‹ Arkhiv kni͡azi͡a Voront͡sovaChapitre 2 sur 14 · POXAAHAORAR ЭКСПЕДИЦИЯ · texte numérisé non relu

POXAAHAORAR ЭКСПЕДИЦИЯ

Je ne vous parle pas de la malheureuse issue de l'expédition de Hollande. L'endroit où on a débarqué, la saison, la disposition des habitants, qui dans tout le Nord de la Hollande sont anti-stadhoudériens, et peut-être les talents du chef qui n'étaient pas proportionnés aux difficultés qu’il avait à surmonter et qui n’auraient pu être surmontées que par Souworow, tout cela ensemble a produit une retraite, précédée d'une convention honteuse, dont tout le monde est outré ici. Cette maudite expédition m'a causé beaucoup de chagrin et m’en causera encore davantage, car nos troupes vont passer l'hiver dans les isles de Jersey et Guernsey, puisque la constitution ne permet pas l’introduction de troupes étrangères ici. Depuis la perte du général Hermann, la discipline et la subordination est anéantie dans notre corps de troupes. Le général Essen a perdu la tête, зе éonduit misérablement, пе comprend rien ni aux instructions qu’il a trouvées après Hermann, ni au sens du traité dont il a une copie. Sa conduite est un mélange d’ignorance, de bassesse et d'orgueil. Ma correspondance avec lui est devenue si désagréable que je suis forcé de la soumettre au jugement de notre cour. Je m'’attends à d’autres histoires quand les troupes arriveront à leurs quartiers: d'hiver. Je crains les vols et les pillages et des

histoires sans fin. Avant que ma correspondance avec Essen `

arrive à Pétersbourg, il sera déjà rappelé, à ce que je crois; car le duc d’York s’en est plaint directement par le chevalier Whitworth. Dans toutes les affaires que j’aieues avec nos escadres depuis 5 ans, je n’ai eu des embarras et des désagréments que pendant le séjour de Ханыковъ, qui, stuре, ignorant, superstitieux et faux, a: fait bêtise sur bêtise et venait s’adresser à moi quand il avait déjà embrouillé tout. Je l'ai pourtant toujours tiré de ces embarras et je ne me suis jamais plaint de lui. Depuis son départ, le vice-amiral Makarow, qui commande l’escadre, est un homme d’un si grand jugement, d’un caractère si prudent et ferme, que je п’епtends parler de son escadre que pour entendre des éloges; il est estimé et respecté dans sa propre escadre et dans la ma-

rine anglaise. Je п’а! pas plus d’embarras avec lui et son escadre que s'ils étaient dans la mer Noire. Mais ce corps du général Essen ou qui que ce soit qui le commandera, me donnera bien de la tablature. C’est une affliction que le Ciel m'envoie pour mes péchés, mais ce qui ш’а юр le plus, c’est de savoir que ce corps de troupes est tout à fait désorganisé par l'incapacité du chef et par l’exécrable espèce d’officiers qui composent les 1, dans tous les grades. Je tâcherai de faire le mieux qu’il m’est possible dans la position désagréable où je suis,etde voir si je pourraim’en tirer avec honneur vis-à-vis de moi-même et avec quelque utilité pour le service.

Lord Grenville vient de ше faire savoir que l'Empereur a nommé le général Koutouzoff pour commander ce corps, dès qu’il a appris que Hermann а été fait prisonnier. Comme je connais Koutouzoff pour avoir servi avec lui et que c’est un homme adroit et fin, il sentira la nécessité de maintenir l’ordre dans la troupe; ainsi j'ai quelque espérance que j'aurai un peu moins de désagrément. Mais voilà qui est assez de ces malheureuses troupes. Parlons d’autres choses.

Quoique éloigné des affaires, vous aurez sans doute aperçu par les papiers publics, depuis plus de deux ans, la conduite de la cour de Vienne; mais il y a des choses qui ont précédé cette époque et qu’on n'avait pas attribuées à la perfidie, mais qui, si on les combine avec les négociations de Leoben, Campoformio, Rastadt et Seltz, rendent complétement systématique la trahison de l'Autriche. Vous savez par l’histoire que Charles- Quint, après la bataille de Pavie, fit entrer une armée formidable ‘еп Provence et fit le siége de Toulon, que l'armée espagnole ne put prendre et se retira avec perte; qu'après la bataille de Turin, dans la guerre de la succession d'Espagne, les alliés mirent le siége devant Toulon et furent obligés де le lever; qu’enfin dans la guerre de 1745 le maréchal Broun entreprit aussi ce siége et ne réussit pas mieux. Dans la guerre présente la ville se livra elle-même aux Anglais et Espagnols, qui la reçurent au nom du roi de France; mais les alliés n’avaient pas assez de forces de terre pour garnir

les différents forts qui entourent la place et qui font toute sa force. L'Angleterre envoie 2 régiments de Gibraltar, les Espagnols débarqueront environ 1000 hommes, le roi de Naples en envoya à peu près autant, le roi de Sardaigne, menacé du c@é de la Savoye et du haut du Piémont, envoya pourtant quelque peu de troupes; le tout était très-insuffisant pour le besoin de la conservation de ce poste important. L'Angleterre pria, supplia longtemps et en vain la cour de Vienne d'envoyer de la Lombardie, qui n’était pas menacée, 6000, de près de 20000 qui étaient là sans aucune utilité, de les faire marcher à Livourne, la Spezzia ou Gènes, d’où la flotte anglaise les transporterait à Toulon. L’Autriche le refusa. L’Angleterre prit alors 6 mille hommes de Darmstadt pour les envoyer à Toulon. Dès que l'Autriche le sut, elle pria de les incorporer en Flandre dans l’armée du prince de Cobourg, qui prenait Condé, Valenciennes et autres places, non au nom du roi de France, mais au nom de l’empereur François 2-4, ce qui a servi à unir les royalistes aux républicains. Mais tout en prenant les troupes hessoises, que l’Angleterre payait, et en promettant d'envoyer pareil nombre de la Lombardie à Toulon, elle n’a jamais envoyé un seul ‘homme, се qui fit perdre cette place importante. L’avant-dernière campagne, quand Wurmser commandait à Strasbourg et le prince de Condé était avec lui, les garnisons de la ville et de la citadelle voulaient les livrer au princes pour qu’il les prenne au nom du roi. Wurmser envoya un courrier à Vienne pour en informer et demander s’il doit aider cette entreprise, et reçut pour réponse de notifier aux conjurés qu’ils aient à remettre la ville et la citadelle à l'empereur et non au roi de France, sans quoi il lui était défendu de prêter assistance ‘au prince de Condé, ce qui fit manquer l’afaire.

En Italie, quand le général Devins battit les Français, les chassait du territoire de Gènes, pouvait les exterminer et pouvait les rechasser au delà du Var en Provence, il reçut ordre de sa cour de s'arrêter et de ne plus agir, parce que la cour de Turin refusait de rendre à l'Autriche ce que celle-ci

ОБОЗРАНЕ COBHITIË. 67

lui avait cédé par le traité de Worms. Cette inaction du général autrichien donna le temps aux Français de renforcer leur armée, et au bout de quelques mois ils lui furent supérieurs, surprirent plusieurs postes autrichiens et finirent par les battre complètement, les chassèrent du Piémont, et le roi de Sardaigne fut subjugé. Les généraux, imbéciles comme Alvinzi ou vieux et incapables d’agir comme Beaulieu et Wurmser, qui se succédèrent en Italie, furent constamment battus et perdirent l'Italie. Quand Bonaparte est venu à Milan, il fit proposer au Sénat de Venise de se joindre à lui, il lui garantissait ses anciennes possessions et son gouvernement et promettait de lui donner le Frioul autrichien et la partie de зе qui appartenait à la cour de Vienne. Le Sénat rejeta ces propositions’ les communiqua à Vienne; où il demanda de concerter les mesures pour la défense mutuelle. On ne répondit rien à Vienne, et l’armée autrichienne ne faisait que des retraites. Bonaparte, à ce qu’on suppose, ne s’est aventuré en avant dans les montagnes de la Styrie et de la Carinthie qu'après s'être entendu secrètement avec Thugut, qui ne pouvant mettre les généraux dans le secret de ses perfidies, ceux-ci battirent les corps qui flanquaient Bonaparte, et les milices vénitiennes, s'emparant de Vérone, lui coupaient la retraite, il n’avait que 30 mille hommes mourant de faim, sans artillerie de siége, et c’est dans ce même temps qu’une levée en masse de plus de 80000 Hongrois était à 4 marches de Vienne, que cette cour fit semblant de craindre pour sa capitale, laquelle elle-même ne craignait rien. On fit donc la farce des préliminaires de Leoben, par lesquels l’Autriche cédait environs 12 cent mille habitants du Milanois et Mantouan, pour recevoir en échange près de 3 millions de sujets qui composaient les riches et fertites provinces de l’état venitien, que l'Autriche punissait pour lui avoir été fidèles. Toute cette farce de terreur a été jouée pour faire accroire à l’Inpératrice qui vivait, que c'était la pure nécessité qui a forcé l'Autriche à faire cette transaction: on craignait l’indignation de la feue

Impératrice et qu'elle ne ве Па! avec la Prusse, et cette 5e

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farce а réussi. Cette même Autriche, après avoir trahi la Sardaigne, Venise, a trahi aussi les cours de Rome et de Naples. Quoique par les préliminaires de Leoben la France donnait l’état vénitien à l’Autriche, Bonaparte, qui signa cette convention en ordre du Directoire ou même lui suggéra cet ordre de ne pas évacuer les provinces de l’ancienne république de Venise, à moins que l’Autriche ne livre à la France Mayence et toute la rive gauche du Rhin, on s’assembla à Campo-Formio et on fit la paix avec des articles secrets où on promettait de la part de la cour de Vienne de passer par dessus tout et complaire à la France. A Rastadt on effectua la promesse, et ce fut Cobenzel qui la fit et qui Гехбеша après. Venise fut évacuée par les Français dès que Cobenzel livra Mayence. А Seltz il propos aux plénipotentiaires français de dépouiller le. roi de Sardaigne du Piémont en faveur de la France, de livrer à elle aussi toute la Suisse, à condition que l'Autriche ait le Mantouan, une partie du Milanois, les 3 légations de Ferrare, Bologne et Romagne, une partie des Grisons, l’archevêéché de Salzbourg et une certaine partie de la Bavière. La France rejeta ces offres, non par principes d’honnêteté (parce que sous les noms des républiques Cisalpine et Helvétique elle possédait tout ce pays ou était prête de le posséder, voulant déjà envahir la Suisse), mais elle ne voulait pas trop agrandir l'Autriche.

Vous me demandez pourquoi l'Autriche s’est attiré de nouveau la guerre? C’est parce que notre Empereur, persécuté par le pauvre roi de Naples (trahi par Mack, envoyé exprès pour cela à Naples et chassé de son principal royaume), ne pouvant rien obtenir de son parent et allié l’empereur des Romains, s’adressa à notre cour. En attendant, nous avons envoyé un corps de troupes sous les ordres du général Rosenberg au secours de l'Autriche, qui se disait en danger d’une rupture qu’elle ne voulait pas; elle ne se servait de l'approche de nos troupes que comme d’un épouvantail pour mieux obtenir ce qu’elle désirait en tout ou en partie, continuant ses négociations avec le Directoire.

КАМПАНИЯ 1799 roxa. 69

Quand les lamentations napolitaines arrivèrent chez nous, l'Empereur, justement indigné de l'abandon perfide dans lequel l'empereur allemand tenait le roi son beau-père et son allié, menaça de retirer ses troupes auxiliaires, de rompre avec la cour de Vienne et de se lier autre part. On fut forcé à Vienne de promettre de recommencer la guerre, mais on demandait du temps et on ralentit la chaleur des négociations secrètes avec la France, qui s’en aperçut et déclara la guerre. |

Depuis le renouvellement des hostilités, l’Autriche contrecarra en tout le maréchal Souworow et lui donna tant de chagrin qu’il écrivit à l'Empereur à Pétersbourg pour être rappelé. Га! la copie de cette lettre.

Le Piémont reconquis, elle a refusé d'admettre le roi de Sardaigne et gouverne ses états comme les 3 légations, en pays conquis. L’archiduc, après avoir battu Jourdan et Masséna, entre en Suisse; l’armée française était réduite à rien et se préparait &`зе retirer, mais en délivrant la Suisse, cela donnait moyen à Souworow de se joindre à Korsakoff. L’Angleterre levait 20 mille Suisses pour les joindre à nos troupes, après quoi le maréchal entrait en Franche-Comté et proclamait le roi. Thugut, qui ne le veut pas, ordonne à l’archiduc de s'arrêter. ПП le paralyse 3 mois. Masséna reçoit des renforts, devient supérieur à l’archiduc, qui envoie courrier sur courrier à Korsakoff pour qu’il arrive promptement, tandis que Thugut fait prendre à ce général le chemin le plus long. D’Olmutz il le fait passer par Prague pour aller en Suisse. Enfin il arrive, et les deux armées jointes deviennent supérieures à celle de Masséna. Когзакой propose d’attaquer, l’archiduc le refuse, consent et ne fait rien; enfin il promet, quand arrive l’ordre à ce prince de quitter tout de suite la Suisse sans aucun délai. On a beau lui représenter qu’il sacrifie les Russes, qu’il sacrifie le maréchal, qui dans ces entrefaites venait d'Italie avec à peu-près 15 mille hommes, l’archiduc s’en va. Когзакой est attaqué et battu, et si Souworow ne l’est pas, c’est son puissant génie qui le

sauva. Tels sont les successeurs du prince Kaunitz à Vienne, et que reste-t-il à espérer? Rien que dans la bonté et la justice de la Providence; car pour les efforts humains, ils feront peu de chose tant que la cour de Berlin continue son inaction avilissante et impolitique avec son roi pusillanime et sot, et celle de Vienne ne cesse depuis 4 ans de faire perfidie sur perfdie. Ici et chez nous on est ferme et dans les meilleurs principes, mais le reste de l'Europe est gangrené.

L'Espagne est avilie, tremble devant la France et se soumet à tout par pusillanimité et crainte.

Voilà en raccourci, quoique fort long pour une lettre, l’état des affaires de l’Europe. Cette lettre a été commencée И у a 3 jours, je la termine à minuit le 1 Novembre п. 3.

Londres, le 10 IX-bre п. в. 1799.

La dernière poste m’a apporté la lettre officielle du c-te Kotshoubey, qui m’annonce sa retraite et que le c-te Panin est nommé vice-chancelier par interim. Quoique je n’aie qu’à me louer infiniment du comte Panin, qui, sans connaissance personnelle avec moi, m’a témoigné amitié et confiance dans plusieurs occasions pendant son séjour à Berlin, je regrette et je regretterai toujours Вивторъ Павловичъ. Je ne fais раз d’autres voeux pour mon fils que ceux de ressembler à lui. Je suis bien aise qu'il s’est marié. On dit mille biens de celle qu’il a épousée. П lui était nécessaire dans la retraite où il va vivre d’avoir une aimable compagne, et j’éspère qu’ils seront heureux.

Londres, le 3 (13) Décembre 1799.

Vous avez sans doute appris par Pétersbourg que l’'Empereur ш’а donné le commandement du corps qui est revenu de la Hollande, parce que-ce corps doit hiverner dans les états du roi d'Angleterre. C’est une grande marque de sa сопfiance, mais c’est un grand malheur pour moi. Essen, le plus stupide et le plus malveillant des hommes, a détruit tout ordre et toute subordination dans ces troupes, qui sont devenues des cosaques Zaporogiens. Il a encore fait les plus grands efforts pour persuader à tout ce corps que les Anglais ne cherchent qu’à faire périr les Russes. Outre ça, la discipline et la subordination sont anéanties: ils sont voleurs, pillards, en un mot tout va à la diable, et je n’ai pas un seul général auquel je puisse me fier. Le seul qui était venu et qui pouvait m'aider, Bauer, a été tout de suite rappelé pour retourner en Suisse, d’où on l’avait tiré. Je m’attends donc à mille désagréments et je commence déjà à les sentir. Cela commence à remuer la bile et l'humeur goutteuse dans mon pauvre corps. Гащшепсоге 5 mois de tourments jusqu’à ce que ces troupes s’en retourneront en Russie.

Londres, le 4 Février п s. 1800.

Пуа 8 jours que dans la Chambre Haute l'opposition a tenté de proposer la paix et est restée dans une minorité honteuse. Hier la même chose fut tentée dans celle des Communes et avec le même succès, car l'opposition n’a pu Гарриуег qu'avec 64 voix, tandis que le gouvernement Га fait rejeter par 265. La nation en gros a assez de jugement pour voir mieux que les autres nations, qui ne soupirent que pour une paix

72 ГЕРЦОГЪ OPAEAHCEIÉ.

que ne serait qu’une transaction perfide de la part de la France pour se remettre du désordre où elle se trouve et pour révolutionner après toute l’Europe. Les Anglais voyent aussi avec beaucoup de bon sens que la tyrannie de Bonaparte ne peut pas durer et que son gouvernement est le moins stable des factions qui ont précédemment gouverné tour à tour la France. -

Londres, le 7 (18) Février 1800.

Nous n’avons rien de nouveau, sinon que le duc d'Orléans, fils du dernier guillotiné, après avoir été entraîné par son père et son institutrice, madame de Sillery, dans tous les principes de la révolution, à servir dans l’armée de Dumourier, fut enfin obligé de s’enfuir avec son général, a continué de suivre ses principes tantôt révolutionnaires, tantôt constitutionnels, a parcouru le nord de l’Allemagne, alla en Amérique, espérant toujours que quelque parti qui deviendrait puissant en France le rappellerait. Mais les exhortations de sa vertueuse mère le firent rentrer dans le devoir; il est arrivé ici de l'Amérique et a fait ses soumissions au comte . d’Artois et a écrit au roi à Mitau pour lui témoigner son герепИг et qu’il est prêt à laver de son sang sa conduite passée. Le comte d’Artois le reçut comme un parent et lui témoigne beaucoup d'amitié. Le duc d'Orléans lui présenta ses deux frères cadets, qui, étant bannis, n’ont participé en rien à la révolution française. Je dois dîner après demain chez le comte d'Artois avec ces trois princes.

Londres, le 8 Février п. s. 1800.

L'histoire de notre ami le comte Zawadowskoy me fait une peine infinie. П ш’а écrit comme un homme qui sent profondément ce qui lui est arrivé. Je lui réponds ce soir. Je voudrais qu’il s’établisse à Moscou, mais ce n’est pas le temps de lui en parler. Je le laisserai un peu tâter du séjour de ses terres et des procès que ses voisins lui feront, car les Ukrainiens sont très-processifs.

Voici une lettre pour ma soeur, que je vous prie de lui remettre. Je vous envoie ‘un Mallet du Pan. Bonaparte perd dans l’opinion. Sieyès est son ennemi caché: ils se ménagent, mais se détestent. Le grand consul ne se soutient que par la force armée, mais c’est un mauvais soutien.

Londres, le 11 Février п. в. 1800.

Bonaparte est généralement détesté en France, il n’a pour lui que le militaire qu’il a dans Paris et les environs. Il ne durera pas longtemps. Le consentement pour traiter de l’uпоп entre ce pays et l'Irlande a été obtenu du Parlement à Dublin. Il reste à présent à discuter le mode de cette union, et cela traînera à cause des grands détails de cet important objet, mais en attendant le plus difficile de la chose a réussi. Quand toute cette affaire sera terminée, elle fera le bonheur des deux isles et immortalisera le ministère qui a eu le courage de l’entreprendre dans ces temps-ci et la persévérance de ne pas se rebuter des difficultés qu’on lui opposait.

Londres, le 14 (26) Février 1800.

Le comte de Viomesnil, général de cavalerie à notre service, est ici depuis 15 à 18 jours. Il est venu prendre le commandement de nos troupes qui sont à Jersey et Guernsey. J'attends avec impatience qu’il parte pour ces isles, afin de lui remettre le commandement, qui pèse trop sur moi, qui m'’accable d’affaires et qui пе me donne que des désagréments. Je voulais lui remettre ce commandement, mais il n’a voulu le recevoir qu’au moment qu’il partirait pour ces isles.

Londres, le 11 Avril п. в. 1800.

J'ai eu le malheur de perdre avant-hier un ami avec lequel je m'étais lié eh 1777 en Italie, où nous avons été pendant près d’un an tous les jours ensemble, à Rome, à Naples et à Venise, et qui à mon arrivée ici ш’а reçu comme le père le plus tendre pourrait recevoir le fils le plus chéri. Depuis 15 ans moins 2 mois que je suis ici, nous nous sommes vus tous les jours. C'était ma plus agréable société et la plus instructive pour moi. П m’a toujours donné les conseils les plus salutaires et m’a rendu constamment les services les plus signalés. C’est lui qui m’a fait connaître ce pr et qui m'a dirigé dans les circonstances les plus dificiles; il a été constamment mon ami sans que les changements politiques ayant jamais influé sur sa manière d’être avec moi; au contraire, il semblait redoubler d’amitié et de soins pour moi dans le temps qu’on voulait ici nous faire la guerre; c’est alors qu’il m'a donné les conseils les plus salutaires. Vous devinerez que c’est monsieur Stuart Mackenzie, garde des sceaux privés d’Ecosse et frère du fameux lord Bute. Il était

savant universel, homme du monde et de cabinet, savant dans les mathématiques et dans l’astronomie, et dans la société c'était le plus aimable des hommes. Vertueux et charitable, il laisse après lui une, mémoire chérie et vénérée de tous ceux qui l'ont connu de près ou de loin. И aimait infiniment Michel, parce qu’il voyait en lui un bon caractère et un goût pour les mathématiques, qu’il.a toujours encouragé en lui. Il m'a laissé par son testament un télescope, et il Га fait dans des termes de la plus tendre amitié. Je vous envoie cette partie de son testament qui me regarde. Il avait 81 ans et 4 mois quand il est mort, et son esprit ne se ressentait pas de son âge. Cette perte pour moi est un malheur, et je le regretterai toute ma vie.

Londres, le 9 May n. в. 1800.

