sinon que je serai bien affligé si l'Empereur s’imaginait que je manque de zèle, d’attachement et de reconnaissance pour sa personne; mais je me flatte que ce ne sera pas de ma réponse qu'il m’attribue ce défaut de gratitude, qui n’est pas dans mon coeur en vérité. Ayant écrit ma réponse, je l’avais donnée à copier à mon fils, parce que ma main devient dé jour en jour moins lisible. Je Га! fait aussi copier par Jean Smirnow, que vous connaissez, pour voir qui la copicra mieux, afin d’envoyer la plus nette, Je les ai signées toutes deux, ne pouvant me décider l'écriture duquel des deux était plus lisible; enfin
j'ai envoyé celle de Michel et je vous envoie l’autre. Vous verrez que dans cette même réponse je remercie Sa M. 1., pour la grâce qu’il m’a faite en faisant mon fils chambellan. J'ai écrit par la même estalfette pour remercier le prince Bezborodko au sujet de ce qui a été fait pour mon fils et que je dois à lui sans doute, mais je ne lui ai rien marqué de la proposition de l'Empereur et de ma réponse, parce que la lettre de Sa M. I. ne m'est pas parvenue par son canal. Aujourd’hui par ce courrier j'envoie les mêmes copies qu’à vous, à Викторъ Павловичъ, qui les montrera sans doute à son oncle; car j'espère qu’il le fera.
Londres, le 9 (20) Novembre 1798.
Je suis pénétré de reconnaissance pour la bonté de Sa M. L et je suis aussi inquiet de savoir comment sera reçue ma réponse à l’occasion de la place qui m’a été offerte, car tout dépend de la manière dont on l’envisagera, puisque la même chose est souvent envisagée sous différents point de vue par différentes personnes, mais même les mêmes personnes jugent quelquefois différemment sur le même sujet, suivant les temps et les circonstances. Je puis vous assurer, mon ami, que j'ai beaucoup réfléchi avant de faire ma réponse et je n'ai rien à me reprocher dans ma conscience sur la manière dont je Ра! fait. .
Devaisje dissimuler à l'Empereur l’état délabré de ma santé; devais-je tromper mon Souverain et mon bienfaiteur et accepter une place que je serai 5 mois par an hors d’état de remplir, pourrais-je pendant l'hiver me présenter а lui pour recevoir ses ordres, affublé de la manière que je vais dans cette Saison chez mylord Grenville? Je lui ai exposé le délabrement de ma santé telle qu’elle est, après quoi je lui dis que je me remets totalement à sa volonté et qu’il
n'a qu’à disposer de moi comme il le jugera à propos. Trois semaines après, le prince Bezborodko m'ayant écrit sur le même sujet, en m’assurant que l'Empereur lui а dit qu’il ne ше gênerait en rien dans ma manière de vivre à Pétersbourg, je lui ai répondu que si on n’a pas abandonné encore l'idée de me faire venir, je l’autorise à répondre pour moi ce qu’il jugera à propos; mais que si je dois venir, je prie que ce soit par congé, parce que je désire qu’on m’éprouve pour voir si je suis capable, et je désire aussi d'éprouver comment ше traitera le premier hiver que je passerai. J’attends donc mon sort. °
Richmond, le 11 Décembre п. в. 1798.
J'ai reçu de Pétersbourg la nomination de Викторъ Павловичъ à la place de vice-chancelier et celle de 9едоръ Васильевичъ comme membre du Collége avec leurs avancements respectifs. Cette nouvelle m'a causé uné vraie joie. On ne pouvait pas faire de meilleur choix. Le premier a été déjà dans les affaires politiques et d’une manière très-distinguée et a eu l'avantage de travailler sous les yeux de son oncle, qui est vraiment le seul chez nous capable de former des ministres dignes de servir un grand souverain et un grand empire, et si, comme je l'espère, les nouveaux ministres seront unis entre eux, l’état у gagnera infiniment.
Me voilà tranquille ici, attendant avec effroi l’approche de l'hiver, qui, quoique infiniment plus doux ici que chez nous et d’une bien moindre durée, me fait toujours beaucoup souffrir. Cela ne m’empêchera pas à la paix de demander un congé, pour avoir le plaisir de vous revoir. Je pourrai, enveloppé dans un touloupe et ne sortant pas d'une chambre chaude, passer avec vous l'hiver comme une plante africaine
dans une serre-chaude, et si la paix ne зе fait pas dans deux ans, je vous enverrai en attendant mon fils.
Richmond, le 14 (25) Janvier 1799.
D'après votre lettre, j'ai déjà adressé à monsieur Pestel les paquets avec les brochures que je vous ai envoyées par le courrier que j'ai expédié il y a trois jours. Je ne cesse de recommander votre ami, monsieur Ryndin, à monsieur Rostopchin. Je vous avoue que je ne suis pas content de ce dernier, car à peine est-il entré dans le ministère que sa désunion avec le prince et son neveu a commencé, et ce n’est pas d'eux que je Га! appris, mais par Rostopchin luimême, qui, croyant que je l’apprendrai et pour se disculper, m'en a touché quelque chose. Je lui ai répondu en vrai ami, en lui disant que je suis aussi. étonné qu'affligé de cette nouvelle; que je ne crois pas que les autres ayent tort et que quand cela serait même, je crois qu’en fait d'amitié celuilà est le meilleur ami qui sait supporter l’humeur et les prétentions de ses amis; qu’il a de grandes obligations au - prince; que je suis persuadé que son coeur n’a aucune part à cette mésintelligence, mais que c'est la trop grande ardeur de son esprit qui en est la cause; que le public ne le connaît pas aussi bien que je le connais, et comme ce public sait qu’il a de grandes obligations au prince, je serais bien fâché qu’il le mît dans la cathégorie des Marcow; qu’il 40 se souvenir combien il était indigné de la conduite de ce dernier, et qu’ainsi on ne doit pas risquer d’être jugé par le public, de même que l’a été l’autre.
Qu'il le prenne bien ou mal, j'ai fait le devoir d’un ami; je l’aime certainement et je lui dois même beaucoup, et c’est pour cela même que j'ai cru devoir lui représenter ce qu’au milieu de ses flatteurs personne п’озега lui dire. J'ai du le
40 БОНАПАРТЪ Bb ЕГИПТЗ.
faire, parce que j'ai de plus grandes et de plus anciennes obligations au prince, et quant à monsieur Kotshoubey, .je vous assure qu'après vous et mes enfants il n’y a personne au monde que j’aime autant que lui: il a une élévation d’âme et une probité à toute épreuve, et avec ces vertus et les talents que Dieu lui a donnés, ce sera un malheur pour l’état si ce digne homme est obligé de quitter le service.