J'ai reçu hier par une estafette une lettre de mon ami le comte Rostopchin de la teneur suivante:

Je puis vous assurer que je ne puis trouver à quelle осcasion cela m'est arrivé; mais puisque Sa Majesté Impériale est mécontente de moi, il est certain que je dois être fautif. Pour obéir à la volonté de mon Souverain, j’envoie par le courrier qui part dans ce moment ша supplique dont je vous ` envoie une copie’ ainsi que de ma lettre au comte Rostopchin. Ce n’est pas ma sortie du service qui m'afflige (саг ` en vérité l’état de ma santé délabrée est tel que je suis hors d'état de travailler et que je suis plus nuisible qu’utile),

mais ce qui m'afflige profondement c'est d’avoir perdu les bonnes grâces de mon Souverain et de mon bienfaiteur. C’est ce que je lui exprime dans ma lettre et c’est ce que je sens plus fortement que je ne puis l'exprimer. Je le supplie de m’accorder mon congé et de me rendre sa bonté, qui fera la consolation du peu de jours que j'ai à vivre. Je lui dépeins l'état délabré de ma santé, la faiblesse de celle de ma fille, qui est obligée d'aller tons les printemps et les automnes prendre 2 fois, par 2 mois chacune, les bains de mer, qui sont le seul remède à sa faiblesse et qui la soutiennent, sans quoi elle périrait; je le supplie donc de me permettre de rester ici, mais que j'irai vivre dans les provinces du Sud-Ouest de l'Angleterre, où le climat est infiniment plus doux, et vous verrez que dans ma lettre au comte Rostopchin je lui dis qu'en cas que ба M. 1. accorde à mon fils la permission de venir pour 9 ou 10 mois en Russie, je ne profiterai de cette permission pour l'envoyer que l’année prochaine. Je suis bien fâché de cette circonstance, parce qu’elle vous fera de la реше; mais considérez, mon ami, qu'il me sera absolument nécessaire pour mon premier établissement: il m’aidera beaucoup, et puis il pourra vous donner des détails qui vous seront intéressants, par votre amitié pour moi, sur la vie provinciale et champêtre que je шёпега!; car je suis résolu de vivre dans une campagne et pas dans une ville.

Londres, le 20 May 1800.

Bien de mes amis ici m’avaient conseillé de laisser ma

” fille ici avec sa gouvernante, mais je пе le veux pas, parce qu'on aurait dit chez nous que je compte de revenir ici et que je m'arrange en conséquence sans attendre l’ordre de mon Souverain, et parce que ma fille m'est si tendrement attachée qu’elle serait continuellement dans des angoisses et

s’il arrivait qu’il y eût 3 ou 4 postes qui auraient manqué par les vents, elle n’aurait pas pu se faire une raison de ce qu’elle n’a pas en de mes nouvelles et aurait cru que je suis mort. Ces angoisses lui feraient plus de mal même que ne lui feront l'absence du médecin qui la soigne et la privation des bains de mer qui la soutiennent. En vérité, la tête me tourne, et je suis opprimé de douleur.—Je vois avec chagrin, mon bon ami, que nous sommes condamnés, d’après un ancien procès, à payer 20 milles roubles à madame Skawronska; ainsi, cet ancien procès, fait du temps que toute notre famille a été persécutée, est de nouveau repris. Il est certain que notre vieillesse n’est pas heureuse; elle répond au reste de notre vie. J’espérais que la fin serait meilleure; mais cela ne s’est pas vérifié. Ц faut donc que nous enrichissions madame de Litta, qui est plus riche que nous et qui nous a déjà ôté une terre injustement, dont elle a profité des revenus et l’a vendue après, sachant qu’elle pourrait la perdre un jour.

Londres, le 15 (27) May 1800.

Vous savez tout ce qui m’arrive et l’état malheureux de Katinka. Vous pouvez juger du mien, quand je sais que je la prends d'ici pour qu’elle souffre et pour que sa santé dépérisse. Je suis hors de moi-même et je ne sais où donner de la tête. Dès que je pourrai partir, je partirai et j'espère que je pourrai le faire dans 5 semaines au plus tard. Que je pars, ceci est positif, mais où irai-je? Je n’en sais rien. Je ne veux pas aller à aucune eau, car aucune ne peut être utile à ma pauvre fille; je ne veux habiter aucune ville, capitale ou résidence; je ne veux pas rester à Hambourg, qui est l'égout de tous les Jacobins de l’Europe. Il ne me reste qu’à chercher si je pourrai trouver quelque habitation très-petite et la moins incommode possible dans le Holstein, quelque mai-

sonnette de campagne près de Kiel ou dans Kiel même, où je vivrai si retiré que je ne ferai connaissance avec personne. Ma fille reviendra de Brighton dans 10 jours, forcée d’interrompre sa cure. Elle fera ici ses paquets et prendra congé de ses amies, dont elle a le bonheur d’avoir un grand nombre, et quand tous mes arrangements seront pris, nous irons à Harwich, où il faudra qu’elle prenne encore 15 à 16 jours de bains de mer pour se renforcer pour le voyage, après quoi je m’embarquerai à Yarmouth pour aller à Kuxhaven, d’où j'irai à Hambourg, pour trouver là des personnes qui puissent m'aider à trouver une maison proche de Kiel.

Ce que le comte Rostopchin vous à écrit sur mon état était une attention amicale de sa part pour vous: il voulait vous préparer à ce qu’il a du vous écrire après sur ce qui m'arrive. Dans cette occusion, comme dans mille autres, il m'a prouvé qu'il est mon ami.

Londres, le 3 Juin n. s. 1800.

Malade depuis 20 jours, je suis encore accablé de chagrin et de travail, occupé tous les matins à mettre en ordre Гагchive et une correspondance immense accumulée depuis 15 ans, et à revoir et remettre à monsieur Smirnow, notre aumônier, les comptes et les correspondances fastidieuses que

. j'avais avec le cabinet, l’amirauté et la trésorerie. Je dois aussi songer aux préparatifs de mon voyage et arranger mes affaires assez dérangées par la précipitation avec laquelle je dois quitter ce pays. Pour comble de malheur, ma fille s’est ressentie de l’inclémence du temps et’ ne pourra revenir des bains de mer que dans 7 jours, au lieu que je l’attendais ce soir. Le froid, les vents et la pluie ont été si constants qu’elle n’a pas pu prendre le quart des bains qui lui sont nécessaires, mais il] faut qu’elle revienne dans 7 jours, quoique

cela dérange sa santé; mais que faire? Il faut qu’elle fasse ses paquets et qu’elle se pourvoie de се qui lui est nécessaire pour le voyage que nous sommes obligés de faire.

Р. S. Je n’ai pas le moindre doute que l'Empereur ne sait pas l’état de ma santé et encore moins celui de ma pauvre fille; car il est trop humain et ne m'aurait pas ordonné un déplacement qui nous а ше.

Londres, le 15 (27) Juin 1800.

J'ai reçu hier par estafette, par le comte Rostopchin, la nouvelle qui détermine .mon sort. Je пе sais comment reconnaître la bonté de l'Empereur. Il prolonge le peu de jours qui me restent à vivre et sauve la vie de ma pauvre fille. Je vous envoie les copies de mes lettres à Sa Majesté Impériale et au comte de Rostopchin Je ne vous envoie pas celle que m’a écrite celui-ci pour me notifier la bonté avec laquelle j'ai été congédié; car il me marque qu’il vous en a informé. Je ne puis assez me louer de ses procédés: il n’a jamais varié dans son amitié pour moi, il m’en а donné les preuves convaincantes dans toutes les occasions et encore plus dans celle-ci, où il allait de ma vie, et ce qui m'est encore plus cher, de celle de ma fille: car je suis vieux et encore plus infirme que vieux; mais cette pauvre enfant de 16 ans, qui ne se soutient que par les bains de mer, qu’elle ne peut avoir que dans ce pays, allait à une mort certaine par la privation de ce qui la faisait exister.

Je suis bien aise en songeant que vous serez déjà tranquille sur mon compte et celui de mes enfants, avant la réception de celle-ci, et comme vous prenez à coeur tout ce qui me regarde, je suis charmé que vous avez su avant moi comment toute cette affaire a été terminée,

Je пе puis aussi assez me louer de l'amitié du comte Panin, qui a pris un vif intérêt à ce qui me regarde.

Londres, le 1 Juillet n. s. 1800.

J'ai fait écrire à Southampton, qui est ‘au Sud-Ouest à 80 milles de Londres sur un bras de mer, pour qu’on me cherche une maison par mois. Là je chercherai moi-même une petite maisonnette de campagne, pour m'y établir, le voisinage de la mer procurera à ma fille les bains qui lui sont si nécessaires et qui sont le remède unique qui soutient ses faibles jours. Je ne suis pas encore tout à fait rétabli: l'humeur goutteuse quitte, mais quitte peu à peu mon estomac, et je ne sais comment j'aurais pu soutenir le passage de mer entre Yarmouth et Cuxhaven, qui est de trois jours et qui est quelquefois de 8 et de 10. Je n’ai jamais été trois heures sur mer sans être malade horriblement. J'espère qu’on m’enverra sans perte de temps mes lettres de recréance. Cela est indispensable, parce que j'ai non seulement remis toutes les affaires depuis 46 jours à monsieur de Lizakewitch en le présentant comme chargé d’affaires de notre cour, mais je ne suis plus même au service. Il était temps que j’en sois dehors, car ma santé me rendait tout à fait incapable. Vous savez que j'avais déjà pris une maison de campagne près de Kiel dans le Holstein. Je viens d'écrire que }’у renonce, et comme je ne l’avais prise que par mois, je n’aurai à payer qu'un mois de loyer. Je suis bien sensible pour les offres que vous me faites, mon bon ami, pour m'aider. Je profiterai pour mon usage de 5000 roubles que vous aviez envoyés et destinés pour le voyage de Michel, et cela uniquement parce que le commandement du corps des troupes qui me fut donné pendant plus de 5 mois et la présence de 3 de nos escadres, m'ont mis dans des dépenses inévitables et m'ont un

peu dérangé. Га! reçu toutes les différentes remises que vous m'avez faites. Je ne serai un peu gêné que les deux premières années pour payer les avances que m’a faites notre ami, monsieur Bonard, afin que je puisse quitter Londres sans rien devoir à personne qu’à lui. Je ne puis assez me louer de lui. Vivant en province et comme particulier, je pourrai vivre avec mon revenu. Le Hampshire, où est Southampton, est une province abondante et très-salubre.

Londres, le 24 Juin (6 Juillet) 1800.

C'est Ивавъ Краснополянской qui vous remettra cette lettre. Je le recommande à votre bonté. Je le renvoie, parce qu'il est vieux et infirme et que, réformant ma maison, à cause de sa vieillesse, il me devenait inutile ici; mais comme il m'a servi quand j'étais encore page et page de la chambre, c’est à dire plus de 40 ans, et qu'il a été avec moi pendant toute la guerre où j'ai servi et où il m’a prouvé un attachement extrême (car à la bataille de Kagoul, ayant été commandé avec mon bataillon de grenadiers pour attaquer le retranchement ennemi, je lui avais ordonné de ne pas me suivre, mais il ma suivi. contre mes ordres par pur attachement): c’est pourquoi je vous prie d’avoir de la bonté pour lui. C’est un homme très-fidèle et honnête. Je vous prie, mon ami, de le tenir près de vous, ou, s’il veut, de Гепуоуег à Иса, d’où il est,et de lui assigner à mes frais 180 roubles d’appointements, outre un habit complet tous les ans et de la farine et de gruau, comme c’est d'usage sous le nom de м%®сячное.

Londres, le 12 Août п. s. 1800.

J'ai reçu toutes vôs lettres, mon bon ami, par la poste et . dans les paquets des comtes Rostopchin et Panin, et dans ce moment je reçois celle du 26 Juin que monsieur Tatistcheff ш’а fait parvenir. Vous savez par les lettres que vous recevez de nos amis communs qu’on tarde encore à m’envoyer mes lettres de recréance, ce qui me force à rester. Mais je puis vous assurer, mon bon ami, que depuis plus de deux mois et demi que j'ai présenté monsieur de Lyzakewitz à mylord Grenville, je пе me mêle plus d’affaires, ni ne vois plus le secrétaire d'état, c’est malgré moi que je reste ici, où je m'ennuie, car la ville est tout à fait déserte. J'ai besoin de respirer Гай’ de la .campagne, et dans 10 jours commence le temps où ma fille doit prendre les bains de mer. L’ennui que j'ai de rester ici vient de l'habitude que j'ai prise depuis 15 ans de passer l'été et l’automne à la campagne, et malheureusement j’ai perdu ma jolie maison et mon petit jardin de Richmond. Quant aux affaires, bien loin de les regretter, je me porte infiniment mieux, et j'ai l’âme plus calme depuis que je les ai quittées. La faiblesse de ma santé me rendait le travail insupportable, et j'aurais crevé, si j'avais dû le continuer. J'espère que je recevrai dans peu mes lettres de recréance; mais si je ne les ai pas dans 8 jours, je suis décidé à partir, parce que je deviendrai vraiment malade, privé plus longtemps de l’air de la campagne dans cette saison, et ma fille le serait encore plus que moi, si elle ne reprend pas ses bains de mer qui la font vivre.

Southampton, 31 Août п s, 1800.

П y a 4 jours que j'ai quitté Londres, et le lendemain au soir nous sommes arrivés ici. Mon séjour à Londres était rempli d’ennui, la ville étant absolument vide, et je n’ai plus vu mylord Grenville, qui ainsi que tous les membres du cabinet profite de la prorogation du Parlement et du séjour de la eour à Weymouth, pour passer son temps à sa belle campagne dans Buckingamshire. Si j'avais reçu mes lettres de recréance pendant que la cour est à Weymouth, je les aurais envoyées au roi accompagnées d'une lettre, par le canal de mylord Greuville, parce que за m. ne tient pas de cour et ne donne pas d'audience aux ministres étrangers là où il vit en particulier uniquement pour prendre les bains, au lieu que si on me les envoie quand le roi sera de retour ou près de son retour, je serai obligé de revenir à Londres pour deux ou trois jours, ce qui m'incommodera et me fera faire une dépense de 50 à 60 |. s. que personne ne songera chez nous à me rembourser et que je ne demanderai certainement pas au Collége ou à notre ministère.

Mon logement est petit, mais commode, et j'ai l'espérance d’avoir une bonne maison à la fin d'Octobre, quand la saison des bains de mer sera passée.

Southampton, le 3 Septembre 1800.

Je suis de jour en jour plus content de mon séjour ici. Il y a peu de pays au monde plus beaux et plus agréables. Katinka a commencé à se baigner dans la mer. Le temps continue à être beau. Nous nous levons de bonne heure. Le dé-

jeûner est à 9 heures, mais je me promène déjà avant, car €

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ma toilette ne dure pas un quart d'heure, ayant remédié à ce qui la rendait longue, c’est à dire que je n’incommode guère le perruquier, et il ne m'ennuie plus à son tour; j’ai fait raser tout le devant de ma tête, où je n’avais presque plus de cheveux, et-je me suis fait faire un tour qui s’ajuste dans 3 ou 4 minutes, avec lequel je couche sans l’ôter; le lendemain il n’y a qu’un coup de peigne à donner, et on пе peut pas distinguer si c'est des cheveux à moi ou faux. Avec deux de ces tours que je change tous les 4 jours, ma toilette ne m'embarrasse plus. Après le déjeûner nous allons nous promener jusqu’à midi, après quoi chacun vaque à ses affaires; puis on s'habille et on se rassemble vers les 4 heures; on dîne à 41%, pour avoir une promenade encore l’après-diner. Quand les journées seront plus courtes, nous dînerons comme à Londres après 5 heures, pour nous promener plus longtemps avant de nous mettre à table. Cette table est bonne, mais frugale: nous n’avons que 4 plats, parmi lesquels il y a toujours du poisson qui est meilleur et à meilleur marché qu'à Londres. Les soirs nous faisons des lectures, un peu de musique, une partie de cartes, et vers les 101; ou 11 heures au plus tard chacun se retire chez soi. Notre hôte est libraire, et pour 15 shellings par jour, chacun de nous quatre nous pouvons prendre tant que nous voulons de livres pour lire. Пеп a de bons en anglais et en français; en un mot, nous vivons ici très-agréablement, et je n’ai jamais été plus tranquille et plus satisfait que je le suis à présent.

Southampton, le 7 Septembre п. я. 1800.

Moi et mes епоп(з, qui vous présentent leurs respects, nous nous portons très-bien et continuons à être enchantés de la charmante retraite où la Providence nous a conduits. Nos occu-

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pations sont toujours variées; les promenades sont diverses, et le soir la musique et la lecture sont aussi variées. Nous ne lisons que des choses gaies et qui amusent toute la petite société. Les livres sérieux, chacun les lit dans sa chambre entre la promenade et le dîner; dans ce dernier il y a toujours un plat de bon poisson qu’on achète au marché tout vivant et qui coûte la moitié moins qu’à Londres.

J'ai tout à fait oublié la politique, dont j'étais excédé depuis longtemps. J'ai contremandé même les gazettes à Londres; je ne reçois qu'un papier journalier anglais que Michel ou Katinka me lisent pendant le déjeûner. Notre vie parait être uniforme en gros, mais elle est très-variée dans ses détails, et nous sommes tranquilles et contents.

Southampton, le 25 Septembre п. в. 1800.

Vous m'avez paru fort inquiet dans plusieurs de vos lettres au sujet des grandes sommes qui ont passé par mes mains et qu'on пе me fasse quelque mauvaise affaire à cet égard. Soyez tranquille, mon ami, car malgré les sommes énormes des différents départements qui ont été à ma disposition depuis 15 ans, je n’ai jamais tenu chez moi, reçu ou payé un sol; toutes sont restées dans les comptoirs que m'indiquait la cour. Mes ordres pour les payements sont clairs, précis, et d’après les ordres que je recevais, les reçus ont été donnés еп double, dont les uns sont à Pétersbourg et les autres dans les comptoirs où était déposé l’ægent. J'ai agi dans toutes ces affaires avec une intégrité qui défie toute la malignité possible et avec un ordre que j'aurais bien voulu avoir mis dans mes propres affaires. En un mot, je suis très-tranquille sur cet article comme sur le reste de mon service, dans tout ce qui concerne le zèle et la

probité. Pour ce qui est des talents, je ne suis pas coupable de ne les avoir pas; n’en a pas qui veut.

Southampton, le 3 (15) Octobre 1800.

Je voudrais bien vous faire part de la température du climat que j'habite à présent. Elle est telle qu'hier je me suis promené depuis 11 heures jusqu’à 3 après midi et aujourd’hui à peu près autant, sans discontinuer de marcher par le plus beau soleil qu’on puisse voir et qu'on ne voit pas à Londres, et avant le déjeûner je me suis promené une demi-heure le long du golfe. Aussi je me sens tout autre. Que ne donnerais-je pour avoir le bonheur de vous voir ici avec nous? Comme vous vous porteriez mieux, mon ami, et comme vous seriez aise d’être dans un climat si doux, dans un endroit où les promenades et les environs sont si beaux et où vous seriez avec votre famille qui vous adore.

Je manque d'expressions pour pouvoir vous dépeindre combien je sens tout ce que vous faites pour moi. Après tant de sacrifices déjà faits, vous me proposez encore 40 mille roubles. Non, mon ami, je ne les accepte pas et, sur mon honneur, je n’en ai pas besoin. Га! laissé chez monsieur Bonard ma vaisselle et la bague et la tabatière que j'ai eues du roi pour les deux conventions que j'ai signées en 1793. Il les vendra l'hiver prochain, et, mettant 800 1. s. de côté pendant 3 ans, je payerai tout ce qu’il a avancé pour moi. Je vis ici à peu de frais, ayant congédié 7 domestiques et ne tenant pas même d’équipage, car quand je suis obligé d'aller à 8 ou 9 milles dîner quelque part dans les campagnes environnantes, je prends un carrosse de poste, et comme cela n'arrive que 5 à 6 fois par mois, cet arrangement me fait une épargne. En un mot, je vis ici, par les mesures que j'ai prises, à 60 pour 100 meilleur marché qu’à Londres et mille fois plus

agréablement. Je n'ai donc pas besoin des 40 mille roubles que vous m'offrez si généreusement. Il serait infâme à moi de les accepter tandis que je n’en ai pas besoin, mais je n’en sens pas moins pour ça tout ce que vous ne cessez de faire pour moi, mon bon ami. Je puis vous assurer que je n'aurais pas eu de dettes sans nos escadres, qui ont été pendant près de cinq ans sur mes bras, et ce corps de troupes. Ils m'ont abîimé de peine, de travail, de désagrément et de dépenses, et ce qu’il ya de pire, c’est que je crois que le corps de troupes a été encore la cause qui m'a fait perdre la bonté de Sa Majesté l'Empereur. On ne sait pas chez nous tout ce que j'ai souffert, tout ce que j'ai dépensé, et je ne sais pas la vraie raison de ma disgrâce, quoique je ne doute pas que ce ne soit quelque chose de relatif aux troupes.

Southampton, le 11 (23) Novembre 1800.

Bien obligé, mon bon ami, pour votre lettre de 6 Octobre et pour la communication de celle que vous a écrite notre ami commun le comte Zawadowskoy. Je vois avec douleur qu'il у a dans sa lettre quelque chose de mélancolique, qui me confirme dans l’idée que j'avais déjà qu’il n’est pas heureux. Cela ne peut venir que de l’intérieur de son ménage, car il ne doit pas regretter le séjour de Pétersbourg où il ве trouvait isolé, ayant perdu par la mort ou par les absences ses -meilleurs amis. Je vois aussi par sa lettre qu'un autre de mes amis, Иванъ Васильевичъ Гудовичъ, n'est pas fort heureux, ce qui me fait de la peine; j’espérais qu'il le serait, jouissant du repos après avoir été pour plus de 30 ans continuellement excédé d’embarras et de fatigue. Comme je ne sais pas ce qui а occasionné sa retraite, si vous le savez, faites-moi l'amitié de m’en informer.

Southampton, le 18 (30) Décembre 1800.

Vous craignez que je ne sois forcé de quitter ma paisible retraite. Je commence à le craindre aussi; mais je demanderai la permission par le comte Rostopchin de rester ici jusqu’au 1-er de May: car ni moi, ni ma fille, nous ne sommes pas en état de nous exposer à la mer pendant l'hiver et les bourrasques de l’équinoxe du printemps; nous obliger de nous exposer à la mer dans ces temps-là, c’est tout

autant que de nous vouer à une mort certaine.

Londres, le 7 (19) Janvier 1801.

J'ai vu dans un papier de Paris, à l’article de Pétersbourg, qu’on s'occupe à faire chez nous un nouveau tarif, ça me fait trembler, non que celui qui existe soit à regretter, mais parce que je suppose que ce seront les mêmes rédacteurs qui feront le nouveau, et songeant en même temps au fatal traité de commerce dont on a eu la bonté de gratifier chez nous notre bonne et constante amie la Suède. Je dois croire que les mêmes gens qui l’ont fait et avec les mêmes lumières sur les principes de commerce et d'administration financière, feront ce nouveau tarif et qu’ils se presseront même de le faire. Il serait bien à souhaiter qu’on пе se presse pas tant, car il vaut mieux conserver un mauvais tarif que d’en faire un pire. П serait à souhaiter surtout qu'en attendant ce nouveau qu’on fera, l'Empereur ordonnât aux faiseurs de lire, relire et apprendre par coeur l'ouvrage d'Adam Smith sür la richesse des nations.