Vous croyez encore que Bonaparte peut se soutenir en Egypte; quant à moi, je vous avoue que dès que j'ai appris son débarquement à Alexandrie, je l'ai regardé comme perdu sans ressource. Jamais les têtes levantines et orientales ne pourront se prêter aux idées démocratiques de nos modernes philosophes et ne pourront jamais comprendre les prétendus droits de l'homme. Jamais des Mahométans, surtout des Arabes, plus fanatiques que les autres à cause du prophète qui est né, a vécu et est mort parmi eux, ne pourront s’amalgamer avec les moeurs d'un autre peuple et Филе autre croyance. Ajoutez à cela l’insalubrité de Гат pour qui n’est pas né dans le pays. Tout cela devait détruire l’armée française et la détruira certainement.
. Londres, le 1 Mars п. s. 1799.
J'attends avec impatience de vos nouvelles, mon bon ami, et j'espère qu’elles me diront que vous êtes toujours bien portant. Quant à moi et à mes enfants, nous nous portons bien. °
Aujourd’hui le roi а tenu un chapitre de l’ordre de la Jarretière dans lequel за m. a donné à mylord Spencer celle qui vaquait par la mort du duc de Leeds. Quoique j'aie déjà vu cette cérémonie plusieurs fois, je n'ai pas manqué d'y assister pour être un des.premiers à m’en réjouir et complimenter le nouveau chevalier, que j'aime, que j'estime, auquel
je suis attaché depuis longtemps, et qui m'a toujours témoigné une amitié et une confiance qui me sont très-flatteuses. Il n’y a personne qui mérite davantage toutes les distinctions possibles, que ce seigneur: à une probité à toute épreuve, à une grande élévation d’âme, il joint beaucoup .de douceur de caractère, beaucoup de savoir et un zèle ardent pour le service de son souverain et de sa patrie; aussi les sert-il de la manière la plus distinguée et la plus utile dans le poste important de premier lord d’emirauté. Jamais la marine anglaise ne s’est tant distinguée par son activité et par les victoires décisives et brillantes que sous son administration. Tout cela est du à son application aux affaires de son département et au choix judicieux qu'il fait des commendants des езсадгез. Aussi est-il universellement adoré. Avec tout ceci il est si modeste et si simable dans sa vie privée, qu'il est impossible de ne pas l'aimer et de ne lui être pas attaché, dès qu’on а le bonheur de le connaître. у
Londres, le 4 (15) Mars 1799.
Je vous envoie les copies de ce que l'Empereur et monsieur de На m'ont écrit sur le sujet de l’ordre de Malthe que j'ai reçu; j’ai joint aussi mes réponses.
Vous recevrez par notre ami Викторъ Павловичъ les journaux de Mallet du Pan et un discours imprimé de mylord Auckland qui vous fera voir (car il est traduit en français) l’état des finances de ce pays-ci. Il est vraiment étonnant; c’est qu’elles ne sont pas livrées à des Alexis Kourakin et à des Voot. Vous me dites qu’au retour de ce dernier je pourrai beaucoup apprendre de cet homme. Je n’apprendrai rien de lui, parce que dès que son plan de banque m'est parvenu, j'ai compris son malheureux effet et j'en ai parlé sur ce ton à ses amis et protecteurs les Hopes, qui ont voulu le
défendre. Та! soutenu que le plan est immoral, ruineux pour le pays, qu’il accablait d’un côté par une masse énorme d’un papier d’une nouvelle espèce et obstruait d’un autre côté la circulation interne, principale base de la prospérité d'un pays; que notre change serait abimé, comme cela est arrivé aussi, malgré les assurances imprudentes du contraire que me faisaient les Hopes.
Hors ce que ces messieurs lui ont déjà écrit, il est sûr de l’opinion que j'ai de son bel ouvrage, car je sais qu’il s’en est plaint à quelqu'un de mes connaissances. D'ailleurs, qu'est ce qu’il pourra me dire? Il n’est pas fait pour bien juger d’un pays; il a la tête plus chaude que le défunt Gome et n’a pas sa probité. Ajoutez qu'il a quitté la Russie en mécontent. Sa maudite banque a fait une playe profonde à la Russie et l'aurait abîmée, si elle avait duré deux ans.
J'ai écrit à Rostopchin pour lui recommander de nouveau monsieur Татищевъ et j'ai écrit au prince une lettre ostensible pour obtenir l’avancement de Жеребцовъ. C’est un bon garçon, il n’a pas de grands talents, mais il se conduit sagement, au point que si on tarde à lui envoyer de l’argent, je lui en avancerai. Je пе sais pas pourquoi on l’a mis dans cette carrière si ingrate et où les avancements vont si lentement; il ne sera jamais ni пи d'Ossat, ni un Temple, ni un d’Estrades. П n’a rien à attendre dans ce service, au lieu que dans les affaires civiles, dans l’intérieur de la Russie, avec la protection du procureur-général qui nous connaît, il . aurait pu avancer beaucoup plus vite et avoir une place où il ne faut que de la probité, qui est fort rare chez nous et qu'il me semble d'avoir. C’est dommage, en vérité, qu'il soit dans une carrière si ingrate. Vous savez que chez nous on ne court qu'après les rangs, et qu’un homme qui ne peut pas aller à 4 chevaux ne trouve pas de parti avantageux pour se marier. Quelle est la demoiselle riche qui voudra épouser un homme qui se traîne à 2 chevaux?
Ne pourriez vous pas m'envoyer, mon ami, quelque cata-
logue des livres russes qui se vendent à Moscou et deux almanachs de Moscou, un pour moi, l’autre pour Michel?
Londres, le 5 (16) Avril 1799.
Je vous envoie, mon bon ami, la copie de la lettre que j'ai reçue il y a deux semaines de l'Empereur et de la réponse que je lui ai faite. Je me soumets à sa volonté, comme vous le verrez, mais je lui répète ce que je lui avais écrit au mois d'Octobre passé sur l’état délabré de ma santé, et les deux grâces que je lui demande sont tellement fondées en raison qu'il ne peut pas trouver mauvais que je les demande.
Vers les derniers jours de May à notre style je m’achemiпега! vers Yarmouth pour m’embarquer pour Hambourg, et de là, dans deux carrosses de voyage, à quatre places chacune, je continuerai ma route jusqu’à Pétersbourg. J'irai avec mes enfants, mademoiselle Jardine, Jean Smirnoff que vous connaissez; ma fille a deux femmes de chambre, mon fils et moi chacun avec un valet de chambre; un confiturier anglais, un laquais allemand que je prends ici et un autre que je pren-
„Ятар à Hambourg, et Тимовей qui est laquais et sommelier tout à la fois.
Je vous envoie, mon ami, la copie de ce que j'écris à notre ami Кирила Степановичъ., Vous savez tous les deux avant moi, si je dois absolument venir, et dans ce cas je le prie de me préparer ce qui est nécessaire. Je vous prie, mon ami, de m'envoyer un officier, mais раз Кузьма, un laquais, un petit marmiton qui sache faire des щи et des пироги et un ou deux palefreniers: c’est tout ce dont j'ai besoin pour mon arrivée. Mon plan est de dire à l'Empereur dès ma première entrevue que je ferai tout ce qu’il m’ordonnera de faire, que je travaillerai autant que mes faibles talents et ma mauvaise santé me le permettront, mais que jé le sup-
plie de m’accorder trois grâces. Га 1-re, de vivre dans mon particulier comme je ше suis accoutumé depuis 14 ans, qu’habitué à diner après 5 heures je ne puis plus changer mon habitude qui est même forcée, car je ne puis travailler ou écrire après avoir dîné, sans avoir le lendemain une attaque de bile qui me dure 8 ou 10 jours immanquablement; qu’ainsi je n’irai dîner chez personne, et personne пе dînera chez moi que ma petite famille, à cause des différences d’heures; que pourvu que je fasse mon devoir, je ne me soucie pas que le public me traitera d'ours et d’insociable. La 2-de est de permettre que je demande la permission à l’Impératrice Фехempter ma fille de faire le service: cette enfant, n'ayant que 15 ans, est trop jeune pour être lancée dans le grand monde. La 3-me, d'exempter mon fils du service à la cour et permettre qu’il soit à travailler auprès de moi, car je veux le rendre appliqué, propre aux affaires, mais pas un petitmaître, ce qu’il deviendrait si à l’âge de +7 ans et avant d’avoir fini ses études, il ne s’occupait que de toilette, de garderobe, de bals et spectacles.
Vous me demanderez sans doute après cela si je partirai tranquille d’ici? Non, mon ami, je ne le suis pas; je suis très-agité et je ne vois que mon malheur dans ce voyage. Plus l'Empereur s’est fait une grande idée, plus il sera choqué de voir mon peu de talent. N'ayant aucun ennemi dans l'éloignement où j'ai été, ’еп aurai, parce que je ne suis pas * d’un caractère souple, pliant et tel qu’il faut pour se soutenir en crédit. J'aurai des gens qui ш’еп voudront, parce que je ne suis pas dans leurs principes. J'aurai des chagrins, ct la rigueur du climat achèvera d’abimer ma constitution délabrée. Voilà la perspective qui ne з’ейасе pas de ma tête. Je n’aurai pas même la consolation de vous voir à mon arrivée. Je tâcherai au moins de faire tout ce qui dépendra de moi de venir chez vous pour quelques semaines.
Londres, le 8 (19) Avril 1799.
“Vous me parlez de la maladie du prince Bezborodko; j'en ai de Pétersbourg les détails les plus affligeants, et ce qui me peine le plus, j'ai reçu de lui une lettre de deux pages écrite de sa main, où il me parle de son voyage à Carlsbad, me parle de mon arrivée en Russie et па’ойге le plus amicalement possible de loger dans sa maison, et deux jours après je reçois la nouvelle qu'il est si mal qu’on désespère de sa vie. Je suis très-affligé de cette nouvelle: Je regretterai toujours le prince comme le plus habile homme d'état, que ma Patrie va perdre, et comme notre sincère ami à vous et à moi. S’il meurt et si Викторъ Павловичъ quitte le service, comme on le croit, forcé comme je suis d'aller en Russie, je me crois encore plus perdu que jamais. Je п’у vais que pour être enterré sans avoir achevé l'éducation de mon fils. C’est après 40 ans de service, dans la 57-ème année de mon âge, avec une santé tout à fait délabrée et ne vivant que par la douceur de ce climat et les soins des excellents médecins de ce pays, que je vais empoisonner mes derniers jours. Je vais à ma perte décidée au moral et au physique. Je n’ai plus de repos et je suis malade depuis 15 jours que j'ai reçu l’ordre auquel je dois me soumettre. Vous avez vu ma réponse, je vous Га! communiquée dernièrement.
Je vous avoue, mon ami, que je n’ai pas à me louer de notre ami Zawadowsky. Quand l'automne passé il m’a bonbardé de ses lettres et de ses conseils pour m’engager à veит à la première proposition qui m’a été faite, ne cessant de me représenter quel tort je me ferai à moi et à mes enfants si je refuse, et quand l'Empereur a vu par ma réponse l’état délabré de ma santé et m'a laissé ici, le même homme m'a écrit: похваляю твое Gsaropasymie. Qu'est ce que c’est que ces disparates! А présent que tout le monde sait à Pé-
tersbourg qu’on m’ordonne 4’у venir, que Викторъ Паваовичъ, que le prince Bezborodko et le comte Rostopchin m’écrivent sur ce sujet, il ne souffle pas le mot et пе m'écrit pas une-ligne, quoiqu'il sache que c’est le plus important et le plus terrible événement de ma vie. .
‘Londres, le 9 Avril п. =. 1799.
Je suis persuadé que vous savez déjà la réponse que j'ai faite et par laquelle j’ai supplié Sa M. I. de ne me prendre que per congé, de m’essayer avant que de me donner aucune place, si je suis propre ou non, et de permettre que je puisse aussi essayer comment le premier hiver traitera mon faible corps et surtout ma misérable poitrine. Vous saurez avant moi si après cette réponse je dois venir ou поп; саг cela dépend de la volonté de Sa M. I. C'est une vraie disgrâce pour. moi qu’on me croie bien plus capable que je ne le suis et qu’on ne croie pas au misérable état de ma santé. Je ne viendrai donc que pour empirer l'opinion qu’on avait de moi,et en ne me trouvant pas les talents nécessaires pour un grand poste, on pourra oublier qu'on était content de moi dans le poste subordonné où j'ai servi tant d'années avec l'approbation de ma cour. Je ne viendrai aussi que pour empirer ma constitution déjà si faible et si dérangée. Mais que faire? Il faut se résigner.
Richmond, le 15 (26) Avril 1799.