Southampton, le 8 Février п. s. 1801.

J'ai écrit de nouveau au comte Rostopchin pour savoir ce que j'ai à faire si les deux pays зе brouillent décidément, comme je le crains. Je lui ai cité l'exemple d’un capitaine de la marine espagnole, qui, étant venu ici pour cause de maladie qu’il ne pouvait traiter qu'ici, a eu la permission de sa eour de rester ici malgré la guerre qui commença bientôt après son arrivée, et il continue à у rester depuis plus de 4 ans, conservant son grade, ses appointements et les pensions de ses commanderies; que n’étant pas au service et vivant en particulier dans une petite ville d’une province éloignée, j'ose me flatter que je serai traité avec la même humanité; que si nonobstant ceci, on veut que je quitte ce pays, je demande pour dernière grâce de pouvoir attendre le mois de May.

Southampton, le 10 (22) Mars 1801.

Comme par tout ce que je vois par les papiers publics qui parviennent dans cette petite ville, la guerre entre la Russie et l'Angleterre semble être inévitable, je ne crois pas que je sois suffisamment autorisé (par la permission que Sa Majesté l'Empereur m'avait accordée de vivre où je veux, pour soigner ша santé délabrée et celle de ma pauvre fille encore plus maladive que moi), de continuer à vivre dans cette retraite. C’est pourquoi, quelque dérangement que cela doive produire à moi et à ma fille, je suis résolu de quitter cette isle; mais comme ma pauvre fille est tout à fait hors d'état de supporter une longue navigation comme celle d'ici à Hambourg, encore moins dans cette saison orageuse, je

90 ПИСЬМО KB ГРАФУ РОСТОПЧИНУ.

suis obligé de passer par Calais, et comme je ne puis le faire sans avoir un passeport du gouvernement français pour pouvoir aborder à Calais et de là passer par le territoire des républiques française et batave pour aller à Pyrmont en Allemagne, j'ai pris donc le parti d'écrire à monsieur de Kolytchew à Paris, en le priant de m'obtenir le dit passeport et de me l'envoyer ici. Je viens d'envoyer cette lettre à Londres au ministre de Naples, en le priant de remettre ma lettre pour monsieur de Kolytchew à monsieur Otto, agent du gouvernement français, afin qu’il l'expédie pour Paris. Je crois de mon devoir d'informer votre excellence de la résolution que j'ai prise et de la démarche que je viens de faire, et je prends la liberté de lui envoyer les copies au ministre de Naples à Londres, le prince de Castelcicala, en vous suppliant de vouloir bien en faire le rapport à.Sa Majesté l'Empereur“.

Si votre excellence veut bien me répondre, je la supplie de ne plus m'envoyer sa lettre dans ce pays où je ne serai plus, mais de l’adresser à monsieur Forsmann à Hambourg, auquel je ne manquerai pas de donner avis dès mon arrivée sur le continent, du temps vers lequel à présent j’arriverai à Pyrmont*.

Telle est la copie de la lettre que j'écris et que j'envoie aujourd’hui au comte Rostopchin et j’expédie aussi aujourd’hui à Paris celle que j'écris à monsieur de Kolytchew.

Vous pouvez concevoir quel dérangement celte nouvelle transmigration doit me faire du côté du repos, de la santé et des frais immenses que cela me coûtera, tant pour avoir dépensé inutilement les frais de mon premier établissement dans cette retraite, que pour ce que me coûtera le voyage que je vais entreprendre.

Southampton, le 17 (29) Mars 1801.”

Je viens de recevoir votre lettre du 27 Janvier et je ne sais pourquoi elle a été 40 jours en chemin. Je suis bien aise que vous n’ayez pas quitté la campagne: Moscou n'aurait fait que vous rappeler l'absence de plusieurs de vos amis morts dans ces derniers tems.

Vous me dites que vous croyez que la cour viendra à Moscou puisqu'on a demandé les plans des maisons qui sont dans la Sloboda, que vous avez envoyé le plan de la vôtre, et que si c’est pour louer, vous l’offrirez sans loyer et que si c'est pour acheter, vous la vendrez volontiers. Cela est digne de vous, mon ami.

Southampton, le 4 (16) Avril 1801.

Dans tout ce qui m'est arrivé, la chose qui ш’а le plus affigé était le chagrin et les embarras que cela a dû vous donner. Je n'’attendais que les passeports de Paris et je comptais partir Dimanche prochain ou au plus tard Mercredi, et cela à cause qu’il m'est survenu un érysipèle sur le corps, sans quoi je serais parti dès que j'aurais eu le passeport; mais mon médecin m'a déclaré que si je m’exposais à un voyage, ma maladie rentrerait dans le corps et qu’il me pronostiquait une mort certaine. Ma vie ne m’est pas fort précieuse; mais que seraient devenus mes enfants sans moi et en pays étrangers? Га! donc remis mon voyage à Mercredi, à moins que je ne fusse guéri le Dimanche. Avant-hier j'ai reçu les passeports de Paris; mais un quart d'heure avant

j'ai eu le bonheur de recevoir la nouvelle de l’avénement au trône de notre nouvel Empereur et qu'il уз un courrier qui est arrivé pour moi à Londres. Ce courrier arriva quelques

«heures après et m’a apporté une lettre officielle du g. comte de Pablen, qui m’annonce le nouveau règne, et des ordres de l'Empereur par lesquels je dois rester dans ce pays. Ma présence est nécessaire à Londres pour 3 ou 4 jours; mais je ne suis pas en état d'y aller avant Mercredi. Le même comte Pahlen m'a écrit une lettre particulière dont je vous envoie la copie.

Rindin est un vrai ami, et un ami héroïque; car 3 jours après la confiscation et le séquestre de mon bien, il a eu le courage de m'envoyer par la poste 4000 r., dans une lettre de change. C'était assez pour être dégradé ou envoyé en exil.

Copie de la lettre du comte de Pablen au comte de Woronzow. 5-. Péterbourg. Ce 13 Mars 1801 у. s.

Monsieur le conte.

C’est avec l’empressemeut le plus vif que j'ai l'honneur d’annonçer-à у. e. que le séquestre si injustement mis sur ses biens vient d'être levé par ordre de 5. M. l'Empereur. La mesure de rigueur du défunt monarque a dû toucher v. e. sans la surprendre; celle de réparation prompte du Souyerain actuel n’a rien qui doive l'élonner, car il est fait pour savoir apprécier le vrai mérite et rendre justice à un sujet qui, comme vous m-r le comte, a servi l’état d’une manière aussi distinguée.

Reçevez, etc.

Winchester, le 7 May п. s. 1801.

J'ai quitté Londres ce matin. Pendant les 14 jours que j'ai passés dans cette ville, j'étais si occupé d'affaires et des arrongements pour le départ de mon fils et j'étais si affairé

de recevoir et d’aller rendre les visites que j'ai dans tous les partis et classes, que de la vie je n'ai été si fatigué; c’est au point que j’y ai gagné une fièvre. Michel est parti avant hier pour Yarmouth, et sans ma fièvre j'aurais quitté Londres le lendemain. Enfin, quoique encore malade, je m'en suis enfui ce matin, et comme je couche ici, je profite d'un moment de loisir pour vous écrire, mon bon ami. Demain je serai à Southampton pour le dîner.

Southampton, le 13 (25) Мау 1801.

Je vous remercie, mon bon ami, pour la copie que vous m'avez envoyée de la lettre que l'Empereur vous а écrite. Par tout ce que mes amis de Pétersbourg me mandaient sur l’esprit juste, l'application aux affaires et le zèle du bien public de notre nouveau Souverain, je m'attendais, je vous avoue, qu'il vous appellerait auprès de lui, comme l'homme qui connaît le mieux les affaires internes et externes de l’empire; mais je craignais que voire santé ne fût un obstacle à votre zèle connu pour le bien de l’état, et j'ai été bien consolé d'apprendre que vous vous proposiez de quitter votre retraite 8 à 9 jours après la date de votre dernière lettre. Il vous faudra deux jours pour aller à Moscou, 4 pour rester dans cette ville et 8 pour aller de là à Pétersbourg; ainsi je compte que vous serez vers le %, ou %: de Мау dans la résidence que vous aviez quittée il y a 9 ans. Comme vous aurez trouvé tout changé, malgré que votre comparaison ne peut s'étendre que sur l’état dans lequel vous aviez laissé Pétersbourg, et non sur le triste état où cette ville était il y a 4 mois. Vous avez dû y trouver déjà notre commun ami rpaos Buaerops Павловичъ. Je me représente le plaisir que vous avez eu tous deux de vous revoir. J'espère que notre autre ami, le comte Zawadowskoy, a dû venir aussi à peu près dans le même temps. Mais c'est surtout le plaisir que je me représente qu’aura Michel, quand il ap-

prendra en arrivant que son oncle est dans la même ville et qu’au lieu d’aller débarquer chez le baron de Nicolay, il ira tout droit là où vous logez, car il aura appris à Cronstadt des amiraux Ханыковъ et Чичаговъ, surtout de ce dernier, qui est mon ami et le sien, que vous êtes à Pétersbourg.

Je ne vois pas pourquoi vous croyez nos moulins perdus par l’usurpation de monsieur Kouchelew et par la donation qui lui en fut faite. Ces moulins ont été possédés par nous plus de 30 ans; il a y donc prescription en notre faveur par les loix du pays, et l'Empereur n’avait pas plus de droit deles donner à Kouchelew que de lui donner Андреевское ou Иса. L'Empereur actuel peut l’indemniser, mais il est juste qu'il nous fasse rendre ce qui nous a été enlevé de force, contre tout droit et à l'insu du donateur, qui dans le temps de la donation ne nous avait pas encore pris en grippe et n'avait pas encore commencé sa persécution contre notre famille.

À propos de Kouchelew, j'ai eu avec lui une correspondance si étrange que monsieur de Nowossiltzow avait désiré d’en avoir uue copie, et je la lui ai donnée. Si vous. êtes curieux de la lire, vous n’avez qu’à la lui demander; vous verrez que cet homme, qui a abîmé notre flotte par ses règlements absurdes, a voulu aussi se mêler de politique et qu’il s’est mis en tête d'écrire au roi d'Angleterre et aux lords du Parlement pour leur faire présent de son livre des signaux, production absurde et écrite en russe de même que ses lettres. Vous verrez qu’il ш’а mis au pied du mur et qu’il n'y avait pas moyen à moi d'éviter de lui dire dans les termes les plus polis qu’il avait tort en politique et que quand à ses lettres au roi et aux lords, je ne puis pas les présenter. Гай! encore d’autres lettres de ce nigaud ministre de la marine et membre du Conseil, qui était supposé conseiller l'Empereur dans les affaires de la plus grande importance. Parmi ces lettres il y en a une où il me fait part des ordres qu'il a donnés au vice-amiral Makarow, qui

YCBPAIE КЪ НОВОМУ ГОСУДАРЮ. 97

était entre Yarmouth et le Texel, de coopérer avec l’armée russe, qui sous les ordres de Korsakow allait sur le haut Rhin. Il est vrai que j'ai reçu une lettre dans le même sens d'un certain comte Tolstoy, qui m'’écrivait la même chose et soussignail: aide-de-camp général de l'Empereur et ministre militaire de 5. M. I. à l’armée de Korsakow, et cette lettre était dans le style si cavalier que jamais le maréchal Roumantzow n’aurait pas pris envers le consul Baxter. Ce style ne ressemblait guerre à celui qu'employait le prince Souworow quand il me faisait l'honneur de m'écrire, ce qu'il faisait souvent, mait il paraît que la malheureuse étoile de l'infortuné Paul 1-ег avait fait l'effet d’un mal contagieux sur tous ceux qui l’approchaient et qui avaient sa confiance.

Londres, le 7 (19) Juin 1801.

Il faut avoir autant d'amitié que vous en avez pour moi pour m'écrire comme vous le faites, malgré vos occupations qui doivent vous être d'autant plus pénibles que vous vous êtes accoutumé par une retraite de 10 ans à une vie douce et inactive. Vos lettres, qui me sont toujours si chères, le deviennent davantage par les détails ravissants que vous me donnez sur la vertu, le jugement et la douceur de ce cher Empeur que le Tout-Puissant nous a donné pour sauver notre malheureuse Patrie, qui périssait et qu’il va rendre heureuse. Comme tous les détails que vous me donnez sur ce Momarque vertueux honorent l'humanité, je vous conjure, mon ami, de me les continuer. Vous m’exhortez à le servir. Je le servirai, mon ami, c’est un bonheur inexprimable que de servir un tel prince. Je voudrais avoir mille vies et les perdre toutes pour son service.

APXEBS ВНЯЗЯ ВОРОНЦОВА, ин. 10-я. 7

Londres, le 14 (26) Juin 1801.

Je vous remercie, mon bon ami, pour tous les détails intéressants et consolants que vous me donnez sur le caractère de notre excellent Souverain. C’est un miracle dans le temps où nous vivons, qu’ un prince qui n’est occupé que du bien de l’état et de la félicité de ses sujets et qui veut tellement ce bien que, faisant abnégation de tout amour-propre, il écoute avec bonté les vérités qu’on lui dit, quand même c'est pour combattre ses propres opinions et qu'il remercie même ceux qui lui disent ces vérités avec franchise. Avec une disposition si rare, si vertueuse, il п’уа aucun bonheur auquel la Russie ne puisse atteindre, si ce Souverain a le bonheur de faire un bon choix de personnes éclairées et probes pour l’aider dans ses vues bienfaisantes. L'Empereur a beau être éclairé et bienfaisant, il ne peut tout voir et tout faire par lui même, et toutes ses vues seront frustrées si elles passent par des mains impures pour leur exécution. On lui représentera mal les choses, on lui donnera des conseils perfides, on exécutera mal ses ordres, en un mot il sera à la merci de ses conseillers et de ses ministres, qui, comme nous l’avons vu sous les règnes passés, ne s’occupant que de leur propre fortune, ruinaient celle de l’état. Nous devons done supplier le Tout-Puissant qu’il inspire l'Empereur à faire un choix digne de sa personne et que sa volonté bienfaisante soit confiée et passât toujours par des mains bien pures..La source d’eau la plus pure devient malfaisante et venimeuse si, au lieu de passer par un terrain de sable pur ou un terrain de pierre et de cristaux, elle passe par une terre marécageuse et mêlée de pyrites remplis d’arsenic.

J'espère en Dieu, qu'après nous avoir favorisé d’un tel Souverain, П lui inspirera de choisir des conseillers dignes de lui.

CAMOOTPAHHUEHIE АЛЕКСАНДРА 1-ГО. 99

J'espère aussi, mon bon ami, que tant que votre santé vous le permettra et tant que vous verrez aussi que Sa М. 1. vous continue cette confiance que vous méritez à tant de titres, vous ne quitterez pas le service. Се n’est pas parce que je vous parle et que vous êles mon frère; mais en vérite et en toute justice, quel meilleur conseiller que vous l'Empereur pourrait-il trouver dans tout son vaste empire?

Comme je connais votre amour pour la Patrie, je me flatte que vous ne quitterez le service que quand votre santé l’exigera, ou quand vous vous apercevrez que vos lumières, votre probité et votre zèle sont méconnus.

Quant à ce que vous me dites du désir de l'Empereur de diminuer sa propre autorité, c’est un changement dans la constitution de l’état, c'est donner de nouvelles loix à 30 millions d'habitants. Or, quand il ne s'agirait que de changer la constitution d’une seule petite république comme Genève ou Lucques, il faudrait des années pour bien peser ce changement avant que de le mettre à exécution, si on veut éviter des troubles et de grands malheurs; mais faire des changements si essentiels dans l'empire le plus vaste de l’univers, dans une population de plus de 30 millions, dans une nation non préparée, ignorante et corrompue, et cela dans un temps où la fermentation des esprits est universelle sur tout le continent: c'est, je пе dis pas risquer, mais amener immanquablement les troubles dans le pays, c’est amener la chute du trôfe et la dissolution de l'empire. Vos représentations contre ces idées sont justes, éclairées, dignes d’un grand homme d’état comme vous êtes, et je me flatte que vous et ceux qui pensent comme vous, vous réussirez à retenir l'Empereur d’une telle entreprise, qui lui préparerait le sort de Louis XVI, et à la Russie une anarchie inévitable suivie d’un despotisme militaire comme celui de Bonaparte, plus accablant que celui dont la France a jamais pu se plaindre dans les temps passés. L'Empereur, en conservant intacte

son autorité et avec son caractère vertueux, peut et doit

faire beaucoup plus de bien que s’il diminuait si précipitamment son propre pouvoir. Ce n’est qu'avec ce pouvoir qu’il peut régénérer la justice dans les tribunaux ou plutôt la créer: car il y a plus de *, de siècle qu’elle est tout à fait vénale chez nous. C’est avec ce pouvoir qu’il peut aider, surtout par son propre exemple, à corriger les moeurs publiques, sans lesquelles aucune loi et constitution ne peut tenir. C’est en éloignant tout ce qui est vicieux et en favorisant et distinguant les personnes vertueuses que doit commencer la réforme de nos moeurs corrompues à un degré inouïi. Cette attention aux moeurs doit être permanente, continuellement employée et fermement soutenue, sans regarder aux sexes, aux rangs et aux états des habitants de son empire. Il faut qu’il exerce cette attention même sur sa propre famille et plus que sur les autres encore; car si son frère ne suit pas l’exemple qu'il lui donne et qu’il ne le reprend pas et п’6loigne pas les vicieux qui entourent son frère, il y aura deux partis dans l’état: un composé des gens de bien, l’autre de gens sans moeurs et sans principes, et comme ceux-ci seront les plus actifs, comme ça est toujours, l’activité jointe au nombre renverseront le Souverain et l’état. Votre réflexion à l'Empereur lui-même est parfaite, qu'il n’a que 24 ans, qu'il ne doit pas se presser et qu’en acquérant de l’expérience, il verra qu’au bout de quelques années ses idées seront autres que celles qu’il peut avoir à présent, et qu’il aura tout le temps de faire peu à peu le bien qu’il désire et que la précipitation n’apporterait que des troubles. Qui est ce qui ne désire pas de ne plus revoir jamais chez nous reparaître la tyrannie atroce que nous avons essuyée sous le règne passé? Mais on ne peut pas sauter tout d’un coup de l'esclavage à la liberté sans tomber dans l’anarchie, qui est pire que l’esclavage. On ne doit donc songer qu'à la réforme de la justice, en commençant par chasser les coquins qui remplissent les tribunaux; ne laisser au Sénat que ceux des sénateurs qui méritent de porter ce nom respectable et les entourer de la plus grande considération possible; ne souffrir

© CHOCOBB УПРАВЛЕНИЯ. 101

dans le Conseil que des gens qui unissent la probité aux lumieres et congédier les idiots, les ignorants et ceux dont les principes sont malhonnêtes;, songer à la police interne des provinces et détruire l’abus des autorités subalternes, comme ceux des вапитанъ-исправникъ, вахмейстеръ, полицмейстеръ etc. etc.; faire de nouveaux états pour les finances, l’armée et la flotte. La probité et le zèle de monsieur le baгоп de Wassiliew m’assurent qu’il consultera les personnes les plus capables pour le plan ou état des finances. L'état de l’armée, pour être bien fait, doit être confié à un homme tel que le général comte J. Goudowitch, assisté de monsieur Lamb et de 3 ou 4 autres militaires bien capables. La marine doit être ôtée à l’ignorant et stupide Koucheiew. Mordwinow, Маkarow, Kartzow et Tchitchagow, occupés dans une même commission, feraient un état pour la marine bien autre que celui qu’a fait Kouchelew et qui a ruiné notre flotte. Mais tous ces états ne devraient jamais être présentés au Souverain et acceptés par lui d'emblée et de confiance. П faudrait absolument que chacun de ces états fut lu, pesé et discuté sans précipitation dans le Conseil en présence du Souverain, et que се ne fût qu'après avoir bien examiné et corrigé les défauts qui s’y seraient glissés, que ces états seraient approuvés et confirmés par le Souverain. Si le Conseil est bien composé, toutes les affaires majeures, civiles, politiques, militaires et financières, devraient être discutées au Conseil en présence du Souverain, sans quoi il sera continuellement surpris, et le despotisme ministériel pèsera sur l’état. Il n'y aura plus d’ensémble, et tout ira de travers sans ce point de réunion. C’est un système que l'Empereur devrait adopter et ne s’en écarter jamais; il vaut mieux qu’il tienne 4 fois par semaine ce Conseil et qu’il passe chaque fois 3 ou 4 heures, que de passer ce temps avec les chefs des départements séparément en tête à tête avec chacun d’eux: саг outre qu’il n’y aura pas d'ensemble dans cette dernière méthode, comment pourra-t-il être sûr que ce chef ne le trompe pas ou que ce chef ne se trompe pas lui-même et ne l’induise involontairement en erreur?

102 МОЛОДОЙ ГРАФЪ ВОРОЯЦОВЪ BB POCCIH.

Je crois que votre jugement sur Беклешовъ est bien juste: il est meilleur gouverneur que procureur-général, et il n’a aucunes lumières et connaissances acquises et si nécessaires pour une telle place. Je crois qu’il а fort peu lu de sa vie et ne suivra qu'une routine sans aucun principe fixe et fondé sur des vérités qu'il ne peut qu’ignorer. Je voudrais bien pour l'Empereur et le pays que се fût грахъ Викторъ Павловичъ qui eût cette importante place: avec son esprit et ses lumières, dans 6 mois il saurait la pratique de son emploi, et son zèle et sa vertu, joints à son esprit et à ses connaissances, le rendraient le meilleur procureur-général qui ait jamais existé chez nous. Dieu veuille que tout cela puisse se faire et que ce cher Empereur, que la bonté divine vient de nous accorder, puisse vivre autant que Stanislas Lesczinsky et régner autant que Louis XIV.

Londres, le 3 Juillet п. в, 1801.

J'ai reçu à Southampton, où j'ai passé cinq jours et d’où je ne fais que d'arriver, vos deux lettres, écrites après que mon fils et le vôtre vous a joint. Il est vraiment votre fils par la tendresse que vous avez pour lui et par celle qu'il a pour vous. П ne sait comment m’exprimer sa reconnaissance pour toutes les bontés que vous lui témoignez. Vous m'avez rendu bien heureux, mon ami, par la manière dont vous me parlez de Michel et combien sa tournure vous plaît. C’est un fort bon garçon. Il a le meilleur coeur du monde et gagne beaucoup à être connu de ce côté-là.