J'attends avec impatience l’arrivée du maréchal Souworow et de nos braves compatriotes sur l’Adige. Ce que je désirais
depuis si longtemps va donc arriver, et je saurai que mes chers Russes se prendront par le collet avec les régicides. Je ne doute pas que notre maréchal et nos troupes ne fassent des merveilles. Vous savez qu'il y a des corps polonais dans l’armée française en Italie; je suis persuadé que le nom seul de Souworow les fera trembler.
Londres, le 10 May п. в. 1799.
Та! eu des lettres particulières de Pétersbourg du 5 (16) Avril, qui m'ôtent toute espérance sur la vie du prince Bezborodko. C’est une porte irréparable. On le regrettera toujours, et ces regrets ne feront qu'augmenter. Quant à moi, je perds un ami et un soutien, et vous perdez un ami qui vous était bien attaché. Si dans ces circonstences Bax- Tops Павловичъ est obligé de quitter le service, ce sera encore une grande perte que feront l'Empereur et l’état. Les hommes qui naissent avec de grands talents, avec beaucoup de probité, sont infiniment rares partout. Si le titre de comte qu'on vient de lui donner était le thermomètre des dispositions de l'Empereur à son égard, il у aurait de quoi féliciter l'Empereur et se réjouir avec le pays. Dieu veuille que cela soit ainsi!
Londres, le 28 Мау п. s. 1799.
Je ne puis me consoler de la mort du prince Bezborodko; je le regretterai toute ma vie. L'empire a perdu un ministre qui ne peut pas être remplacé, et vous et moi nous avons perdu en lui un ami qui nous était bien attaché. Il n’a laissé
qu'une tache à за mémoire: c’est de n'avoir pas songé à son vertueux neveu dans son testament. Il n’avait pas de parent plus digne et qui lui fût plus attaché que Викторъ Павловичъ, et il devait d'autant plus songer à lui que, quoique sans le vouloir, il est la cause, en rappellant de Constantinople en Russie son neveu, de son malheur et de sn ruine. Le sort du comte Kotshoubey est vraiment une de ces fatalités inexplicables de la mauvaise fortune. Rempli de talents, de vertu et d'élévation d’âme, capable et digne de servir avec utilité sa Patrie et son Souverain, il se trouve mal auprès de Sa M. 1. et se trouve forcé à chercher à s'éloigner d'un service où il se voit aussi malheureux qu'inutile. Vous пе sauriez croire quelle peine que cela me fait.
Quant à ce qui me regarde, vous savez que je serai exempté d’aller en Russie, et quoique je n’aie pas encore officiellement la réponse de l'Empereur, le comte Rostopchin m'en a prévenu et m'a communiqué le sens, qui est aussi flatteur que tranquillisant pour moi. Je vous avoue que cela me met fort à mon aise, parce que les raisons qui m'ont fait répondre au mois d'Octobre à la première invitation n’ont fait que s’accroître depuis, et mon entrée dans le ministère en Russie m'aurait été fatale pendant quelques mois et m'aurait fait crever sans aucune utilité pour le service.
Londres, le 3 Juin n. в. 1799.
Comme il partira demain une estafette ou un courrier pour Pétersbourg et que je ne sais pas si j’aurai le temps de vous écrire, mon bon ami, à cause que demain est la fête du roi, qu'il у a un grand gala à la cour ét puis un grand dîner chez mylord Grenville, où on se met à table après 6 heures et on y reste jusqu’à 9, et je ne puis plus écrire après avoir mangé, je vous écris à présent.
J'ai reçu ce matin par un courrier anglais, arrivé la nuit passée, la lettre de Sa M. l'Empereur dont je vous envoie la copie, ainsi que de ma réponse que je viens de faire et que j'expédierai demain. Les raisons que j'avais en déclinant l’offre de la place de. vice-chancelier n’ont fait que s’augmenter depuis, pour décliner celle de chancelier. Je n’ai pas assez de talents pour cette grande place, je n’ai pas en outre l'esprit souple et patient qu’il faut avoir pour être à la cour, et ша santé ne fait que se délabrer d'année en année davantage. Il m’est impossible en vérité de m’appliquer à quoi que се soit et d'écrire autrement qu’à jeun, sans quoi j'ai tout de suite une attaque de bile et une humeur goutteuse qui remonte et me tourmente 15 à 20 jours. Ajoutez à cela la rigueur du climat et l’obligation de sortir de chez soi quelque temps qu'il fassé; tout cela m'aurait tué sans aucun bien pour le service.
Dès que la paix sera faite, et grâce à Souworow elle n’est plus si éloignée, j'irai pour 6 mois en Russie, pour remercier l'Empereur pour toutes ses bontés pour moi et pour aller tout de suite vous embrasser et passer trois mois avec vous. En attendant, je vous enverrai mon fils l’année prochaine.
Па grande envie d’y aller, et je le lui ai promis. Il partira au mois de Juin. Je le ferai accompagner par Jean Smirnow jusqu’à Pétersbourg; après cela il ira passer 3 ou 4 mois chez vous. Il retournera à Pétersbourg où je prierai Викторъ Павловичъ de le faire travailler dans sa chancellerie, et si malheureusement ce digne ami quitte le service, ce que je regarderai toujours comme un malheur, je prierai le comte Rostopchin de le faire travailler et de Госсирег sans cesse: car je ne l’ai pas élevé pour être un fainéant. Vous ne sauriez croire combien Michel est content d'aller en Russie, car il est Russe de coeur et d'âme: c’est ce que j'ai toujours tâché de lui inspirer. Je suis persuadé que vous serez content de ce bon enfant.
APXESS виязя воРоицовь, вв. 10-я. 4
Londres, le 8 Juin n. s. 1799.
Je dois vous dire à présent que si le désir que j'ai de vous revoir et de vous embrasser est remis jusqu'à la paix, où je demanderai un congé pour 8 ou 10 mois, mon fils auга ce bonheur avant moi; car, voyant qu’il a un désir extrême de voir son bon oncle et sa Patrie, je lui ai promis de l'envoyer l’année prochaine en Russie. Je l'envoie avec Jean Smirnow et je me chargé d’en obtenir la permission, il ira pour une année. Il s’arrêtera un mois à Pétersbourg, pour faire sa cour à l'Empereur et travaillera dans le bureau de Викторъ Павловичъ, après quoi il ira passer deux mois chez vous à Андреевское, travaillera encore 5 mois dans le bureau et s’accoutumera aux affaires, après quoi il viendra de nouveau vous joindre à Moscou, où il passera 3 mois, après quel terme, cela dépendra de vous de fixer s’il doit revenir ici par Pétersbourg, ou aller tout droit par Smolensk.
Vous verrez, quand vous serez avec lui, que je l’ai élevé pour qu'il soit bon Russe, attaché à son pays et qu'il soit bon parent. Vous verrez aussi que je ne me suis pas occupé à lui donner des airs d'élégance. П ne brillera jamais dans les bals, ni dans les sociétés frivoles, où on n’est occuрб qu’à faire des phrases bien tournées d’une politesse exagérée et jamais senties par ceux qui les débitent. Encore moins sait-il le talent dangereux de persifler; mais vous le trouverez doux, modeste, simple dans ses manières, et une certaine gaieté naturelle quand il se trouve avec des personnes qui ne le gênent pas. Il ne manque pas de connaissances, quoiqu'il aurait pu avoir plus qu’il n’en a en fait de littérature; mais j'ai remis à un autre temps ce qui peut s'apprendre par la seule lecture, et j'ai préféré de ГаррИquer à ce qui ne peut s’apprendre qu'avec des maîtres et des maîtres très-habiles, c’est à dire les mathématiques, pour lesquelles il a heureusement beaucoup de goût et dans les-
quelles il а fait assez de progrès. Il a déjà une telle avance dans cette partie, que l'interruption qu'il fera dans son séjour en Russie sera facilement réparée par la reprise. Ce que ce garçon a de plus estimable, c’est qu’il a beaucoup de candeur. Il est extrêmement vrai, et on peut compter sur ce qu’il dit. Sa soeur est du même caractère, mais plus vive, plus gaie et aussi plus étourdie. Je suis en vérité bien heureux d’avoir deux enfants d’une si bonne trempe.
Londres, le 11 Juin п. s. 1799.
Monsieur Pitt,en parlant l’autre jour dans la Chambre des Communes au sujet de notre traité de subsides, a fait un bien bel éloge de notre Empereur. L'emprunt de 15 millions de 1. s. que le gouvernement vient de faire est à 5% pour cent d'intérêts et sans mettre un sol d'impôt; on a seulement annulé la prime qui était allouée pour l'exportation des sucres et cafés. Tel est l’état de la richesse nationale et de la confiance dans l'administration présente.
Les victoires de Souworow ont excité l'enthousiasme général ici pour ce grand homme de guerre. Vraiment, il n’y a que lui qui sait comment il faut se conduire avec les Fran-
çais.
Londres, le 14 Juin п. s. 1799.
Je vois, mon cher ami, que vous êtes accablé de chagrin de la perte de notre défunt ami, le prince Bezborodko. Cela est très-naturel, car vous êtes un ami fidèle et vous étiez
celui que le prince aimait le plus.
Vous me dites qu'à sa dernière entrevue avec vous, il vous a parlé de son digne neveu, comme un homme qui connaissait tout son mérite; je n'en suis pas surpris: il était homme à savoir distinguer le mérite des autres. C’est dommage et pour sa propre mémoire et pour l’état où il a laissé ce neveu, qu’il n’a pu rien faire pour lui les derniers jours de sa vie et que le nom de Викторъ Павловичъ пе se trouve pas dans son testament. De l’immense fortune qu'il a laissée à son frère, il aurait pu laisser à son vertueux neveu au moins la dixième partie. La justice même exigeait qu’il le fit, car Викторъ Павловичъ s'est sacrifié pour lui de toute façon, et il aurait été plus heureux en restant en Turquie, où il aurait été plus tranquille et aurait reçu les récompenses qu'a eues monsieur Tamara pour avoir achevé ce que notre ami avait préparé par sa prudence.
Londres, le 4 (15) Juillet 1799.
Plus nous savons des détails de la victoire signalée du maréchal Souworow contre Macdonald, et plus ses grands talents militaires paraissent en évidence. C’est la bataille la plus signalée de cette guerre. Savez vous que je ne sais que faire avec Michel, qui déjà depuis quelque temps est toujours affligé de n’être plus dans le militaire et dont l’affection s’est accrûe depuis que nos troupes ont commencé à agir en Italie; mais cette gloire qu’elles viennent d’acquérir par cette bataille n’a fait que renouveler sa douleur. Il pleure, il sanglote, et cela me désespère; ce pauvre enfant me fait pitié, et je souffre en le voyant souffrir.
Londres, le 9 Juillet 1799.
Nous avons reçu hier la nouvelle par la Suisse, que le maréchal Souworow a défait complétement le général Macdonald à S. Giovanni, proche de Robbio, dans l’état de Parme. Ce grand homme se couvre continuellement de nouvelle gloire. Pour vous donner une idée du caractère sublime d’un autre grand homme, de lord Nelson, je vous dirai ce que je tiens de mylord Spencer, premier lord de l’amirauté, chez qui j’ai passé toute la journée d’avant-hier à sa campagne, proche de Londres, où il n’y est que les Dimanches. L’amiral S-t Vincent ayant écrit à Nelson qu’une escadre française, forte de 25 vaisseaux de ligne, était entrée dans la Méditerranée, celui-ci lui répondit ди’ауес les 7. qu'il a il va se mettre au Nord-Est de la Sicile; qu'il n’évitera pas le combat si Гепnemi vient à lui, quoiqu'il sait que 7 doivent être battus par 25, mais qu’il Газзиге en son nom et au nom de tous les capitaines qu'aucun vaisseau du roi ne sera pris et шеné dans un port ennemi, qu'ils combattront tous en désespérés jusqu’à ce qu’ils soient tous coulés à fond, mais qu’avent que cela arrive, il l’assure que l’ennemi sera tellement maltraité et désemparé, que deux vaisseaux du roi qui rencontreraient l’escadre française pourraient la prendre toute ou la couler bas.
Comme on le connaît ici pour un homme aussi brave, intelligent, que religieux à garder sa parole, on aurait été fort inquiet sur le sort de ce grand homme, si on n’avait pas reçu depuis la nouvelle positive que la flotte française croisait entre Gènes et Toulon, et quoique par malheur l’amiral lord S-t Vincent s’est trouvé si malade qu’il a été forcé de se faire mettre à terre à Minorque, il a pourtant dépêché le vice-amiral lord Keith avec 22 vaisseaux à la poursuite des Français, et comme on sait que Keith est allé vers Toulon, on est sûr qu’il rencontrera les Français, et vous pouvez
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croire combien on le désire ici: car il n’y a pas de doute que 22 vaisseaux anglais battront 25 français.