Je vous renouvelle ma prière de le laisser disposer de son sort, quant à ce qui regarde les carrières de service; car rien n’est plus malheureux que de servir dans celle pour laquelle on a du dégoût. Je lui écris qu’il ne se presse pas, qu’il examine bien les différens chemins de service, qu’il

ДЪЛА СЪ ABPIIEN. 103

pèse le pour et le contre et qu’il vous prie de l’aider après. Je vous fais cette prière parce que je connais son caractère, qui est extrêmement sensible, et il serait plus malheureux que tout autre s’il était obligé de servir contre son inclination. Il est si doux qu’il se soumettra à votre volonté contre sa propre, mais il est si extrêmement sensible qu’il n’en sera que plus malheureux.

Londres, le 2 (14) Juillet 1801.

Je profite de l'expédition d’un courrier qu’on envoie à lord S-t Helens (qui vient d'être créé pair du royaume uni de la Grande Bretagne et d'Irlande, саг il n’était pair que dans ce premier pays), pour vous écrire, mon ami, et vous témoigner la joie que j'ai de voir nos différends avec l’Angleterre terminés d’une manière si honorable, et qu'on ne sacrifie plus les vrais intérêts de la Russie à ceux de la Suède, comme on l’a fait par les transactions les plus absurdes que Steding, en servant son pays et la France et en se servant de l'influence тоше de Koutaitzow, avait fait faire au défunt Empereur. C’est ces mêmes transactions que le général Pahlen, qui Dieu sait pourquoi se trouve être ministre dans le département des affaires étrangères, qu’il n’entend pas plus que le grimoire, a voulu faire soutenir par l'Empereur. Je ne conçois pas la confiance injustifiable qu’il a dans ses lumières, quand, profitant des premiers jours du nouveau règne et qu’il était seul auprès de notre vertueux Souverain, il Гепрареа à assurer les cours de Suède, de Danemark et de Prusse qu'il se tient à la Convention Maritime conclue par son père et qu’il écrivait en conséquence à tous les ministres russes au dehors, et qu’il extorqua de l’Empereur des ordres à moi, signés par Sa M. L., tout à fait opposés au bien de l’état et que je n'aurais pu exécuter qu’en compromettant

l'honneur et la dignité de mon Souverain, mais je ше suis bien gardé de le faire, et j'ai pris la liberté de représenter à l'Empereur lui-même contre ses propres ordres, avec cette assurance que doit avoir un homme d'honneur, zélé pour la gloire et l'avantage de son Souverain et de sa Partie.

Je ne conçois pas l’audace de monsieur Pahlen de faire soutenir des engagemens faits par Paul I-r et quand Koutaïtz0w le vendait à la France, dont l'intérêt était le même que celui de la Suède. Vous savez que parmi ces engagemens il y avait un article secret avec la Suède de ne lever l’embargo qu'après que la Suède aurait reçu satisfaction de l'Angleterre. Vous sentez que la première, pour ruiner notre commerce et nos finances par là, aurait toujours dit qu’elle n'est pas encore satisfaite.

La Russie était mise dans la situation dégradante de demander continuellement à la Suède: quand me permettrezvous de reprendre шоп ancien commerce? Il me semble que l’âme du Suédois Steding était passée dans le corps du Livonien Pahlen. Si le premier était mort le jour de l'avénement au trône de notre magnanime Empereur, je serais persuadé de l'existence réelle de la métempsychose.

Je ne vois pas la nécessité d'avoir un général de cavalerie ministre des affaires étrangères, ni un Livonien dans le conseil suprême de l’état. Qu'il y en ait un ou deux dans le Sénat pour les procès qui y viennent par appel des tribunaux livoniens, cela est convenable et juste; mais dans le Conseil, je crois que cela est plus nuisible qu’avantageux à l’état. Quant au général Pahlen, sa présence au Conseil est d’autant plus étonnante et inconcevable que tout le monde sait au dehors et au dedans de la Russie qu'est ce qu'il a fait. Mais plus fin que les Zoubow et consorts, il n’a pas employé ses propres mains à cet affreux massacre: il a arrangé la chose, il a excité les conjurés, et derrière la porte il instiguait le coup qui a déshonoré le pays et peut avoir une influence fatale pour la Russie. Je ne puis у songer sans бит...

`КОНВЕНЩЯ СЪ AHTAIRO. 105

Il me semble qu'on пе pèse pas assez ces considérations si importantes.

Pour quitter ce sujet si odieux, je reviens à la convention signée le 5; du mois passé. Elle est parfaite, mais j'espère qu'on ne s’en contentera pas et qu’on sera toujours comme de raison en garde contre l’astuce suédoise, qui ne manquera pas, je suppose, de proposer un renouvellement d’une triple convention entre nous, elle et le Danemark, sur la base dé celle qui à été signée par le comte de Panin et 1. S-t ‘Helens.

Au premier aspect c'est tout à fait innocent; mais dans le fond c’est nous entraîner. de nouveau dans leurs querelles futures, car ces deux puissances ont plus de 5 mille vaisseaux marchands, qui roulent sur toutes les mers et dont plusieurs centaines ne s'occupent qu’à la contrebande et à un commerce illicite avec les colonies des autres puissances. Qu’avons-nous de commun avec leurs navigations et contrebande? Et devons-nous, pour leurs beaux yeux et soutenant les vols et les gains illicites qu'ils font, nous brouiller continuellement avec le tiers et le quart?

.J’espère aussi que Sa М. I. défendra à ses ministres du département politique, ainsi qu’à ses envoyés dans les cours étrangères, de se servir de la phrase collective et impropre des puissances du Nord, en parlant de la Russie, de la Suède et du Danemark, et qu’il défendra à tous ses employés de recevoir des pièces officielles où cette phrase se trouve. Vous savez que jusqu’à la guerre de 7 ans, qui mit en éviderce la puissance russe et la nullité de la Suède et du Danemark, cette phrase était employée par toutes les autres cours; mais que depuis les batailles de Grossjägersdorf, Zorndorf, Palzic et Francfort firent connaître la Russie pour ce qu’elle est. C’est comme jusqu’à la paix d’Aix-la-Chapelle, quand on parlait des puissances maritimes, on entendait l'Angleterre et la Hollande; mais cela а cessé depuis qu'on а vu qu'il n’y a de vraie puissance maritime que la première et que l’autre n’est que puissance aqualique.

Convient-il de nous assimiler avec la Suède et le Danemark? C'est assimiler le singe et le veau au formidable et majestueux lion. La Suède et le Danemark sont très-flattés de cette appellation impropre, qui les exhausse, mais cela nous dégrade; c'est pourtant notre cour qui la réintroduit dans les derniers quatre mois du dernier règne et le général Pahlen qui l'employe dans les premiers mois du règne actuel. Cela vient de ce que Pahlen n’est pas Russe et que tous nos premiers commis dans les bureaux de nos trois ministres sont aussi des Livoniens ou des Allemands, qui n’ont et n’auront' jamais l’élévation d'âme des Russes.

Nous ne sommes pas puissance du Nord, car si nous avons quelque désert sous la même latitude que la Laponie suédoise et danoise, nous avons de belles provinces aussi méridionales et les plus méridionales que l'Autriche. Caffa et Théodosie sont, comme Venise, à 45 degrés; mais Mosdok est à 41, et nous avons au delà du Terek vers le Caucase des pays encore plus au Sud.

P. S. On vient de me notifier de chez nous que je serai ambassadeur. | n’y a dans cette nomination que la bonté de l'Empereur qui me touche et me pénètre de reconnaissance, car je n’ai jamais été attaché aux titres et aux grades; d’ailleurs, quand même je l’aurais été, ces vanités auraient dû me passer depuis longtemps, quand Budberg, qui était lieutenant du 3-ème régiment de grenadiers pendant que j'étais colonel du premier, est ambassadeur depuis plusieurs années, et je suis ministre du second ordre. Depuis que je connais le caractère juste, bienfaisant et magnanime du Souverain que le Tout-Puissant nous a accordé, notre bonheur est de servir ce Prince vertueux, n'importe dans quel grade, et j'aimerais mieux être son chargé d’affaires, qu'ambassadeur sous le règne passé.

Londres, le 12 (24) Juillet 1801.

Je vous écris celle-ci, mon ami, par l’occasion du capitaine de la frégate la Latone, qui avait conduit 1. S-t Helens, ш-г de Nowossiltzow et Michel. Cette frégate, à peine revenue de Cronstadt, repartit de nouveau pour conduire le marquis de Riza chez nous. Vous me demanderez sans doute pourquoi ce Portugais va-t-il en Russie? П va comme ambassadeur pour réclamer les secours promis par un traité d'alliance, conclu, je crois, l’année passée. Vous me demanderez sans doute pourquoi cette alliance a été faite? C’est ce que je ne puis vous dire, ne comprenant pas du tout l'objet et ignorant — les stipulations. Je sais seulement que depuis quelque tems on a chez nous la rage de faire des alliances, des traités de commerce, et, au défaut de grands ouvrages, des petites conventions comme celle qui fut faite vers le dernier tems du malheureux Louis XVI, dont l’objet était de régler les visites de cérémonie entre les ambassadeurs et les ministres du second ordre de Russie et de France, par la crainte que ces étiquettes ne puissent brouiller les cours, tandis qu'entre les cours de Londres et de Paris il n’y a eu jamais de раreille convention, et quoique ces deux pays se font souvent la guerre, aucune n’a été originée pour des étiquettes.

Le traité avec le Portugal est tout à fait absurde; la distance de lieux, la disproportion des forces des deux pays et le peu de rapport qu'il y a entre leurs intérêts respectifs, rendent cette alliance aussi ridicule qu’elle doit vous être à charge. Vous pouvez bien croire que je n’écris rien à ce sujet au c-te Panin, et depuis que vous m'avez averti sur son caractère, ma correspondance avec lui sera très-circonspecte. Je ne lui écrirai que des dépêches numérotées et ostensibles, et s’il m’écrit des lettres confidentielles, je lui répondrai avec des phrases et mesurant bien les mots de mes phrases. |

Vous désirez, mon ami, être instruit des affaires que je traite. Je n’en ai aucune à présent, mais je ne manquerai pas de vous envoyer les copies de mes dépêches pour peu qu’elles soient sur des affaires tout à fait importantes. Je vous prie de votre côté de m’informer de се que vous pouvez savoir sur nos rapports avec les autres cours; car jamais je n’ai été plus à l’obscur sur les affaires que je le suis à présent. Le pr. Bezborodko, malgré l’accablement d’affaires sous lequel il gémissait, n’a jamais manqué de m'écrire par courrier des lettres très-étendues de sa propre main. Elles étaient de six à huit et jamais moins de quatre pages, dans lesquelles il m’informait de toutes les affaires entre les autres cours et la nôtre. Je conserve plus de cent lettres très-intéressantes de cet homme si respectable, comme un monument précieux pour l’histoire et comme un gage flatteur de l’amitié dont il m’honoraïit. Notre cher Викторъ Павловичъ а agi avec moi de même, et le c-te Panin a fait la même chose quand il était chancelier, mais depuis sa rentrée dans les affaires, il m’a écrit des lettres pleines d'amitié, mais jamais sur la ‘politique, excepté pour soutenir les principes de la neutralité qu’il a été forcé d'abandonner et d’avouer qu’il avait tort, et ce n’est que dans sa toute dernière lettre et pour ménager son amour-propre du côté du crédit sur l’Empereur, qu’il me fait entendre que, convaincu de mes raisons, il les а appuyées auprès de l'Empereur, pour me faire croire que s’il n'avait pas été persuadé, je n'aurais pas reçu l’assentiment de l'Empereur. Depuis son retour de Moscou il ne m'a pas dit un mot sur aucune affaire qui regarde nos affaires avec les autres cabinets de l’Europe. П ш’а envoyé la convention, le protocole de cette convention, la copie de la note au ministre de Suède, mais pas celle et celui de Danemark, ni de celui de Prusse. Ce n’est que par Krudner que j'ai la copie de la lettre que l'Empereur a écrite de за main au roi de Prusse et qui semble être écrite par le défunt c-te Panin. Je ne vois pas l’objet de cette lettre, sinon pour prouver à la Prusse que nous recherchons avec anxiété

sa précieuse amitié. Comme le cabinet de Berlin a affecté de dire et de répéter que c’est malgré lui et pour ne pas se brouiller décidément avec la Russie, qu'il a été obligé d’envabir l'électorat de Hanovre, il ne fallait pas écrire au roi de Prusse, ou lui écrire que comme cette invasion a été faite per pure complaisance pour la Russie afin d’amener l’Angleterre à la satisfaction et que comme cette satisfaction a eu lieu et que tout a été arrangé à l’amiable, l'Empereur espère que за m. prussienne évacuerait immédiatement l'électorat; qu’il l'invite à le faire et qu’en le faisant il le mettra en situation de pouvoir lui témoigner toute l'étendue de l'amitié qu’il a pour lui. Comment l'Empereur peut-il donner la main à une spoliation aussi scandaleuse? Comment pourrait-il se regarder comme innocent de cette usurpation, faite sous le masque hypocrite de condescendance pour la Russie? Cette condescendance de la Prusse devrait être plus facile pour une restitution que la justice exige, que pour une usurpation injustifiable.

Rien au monde ne me prouve davantage à quel point il est prussien, qu'ayant été d’une chaleur extrême contre la république française, même jusqu’à l’exagération d'un émigré français, il s’est tourné contre l'Angleterre parce que la Prusse aussi bien que la Suède sont tout-à-fait dévouées à la France. Il tient tellement à la première, qu’à peine arrivé à Pétersbourg, il fit donner l’ordre de S-t André au comte Haugwitz, parce que le souverain de ce dernier ne le juge pas digne d’avoir celui de l’Aigle Noir. N'est ce pas avilir le premier ordre de l’empire? Il est vrai qu’il est déjà bien avili: on ne peut pas voyager en Saxe et en Pologne sans en rencontrer. L'ordre du S-t Esprit était composé de 200 chevaliers, еГ excepté 4 ou 5 grands d’Espagne qui avaient la Toison d'Or, et le prince de Paelestrina à Rome, aucun autre étranger ne l’a eu. Quant à celui de la Jarretière, on ne Га jamais denné à aucun particulier étranger, on ne Га pas donné au prince Charles de Mecklembourg, frère de la reine, qui désirait de l'avoir, on Га refusé au roi de Suède

défunt, et le duc de Wurtemberg, quoique marié avec la fille aînée du roi, ayant demandé le lendemain de sa noce l’ordre de la Jarretière à la première vacance qui aurait lieu, ne put l'obtenir, parce que le premier ruban qui vaquerait était déjà destiné à lord Howe, et ce prince ne l’a eu qu'a la seconde vacance, qui a eu lieu 18 mois après. Ce prince avait déjà l’ordre de Russie. Pourquoi préférait-il celui de la Jarretière à celui de S-t André? Parce que celui-ci, a force d’être distribué de tout côté, est presque avili, ou ne jouit pas au moins de la considération qu'il devrait avoir. Savez-vous que. le prince Potemkin a voulu l'avoir; que Harris, quand il était chez nous, avait écrit ici pour qu'on le lui donne? Le roi non seulement n’y а pas consenti, mais en a été très-choqué et a ordonné qu’on fit une bonne savonnade à Harris.

On m'’assure qu’il y a eu je ne sais quelle convention faite depuis peu avec la Suède, J'ignore son contenu et je suis sûr que le c-te Panin ne m'en informera pas. Il ne m'a pas même répondu à une question que je lui ait faite, c’est à dire, s’il est vrai que dans nos engagements secrets avec la Suède il y en avait un par lequel nous donnions de l’argent à cette puissance. .

Si le comte Panin dit que je parle mal de Paul I, il est non seulement faux, mais il est calomniateur: car je le défie, lui et qui que se soit au monde, de produire autre chose que je п’ассизе ce malheureux souverain de rien de се qu'il a fait, mais Кутайцовъ, parce que je suis persuadé que le défunt Empereur a eu le malheur d’avoir l’esprit aliéné; je suis réellement de. cette opinion et je le crois tout aussi peu coupable qu’un enfant qui se ferait du mal et aux autres si on lui donnait un rasoir, qu’il n'a jamais vu et dont il ignore l'usage. J'ai des lettres du comte Раши du vivant de ce prince, dans lesquelles il me parle de sa démence, sa tyrannie et des atrocités qu’il commet; mais je suis incapable d’abuser d’une correspondance privée et amicale. Je l’aban-. donne à sa duplicité, ambition et intrigues, me contentant de

me tenir en mesure envers lui et ne lui faisant pas croire que je le connais. Mais je ne lui conseille pas de ше chicaner officiellement de ministre à ministre. Лезрёге pourtant qu’il est trop prudent et dissimulé ‘pour entrer en guerre ouverte avec un homme qui ne souffre pas qu’on lui marche sur le-pied.—Je vous avoue que je le croyais plus instruit sur les loix et les formes des autres pays; car il vient de m'adresser une dépêche officielle par laquelle il me dit que l'Empereur veut que je m'adresse à celte cour-ci pour faire terminer une affaire entre un marchand étranger établi chez nous et je ne sais quel comptoir de Londres. Il n’est pas dit подданный, mais поселивиийся. Toute l'affaire roule sur une lettre de change protestée et 50 pipes de vin de Madeire. Comment peut-il ignorer que la justice est tellement indépendante que la cour n'y peut influer en aucune manière; qu’un ministère qui oserait recommander quelque procès au juge serait réprimandé et courrait risque d’être poursuivi par les lois, et qu’on me rirait au nez si je venais, après 16 ans de séjour, leur recommander de se mêler avec les juges et les tribumaux pour leur recommander quelque affaire? Ce marchand, établi chez nous est Allemand, et sûrement ami de Sievers; il veut lui épargner la реше et la dépense de charger quelqu'un de sa procuration pour entamer et suivre son procès devant les tribunaux de ce pays, et il trouve plus commode que j'aille au nom de l’Empereur parler de ces pipes de Madeire et de la lettre de change qui tient à coeur à cet Allemand.

Je vous prie, mon ami, de m'écrire par les courriers anglais; car j'ai la certitude que mes paquets ne sont pas ouverts ici. Je puis vous assurer sur mon honneur que c’est ainsi. On sait à la minute près l’arrivée des courriers à Yarmouth et à Londres, et il viennent dans l’instant même de leur arrivée ici me porter eux-mêmes les paquets, et quand je n'y suis pas, au rév-d Смирновъ, qui me les remet.

Ïl me reste à vous parler d’une bagatelle qu’on pourrait par malveillance envenimer chez nous contre moi. Quand le roi a été à Southampton, il me dit que cette ville est bien

située et que j'ai raison de Гайпег. Je lui répondis qu’il у a une autre raison qui me la fait aimer encore plus: c'est que les habitants ‘ont beaucoup de moeurs et sont sincèrement attachés à la constitution du pays et à leur bon souverain, et que c’est la ville la plus loyale de tous les royaumes de la domination de sa majesté. Le colonel Haywood, vieillard respectable, maire de la ville et qui, ainsi que sa femme, nous a témoigné à moi et mes enfants beaucoup d'amitié, n’était pas loin et a entendu ce que j'ai dit au roi, après le départ duquel il l’a raconté aux aldermans, et il est venu avec eux pour me prier d'accepter la bourgeoisie honoraire de la ville. Je leur répondis que, quelque flatté que je sois de l’honneur qu'il me font, je ne puis l’accepter, parce que je ne puis prêter de serment qu’à mon Souverain, l'Empereur de Russie. П me fépondit qu'il n'est question d'aucun serment, parce que je n’acquiers aucun droit ni privilége, que je ne serai qu’un bourgeois honoraire, comme plusieurs étrangers illustres et même des princes étrangers l'ont été et le sont encore, et il montrait deux grands livres, dans l’un desquels était le registre, année par année et jour par jour, des noms de ceux qui ont été reçus bourgeois, et dans l’autre en même date les signatures de ceux qui ont prêté serment. Mais quand cela venait au nom des étrangers et des princes étrangers, au lieu des signatures le secrétaire de la ville mettait: ,pas de signature, parce que il n°y avait pas de serment à cause de la qualité d'étrangers et que ce nest qu’une bourgeoisie honoraire“. J’ai vu ainsi les noms de plusieurs étrangers, entre autres le duc de Wurtemberg, le comte de Zeplin et quantité d’autres, tandis que les fils du roi ont prêté serment et signé leur nom. C’est précisément de même que le grade de docteur honoraire dans les universités de Cambridge et d'Oxford, où le docteur honoraire пе prête pas de serment et n’est obligé ni à faire des dissertations ni de discours de réception. C’est ainsi que vous avez été reçu à Oxford, et vous ne jouissez pas du droit d’élection pour le membre que l’université envoye au Parlement.

J'ai répondu que si c’est ainsi, j’accepterai la bourgeoisie honoraire à mon retour dans la ville. Je viens de recevoir une lettre du colonel Haywood, qui me prie de permettre que mon nom soit mis dans mon absence, parce que le temps de sa mairie va finir et qu’il serait fâché que cela fût fait sous un autre maire. Je lui répondrai demain qu'il n’a qu’à m'inscrire comme bourgeois honoraire.

Je vous fais ces détails minutieux, parce que si je les fais au comte Panin, il tournera ça en ridicule et dira que je remplie mes dépêches de niaiseries et de futilités, personnelles à moi, et si je ne lui écris pas, et qu’il le verra peut-être par les gazettes, il me fera un crime et dira sous main que c’est une trahison de ma part. Je vous prie donc, quand vous aurez l’occasion, de le raconter exclusivement à l'Empereur. Je vous envoye une feuille française où il est question de vous et du c-te Panin. Je dois vous dire que le ,Spectateur du Nord“ est sous l'influence prussienne et que le c-te Panin, étant à Berlin, a aussi mis de ses articles dans ce journal et que les papiers français ne peuvent rien mettre de la politique que ce que le bouvernement leur permet.

Londres, le 31 Juillet n. в. 1801.

Nous sommes menacés ici par l'apparition d’une folle que je ne connais pas, mais qui doit venir ici au mois de Janvier, à moins que ses parents еп. Russie ne la persuadent à renoncer à cette extravagance. (C’est madame Ж....., qui parle à tout le monde de ses amours avec lord Whitworth, qui a l’impudence de se plaindre de ce que son amant s'est marié et qui prétend qu’il lui doit de l’argent et qu’elle viendra au mois de Janvier prochain à Londres pour se faire payer. Elle est actuellement à Berlin, où elle vexe tous les Anglais par ses plaintes indécentes: ministres, voyageurs, né-

arsuns musss ВОРОНЦОВА, ви. 10-я. 8

114 ДЮВОВНИЦА BHTBOPTA.

gociants, courriers, еп un mot tout Anglais qu’elle rencontre, tous sont excédés de ses jérémiades; il lui est indifférent si elle connaît ou non ces gens-là. Non seulement elle leur en parle sans cesse, mais dès qu’elle apprend qu’il у a un Anglais d’arrivé à Berlin, elle l'invite à venir chez elle et commence à lui parler de ses griefs. Si l’homme arrive d'ici, elle lui demande ce que fait son perfide amant et commence à raconter son histoire; si, au contraire, il part pour l’Angleterre, alors elle le charge de porter ses plaintes et raconte toutes ses doléances. Toutes les lettres qui arrivent de Berlin, de même que les voyageurs, ont rempli Londres des extravagances indécentes de cette folle. On ne conçoit pas ici qu’une femme de condition, mariée et ayant des enfants, puisse s’oublier à ce point que d’avouer qu’elle a vécu en adulière et qu’elle est désespérée de ne pouvoir continuer dans te même train de vie avec son amant, parce qu'il s’est marié. Si elle a des dettes à répéter, elle n’a qu’à envoyer sa procuration à quelque négociant qui recevra l'argent et qui, au défaut de payement, ira aux tribunaux |compétents pour le payement de la dette; mais si elle vient ici, elle sera dans Горргорге et l'exécration publique.