Le fils de notre ami Haledy, par considération de ГЕтреreur, а été fait capitaine de haut bord et commandera le vaisseau le Léandre, qui a été repris par nous à Corfou et rendu avec tant d'amitié au roi d'Angleterre.
Londres, le 23 Juillet п. в. 1799.
Ne craignez rien pour les embarrasque je pourrai avoir avec les subsides: je пе me mêle de rien. J’ai autorisé la maison de Harmann, que notre cour m’a indiquée, à recevoir ces subsides et à rendre compte à notre trésorerie. Ainsi je ne les touche pas et je n’ai aucun compte à rendre. Je ne dois me mêler que quand on serait inexact ici à faire les payemens, et c’est ce qui n’arrivera раз. Ainsi je suis tout à fait tranquille. Il est vrai qu'on avait voulu que ce soit moi qui reçoive cet argent et qu'après j’inspecte les comptes de la maison de Harmann, mais j’ai répondu que toucher l’argent et puis le remettre à un autre n’est qu’une perte de temps inutile, et que pour inspecter des comptes, c’est encore plus inutile, puisque je ne les comprends pas, et que comme c’est notre trésorerie qui a choisi elle-même la maison qu’elle m'a indiquée, elle doit se fier à elle et est plus capable que moi de vérifier ses comptes. On a approuvé mes observations et arrangements, de sorte que je п’а! pas le moindre embarras dans cette affaire.
Londres, le 26 Juillet п. в. 1779.
Votre neveu a plus de bon sens que votre frère, car ayant appris qu'il devait aller l’année prochaine à Pétersbourg et de là chez vous pour retourner ici soit par Pétersbourg, soit en droiture, il m’a fait observer que, ne connaissant ni les moeurs, ni les usages, ni les étiquettes de la cour et de la ville, où il arrivera tout nouveau, il pourra, sans le vouloir, faire quelque chose qui déplaira, qui produira -une mauvaise impression contre lui et qui lui attirera des désagréments; qu'il me prie donc de l'envoyer tout droit chez son bon oncle dans sa terre à Андреевское, où il restera quelques mois et après avoir été instruit par Jui et bien dirigé sur sa conduite future à Pétersbourg, il ira se présenter dans cette résidence. Cette idée, plus sensée que la mienne, m'a infiniment plu, et je l’ai adoptée, fort content du jugement de mon garçon. П ira avec Иванъ Hsauosnds Смирновъ pour lequel j’obtiendrai la permission d'aller par congé en Russie. Michel n'aura qu’un valet de chambre qui est depuis 12 ans auprès de lui, qui lui est extrémement attaché et qui est le meilleur des hommes. Je demanderai au préalable Ia permission de Sa M. I. en lui exposant l’histoire de ce domestique. 1] est de Versailles et a servi Louis XV, après la mort duquel les réformes commencèrent, et il se trouva sur le pavé. Je l’ai trouvé à Londres, et il m’a été recommandé par les personnes les plus respectables comme un domestique sur les bonnes moeurs et la fidélité duquel on peut compter. Je l'ai pris, et l’ayant trouvé tel qu’il m'a été dépeint, je Гай mis auprès de mon fils, auquel il s’est tout à fait attaché. Je suis sûr que l'Empereur ne me refusera pas la permission de lui donner un passeport.
A propos de ces passeports, je vois que - vous avez été mel informé, que l'Empereur a été fâché contre moi pour en avoir donné. Voici toute l’histoire de tous les passeports. П
y a deux ans que Sa М. I. m’écrivit de ne donner de passeport à aucun Français excepté ceux qui, étant du corps de Condé, avaient des congés et n’en avaient pas outrepas- . sé les termes. C'était au mois d'Avril. Dix jours après, trois fringants marquis se présentèrent chez moi, se disant du corps de Condé et demandant des passeports Ла! exigé de voir leurs congés; ils me les présentèrent, et je vis effectivement qu'ils étaient de ce corps et qu’ils avaient des congés d'absence; mais comme il n’y avait pas de terme marqué et que l'Empereur ne me Га pas indiqué non plus, je refusai les passeports, ne sachant pas si ces messieurs ne l’avaient pas outrepassé. П me quittèrent très-mécontents de moi. Le duc de Bourbon m'écrivit en leur faveur. Je tiens ferme. П leur donna des attestats écrits de sa main et munis du cachet de ses armes, par lesquels il affirme savoir que-leur congé n’expire que le 1-er Juillet et que par conséquent ils arriveront à temps. Sur cela j'ai cru ne pouvoir refuser davantage, Га! écrit mes passeports sur le dos de de l’attestation même du duc de Bourbon, et j'en fis mon rapport à l'Empereur, qui me répondit que je n’aurais pas dû donner ces passeports et que ces messieurs n’entreront pas en Russie. Га! répondu que je suis fâché de n'avoir pas compris ses ordres et que si Sa M. I. en a été mécontente, c’est d’autant plus malheureux pour moi, que c’est pour des Français: car si cela dépendait de moi, personne de cette nation ne serait jamais entré à son service. Tel est mon opi- -nion sur cette nation. Па ri de ma réponse et m'a fait dire qu'il n’est nullement fâché. Quelques mois après je reçus un ordre de ne donner aucun passeport, sans excepter aucune nation quelconque. J'ai répondu que je prendrai soin de n’en donner à personne, excepté à des Anglais commerçants qui ont des maisons d’associés en Russie, qui font un grand trafic: parce que cette interruption, outre qu’elle est contraire au traité de commerce, mais qu’elle interromprait out commerce entre les deux nations et ferait perdre aux deux souverains une grande partie des revenus dés dou-
anes; mais que je ne donnerai de ces passeports que d'après des attestats du gouverneur de la Compagnie de Russie ou des deux secrétaires d'état, et que je continuerai de les donner sur ces mêmes principes jusqu’à nouvel ordre de sa part. J1 me répondit tout de suite qu’il approuve ma conduite et m’ordonne de continuer sur les principes que j'ai établis.
L'année passée, je lui ai encore représenté qu’on ne cesse de demander des chevaux pour la Russie et souvent pour Sa М. Г. elle-même, qu’on demande des jardiniers, des nourrices, des bonnes pour des ‘enfants, des fermiers, des pâtres ou bergers, des ouvriers; que les palefreniers sont nécessaires pour conduire les chevaux et en avoir soin pendant la route, et que toutes ces différentes espèces de personnes sont nécessaires et utiles chez nous et ne sont ni des novateurs philosophes, ni des Jacobins, et que je demande si je dois leur donner des passeports. La réponse fut que ma représentation est juste et que je dois leur accorder des passeports. Voilà tout ce qui s’est passé jusqu’aujourd’hui sur cette matière.