Vous pouvez bien voir que je ne permettrai jamais que Katinka vît cette femme si indécente.

Londres, le 4 Août п. s. 1801.

Vous me rendez vraiment heureux en me disant combien vous êtes content de Michel. C’est un bon garçon, il est honnête et a l’âme très-élevée. Le dernier séjour à Southampton et les malheurs que nous éprouvions alors ont beaucoup mûri son jugement. Au reste, je ne mérite pas les compliments que vous me faitès sur son éducation. Tout le mérite est à Ja nature qui lui donna du jugement avec un caractère

honnête et ouvert. Je n’ai eu soin que de le rendre robuste, car il était né avec une constitution très-faible; après cela j'ai tâché de l’habituer à n’avoir pas besoin de l’assistance des autres et à faire tout par soi-même et à ne pas craindre les dangers, car il était né timide. Quant à la probité et à la franchise, je n’avais pas besoin de les lui prêcher beaucoup; c'était inutile: il les avait dans son âme. La seule chose où j'ai influé peu à peu et dont j'ai été bien repentant après, du temps de Paul I-er, c’est le goût pour le militaire, que je voulais lui inculquer en lui parlant du maréchal Roumantzow et d’autres grands généraux des autres nations; je lui parlais souvent de la gloire militaire et de la réputation que la Russie s’est acquise par les victoires remportées par ses armées. П était alors enseigne aux gardes, et je le destinais au militaire. Mais le règne de Paul I-r me fit changer de sentiment. Le pauvre Michel a été bien malheureux alors et pleurait toujours la perte de sa cocarde. A présent il est le plus heureux des hommes, depuis qu’il a eu votre consentement pour rentrer dans le militaire, où j'espère qu'il réussira. Je voudrais seulement qu’il commençât à servir dans les gardes, “et ça pour les raisons que je lui ai alléguées dans une lettre écrite il y a 10 à 15 jours. Je vous prie de voir cette lettre et je me flatte que vous serez de mon avis. Comme vous êtes content de ce bon garçon, je suis sûr que vous le serez également de sa soeur: elle a le meilleur caractère possible, est gaie, douce, égale; elle a toutes les vertus de son sexe. Elle n’a ni vanité ni caprice et aime son frère à l’adoration. Si vous ne retournez pas à Pétersbourg avec la cour après le couronnement, je vous amènerai ma fille l'été de 1803. Mon fils aura déjà alors fait son service pendant une année, et il pourra détemment demander un congé de quelques mois pour les passer avec son oncle, son père et sa soeur. Mais si vous revenez à Pétersbourg, je vous donne ma parole d'honneur de venir en 1802, c’est à dire l’année prochaine: 18 ans d'absence me donnent le droit de demander un congé. C’est pour être nous quatre ensemble que je

ne pourrai pas venir l’année prochaine à Андреевское, саг mon fils ne pourra pas avec bienséance demander un congé à peine entré au service.

J'ai écrit au comte Раши pour qu'il m'obtienne les portraits de l'Empereur et de l’Impératrice. Je vous envoie la copie de ma lettre, et je vous prie de m'aider à obtenir cette faveur, qui est même un droit et le plus cher droit et celui qui me flatte le plus dans mon ambassade.

Тепуегга! à Michel cet été encore ce qu’il a de livres militaires.

Londres, le 2 (14) Août 1801

J'ai reçu, mon ami, vos lettres du 3 et 10 Juillet. Vous êtes toujours inquiet de ma correspondance confidentielle avec le comte P. Je puis vous assurer qu’elle est finie et qu’il Га motivé lui-même d'une manière à ne pouvoir pas m’accuser d’avoir changé: car peu à peu il a cessé de m'informer des affaires et à la fin il est allé jusqu’à ne pas me communiquer les affaires même qui regardent le poste où je suis. Car, excepté le protocole de la négociation avec lord S-t Helens au sujet de la convention, il ne m'a jamais communiqué le protocole de ses conférences avec le même ambassadeur sur les autres affaires. (Le comte Ostermann me les envoyait toujours). П ne ш’а pas même envoyé la lettre officielle par laquelle le Danemark était invité d'accéder à la convention, ni même la lettre de l'Empereur au roi de Prusse que je n'ai sue que par Krudner, et dernièrement il a fait l'ouverture à.1. S-t Helens sur une paix entre la Porte et Bonaparte que l'Empereur veut moyenner, prétendant que l'Angleterre doit le trouver bon: je пе Га! appris que par lord Hawkesbury il y a 9 à 10 jours, et encore plus par le roi, qui m'a longtems parlé sur cette affaire à Weymouth

comme d'une chose qui est tout-à-fait hostile à lui et avantageuse à Bonaparte, que cela l’afflige autant que ça l’étonne, et il me pria d'en informer l'Empereur. Comme Sa Majesté me parla très au long sur ce sujet, il me répéta à plusieurs reprises qu’il me prie d'expliquer de sa part à l'Empereur tout le mal que cette paix séparée de la Porte avec Bonaparte faisait à l'Angleterre. Га! prié le roi de permettre que je fasse un résumé de ce qu’il venait de me dire et que je le soumettrai à sa majesté en brouillon avant que de l’envoyer à l'Empereur, en priant le roi d’ajouter si j'avais oublié quelque chose et de changer les endroits où je l’aurais mal compris: parce que je ne puis me fier à ma mauvaise mémoire, surtout après un si long entretien, comme celui dont il venait de m’honorer. Le roi l’agréa, en me remerciant même de cette attention. Au sortir de l'audience, j’allai à mon auberge et je me mis à dicter à Jean Smirnow que j'avais pris avec moi à Weymouth, et dès que ma dictée fut achevée, je l’envoyai au roi, qui l’a gardée jusqu’au lendemain matin, parce que ce jour il est allé faire une promenade sur mer et à son retour alla à la comédie. П me l’a renvoyée donc le lendemain à 10 heures, et une demi-heure après, l'ayant rencontré à la promenade, il’m'aborda, en me remerciant et en me disant que je n’ai rien oublié de ce qu'il m’a dit et que j'avais grand tort de me plaindre de ma mémoire. Je vous envoie la copie de mon rapport à l’Empereur où est annexé le précis de ce que m'a dit le roi. Je ne suis pas étonné, après tout ce que vous me dites du comte Panin, qu'il ouvre mes lettres à vous: il le fait avec tout le monde, et lord S-t Helens en est outré;, car il ne cesse d'écrire que tous les paquets qui lui arrivent par mes courriers sont ouverts, recachetés maladroitement et gardés 24 heures avant que de lui être remis. Lord Hawkesbury m'en avait déjà parlé plusieurs fois, car c’est la chose la plus choquante dans ce pays-ci que l’abus d’une confiance quelconque, et on fait cette distinction que ce qui vient par la poste n’est pas aussi sacré que ce qui est donné en con-

fiance à un ministre pour être envoyé par son courrier. Jamais on ne se permet ici d'ouvrir ces paquets. O’est pourquoi je vous avais écrit. de m'écrire librement per les courriers anglais. Lord Hakesbury s’en est plaint à moi à plusieurs reprises, et dernièrement à Weymouth il ш’а dit qu'ayant fait son rapport au roi, il allait m'adresser une lettre oficielle comme secrétaire d'état à l'ambassadeur de Russie. Je l'ai dissuadé tant que j’ai pu, pour empècher une scène désagréable en tout sens, mais il n'a pas voulu en démordre. J'ai été encore hier chez lui à son bureau pour l'empêcher de m'écrire cette lettre officielle et pour lui prouver que çà ne fera qu’aigrir le comte Panin contre ce pays. Tout ce que j'ai pu obtenir enfin est qu’il m'écrirait une lettre particulière d'ami à ami sur ce sujet. Je viens de la recevoir et je Гепуоуе en copie dans une lettre particulière au comte Panin. Je vous envoie ici les copies de l’une et de l’autre. J'espère qu’il sentira mon attention pour lui et qu’il se согrigera de sa curiosité méfiante, indécente et contraire aux principes vertueux de notre adorable Souverain. En attendant je suis curieux de savoir comment il me répondra sur ce sujet.

Comme je suis tout à fait sûr que jamais mes paquets пе sont ouverts ici, je vous envoye la copie du rescrit que j'ai reçu. Il est rédigé par le comte Panin. Ainsi je puis parler avec vous sur cette pièce avec la même liberté avec laquelle on discute ici le discours du roi au Parlement, parce qu'on sait qu’il est rédigé par son ministère. Je me bornerai à vous observer que le rédacteur, croyant avoir fait un système politique complet, n’a mis que des phrases de rhéteur, des lieux communs, des contradictions, des idées fausses, comme celle que les Turcs sont à craindre et ne manqueront pas de nous attaquer à cause de leur haine pour le nom chrétien, comme s'il n’y: avait que nous de chrétiens au monde et comme si l'Autriche était musulmane. П oublie ce que tout le monde voit, que la Porte est dans une décadente absolue, que toutes ses provinces sont en insurrection et que depuis

8 ans elle ne peut pas soumettre Passavan-Oglou. Il craint la Porte après cette guerre, et il veut la terminer, car il a tâché de persuader lord S-t Helens que l’Angleterre doit eonsentir à ce que l'Empereur travaille à pacifier les Turcs avec Bonaparte. Enfin, après tout ce verbiage, il suppose, je ne sais pourquoi, que la paix entre la France et l’Autriche n’est pas faite, quoiqu’elle а été signée à Lunéville et que les ratiications en sont déjà échangées.

Après avoir mûrement réfléchi quelle était la vue dans laquelle cette pièce a été faite et quel est le principal objet qu'on pourrait extraire de cette pièce de rhétorique de collége, je n’ai rien trouvé sinon qu'on ne mêle l'Empereur que pour le faire intervenir dans les mêmes détails des indemnités en Allemagne, c’est à dire dans une injustice criаще et indigne de la majesté d’un souverain d’un si grand empire. Il est plus digne de sa grandeur de ne prendre aucune part à cette infamie.

Au reste, le rédacteur, trop occupé du présent, n’a pas le tems de s'occuper du passé et ne veut rien lire des actes antérieurs à son entrée dans les affaires, ce qui est de trèsfraîche date: car, parlant de l’obligation de soutenir l'électeur palatin, parce que feu l'Empereur s’est engagé à ça, il oublie une autre transaction plus importante, c’est la paix de Teschen et la garantie que la Russie a donnée à cette paix, qui devrait préserver l'empire Germanique et ses états de toute spoliation quelconque. En un mot, cette pièce légère et inconséquente pour le raisonnement et écrite d’un style emporté, indigne de la majesté d’un grand souverain, ne ressemble pas aux écrits de Torcy et lord Grenville, quand ils faisaient parler leurs souverains. J'attends avec impatience l'instruction qu'il paraît qu’on m’annonce sur les rapports de la Russie avec l'Angleterre.

Quand à notre marine, elle est complétement abîmée et restera dans cet état jusqu’on fasse une commission où seraient placés Mordwinow, Makarow, Kartzow et Tchitchagow; il faudrait que m-r Kouchelew en fût aussi afin d'expliquer

toutes les raisons qu’il avait pour gâter tout aussi complètement qu’il Га fait.

Londres, le 21 Août n. в. 1801.

J'envoye celle-ci par un chasseur que j'expédie avec des dépêches. Elle est mise sous votre adresse dans une lettre au comte de Lieven, qui est aide-de-camp de l'Empereur et chef du corps des chasseurs. Je Га! connu à Londres et je lui recommande de vous la faire tenir et j'ai dit au chasseur qu'il sera puni s’il ne remet pas lui-même mon paquet au comte de Lieven. Je vous envoye par la même occasion les dépêches que j'ai adressées à Sa M. L.; mais ce qui vous paraîtra bien curieux, ce sera sans doute la copie d’une lettre écrite en encre sympathique, que le comte Раша m’a adressée par le dernier courrier anglais. Elle était cachetée avec les soins les plus raffinés, et j'ai eu bien de la peine à l’ouvrir, ce qui me confirme dans la réalité des plaintes de 1. S-t Helens sur ce qu'il décachète les lettres qui lui arrivent par nos courriers, ce qui est regardé ici comme une infamie: car, si on n’avait pas là confiance qu’on n’en abusera pas, on aurait écrit en chiffres, comme on le fait par la poste. Cela prouve aussi sa méfiance et qu’il croit qu’on agit ici comme il agit lui-même. Vous m'avez souvent écrit et Michel me Га répété aussi, que toutes mes lettres pour vous sont ouvertes dès qu’elles viennent par mes courriers et passent par les mains de cet homme si méfiant ei si peu délicat. .

Vous verrez par la copie de la lettre étrange que je viens de recevoir de lui qu'il voulait m'engager dans une intrigue et que pour ça il avait imaginé le prétexte le plus absurde. Il faut que cette intrigue, que je ne comprends pas du tout, l'ait tellement occupé qu'il en a perdu le jugement: car com-

ment peut-il me faire accroire qu’il а des ennemis uniquement parce qu’ils le supposent partial pour l'Angleterre et qu’il me le dit à moi, qui sais que c’est tout le contraire; qu’il veut me faire accroire que l'Empereur lui retire sa confiance parce qu’il croit à cette partialité, tandis que Sa M. 1. n’aurait pas levé l’embargo, n’aurait pas fini nos démélés avec ce pays, s’il avait suivi ses avis: car dans la même lettre il avoue qu'il tâche d'empêcher la levée de cet embargo, contre l'avis de la majorité du Conseil. Et quant à la convention signée avec ]. S-t Helens, elle a été terminée à cause de ce que j'ai pris sur moi de ne pas exécuter се que m'ordonnait l'Empereur dans un rescrit rédigé par le comte Раши et parce que j'ai fait des représentations très-fortes directement à Sa M. I. contre les ordres qu’il m’a donnés, en lui faisant voir tout le mal que leur exécution ferait à la Russie. Et le comte Panin, après ça, a le front de ш’азвигег que l'Empereur lui retire sa confiance en le soupçonnant de partialité pour l'Angleterre. Tout ça esi bien pitoyable et dégoûtant. Si on peut le soupçonner, c’est de la même рагtialité qu’aveit son oncle pour la Prusse.

Je vous avoue qu’en lisant sa lettre dont je vous envoye la copie, j'en fus tellement indigné que si je m'étais laissé aller à mon indignation, je l'aurais traité comme il le mérite, mais je tirai un autre parti de cette correspondance qui va sans doute finir: c’est en le rassurant contre les intrigues et les ennemis qui agissent contre lui, à ce qu’il prétend, je lui conseille d’aller droit son chemin et de ne plus prendre sur lui une responsabilité qu’il fait semblant de redouter; de prier l'Empereur d’ordonner que les affaires politiques soient traitées dans le Conseil, comme ça l’est partout, et de ne pas traiter tête à tête avec l'Empereur. Je lui fais voir le danger de ces tête à tête et combien ils ont “déjà été nuisibles, parce que s’étant trompé lui-même, il a induit en erreur le Souverain et a fait du tort à l’état. En un mot, je le mis au pied du mur par ma réponse, que je joins ici. Je suis curieux de savoir comment il se Игега

d'affaire en me répondant. Il faut qu’il se démasque, qu’il suive mon conseil ou qu’il fasse voir l'ambition et la présomption les plus déterminées. Avec ces deux vices et le peu d'expérience qu’il a, les affaires passeront, malgré lui, dans le Conseil, et il n’aura plus ces tête à tête dont il a tant abusé: car il n’est pas possible que ce train puisse continuer. П est trop au dessous de la place de ministre dirigeant; il n’a ni les connaissances, ni l’expérience, ni le jugement qu’il faut. Je vois qu’il n’a d’autre talent que celui de l’intrigue et d’être très-laborieux; mais à quoi sert ce dernier, quand ce qu'il fait ne vaut rien?

Faites moi l'amitié de me faire savoir ce que vous apprendrez de ses démarches après qu’il aura reçu ma réponse, et expliquez moi, si vous pouvez, ce que c’est que cette intrigue dans laquelle il a voulu me mêler.

Je commence à croire qu’il ne lit pas nos dépêches, саг il est impossible que l'Empereur eût souffert ce paragraphe dans son rescrit du 5 Juillet, où il craint que les Turcs ne fassent la guerre à la Russie après la paix, si Sa M. avait eu ma lettre officielle du 9 Juin, où je prouve que c’est nous qui avons toujours provoqué les Turcs, qui par eux-mêmes sont les meilleurs voisins du monde, et qu’il faut les conserver. Mais ce qu’il y a de plus singulier est que tout en craignant cette ridicule guerre après la paix, le comte Panin veut travailler à cette paix entre la France et les Turcs et veut que ce soit l'Empereur qui l’amène. En vérité, je ne conçois pas toutes ces contradictions.

Je pars après demain pour Southampton. Là j'aurai assez de loisir pour faire des observations sur le rescript du 5 Juillet, aussi que sur le traité de commerce avec la Suède que j'ai vu dans les papiers anglais, copié d’après la gazette de Stockholm.

Faites moi le plaisir de faire lire à Michel ma réponse au comte Panin, pour qu'il sache la manière dont il faut répondre à un hypocrite qui veut nous ‘entraîner dans une intrigue. Communiquez la aussi au comte Kotchoubey.

Southampton, le 24 Août 1801.

Je vous remercie pour votre lettre du 20 Juillet dans laquelle vous me parlez de votre course à Pawlowsk où vous avez mené Michel, et de la bonté avec laquelle l’Impératrice a bien voulu traiter ce garçon. Je vous remercie d’avoir dit à cette bonne et vertueuse princesse que vous le remettez entre ses mains. Protégé par elle, il ne peut pas manquer d’avoir du bonheur dans ce nouveau monde où il vient d'être lancé. П me parle qu’il a assisté à un superbe souper que le comte Schéréméteff a donné à l’Impératrice-mère, sans me dire où c'était. Il n’est pas possible que ce soit à Pawlowsk, car il n’y a pas de raison pour que l’Impératrice allât souper chez un autre dans sa propre demeure, et je ne connais pas au comte Scheréméteff d'autre campagne aux environs de Pétersbourg que sa belle terre de Воронино, où j'étais, et qui est la plus belle situation daris tout le gouvernement de St. Pétersbourg; mais c’est à 20 verstes au delà de Gostilitza.—Avez-vous été à Mourino? Qui est се qui demeure à la campagne du feu prince Bezhorodko? Qu'est ce que cette campagne de Bacounine où demeure, à ce que m’écrit Michel, notre ami le comte Zawadowskoy?

J'attends avec impatience de vous la continuation de се qui se fait chez nous sur les affaires internes. C’est le plus intéressant pour le pays, car c’est là où le mal était porté à son comble. J'ai la certitude que ces affaires iront bien par les arrangements qu’on prend pour y remédier et parce que ces arrangements sont confiés à des mains aussi habiles qu’intègres. Cela me console du chagrin de voir que les абатез politiques se font hors du Conseil par un homme qui n’a aucune connaissance de son propre pays, et qu'il connaît même très-peu le seul pays étranger où il a été; mais surtout qu'à l'ignorance et à l'inexpérience qu’il fait voir à tout moment, il joint encore une présomption qui le rendra éternellement igno-

rant, ne voulant rien discuter et s’instruire par les conseils de ceux qui ont plus d’expérience, d’habileté et de connaissances que lui. Je vous avoue que je ne m'attendais nullement à cette ambition démesurée du comte Panin, et à cette présomption déraisonnable et qui n’est aucunement justifiée par les qualités naturelles et acquises qu’il a. П m’a complètement trompé dans l'attente que j'avais et qui provenait de tout ce que m’écrivaient de lui mes amis de Pétersbourg, quand il allait à Berlin, et qui provenait aussi de la modestie avec laquelle il s’exprimait dans sa correspondance et les principes de pur zèle pour l'état qu’il ne cessait d'exprimer-dans ses lettres. Or, je vois à présent avec beaucoup de chagrin qu'il est complètement dominé par la rabbia ministérielle, qui est aussi forte que la rabbia papale, comme disent les Italiens. Il veut être ministre dirigeant le vaste empire de Russie; il veut conduire notre politique, qui est si intimement liée avec nos ° affaires intérieures, puisqu'elle les entraîne, et il ne sait rien de notre intérieur. Il en sait encore moins que се qui геgarde les affaires externes, et c’est beaucoup dire; car je crois qu’il en зай moins que feu son oncle, qui était aimable, poli, habile courtisan et encore plus habile en fait d’intrigues, mais ne savait rien des affaires. Le seul avantage qu’il a sur son défunt oncle est qu’au lieu d’être paresseux comme l’autre, il est laborieux à Гехсёз, et malheureusement c'est un malheur pour l’état: car tout ce qu'il fait est dangereux ou ne vaut rien. П ne fait que parler du grand travail dont il s’occupe, du système politique de la Russie qu’il va produire pour le service de l'Empereur et pour régler notre conduite. L'ouvrage paraît, et c’est la montagne en travail qui accouche d’une souris. C’est un ramas de faussetés, de déclamations écrites en mauvais style, où à côté des phrases boursoufflées il y a des phrases du style le plus bas, où tout fourmille d’ignorance, de contradiction, et où après avoir réfléchi, quand on en a fini la pénible lecture, pour trouver le sens de cette pièce et chercher à deviner quel en était le but, on finit par ne pouvoir rien comprendre. C’est un grand malheur que cet

homme, si au dessous de за place, travaille tête à tête avec l'Empereur, qu’il induit en erreur non par volonté délibérée, je suppose, mais parce qu’il est ignorant lui-même et présomptueux outre mesure.

Mais j'espère qu’on fera voir à l'Empereur le danger de ne pas traiter les affaires politiques dans le Conseil et de les faire tête à tête avec qui que se soit, encore moins avec un homme si peu instruit et si plein d’amour-propre. En continuant de cette manière, il n’y aura pas d'ensemble dans le gouvernement, que l'incapacité du comte Раши compromettra sans cesse.

D'ailleurs, il ne faut pas qu'il y ait qui que ce soit dans le pays qui soit à l’abri de la surveillance et du contrôle du Conseil, et de tous les départements, celui du procureur-général et du ministre des affaires étrangères sont ceux qui doivent être le plus surveillés, sans quoi ils peuvent faire des maux irréparables.