Londres, le Б (16) Août 1799.
Vous savez les exploits non interrompus du maréchal Souworow. Quel bonheur pour l’Europe et quelle gloire pour 1а Russie que ce grand homme ай été employé! Vous п’аvez pas d'idée combien il est admiré ici. C’est lui ct Nelson qui sont les idoles de la nation anglaise. C’est leur santé qu’on boit journellement dans les palais, dans les tavernes et dans les chaumières. Notre Empereur est adoré, et nos troupes sont estimées comme les premières de Гишуегз. Les flottes française et espagnole, intimidées par l'anglaise, qui était renforcée d’ici et qui, quoique inférieure en nombre, cherchait à les rencontrer et combattre, se sont erfuies de la
58 АНГЛИЧАНЕ BB СРЕДИЗЕМНОМЪ MOPS.
Méditerranée, d’où le vice-amiral lord Keith les a suivies avec 31 vaisseaux de ligne; mais les Gallo-Espagnols, qui avaient 423 ou 43 vaisseaux de ligne, sachant que les Anglais les suivaient, bien loin de les attendre pour combattre, entrèrent à Brest. Les Anglais étaient à 60 lieues de distance et ne purent les joindre. Mais ils sont à présent à bloquer les flottes combinées à Brest. П y a outre les 31 vaisseaux qui font ce blocus, 24 vaisseaux dans le canal. Jugez après cela si jamais ces flottes combinées oseront tenir la mer. Malgré cela, le public est très-mécontent de Keïth, et on est persuadé que lord S-t Vincent et Nelson, à sa place, auraient empêché les ennemis de sortir de la Méditerranée et les auraient détruits dans ce grand lac. Mais malheureusement l’amiral c-te de S-t Vincent est malade sans espoir presque de rétablissement, ce qui est une perte irréparable, et lord Nelson n’est que contre-amiral et se trouve même être le plus jeune des officiers à pavillon dans toutes les escadres de la Méditerranée; il ne pouvait donc pas commander les forces britanniques dans la Méditerranée, où il y a 7 à 8 amiraux plus anciens en grade. Il est même extraordinaire, qu’étant le plus jeune, il a le commandement d’une escadre détachée de plus de 14 vaisseaux de ligne; c’est ce qu'il doit à l'excellent jugement de mylord S-t Vincent, qui connaît son mérite supérieur et lui a donné un commandement séparé si considérable comme celui avec lequel il a détruit l’escadre française sur les côtes d'Egypte, a sauvé après le roi de Naples et a garanti la Sicile. Ce qu’il у a de malheureux est que la France, en amenant à Brest 18 à 20 des plus beaux vaisseaux espagnols, ne les lui rendra plus et fera ce qu'elle a fait déjà avec 5 autres du Ferrol, entrés dans le port de Rochefort, qu’elle garda en renvoyant les équipages dans leur pays par terre. La perfidie de la France et l’imbécilité de l’Espagne surpassent toute mesure.
Londrés, le 10 Septembre п. в. 1799.
Nous avons reçu la nouvelle de la bataille de Novi, gagnée encore par Souworow; c’est vraiment un homme prodigieux. Si les généraux autrichiens lui ressemblaient et si François 2-4 pensait aussi noblement que l'Empereur Paul 1-er, et que le roi de Prusse eût mieux compris ses vrais intérêts, la monarchie française serait rétablie et l’Europe tranquillisée dans moins d’un ап. °
Le débarquement anglais a été hasardeux, mais il a réussi. On envoie des nouvelles troupes d'ici. Six mille des nôtres sont arrivés à Yarmouth et n'attendent qu'un bon vent pour aller joindre les Anglais en Hollande. Le reste de nos troupes est attendu incessamment. Toutes ces troupes et escadres de chez nous me donnent de l’ouvrage et m’empêchent de m’absenter de la ville, ce qui fait que je suis forcé cette année de renoncer à mon cher Richmond.
Londres, le 20 Septembre п. =. 1799.
Nos troupes ont débarqué en Hollande et ont joint les troupes britanniques. Le duc d’York, qui les a vu défiler, en dit beaucoup de bien.
Ces affaires de Hollande prennent une bonne tournure. Nos compatriotes, dans cette expédition, sont plus heureux que ceux qui sont en Italie, où ils ne reçoivent que dégoût et ingratitude de la part des Autrichiens, au lieu que ceux sous les ordres du général Hermann ont affaire à une nation franche, juste, qui aime à rendre justice au mérite et qui est reconnaissante pour les services qu’on lui rend,
Londres, le 8 Octobre п. в. 1799.
Vous savez le malheur arrivé à Hermann et vous aurez appris par les lettres de Pétershourg que nos troupes, ou plutôt nos officiers, se sont mal conduits. Mais ce que je viens d’apprendre aujourd'hui me fait une peine infinie: dans la seconde affaire du 2 de ce mois, les nôtres se sont'couverts d’infamie, et quoique l'affaire dernière était heureuse, ils ont persisté à se conduire mal. Les soldats de la même nation se comportent en héros en Italie et en Suisse; mais en Hollande ce sont des bandits et des lâches. Telle est la puissante influence de ceux que les commandent. Monsieur le général Essen a trouvé le secret d'abîmer l’honneur des troupes qu’il commande.
Je n’airien à faire avec ces troupes; ce n’est pas à moi heureusement d’en faire les rapports; mais je gémis comme Russe de la honte qui rejaillit sur ma nation. Ce cher général m'écrivait déjà après la première affaire, qu’il avait écrit au contre-amiral Чичаговъ pour lui dire de rester avec son escadre au Helder, afin de s’embarquer en cas de besoin et pour protéger sa retraite. Comme sa lettre était une lettre particulière pour me demander de l’argent pour les troupes, je ne Га! pas envoyée à la cour, ni ma réponse, dans laquelle, en lui indiquant le mode d’avoir de l’argent pour les besoins de son corps et en le lui procurant, je relève très-fort l’impropriété de songer à la retraite, tandis qu’il doit s’occuper à accompagner l’armée anglaise, qui se préparait à aller en avant, et qu’il fallait réparer le mal que l'indiscipline arrivée parmi nos troupes a occasionné dans la première affaire.