Je suis enchanté de ce qu'on s'occupe de mettre le Sénat dans un état à pouvoir empêcher à Гауешг les malheurs de l’état. J'avais toujours l’idée que c’est par le Sénat que devait s’opérer la réforme salutaire du pays; qu’il fallait lui donner plus de considération, plus d'autorité et moins de dépendance. Николай Николеевичъ *) pourra vous dire que c’est ce que je lui disais l’hiver passé en mous promenant ici le long de la mer; mais je ne savais comment bien arranger cette affaire. Mon ignorance de tout plein de choses qui regardent notre intérieur m’embarrassait; mais à présent j'ai la satisfaction inexprimable de savoir que de ce côté-là tout ira bien, voyant dans quelles mains l'Empereur a remis cette importante affaire.

Southampton, le 7 Septembre п. в. 1801.

Je crois qu’à l’heure qu’il est vous êtes, ainsi que Michel,

entre Pétersbourg et Moscou *). C’est pendant le chemin que Michel verra la différence du pays qu’il a quitté et celui qu’il habite actuellement: les routes et les auberges la lui feront sentir. .

Comme il m'avait écrit qu’il avait entendu que la convention qui a terminé nos différends avec l'Angleterre n’était pas avantageuse à la Russie, en lui répondant sur cet article, j'ai été entraîné à parler aussi sur le honteux traité si dommageable à la Russie, qu’on a ratifié Dieu sait pourquoi. Cela m’a entraîné dans une longue lettre que j'aurais pu m’épargner, si vous aviez plus de loisir: car vous lui auriez appris bien des choses sur les intérêts de sa Patrie, que je ne suis en état de lui expliquer.

Tout ce que je puis dire sur ce sujet est que tant que l'Empereur travaillera tête à tête avec ses ministres et surtout avec celui de l’intérieur, c’est à dire avec le procureurgénéral et le ministre des affaires étrangères, sans porter ces affaires à la discussion du Conseil, il sera toujours induit en erreur, et l'état en souffrira. Je ne conçois pas pourquoi l'Empereur, qui ne veut que le bien de son pays, ne fait pas ce qui se fait dans tous les autres, où tout est discuté dans un conseil ou cabinet composé de 6, 7 ou 8 membres, où tout est examiné avec la plus scrupuleuse attention et où les affaires sont tellement examinées que les membres, en s’éclairant les uns les autres, éclairent aussi le souverain et empêchent que les bévues, l'ignorance et la présomption des gens comme le comte Panin et monsieur Bécléchow ne puissent devenir dommageables à l’état.

J'ai retrouvé un papier que je voulais vous envoyer depuis longtemps et qui vous prouvera que ce monsieur Trom-

*) Позадка въ Москву на коронашю. II. B.

bowskoy, au lieu d’être soutenu, aurait dû être puni chez nous pour avoir violé tous nos règlements. Son vaisseau était étranрег. Le capitaine et les matelots n'étaient pas Russes, et le pavillon et la patente étaient hollandais.

Southampton, le 11 Septembre п. в. 1801.

Je vous remercie pour la communication du projet du singulier oukase de monsieur Bécléchoff et de la réfutation que vous avez faite, ainsi que du mémoire fait par vous sur les gouvernements intérieurs et les tribunaux qui doivent y être. En empéchant le mal que l'ignorance et la présomption des autres sont toujours prêts à faire à l’état, vous ne pouvez pas ne pas convenir de quelle grande utilité vous êtes pour votre Souverain et votre Patrie. Vous le serez toujours, mais à plus forte raison dans les 3 premières années d’un nouveau règne, où il faut tout refaire, remettre en ordre un pays tout à fait désorganisé et surtout dans l’heureuse circonstance que le Souverain a la vertueuse passion de vouloir rendre heureux le pays qu’il gouverne. Je vous avoue que j'étais affligé de voir que vous ne vouliez pas revenir de Moscou à Pétersbourg, mais ce qui vient de me consoler, c'est que vous venez de m'écrire que vous reviendriez à Pétersbourg si je venais là par congé, et je vous avais écrit quo je viendrai l’année prochaine si vous êtes à Pétersbourg, mais que si vous êles sur vos terres je ne pourrai le faire que l’année d'après. ‘J'espère qu’en recevant cette lettre que je vous avais écrite, vous me confirmerez la bonne nouvelle de votre retour prochain à Pétersbourg, et je vous confirme ma promesse que dès que je recevrai votre lettre, après votre retour sur les bords de la Néva, j'écrirai à l'Empereur’ pour le supplier de permettre que je puisse venir par congé passer trois mois à Pétersbourg. Je me fais une fête d'avance en pen-

sant au plaisir que j'aurai à revoir mon frère, qui est le meilleur ami que j’aie dans le monde.

Je viens de suivre votre conseil en écrivant aujourd’hui à l'Empereur pour le supplier de placer Michel dans le militaire, et si c’est possible dans le régiment de Préobragenskoy. Гаdresse ma lettre à monsieur Trostchinskoy en le priant de la présenter à Sa M. I. Je vous envoie le brouillon de ma lettre, et comme je n'ai pas eu le tems d'en tirer une copie pour moi, renvoyez la moi par le premier courrier qui partira de chez vous. .

Le frère aîné des Smirnow est mort en Russie en laissant 8 ou 9 enfants qui ne sont pas placés, comme vous le verrez par l’incluse que ш’а remise Иванъ Ивановичъ, qui était le plus attaché à ce frère. Vous verrez ce qu'il désire et si vous pouvez par vous-même ou par vos amis placer ces enfants, je vous serai bien obligé, mon ami.

Il y a longtemps que j’ai répondu au comte Nicolas Roumantzow et je lui ai envoyé ma lettre par Michel. Pourquoi est-ce que le comte Panin est contre lui? Faites lui bien mes amitiés, ainsi qu'au comte Zawadowskoy et à ma soeur, auxquels j’écrirai la poste prochaine.

Southampton, le 12 (24) Septembre 1801.

J'ai reçu ce matin votre lettre du 18 Août, datée de Бронницы. La description que vous me faites des pluies et des chemins tout-à-fait abîmés me fait de la peine; car je prévois que vous aurez encore beaucoup à souffrir pendant les #, du chemin qui vous reste à faire. Ces maudits chemins et les abominables auberges qu’on rencontre entre les deux capitales, ‘doivent étonner Michel qui est accoutumé à ceux du pays qu’il a quitté; mais ça ne l’incommodera guère: car à son âge on supporte tout. Mais à notre âge on désirerait bien que

le gouvernement puisse avoir les moyens de remédier aux chemins. On a observé que dans tous les pays où on s’est occupé de cet objet si essentiel pour le bien public, comme en France du tems de Louis XIV, en Autriche sous le règne de Charles УТ et en Angleterre il п’у a que 50 ans, la circulation interne des denrées et la richesse du pays ont plus que quintuplé. Le fameux abbé Galiani me disait à ce sujet qu’outre l'accroissement de richesse et de commodité que les bons chemins amènent naturellement, les moeurs mêmes deviennent plus douces et plus policées, et il ajoutait que la Sicile et les deux Calabres resteront peuplées par un peuple sauvage et barbare par la seule raison qu’il n’y а ni chemin, ni communication aisée.

Vous avez souvent entendu parler par moi de l'amitié qui me На! avec le feu comte Mocenigo, auquel javais de trèsgrandes obligations pendant mon second voyage en Italie après la guerre, et où étant très-malade à Pise, il m’a soigné comme si j'étais son parent. Depuis ce tems il m’a encore plus prouvé.son amitié: car, après la mort de ma femme, étant malade, et étant allé à Pise, ma maladie empira au point que le docteur Rizzi, qui me traitait, a été plusieurs jours dans la persuasion que je n'échapperais pas à la mort,—c'est alors que le comte Mocenigo a redoublé de soins pour moi et pour mes pauvres enfants, qu’il soignait comme s'ils étaient les siens. Vous ne serez donc pas surpris, mon ami, si je m’intéresse au sort du fils d’un homme à la mémoire duquel je dois tant. Ce fils a été maltraité d’une manière inouïe; il est actuellement à Moscou pour obtenir réparation et justice, et je vous conjure de le protéger.

Р. S. Vous m'annoncez que le prince Bariatinskoy va venir pour être de la mission de Londres, et tout en m’avertissant de son caractère, vous me recommandez de le bien traiter. Je le ferai sans doute; mais je vous avoue que je ne suis pas aise de cette armée d'employés autour de moi. C’est le vrai moyen de les rendre tous 0133 et de les accoutumer à la fainéantise. Je sens qu’il ne vient pas en Angleterre

130 КНЯЗЬ И. И. BAPATABCKIË.

pour travailler, mais pour s’amuser. Or, avec le caractère qu’il aon ne devrait jamais l’envoyer ni à Paris, ni à Londres, où il y a trop de dissipation. Je serai poli avec lui, mais si on croit que je ше mélerai à le conduire et à le conseiller, on a grand tort: je n’ai ni le tems, ni la santé pour faire le pédagogue auprès de jeunes gens, et je voudrais bien que leurs parents se mettent bien en tête cette vérité incontestable que les jeunes gens sont comme les vins: sont-ils bons par euxmêmes, ils deviennent meilleurs à force de voyager; sont-ils mauvais, le moindre voyage les détériore, et si le voyage est long, il les gâte tout-à fait, et ils deviennent détestables.

Southampton, le 12 (24) Septembre 1801.

Je vous envoie, mon ami, la copie d'une dépêche de lord S-t Helens qu’il a envoyée ici par le capitaine de la frégate la Latone, qui est arrivé depuis 8 jours à Yarmouth. Je vous Гепуоуе telle que je l’ai reçue du bureau de lord Hawkesbury. Michel vous la traduira. J'espère que tant que ce bon garçon a le bonheur d’être auprès de vous, vous le ferez travailler à des traductions, à des extraits, à écrire sous votre dictée; car il sait passablement la grammaire française et encore mieux la grammaire russe, grâce aux soins que s'est donné monsieur Nazarewskoy à lui apprendre sa langue suivant toutes les règles. Il s’est habitué à travailler vite, surtout à faire des extraits et à écrire vile et sans fautes sous la dictée. Je désire beaucoup que vous le fassiez travailler sur les affaires internes: car outre que, militaire ou non, tout homme doit ambitionner à bien connaître son propre pays, il peut se trouver, dans un âge avancé (et quand il est trop tard de s’instruire) dans une autre carrière, comme cela m'est arrivé. D'ailleurs, le militaire n’exclut pas d'autres emplois, où il faut savoir l’intérieur du pays. П peut devenir un jour gou-

verneur militaire, qui depuis quelque tems sont devenus des pachas qui se mélent aussi du civil et qui gouvernent la police de la province. Il peut devenir un jour, quand il sera vieux, membre du Conseil, où il serait honteux pour lui de n’avoir la tête meublée que des manoeuvres des camps. Il n’y a qu’à lui faire sentir ces raisons, qu’il s’appliquera avec soin à connaître les affaires de son pays, qu'il adore: car ce bon garçon a été de tout tems, dès sa plus tendre enfance, attaché avec enthousiasme à sa Patrie et n’a d'autre passion que de lui être utile un jour.

Je vous ai envoyé, il y a quelques mois, une lettre du comte Rostopchin. Je vous envoye à présent une lettre de ce dernier *) que j'ai reçue depuis deux mois et que j'attendais une bonne occasion pour vous la communiquer. Vous verrez qu’il rend bien à son antagoniste les sentiments que l’autre a pour lui, et le plaisant de ça est qu'aucun d’eux ne se doùte de ce que l’autre m'a écrit sur son compte. Vous verrez qu’il s'excuse d’avoir cessé de m'écrire, parce que j'avais traité le comte Panin d'ami. 7

En lui répondant, je lui ai dit qu’il avait tort de prétendre que j’ai rompu avec un homme qui m'a témoigné de l'amitié, parce qu'il était brouillé avec lui, que ce n’est pas avoir des amis, mais des esclaves, que d'exiger d’eux de pareil procédés; que j'avais la plus mauvaise opinion possible de Koutaïtzow, qui était son ami, mais que tout en le plaignant de son aveuglement pour cet homme, je n'ai jamais changé de conduite envers lui et que même dans le tems qu'il a cessé de m’écrire, je n’ai jamais cessé de lui être attaché et que je le serai toujours, parce que je me souviendrai, tant que je vis, des services qu’il m’a rendus, et cela est vrai sur mon honneur. ‘

Pour ce qui est de sa politique, de laquelle il me fait sa profession, je lui réponds que je ne suis de son avis et qu’au

*) Это пасьмо, изъ Воронова, ors 30 lioun 1801, напечатано въ УШИ кннг® (стр. 280) настоящаго излашя. П. Б. &

premier loisir que j'aurai je lui prouverai qu'il a tort, persuadé qu'il est trop franc pour пе pas avouer qu’il a été en erreur. En effet, vous verrez que sa politique était absurde, et il est visible partout, ce qu'il avoue lui-même, qu'il a eu grande part aux extravagances faites du tems de Paul I-r. Mais je l’excuse: il ne comprenait pas cette matière, et c’est la faute du Souverain d’avoir confié les affaires étrangères à un homme qui n’en savait rien.

Si cettre lettre vous trouve encore à Moscou et que le comte Rostopchin y est, je vous prie de lui faire mes amitiés. Je lui serai toujours attaché et je me regarderai comme bien heureux si je puis jamais lui être utile.

Je vous remercie d’avoir autorisé notre ami Kapusa Степановичъ *) de payer de mon argent l'amende à laquelle il a été condamné. Je dois tant à ce digne homme qu’il peut toujours disposer de ce que j'ai. Vous savez avec quel courage héroïque il m’a écrit et ш’а fait passer des lettres de change du tems qu'on me confisquait mes biens, .que j'étais regardé comme un traître et qu'on ouvrait toutes les lettres. Tant que je vis, je n’oublierai jamais ce trait d’attachement qui pouvait le conduire à la forteresse.

Southampton, le 16 (28) Septembre 1801.

J'attends avec impatience de vos nouvelles de Moscou pour savoir si vous avez bien soutenu les fatigues d’une si longue et mauvaise route. Ce qui me tranquillise est qu’étant parti 15 jours avant la cour, vous n’aviez pas besoin de vous presser et que vous pouviez vous reposer à Topxors, à Вышв# Волочекъ et à Тверь, qui sont les seuls gîtes supportables sur ce chemin. En nommant ce second endroit, je me suis rappelé la communication par eau et ses écluses. Dites moi, je vous prie, mon bon ami, dans quel état se trouve + Fun.

l'administration de cette partie si importante pour le pays. Serait-il possible que l’inepte et ignorant Kouchelew, tout en quittant l’amirauté, eût conservé la direction de toutes les navigations internes? Il serait bien utile qu’on en fit un département tout à fait distinct et auquel on ajouterait la direction sur les chemins, comme c'était en France et comme on vient de le renouveler dans ce même pays. Il serait à désirer qu’on établit une école dépendante de ce département, où des jeunes gens fussent instruits dans tout ce qui regarde le nivellement, les mécaniques, l’hydrostatique, l'hydraulique, l'architecture etc., et il serait à souhaiter que Николай Николаевичъ Новосильцевъ eût ce département en chef: ear outre qu’il connaît la plupart de ces sciences et qu’il a beaucoup d'application et de zèle, il a vu les canaux et les écluses de’ ce pays, qui sont les mieux entendues et les plus économiques, et par dessus фа il est si honnête qu’il empêcherait les vols et les dilapidations qui s’introduisent d’abord dans tout ce qu’on fait chez nous. Quant à l’utilité que le pays en retirerait, vous la concevez beaucoup mieux que moi sans doute.

Je vous réitère ma prière de m'envoyer tous les édits et les règlements qui ont paru depuis ce nouveau et bienheureux règne, que le bon Dieu fasse continuer le plus longtemps possible.

Envoyez moi aussi la liste de tous nos sénateurs et gouverneurs des provinces. П me semble qu’on aurait fait une chose utile en abolissant les gouverneurs militaires; car ça sent un peu les pachas turcs. Les commandants des forteresses et les commandants des divisions, comme c'était autrefois, iraient mieux dans un gouvernement qui ne peut pas être despotique; саг il est impossible d'éviter l’abus de Гагbitraire, quand le pouvoir civil est joint au pouvoir militaire dans la même personne. C’est surtout dans les endroits éloignés de la résidence, où l’abus du pouvoir civil et militaire, réunis dans la même personne, est le plus sensible, plus pesant sur les individus et plus difficile à être connu

et réprimé. Dans tous les pays où on пе veut раз gouverner à la turque, ces deux pouvoirs doivent être séparés, et il est même indispensable que le pouvoir militaire soit subordonné au civil, sans quoi il n’y a plus de liberté civile. Je vois avec regret qu'on continue à attacher une telle importance à la soldatesque, que dans toutes les gazettes de la cour l’avancement d’un enseigne précède les édits adressés au Sénat et toutes les affaires internes paraissent être de moindre conséquence que ce qui regarde un bataillon de chasseurs ou une troupe de cosaques. J’ose espérer dans l’excellent jugement de notre bon Souverain, que si on lui fait ces remarques, il fera changer cet ordre de choses, qui dans le fond n’est que la suite d’un désordre établi il у a quatre ans.

Southampton, le 3 (15), Octobre 1801.

Je viens d'apprendre dans ce moment d’un homme qui a vécu près de 40 ans en Hollande, qui est très-intéressé à ce qui s’y fait, ayant des fonds dans ce pays-là, et qui a depuis 6 à 7 ans qu’il a quitté ce pays conservé une correspondance très-suivie avec les amis qu’il a, que la dernière révolution qui vient de s'opérer à la Haye, dont les papiers publics ont parlé depuis deux semaines, a été la suivante. Deux directeurs et 25 membres du corps législatif ont, à l’aide du citoyen Sémonville, qui sous le nom d’envoyé de la France est le préteur que celle-ci envoye pour gouverner ce département à elle qu’on appelle la république Batave, fait arrêter 3 directeurs et 27 membres du corps législatif. Cette minorité, par laquelle la majorité est tenue aux arrêts, va forcer la nation prétendue indépendante à faire une nouvelle constitution d’après les ordres du préteur Sémonville et du général Augereau, qui est là pour lui prêter main forte. `

Voilà la belle existence politique des Bataves, et il y a des gens qui croient que les puissances étrangères peuvent avoir des relations et des affaires politiques avec eux! Ces gens doivent être bien au fait de toutes choses et avoir un excellent jugement s'ils sont sincères dans les motifs qu’ils doment pour leur conduite, et s’ils ne sont pas sincères et ne croyent pas à la réalité de l'indépendance politique de la pauvre Hollande, quel nom faudra-t-il donner à leur probité et attachement à la patrie et à la dignité de leur souverain?

Je vous répète, mon ami, ma prière de me marquer toujours la date des lettres que vous recevez de moi, parce que je tiens registre de ces dates, désirant savoir si ce que je vous écris parvient jusqu’à vous: car dans mon dernier séjour à Londres j'ai appris qu'il у a un certain pays par lequel la poste passe, où on se permet de soustraire des incluses dans les lettres et de supprimer les lettres mêmes, quand leur contenu a le malheur de déplaire. L'un et l’autre de ces cas est déjà arrivé à un de mes amis, et si j’apprends qu’une de mes lettres envoyées par la poste ne vous est pas parvenue, je les enverrai, à présent que la paix est faite, par la France et l'Autriche: elles seront tout aussi lues que par l’autre chemin, mais au moins elles vous parviendront. Que m'importe qu’on lise ce que je vous écris, Pourvu que cela vous parvienne! Je vous renouvelle donc ma prière de me marquer toujours la date des lettres que Yous recevez de moi.

Londres, le 9 Octobre п. в. 1801.

Пуа cinq jours que j'ai été obligé de venir ici à cause des préliminaires de la paix qui va être signée le 1-er de

ce mois entre lord Hawkesbury et Otto, le commissaire de Bonaparte. Ce matin j'ai eu la satisfaction de recevoir votre

136 МИРЪ ФРАНЩИ СЪ AHPIIEI.

.lettre de Moscou datée du 26 Août. Je suis fâché de savoir toutes les incommodités que vous avez essuyées en route par l’état abominable de nos chemins; mais jai la satisfaction de savoir que vous êtes enfin arrivé sans ‘être malade. Que Dieu vous conserve, mon bon ami, pour moi, pour mes enfants, pour nos amis et parents, et je puis dire avec exactitude, pour l'Empereur et pour l’état! Que Dieu vous donne les forces et la santé de continuer à les servir comme vous le faites, et la Russie y gagnera. C’est ce que j’ai toujours pensé et c’est ce qu’on pense, comme je le vois par plusieurs lettres que j’ai reçues.

Je vous ai envoyé, mon ami, dans son temps, ma dépêche à l'Empereur et le précis de ce que ш’а ditle roi à Weymouth. Je viens de recevoir une lettre officielle qui, suivant lui, est une réponse de l'Empereur à ce que m'a dit le roi, où sans réfuter l'opinion claire que ce prince a exprimée que c'est sacrifier Ja Porte, lui attirer une guerre inévitable avec la Grande Bretagne, que c’est faire du mal à toutes les deux au profit de la France, que de travailler à faire une paix . séparée entre cette dernière et les Turcs; que c’est effectuer ce que Paul I-er avait projeté dans toute sa Ваше contre l'Angleterre, le comte Panin fait dire par l'Empereur au roi d'Angleterre que l’époque n’en est pas déterminée et il lice à cette réponse si sèche, si obscure, la proposition d'une médiation entre la France et l'Angleterre. Heureusement les préliminaires étant signés entre elles, je ne communiquerai pas cette réponse si choquante; mais j'ai pris le parti de rompre la glace et d'écrire à l'Empereur directement pour lui représenter en grand détail tout le mal qui résulte pour l’état de ne traiter qu’en tête à tête avec un seul homme les affaires politiques, qui sont si liées avec les internes qu’elles peuvent compromettre, et je lui cite à ce sujet des exemples frappants de cet inconvénient très-dommageable et qui ira de pire en pire, si Sa M. I. ne prend раз la résolution de discuter toutes les affaires dans son Conseil, surtout celles qui regardent la politique.

Je ше justifie de la liberté que je prends de lui faire cette représentation, par mon zèle pour lui et pour l’état et par une de ses lettres. où il me remercie de l’avoir jugé digne d’entendre la vérité et me prie de continuer à le faire. J'ai passé toute la journée d'hier à faire cette lettre; à peine at-on eu le temps de la copier. Ainsi je ne puis pas vous l'envoyer par ce courrier, mais je suis sûr que vous Гарprouverez quand elle vous parviendra. Га! envoyé aussi à Sa M. L. la copie de celle que j'ai écrite au comte Panin, que je vous ai communiquée, par laquelle je lui conseille de demander lui-même que les affaires politiques soient débattues dans Je Conseil et dans laquelle je lui fais voir tout le mal qu’il a fait déjà.

Ma lettre à l'Empereur sera remise par le comte Lieven, et je dis à Sa M. 1. que je l'envoie de cette manière uniquement pour qu’elle lui parvienne plus tôt, mais nullement pour la cacher au comte Panin; qu’il n’est pas dans mon caractère de craindre de dire la vérité et de blâmer quelqu'un à son insu; que je prie, je supplie, je conjure Sa M. I. de lui montrer ma lettre, pour qu’il puisse voir si je le blâme à tort et pour qu’il puisse voir si la copie que j’envoie à Sa М. 1. de la lettre que je lui ai écrite du 9 (21) Août est exacte à l'original qu’il а reçu de moi.

En attendant, je dois vous dire que ce présomptueux ministre m’a écrit une lettre particulière sur le sujet de sa prétendue réponse officielle, et il glisse un peu sur la plainte de lord Hawkesbury, sur laquelle il me dit de répondre par la plus plate des excuses. Comme je suis résolu de ne jamais lui écrire officiellement (c'est à quoi je ne suis раз même obligé), mais à l'Empereur, auquel je dois répondre sur tous les ordres qui ne peuvent me venir de personne que par sa volonté, j'ai répondu par une lettre particulière à son officielle et sa particulière. Je vous inclus ici le tout.

Je vous envoie aussi la copie d’une lettre que j’ai reçue de l’Impératrice-mère, ainsi que la copie de ma réponse.

Comme, avant de quitter cette fois-ci Southampton, il y eut

3 -]опгз ‘de pluie consécutive, j'ai employé les matinées à faire des observations sur le rescrit dont le comte Panin s'avoue être le rédacteur et qu’il m'avait annoncé, et même à l'Empereur, comme son grand travail, son système politique. Je vous envoye de nouveau la copie de ce rescrit, parce qu'il fallait le copier en paragraphes et numéroter ces paragraphes à fin que vous puissiez mieux juger à quel article mes observations, qui sont aussi numérotées, se rapportent. Vous ne m’accusez pas la réception d’une feuille de Paris intitulée La clef du cabinet, dans laquelle il est question de vous et du comte Panin. Je vous l'ai envoyée au mois d’Août.

Les conserves 4’апапаз sont parties, 12 sur ип vaissgau et 87 sur un autre.

Southampton, le 12 Octobre 1801.

Vous avez déjà vu tout pleir de monde, auquel vous avez eu la bonté de présenter notre Michel. Je ne vois pas avec plus de plaisir que vous la passion invincible de ce bon garçon pour le militaire. Mais que faire? 11 serait tout à fait - malheureux si on le génait dans la carrière de service dont il est amoureux. Ce qui me console est que la Russie a absolument besoin d’une longue paix, que l'Empereur est sage, aime son pays, auquel il veut procurer tout le bien possible, et qu’il doit savoir que ce bien ne peut lui être acquis que par une très-longue paix pour cicatriser les playes profondes que la pauvre Russie a reçues par les guerres continuelles qui ont dérivé du premier faux pas fait au commencement du règne de la feue Impératrice par la confiance illimitée qu’elle accorda à son ministre; de là sont venues les confédérations polonaises, la première guerre de Turquie, le changement de la constitution en Suède et ‘toutes les autres guerres dont la Russie а été la victime; car qu'importe

ПОЛИТИЧЕСКИЕ COBBTEI. 139

qu'elle s’est accrue en étendue, quand elle s’est affaiblie au dedans, quand par la levée des recrues elle a perdu au delà d'un million et demi de Russes, qui en vivant aurafent produit 5 à 6 millions d'hommes dans le centre du pays, qui fait toute sa force? En même tems on a ruiné nos finances, on a retardé l'accroissement de notre commerce et de поз manufactures, qui, quoique augmentées, auraient augmenté du quadruple si on avait joui de la paix, qu'il était tout à fait dans le pouvoir de l’Impératrice de maintenir.

Pour que l'Empereur puisse maintenir cette paix, il ne faut pas qu’il imite sa grand’mère, qui elle-même s’en ést bien repentie; car dès qu'elle s’aperçut que l'incapacité du ministre avec lequel elle traitait tête à tête les affaires lui ата une guerre qu’elle ne voulait pas, elle remit les affaires politiques aux délibérations du Conseil. Il ne doit donc pas faire ce qu’elle faisait entre les années 1763 et la fin de 1768, mais suivre ce qu’elle a fait depuis et ce qui se fait partout. Je vous avoue que je croyais que le comte Panin connaissait son propre pays et avait quelques idées de l'intérêt de sa Patrie; qu’il avait des connaissances générales des intérêts des autres puissances; qu'il avait aussi quelque idée sur les différentes branches de l'administration, comme finances, navigation, manufactures et commerce; mais je vois à mon graud étonnement qu'il est sur tous ces points d’une ignorance impardonnable non seulement pour un ministre qui a l'ambition de passer pour un homme d'état, mais qu’il seтай honteux méme pour un gentilhomme tant soit peu bien élevé d’être aussi ignorant qu'il est. Dénué de toutes ces connaissances et n’ayant que très-peu d'expérience, il ignore même la dialectique; il ne sait pas même les convenances de style: car dans un même rescript qu’il rédige, il fait. parler le Souverain en rhéteur boursoufflé et le fait tout d’un coup tomber dans des expressions viles et basses, indignes d’un souverain. En un mot, jamais je n'ai vu un homme si au dessous de за place. J'espère que Sa М. 1. connaîtra toute son incapacité et fera discuter les affaires dans le Conseil,

140 ОТНОШЕН!Я KB ГРАФУ ПАВИНУ.

Vous ше dites d’être sur mes gardes avec le comte Раша dans ma correspondance officielle et particulière. D’officielle je ne puis en avoir, car j'écris à l'Empereur sur les affaires, et quand le ministre w’écrit sur les affaires et qu’il ne me dit pas que c’est par ordre de l'Empereur, je ne lui répondrai pas, mais à l'Empereur pour savoir si c'est sa volonté. Pour ce qui est de la correspondance particulière, j'espère en être débarrassé, car il пе m'écrira plus sans doute après avoir reçu celle que je lui ai écrite le 9 (21) Août.

Southampton, le 26 VIII-bre п. в. 1801.

Vous me blâmez d’avoir donné une si verte leçon à l’hypocrite qui voulait m’engager dans ses intrigues, parce que vous êtes persuadé qu'il sera mon ennemi ouvert. Croyez, je vous supplie, qu'il l'était déjà et qu’il ne ш’а jamais рагdonné la représentation que j'ai été forcé de faire à ГЕшреreur le 6 (18) May, de Southampton, par courrier. Elle a dû faire voir à Sa M. 1. les idées erronées de cet hypocrite et combien peu il connaît la Russie et ses vrais intérêts. Du moins l'Empereur a dû voir que cet homme ne |е conseille pas toujours bien. C’est un grand crime que j'ai envers l’hypocrite. Aussi, depuis ce tems, quoiqu'il me régalait de tems à autre de quelques lettres mielleuses et insignifiantes et surtout pour me faire entrer dans ses intrigues, il avait soin de me cacher les affaires, même celles qu’il traite avec l’ambassadeur de l'Angleterre, ce que je ne souffrirai plus, je vous assure.

Je suis aussi tout-à-fait convaincu qu'il ne lit pas toutes mes dépêches à l'Empereur, ou bien il ne Jui lit que ce qui lui plaît, mais je mettrai ordre à ça ou je quitterai, ce qui en vérité me fera plus de bien que de mal: car en vérité le goût de la vie tranquille et indépendante ne fait que s’ac-

croître en moi de jour еп jour, et pour rien au monde je ne pourrai me résoudre à être dans une espèce de dépendance indirecte d’un homme dont je méprise le caractère, comme celui de cet hypocrite. Je prévoyais que vous me blâmeriez, au premier aperçu, de се que j’ai comme rompu avec le comte Panin, mais si vous réfléchissez, mon ami, qu'il sera moins dangereux pour moi quand tout le monde saura que nous sommes mal ensemble, que quand sous le masque de l’amitié il me portait des coups fourrés, vous trou- ° verez que je gagne à cet état de choses: car il ne pourra plus me citer à tort et à travers et dire que je lui ai écrit sur tel ou tel autre homme, puisqu'on saura qu’il ne peut plus exister de correspondance confidentielle entre nous, et l'Empereur même n’ajoutera plus foi aux insinuations qu'il s’aviserait de lui faire contre moi. Ma correspondance est finie avec lui. Je n’écris mes dépêches qu’à l'Empereur. Le comte Panin ne peut rien m’ordonner que par ordre de Sa M. L. et je répondrai à l'Empereur et non à lui, et s'il m'écrit des lettres particulières, il faut qu’il mesure bien ses expressions, sans quoi je lui donnerai sur les doigts.

Je m’attends qu'il chassera son parent le prince Kourakin et qu’il aura au couronnement sa place de vice-chancelier et qu'il se croira être devenu mon chef, et en conséquence essayera de prendre un ton avec moi. C’est là où je l’attends pour lui faire une leçon encore plus verte que celle que je lui ai déjà donnée. Je dois vous raconter à ce sujet que quand il apprit que feu l'Empereur m'avait envoyé un courrier pour me prier d'accepter la place de vice-chancelier, il m'écrivit de Berlin où il était plusieurs lettres que je possède, par lesquelles il me priait, me suppliait et ше conjurait de пе pas refuser cette place, parce qu'il se trouverait trèshonoré de servir sous mes ordres, et parce que si je n’accepte pas cette place, elle sera donnée à Викторъ Павловичъ, sous les ordres duquel il ne peut pas servir, parce que c’est un passe-droit qui lui sera fait. Je vous avoue que je n’ai pas compris ce passe-droit, à moins qu’il n'ait été fait gen-

tilhomme de la chambre et puis chambellan quelques jours avant ke comte Kotchoubey. Ainsi, sans entrer dans une discussion de dates dont j’ignorais la validité, je lui répondis que ,ni mes talents ni ma santé également faibles ne me permettent d'accepter la place que Sa M. I. a eu la bonté de m'offrir, que s’il craint qu’elle ne fût donnée au comte Kotchoubey, je puis Газзигег que celui-ci, qui est mon ami, craint encore plus que lui d'être obligé de l’accepter; que bien loin de la vouloir, il me presse de ne pas la refuser, et voit avec terreur que si je ne l’accepte pas, l'Empereur, par considération pour le prince Bezborodko, pourrait le faire, lui, vice-chancelier et que son oncle le forcerait de l’accepter, ce qu'il regarde comme le plus grand des malheurs qui pourrait lui arriver: car il prévoit que cette place lui attirera mille désagréments; que quant à ce qu’il croit être trèsoffensant pour lui d’être sous les ordres de ce vice-chancelier, il se trompe: car nous ne servons que l'Empereur, que c’est à lui seul que nous faisons nos rapports, que c’est Sa М. 1. qui nous envoye ses ordres directement ou par le canal du chancelier, du vice-chancelier ou des secrétaires qu'il a auprès de sa personne et qui, en nous communiquant la volonté de Sa M. L., ont grand soin d'ajouter toujours que c’est par ses ordres qu’il nous écrivent: ainsi c’est à ’Ешреreur et non à l'écrivain que nous obéissons; que j'ai souvent reçu de pareilles lettres du petit Obreskoff sans jamais avoir eu l’étrange idée qu'il pouvait être mon chef“.

Si le comte Panin, devenu vice-chancelier, s'avise jamais de prendre un ton envers moi, je lui rappelerai d’abord cette lettre que je lui ai écrite et j'ajouterai que c’est le comble du délire de sa vanité que de croire qu’il est mon chef et moi son subordonné, et que si jamais il s’avise de m'écrire sur les affaires sans ajouter que c’est par ordre exprès de l'Empereur, non seulement je n’en ferai aucun cas, mais que je lai ferai une leçon telle qu’il mérite de recevoir, et que quand il mettra que c’est par ordre de Sa M. 1. qu’il m'écrit, ce sera toujours à elle et non au vice-chancelier que

3AHATIE ГАННОВЕРА ПРУССТЕЮ. 143

je répondrai. Je puis vous assurer que tant que je sers, je saurai le tenir en règle vis-à-vis de moi et je lui ferai sentir que je ne suis pas Krudner, Mourawiew ou le pauvre Forsmann. `

А propos de се premier. Etant requis par le ministère britannique de lui faire l'amitié de lui donner quelque nouvelle sur ce qui se fait à Berlin par rapport aux affaires d'Hanovre, j'ai écrit à Krudner pour le prier de m'’informer et j'ai reçu pour réponse que за m. le roi de Prusse est las des tracasseries hanovriennes. Les Prussiens sont entrés dans ce malheureux électorat, aux dépens duquel vivent non seulement les troupes qui l'ont occupé, mais celles même qui sont dans le voisinage sur le territoire prussien. L’électorat non seulement est obligé de nourrir toutes ces troupes dans l'électorat et dans les environs, mais encore de payer leurs appointemens, comme si elles étaient levées exprès et ne faisaient pas partie de l’armée prussienne, et quand la régence 4’Напоуге se plaint de ces vexations et supplie d’être délivrée de ce fardeau insupportable, ses justes réclamations sont traitées comme des tracasseries insupportables et dont on est las. Krudner adopte cette manière de voir la chose et me le répète. Je ne lui ai rien répondu à cette lettre, mais quand les préliminaires de la paix furent signés avec la France, contre laquelle la Russie prétendait garder l'électorat, je lui ai écrit que , j'espère qu’on sera content à

‘ Berlin de cette paix qui va délivrer la Prusse des tracasseries hanovriennes dont elle était lasse, comme il avait cu la bonté de me le marquer dans son tems“.

Depuis que je vous ai écrit par le courrier que j’ai expédié le 10 de ce mois п. s., j’ai de plus fortes raisons que jamais d’être persuadé que nos affaires politiques vont de mal en pire et que l'Empereur est indignement trompé.

Cette lettre vous trouvera à votre campagne au delà de Moscou; ainsi elle vous arrivera tard. Je l’envoye à notre ami le comte Kotschoubey, en le priant de l'ouvrir, de la lire et puis de la recacheter et vous l’envoyer.

Londres, le 18 (30) Octobre 1801.

La bonté que Sa M. 1. m’a témoignée ne peut être attribuée qu’à la considération qu'elle a pour vous et à la partialité de mes amis, qui lui auront dit que je sers depuis 45 ans; саг vis-à-vis de l'Empereur, qui ne me connaît pas et que je n’ai pas eu occasion de servir, je ne puis avoir aucun mérite. Je vous avoue que je suis affligé que le comte Kotshoubey ne se trouve sous aucune catégorie de la liste des personnes gratifiées. J'espère, mon bon ami, que vous continuerez à servir un Souverain qui vous témoigne tant de bonté. C'est un malheur pour l’état que vous ne rejoindrez la cour qu’au mois de Janvier et que c’est dans votre absence qu’arrivera le singulier traité fait à Paris. Je connais trop la prudence et l'expérience du comte Marcow pour n’être pas persuadé qu’il а été forcé par des ordres que le comte Panin a surpris à l'Empereur, de conclure les articles dans les termes où nous voyons cet étrange traité. Si vous étiez alors à Pétersbourg, je suis persuadé que vous auriez représenté à Sa M. I. combien elle у est compromise.

Pour ce qui est de l’hypocrite qui compromet continuellement son vertueux Souverain, vous avez tort de dire, mon bon ami, qu’il va devenir mon ennemi déclaré: il l'était déjà depuis ma représentation du mois de May, de Southampton, et dès ce moment il n’a cessé de me manquer еп ne m’informant de rien de ce qu’il traite avec lord de S-t Helens. Je suis même bien aise qu’il se déclare ouvertement contre moi, car c’est alors qu'il me sera moins dangereux.

Agissant en honnête homme et еп zélé sujet de mon Souverain je ne crains pas les viles intrigues de cet hypocrite ét-je пе souffrirai plus qu’il me traite comme son oncle traitait le prince Galitzin de Vienne, auquel il ne communiquait rien de ce qu’il traitait avec le prince Lobkowitz Le prince Galitzin le souffrait, parce qu’il était trop attaché

à conserver за place; mais moi je ne suis attaché qu’à mon Souverain et à ma Patrie sans être nullement attaché à ma place. L'intérêt de l'Etat et mon honneur me sont plus chers que le rang d’ambassadeur, que je quitterai avec plus de joie que je ne l’ai accepté, dès que je verrai que le comte Panin continue à faire tout à sa propre tête, qui est incapable de régir une place à laquelle il est grimpé Dieu sait comment.

. Londres, le 3 Novembre п. s. 1801.

Quand je vous ai écrit que le comte Goudowitch aurait été parfait pour être de la commission sur les nouveaux états de l’armée, mon opinion était fondée sur ce que, dans une commission pareille, il est moins nécessaire d’avoir un génie transcendant que le simple bon sens et une pratique longue et continuelle du service. Le prince Souworow, qui était sans contredit un homme d’un génie sublime, n’aurait pas été bon pour cet ouvrage, malgré qu'il a servi plus de 50 ans avec une distinction qui rendra sa mémoire immortelle; il n'aurait pas été bon, parce qu’excepté à la tête d’un corps ou d’une armée devant l'ennemi, où il était sublime, autre part il n’était que singulier et avait des idées tout à fait baroques; au lieu que le comte Goudowitch ne ferait aucun système à lui, n'aurait pas couru après des idées étranges; mais, connaissant à fond le mécanisme du service, la partie économique des régiments, la stricte discipline absolument nécessaire dans une armée, et ayant vu et senti les abus qui, quoique sous différentes formes, et changeant continuellement dans leur nalure, n’ont cessé d'exister dans notre armée depuis les états de 1763, — je crois que nous n’avons pas d'hommes plus au fait des détails de notre service, et qui ayent vu et senti de plus près les différents maux qui s’y sont introduits. Je me souviens que le vieux comte Brown, de Riga, me disait en

АРТЕВЪ КНЯЗЯ BOPORNOSA, ин, 10-я. 10

146 ОТЗЫВЪ ГРАФА BPOYHA.

parlant de notre service, dans lequel il était entré du tems de Pierre le Grand, que le военный уставъ и военные apтикулы, такъ какъ и все, AT ни учредилъ сей вели Государь, было совершенно; что потомъ, при императриц® Aux, оельдмаршалъ Минихъ много испортилъ своими учрежден!ями; а что штатами 1763-го года граеъ Чернышовъ и пуще испортилъь нашу службу, для поправлен!я которой надо паки возвратиться къ постановленямъ основателя РоссЙской армш, et il paraît qu’il avait raison. Sans doute la tactique a changé depuis ce tems; mais elle n’a aucun rapport avec les règlements, la discipline et la subordination d’une armée; car elle dépend de l’étude, des connaissances et du génie du commandant; on peut même prescrire des règles tirées de cette tactique améliorée pour les manoeuvres, et exercer constamment les troupes à ces manoeuvres; mais les règlements qui constituent une armée doivent être clairs, précis et immuables. Or, dans ceux de Pierre le Grand les devoirs de chacun, depuis le soldat jusqu’au maréchal, sont clairement expliqués; rien, n’est oublié; le service de ‘сашpagne, celui d’une garnison, le devoir d’un commandant d’une forteresse, tout y est, et, malheureusement, lout ça est mis de côté. La plupart de ça ne se trouve plus, excepté quand on fait un procès à quelqu'un, et le pauvre homme est jugé sur des règlements qu'il n’a jamais vus, ce qui est cruel.

Londres, le 6 IX-bre 1801.

Le manifeste publié le jour du couronnement, que j'ai reçu de vous, n’a pas été écrit par le comte de Panin: car Н n'aurait pas manqué de fourrer à tout propos sa phrase favorite et impropre de glorieuse mémoire.

Vous me conseillez, mon bon ami, de ne pas marquer d'aigreur à cet homme. Je n’ai plus rien à faire avec lui,

ОТНОШЕНИЯ KB ГРАФУ HAHHHY. 147

mais, sensible au peu d’égards qu’il ose me témoigner dans le courant du service en continuant à ne pas m’informer de се qu’il traite avec lord S-t Helens, et qu’il ш’а fait même un secret des présents que l'Empereur a faits à monsieur Addington.et à lord Hawkesbury, auxquels il les a envoyés à mon insu, j'ai écrit au prince Kourakine en lui faisant voir comme tout ceci est contraire à tous les usages et compromet le service de l'Empereur; que je ne lui écris pas pour me plaindre de son parent, parce que j'ai déjà écrit à l'Empereur lui-même une partie de ce que je pense sur le comte Раши; que je ne lui écris que pour qu’il ait soin, comme son ancien au service, comme son supérieur dans le département et comme son proche parent, de l’obliger de ne pas traiter nous autres confrères comme il se permet d’agir envers moi depuis plus de trois mois: car, quant à moi, j’aurai soin moi-même à пе plus souffrir qu’il compromette le service de l'Empereur dans les affaires qui se passent entre la Russie et la Grande Bretagne, ni à souffrir qu’il ose manquer aux égards qui me sont dus et auxquels le comte Ostermann, le prince Bezhorodko, le prince Kourakine et le comte Kotschoubey n’ont jamais manqué.

Pour ce qui est de correspondance avec cet homme, je suis sûr qu'il ne m'écrira plus de lettres particulières, parce qu'ayant reçu celle du 9 (21) Août vers le 2 ou 3 de Septembre у. s. il ne m'a pas répondu, quoique j’aye déjà reçu une lettre du prince Kourakine du 19. Ainsi, s'il avait voulu répondre, il avait 16 jours de tems pour composer sa réponse, qui devait lui être très-pénible à faire. Si je reçois de ses lettres officielles, il faut qu’il me dise que c’est par ordre du Souverain: alors je répondrai à l'Empereur, parce que c’est ce que je dois faire et parce que je veux que В. М. L puisse voir si ce que m'écrit cet hypocrite est réellement d’après sa volonté ou d’après sa propre tête.

Londres, le 10 IX-bre п. =. 1801.

Je vous remercie, mon bon ami, pour votre lettre du 20 Vil-bre et pour l’exemplaire de Гоцказе sur ce qui se fait en fait de grâces le jour du couronnement. J'attends de vous ` avec la plus vive impatience l’édit qui organisera le Sénat, et la грамота dont je désire ardemment connaître le contenu. Je suis enchanté de voir la répétition de l'assurance que vous me donnez d’être à Pétersbourg avec le premier traînage, et j’attendrai votre lettre que vous m'écrirez après votre arrivée, pour écrire à l'Empereur pour demander mon congé d’absence de 6 mois, desquels je compte mettre 34 pour l’allée et le retour et 21% pour mon séjour à Pétersbourg, ‘ où j'espère que vous resterez: car, en vérité, votre séjour auprès de notre vertueux Souverain et votre présence dans son Conseil ne peuvent que faire beaucoup de bien à notre pays.