Le duc d’York veut attaquer un Lundi, Essen le prie de remettre à un autre jour, disant que les soldats russes se battront mal, parce que ce jour est regardé parmi eux comme malheureux (jamais pareille bêtise n’a existé. parmi.nos.troupes sous les ordres de .Roumanzow её Souworow), le duc d’York a la complaisance de différer, et quand l’attaque com-
MOXOAOÏ ГРАФЪ ВОРОНЦОВЪ. 61
mence un autre jour, Essen est au centre, diffère d'avancer, s'arrête et empêche la victoire d’être plus complète qu'elle n’est.
Cela me rend malade et malheureux.
Londres, le 19 (30) Octobre 1799.
Plusieurs de mes amis et quelques parents à Pétersbourg, comme Василй Никозаевичъ Зиновьевъ et Маря Алексъевна, feraient peut-être des réclamations pour loger Michel chez eux. Pour éviter toutes ces discussions de préférence, je suis résolu de prier le baron de Nicolay de le prendre chez lui, ce baron étant, après vous, mon plus ancien ami, puisque notre liaison date depuis les années 1762 et 1763, que nous avons demeuré ensemble à Vienne; il m’a d’ailleurs confié son fils, et je dois lui rendre la pareille. J'aurai sa réponse vers la fin de Décembre nouveau style, et vers le nouvel an j'écrirai à l Empereur. J’espère avoir sa réponse vers la fin de Février ou au commencement de Mars et j’aurai 3 mois pour faire tous les préparatifs du voyage de mon jeune homme, qui partira le 1-er jour de Juin п. s. En s’embarquant d'ici pour Hambourg, il passera par Berlin, Varsovie, Smolensk, Moscou et viendra vers le commencement d’Août У. з. à Андреевское, où il restera jusqu’à la fin d'Octobre У. в. П ira alors à Pétersbourg, où il ne fera pas le service de chambellan, mais travaillera dans les bureaux de nos ministres du département des affaires étrangères. C’est une chose sur laquelle j’ai aussi écrit au comte Rostopchin. Je voudrais que pendant son séjour à Pétersbourg Michel allât faire une course de 6 jours en Carélie, pour voir. les terres que l'Empereur m'a données. Je voudrais aussi que monsieur le baron de Nicolay lui indiquât un bon maître de mathématiques pour qu’il puisse continuer ses études dans ces sciences,
où il est déjà assez avancé pour son âge et qu'il serait malheureux pour lui de négliger ou d'interrompre.
Au reste je me repose tout à fait sur votre bonté que vous ’lui donnerez les meilleurs conseils et renseignements sur sa conduite dans la résidence. Je me flatte qu'il sera hiex accueilli par nos amis communs, le comte Zawadowskoy и Кирилла Стенановичь Рыпдинъ. Je compte aussi sur le comte Rostopchin, le comte Panin, В. В. Samsssess et ma belle soeur, Mapiz Алексфевна. Je me flatte qua Натехья, Кириховна le recevra avec bonté. Quant à Аннушка, воще nièce, elle aura sûrement de l’amitié pour lui. C’est un malheur pour Michel qu’il ne trouvera plus mon аш! Викторъ Павловичъ; cela me fait une peine infinie; mais que faire? Après avoir resté à Pétersbourg jusqu’au milieu de Février, il reviendra vous trouver à Moscou et restera avec vous, soit dans cette cité antique, soit à Андреевское jusqu’à la mi-Avril, après quoi il ira par Moscou à Novgorod et de là à Riga sans toucher à Pétersbourg. De Riga il ira à Koenigsberg, à Breslau, Dresde, Leipzig, Brunswic et Hambourg. Je ne désire pas qu’il aille à Vienne, parce que le ton de cette ville n’est plus ce qu’il était, et notre ambassadeur est un homme perdu de moeurs et sans principes. Michel n’a rien à apprendre à Vienne, où le souverain est un idiot qui se tient invisible, tandis que Thugut, aussi et même plus invisible que son maître, fait tout, en dépit des grands qui ne s'occupent que de bien manger. Les femmes à Vienne ont plus d'esprit que les hommes et sont fort galantes; mais le ton de toutes les conversations viennoises à présent est tout à fait futile: on ne parle que de petits théâtres de société et surtout de mangeaille; chacun raconte Je menu du diner où il s'est trouvé; en un mot, on dirait que Vienne n’est habitée que par des cuisiniers et des comédiens. C'est au moins ce que me disent ceux qui y ont été. D'ailleurs, Michel ne pourrait être décemment à Vienne que sous les auspices et dans la société de l’ambassadeur de son Souverain, et malheureusement cet ambassadeur, avec de très-grands talents, est l’hom-
me le plus corrompu du monde: marié avec une femme aimable et qui lui est attachée, il la rend malheureuse; il est sans cesse occupé à séduire les femmes des autres (ce qui n’est pas difficile dans ce pays-là), et il ne se donne toutes ces peines que pour s’en vanter après, il est en outre endetté au delà de ce qu’il peut payer, et continue malgré cela à vivre aux dépens de ses créanciers dans un luxe et une profusion extravagante; en un mot, il a toutes les moeurs des grands seigneurs français qui étaient connus sous la dénomination d'aimables romés. Comme ce n'est pas ce que vous et moi nous désirons que Michel devienne, je crois qu’il n’a rien à apprendre et tout à éviter s’il allait dans la capitale de l’Autriche; il vaut donc mieux qu'il n’y aille pas du tout. Au reste, il est notre enfant commun, et comme je me soumets à votre jugement en tout, je vous prie de ne regarder le plan de ce voyage que comme une esquisse que je vous prie de modifier, changer, refondre en entier, suivant que vous le jugerez mieux et plus convenable. Nous avons encore assez de temps jusqu’à la fin de May pour faire les changements que vous trouverez nécessaires.
Je vous envoie par ce courrier un numéro de Mallet du Pan et une petite boîte de l'extrait de quinquina fait au Péгоп, qu’on пе sait pas faire en Europe et qu’on n’a plug envoyé du Pérou depuis quelques années, de sorte que c'est avec beaucoup de peine que j’ai pu me procurer cette boîte, et ça par les soins de mon ami, le chevalier Walter Farquhar, le plus habile médecin de la Grande Bretagne. П dit que cet extrait ne se gâte jamais, qu’il est si efficace et fort qu’une once fait plus d'effet qu’une livre de quinquina ordinaire en poudre ou en infusion. Vous pouvez juger après cela qu’il ne faut le prendre qu'en très-petite dose en pilules ou en le faisant dissoudre dans de l’eau ou dans du vin. Mais s’il arrive que votre estomac ne s’accomoderait pas de cet extrait, je vous enverrai une provision du meilleur quinquina en poudré, par un homme qui partira dans 3 semaines pour Pétersbourg.