Je suis charmé de savoir la distinction que vous a témoignée 8. а. {. m-gr le grand duc Constantin, parce qu’elle me prouve la considération dans laquelle vous êtes auprès de notre bienfaisant Souverain.

Je ne suis pas étonné de l'enthousiasme des habitans de Moscou pour cet ange que Dieu dans Sa bonté a placé sur le thrône de la Russie.

Comme on attend ici un courrier de lord S-t Helens par le premier paquebot, je m'imagine qu’il m’apportera les marques de l’ordre en diamants que l'Empereur a daigné ше donner. Je ne manquerai pas de lui écrire tout de suite pour lui exprimer ma profonde reconnaisssance, et j’enverrai ma lettre par Дмитрей Ilporooresnar; car je suis persuadé que ma lettre de remercîment à Sa M. I. sur ce qu’il a eu la bonté de m'écrire du 10 Juin ne lui a pas été remise par le comte Panin, qui, je suis persuadé, ne lui dit de mes dé-

pêches que се qui lui plaît, се qu'il а fait surtout avec le

-précis de се que le roi m'a dit à Weymouth.

Nous nous sommes rencontrés, vous et moi, dans la même idée, mon ami, car, ayant été obligé de vendre l’année passée le peu de diamants que j'avais et ceux de.ma femme que j'avais destinés pour Katinka, dès que j'ai appris par le comte Kotchoubey ce que l'Empereur m’a donné, je me suis dit d’abord: ce sera pour ma fille. Je ne les porterai pas ici, mais je les mettrai la première fois que j'aurai le bonheur de voir l'Empereur, après quoi je les fairai monter‘à Pétersbourg, où on les monte mieux; car ici les diamants sont plus beaux que partout ailleurs; mais on les monte mal, et la main d’oeuvre est horriblement chère.

Londres, le 6 (17) Novembre 1801.

Та! lu avec un plaisir infini le докладъ du Sénat sur ses droits et avec plus de plaisir encore vos observations à l’Empereur sur le même sujet; ça me confirme de plus en plus combien il est heureux pour lui et pour l'Etat que vous continuez à servir, et je prie Dieu qu’il vous donne la santé pour le continuer. *

Il est bien heureux que le comte Раши ait quitté, mais très-malheureux que vous ne soyez pas à Pétersbourg, où on doit être dans le plus grand embarras après l'arrivée du courrier qui a apporté l'infâme paix et la convention secrète que ce traître a obligé Markow à signer. Ce dernier ше les a communiquées in extenso. La lettre particulière qu’il m’a écrite à cette occasion, me prouve qu’il connaît bien le comte Paпп. J'en ai envoyé une copie au comte Kotshoubey, auquel j'ai envoyé aussi ma réponse au comte Panin en attendant que je lui en fasse une plus longue et plus détaillée sur une lettre que j’ai reçue de lui, pitoyablement écrite et dans la-

quelle il dit des horreurs de tous les membres du Conseil, excepté vous. Mais il prétend que vous êtes contre lui par un amour-propre blessé, parce qu'ayant voulu qu'il voüs communique les affaires, il ne Га pas fait par ordre de ГЕшреreur. Je releverai ceci et tout plein d’autres choses, quand j'aurai le tems pour ça. En attendant, il faut que vous fassiez semblant d'ignorer се qu’il m’a écrit.

Cette lettre et le rescrit du 5 Juillet me prouvent qu'il n’a ni connaissances, ni logique; car il divague à tout moment: ses arguments › sont faibles et misérablement arrangés dans des phrases incohérentes; il ne conçoit pas la dialectique et n'a pas l'esprit d'analyse. Sur mon honneur, je ne trouve en lui aucun indice de talents d’un homme d'état. .

Le comte Kotshoubey vous enverra aussi une lettre que j'ai reçue de Kolytchew. Je cesse de vous envoyer les copies de mes dépêches, parce qu'il vous les communiquera, et je

- crois sûrement qu’il vous aura envoyé déjà ma représentation

à l'Empereur contre le comte Panin du 10 Octobre п. s., envoyée par un courrier et présentée à Sa M. I. par le comte Lieven.

Mais tout ce qu'a fait le c-te Panin n’est rien en comparaison de ce qu’il a fait dans la négociation de Paris.

Londres, le 19 Novembre (1 Décembre) 1801.

Quant à votre santé, quand vous serez à Pétersbourg, je suis sûr que vous pourrez la conserver si vous voulez changer la manière de vivre, et nommément renoncer à dîner dehors et renoncer à donner à dîner chez vous. Vous gagnerez du tems sans gagner des indigestions, et, retardant journellement peu à peu l'heure de votre dîner, vous pourrez alors le fixer à 5 heures sans aucun inconvénient pour la santé:

car, quand on ne fait qu’un repas dans les 24 heures, c’est égal à l’estomac que cela soit à telle ou telle autre heure; mais la différence pour la santé d’un homme qui travaille beaucoup, sera notablement à son avantage; car: оп a une longue matinée, ayant en même tems une heure ou deux à faire une promenade, et on ne travaille plus après dîner. Or, il n°y a rien plus malsain que de travailler après avoir mangé. Avec cet arrangement que je vous propose, il vous restera, depuis 6 heures jusqu'à votre coucher, un tems très-suffisant pour le donner à la 8061616 ou à des lectures agréables, et si, par malheur, il vous survient quelque travail inattendu pour le soir, je vous conjure de ne pas écrire vous même; mais de dicter, ce qui est moins malsain que de rester courbé sur son bureau avec un estomac plein. Га! proposé le même régime au comte Kotshoubey. Ainsi vous pourrez dîner ensemble. Quand je viendrai, je serai votre troisième, её comme notre ami Michel a un estomac à dîner à toute heure, il fera le quadrille de votre partie.

Londres, le 27 Novembre п. в. 1801.

Cette lettre vous sera remise par le jeune monsieur Wassillief que je recommande à vos bontés, mon ami. C’est un charmant jeune homme; il s’est conduit ici on ne peut pas mieux; il est doux, spirituel et très-modeste; à ceci il faut ajouter qu’il écrit bien, qu’il est appliqué et discret. Je ше suis séparé de lui avec regret, mais sa santé commençait à s’altérer: il avait perdu l'appétit, le sommeil et avait sans cesse des maux de tête; en un mot, ce climat lui était toutà-fait contraire. Je craignais même qu'il ne finit par avoir la consomption. Je l'ai donc renvoyé à la première occasion où j'avais à expédier un courrier. Je Га! recommandé au comte Kotshoubey en le priant de le prendre dans sa chancellerie. On

ne saurait en vérité assez encourager les jeunes gentilhommes russes qui ont de bonnes dispositions pour les affaires, jointes à une bonne conduite, à servir dans le Collége des affaires étrangères, pour qu'ils remplacent enfin les étrangers de toutes nations et dénominations qui l’ont inondé grâce aux Alopeus et compagnie, qui, une fois qu’ils s’y sont introduits, en ont barré la porte aux Russes et n’y ont laissé l'entrée que pour leurs parents, amis et compatriotes. La Russie depuis cette époque est le seul pays au monde où les étrangers sont admis dans un département duquel partout ailleurs on les écarte avec soin. Je ne doute pas que vous ne soyez depuis longtemps persuadé de cette vérité et qu'il est temps de la mettre en exécution, vu que nous avons le bonheur de posséder un Souverain qui ne veut que le bien, qui s’en occupe constamment, et qui accueille avec bienveillance toutes les représentations utiles qu’on lui fait.

Londres, le 3 Décembre п. в, 1801,

Le séjour de Moscou ne valait rien pour l'occupation et l’expédition des affaires. La circonstance du couronnement devait de toute nécessité amener des fêtes publiques et particulières qui étaient faites à propos de l’événement le plus heureux que la Russie ait jamais éprouvé; parce qu’il a été la suite d'un changement de règne, d’un règne doux et juste qui a succédé à un autre dont la tyrannie n’a pas d’exemple et dont Гайгеизе mémoire ne s’effacera jamais parmi les Rus- .ses, tant que cette nation existera. Il est donc tout naturel qu'on ait beaucoup fêté l’Empereur, et il devait se prêter à ces marques d'amour et de reconnaissance, ce qui l'obligeait à y intervenir; mais comme toute chose doit avoir sa mesure, 6 ou 7 semaines étaient suffisantes. C’est le temps que l'Empereur a resté à Moscou, après quoi il fait très-bien

de retourner à Pétersbourg, où j'espère que les affaires prendront la place des fêtes.

Vous avez raison de blâmer l'extrême modestie du comte Kotshoubey, qui ne se croit pas en état de bien remplir le poste qu’on lui a donné. П le remplira mieux, avec plus de dignité et de probité que son prédécesseur, et je suis persuadé qu’il a plus de connaissances et d’habileté que le comte Panin, au sujet duquel et en fait de talents j'ai été obligé de changer mon opinion. Rien ne m’a tant prouvé qu’il n’en avait pas du tout que son grand ouvrage et dont il se glorifiait d'avance en ше l’annonçant; je veux dire son rescrit du'5 Juillet: c’est la plus pitoyable production que j’aye jamais vue.

Il a sans doute beaucoup de talents pour les intrigues et lPhypocrisie, mais quels misérables talents que ceux 18! Quant à ceux que doit avoir un homme d'état, il ne les а pas et ne les aura jamais; car étant très-ignorant de l’histoire et de vrais intérêts politiques des différentes puissances de l’Europe et ne connaissant pas du tout son propre pays, il serait resté et restera toujours dans le même état d’ignorance par son excessive présomption, qui l'empêche de voir ce qui lui manque et qui l'empêche d’étudier et de s’instruire. D’ailleurs, il est si adonné à l'intrigue, qu’il у mettra toujours tout son tems. Aussi je crois qu’il sera toujours très-dangereux de l’employer jamais dans quelque carrière que ce soit.

Londres, le 6 (18) Décembre 1801,

Je suis charmé de ce que vous avez vu souvent le comte Rostopchin et que vous avez passé des heures entières avec lui. Па beaucoup d'esprit avec une tournure très-gaie. Vous avez dû apprendre de lui beaucoup de choses très-intéressantes sur le passé et beaucoup d'informations sur bien des

personnages. Je suis fâché que je ne le verrai pas à Pétersbourg, car je doute qu’il veuille у venir jamais, ayant été horriblement noirci par le comte de Panin dans l'esprit de l'Empereur, envers lequel je crois qu'il a eu des torts par la fougue de son caractère. 1l n’a pas autant de jugement et de prudence que d'esprit; mais il rachète ces défauts par son caractère serviable et franc.

Je suis aussi bien aise de ce que vous me dites sur le sujet du fils de князь Иванъ Сергвевичъ Барятинской; car j'aurais été bien embarrassé d’avoir à être souvent avec un jeune homme sans principes ou sans caractère; qu’il soit bon ou mauvais, je n’aurai pas à rester longtems avec lui, car il n'arrivera probablement qu'au mois de Mars, et j’espère partir au commencement d'Avril.

Londres, le 11 Décembre n. s. 1801.

Je profite de l'expédition d’un courrier anglais qui porte la ratification de possession danoise, pour vous écrire cette lettre, mon bon ami. Je n’ai pas eu encore le loisir de répondre en détail à la réponse du comte Panin sur la lettre que je lui avais écrite le 9 (21) Août, que vous avez trouvée trop forte, mais qui me semble ne l’être pas assez depuis que j'ai appris tout ce qu'il a fait faire à Paris par le comte Marcow. En attendant, jai lu et relu tant de fois sa réponse que je la sais par coeur; ainsi je n’en ai pas besoin, et dans шоп premier loisir je ferai ma réponse: car la sienne exige une autre de ma part. Je vous envoie sa lettre.

J'attends avec impatience votre arrivée à Pétersbourg, et les directions que vous me donnerez pour la manière dont

‘ je dois me prendre pour demander la permission de venir passer 2 ou 3 mois de l'été prochain à Pétersbourg.

Nous manquons de deux malles de Hambourg.

J'avais demandé au comte Marcow comment il se trouve à Paris, et, parmi différentes lettres que j'ai reçues de lui, je Yous envoie une où il me prie de le recommander à vous pour ce qu’il demande à notre cour.

Londres, le 29 Décembre 1801.

J'ai reçu en même temps vos deux premières lettres après votre arrivée à Андреевское, mon bon ami. Michel est enchanté de tout ce qu’il voit dans ce bel établissement que vous avez formé, car sa description ne ressemble en rien à l’état où était cet endroit quand j'y ai été, allant par Wladimir à Casan. Je me souviens d’y avoir passé 4 à 5 jours. La maison était médiocre, avec très-peu de très-mauvais meubles, pas de jardin que de nom; car on appelait jardin un misérable potager où il y avait quelques mauvais pommiers et cerisiers; il n’était pas question de serre, et pour le reste de ce qui entoure la maison, comme office, logements de domestiques, écuries et remises, tout ceci était petit et mesquin; ajoutez que раз un seul livre dans toute la maison au lieu de 20 mille volumes qui y sont à présent; quant au théâtre, il n’y avait pas idée de pareille chose et pas d'hôpital, auquel votre charité y a pourvu. Vous ne sauriez croire combien ces détails m'ont fait plaisir. Michel, qui me les a donnés, en est tout enchanté.

Rien ne prouve mieux votre patriotisme connu et votre attachement pour ce bon Empereur, qui nous rend tous heureux, que votre déplacement d’Asxpeescroe pour aller à Pétersbourg. C’est vraiment un sacrifice que vous faites; mais aussi, je me flatte que vous en serez récompensé par le bien que votre séjour à Pétersbourg fera à l'Etat.

Vous m'écrivez de nouveau sur ce que le comte Rostopchine vous a dit au sujet du prince Baratinskoy, qui doit ve-

nir ici. Soyez persuadé, шоп ami, qu’il n’aura pas de sujet de se plaindre de moi. Je suis bien aise d'apprendre que c’est un homme qui a du mérite et qui paraît s'être corrigé des égarements de sa première jeunesse. Mais avec tout ça j'aurai soin qu’il ne soit pas trop famillier dans ma maison. Je le lancerai dans les meilleures compagnies de ce pays, et il y en a de très-bonnes.

Il est impossible qu'on ne vous assigne un traitement сопvenable à votre rang, quand vous arriverez à Pétersbourg.

Londres, le 3 (15) Janvier 1802.

Je vous félicite avec la nouvelle année, mon bon ami, et je désire qu’elle vous soit, ainsi qu’à nous tous, aussi heureuse que Га été l’année passée depuis la fin de Mars, et que les tems des quatre années précédentes à cette époque ne puissent jamais revenir pour la Russie.

Га! écrit fort au long par le courrier passé au comte Kotshoubey et je lui en écris encore par celui-ci sur notre politique, qui est vraiment dégradante pour le Souverain et pour l'empire. П est tems d’en revenir. Souvenez-vous de cette belle dépêche du cardinal Richelieu, quelques jours après son.entrée au ministère, à un employé de. France au dehors: Le roi vient de changer de ministère, et le Conseil de sa majesté a changé de système“. Aussi vous vous souvenez qu'au lieu d’être sous l'influence de l'Espagne et d’être comptée pour rien en Europe, la France acquit tout d’un coup une considération et un ascendant sur toutes les cours.

J'espère que vous êtes content des mémoires du marquis de Rouillé. Je viens d'en achever la lecture, et je les trouve très-intéressants pour le fond et pour la candeur avec laquelle ils sont écrits.

Ce n’est que depuis que j'ai reçu les marques de l’ordre

de S-t André en diamants que Га? observé que la faux dé-vastatrice de Paul n’a pas épargné même l'étoile de cet ordre; etque, voulant faire tout à la prussienne, il fourra dans l’étoile un petit aigle, qui avec ses deux têtes a l'air de deux petits poulets noirs qui se tiennent ensemble en croisant leurs cous. Dans tous les pays du monde on а respecté la première intention de l’instituteur de l’ordre; les empereurs de la maison d'Autriche et les rois d’Espagne l'ont fait envers le duc de Bourgogne et n’ont pas ajouté l'étoile à la Toison d'Or, parce que l’instituteur ne l’avait pas fait. L'ordre de la Jarretière se conserve tel qu’il a été institué par Edouard Ш. L'ordre de l’Annonciade n’a pas de ruban, mais une chaîne ou colier, parce qu’il a été institué ainsi. Pourquoi donc ne pas avoir ce même respect pour Pierre le Grand? L'aigle qui se trouve dans l'étoile de l’ordre prussien, est bien placé, parce que cet ordre s’appelle l’Aigle Noir, mais dans le nôtre, il ne faut qu’une croix en sautoir, parce que cette croix est caractéristique de celle sur laquelle fat шагtyrisé S-t André. Sur l'étoile de l’ordre de S-t Janvier, се saint est représenté à cause que cet ordre est dédié à ce saint. Mais pourquoi ce petit aigle noir a été introduit dans notre ordre, avec une petite croix, qu’il faut prendre un microscope pour l’apercevoir? Je п’у vois aucune raison, qu’extravagance, désir d’imiter tout ce qui est prussien et manque de respect envers le fondateur de notre Empire, respect qu’on aurait dû porter jusqu’à l’adoration.

Londres, le 8 Запунг п. s. 1802.

Vous, me dites que je fais des représentations trop fortes: mais quand vous apprendrez toutes les infamies que le comte Panin a fait faire à Paris, vous verrez qu’on ne saurait assez représenter. П a déshonoré son pays et son Souverain. Les

suites de ces transactions se font déjà sentir par les nouvelles qu’on a reçues ce matin de Constantinople. On aurait dû prévoir tout ceci, et je ne conçois pas comment on ne Га pas observé chez nous, quand les pièces signées à Paris furent portées en Russie par le courrier de Marcow, et comment on a pu en être content. Aucun petit prince d'Italie n’a jamais joué un rôle aussi double que celui que le comte Panin a fait jouer à un Empereur de Russie, et ça après cet étalage de loyauté et de bonne foi exprimées avec tant d’emphase dans le fameux rescrit sur lequel je vous ai еп- Yoyé mes remarques. ‘

Je vous avoue, mon ami, que tout ceci augmente mes dégoûts pour les affaires, et que je suis honteux d’être à présent ministre de Russie, et si le génie malfaisant du comte Panin continue encore, malgré sa retraite, à planer sur nos affaires politiques, je quitterai décidément un service où on doit faire ou excuser des faussetés palpables. Je vois que l'impulsion de ce ministre perfide a été si fortement donnée au courant de notre politique, que, malgré sa retraite, elle coule toujours avec la même force et impureté. Tout ça est si dégoûtant que je n’en veux plus parler.

Je vous remercie pour l'intention que vous avez d'occuper Michel et de lui donner de l'ouvrage. Ça lui formera l’esprit, lui шагега le jugement et lui apprendra à connaître l’état de son pays.

Lord Hawkesbury ш’а donné copie d’une pièce que lui a envoyée 1. S-t Helens. C’est une lettre ostensible du ministère autrichien à l'ambassadeur de Vienne еп Russie du 20 Septembre. Elle est écrite avec beaucoup d’hypocrisie et affiche un désintéressement qui n'existe раз; car nous savons que Louis Cobentzel et Bonaparte avaient grande envie de partager une partie de l'empire. Ottoman, quand ils étaient à Paris ensemble. Ce sont les perfidies de la Prusse et de l’Autriche qui ont perdu l'Europe.

Londres, le 4 (16) Février 1802.

Ce qui m'a fait le plus de plaisir et ce que j'ai déjà relu plusieurs fois et que je relirai encore, c’est la lettre et le mémoire que vous m'avez envoyé copiés par Michel. Ce mémoire est un chef d'oeuvre. Je vous remercie infiniment, mon bon ami, de me l’avoir communiqué. Dieu veuille que cette pièce, si intéressante pour le bonheur de la Russie, fasse l’effet qu’elle mérite de faire. Alors vous ne pourrez pas vous repentir d’avoir quitté votre paisible retraite, et notre pays, et le Souverain même, auront à se louer de votre présence dans le Conseil de l'Empire. Ce Souverain, plein de zèle pour le bonheur de son pays, bonheur qui ne peut dériver. que de la bonne administration, doit sentir qu’on ne peut ni assez tôt, ni avec assez de persévérance, aller aux racines des maux sous lesquels la Russie gémissait, et dont la durée allait la désorganiser complètement. Je vous remercie 4’аvoir employé Michel à copier ce mémoire, et je vous сопjure de l’employer souvent à de pareils ouvrages. Ce qu’on copie, on le retient mieux que si on le lisait simplement, et rien ne peut le former davantage sur tout ce qui concerne notre pays et sur l'administration quelconque de tout pays bien gouverné, que la connaissance des mémoires raisonnés comme celui qu’il a copié. Ce bon garçon doit sentir, car il a du jugement, qu’il ne serait toute sa vie qu’un officier de вахтъ-парадъ, s'il ne meublait sa tête que de détails шШtaires uniquement. :

J'attends avec impatience la permission que j’ai demandée pour commencer mes préparatifs. Je compte partir d'ici entre le 4 et le 8 d'Avril п. s. J'irai par Calais, Bruxelles, Cologne, Francfort et Dresde. Je m'arrêterai 4 à 5 jours dans cette ville et avant ça, et à peu près autant, à Gotha où j'ai des amis, et j'espère venir chez vous pour le 19 (31) Mai, jour de naissance de notre cher Michel,

Londres, le 6 (17) Mars 1802.

Obligé de vivre, quoique ayant peu à faire, dans cette ville nébuleuse et enfumée et dans cette saison de l’année, où je suis forcé de rester souvent 10 à 12 jours sans sortir de chez moi, pour m’épargner des rhumes qui me sont toujours fatals, je passe mon tems à lire ou à méditer, et, comme ces méditations sont constamment dirigées sur mon pays natal, ces jours passés j'ai réfléchi sur notre militaire, се qu’il a été dès sa première fondation, ce qu’il a été pendant que j'ai servi, avant et après la gucrre terminée par la paix de Kaïnardgi, ce qu’il est devenu depuis et ce qu’il pourra devenir un jour, si on veut le mettre sur un pied. meilleur et plus conforme à la population et aux revenus de l’Etat, en combinant cet établissement qu’il est urgent de faire avec les moeurs et les usages de notre pays. .

Га! couché par écrit ces réflexions. Elles ne sont que le produit de ce que j'ai lu autrefois sur cette matière, sur ce que j'ai vu moi-même dans la pratique; mais surtout sur ce que Га! recueilli de ce que j’ai entendu dire à nos généraux les plus habiles, particulièrement au maréchal Roumantzow, qui, certainement, possédait au plus suprême degré toutes les qualités requises pour former une armée sur le meilleur pied possible, L'amitié et la confiance dont il m’a constamment honoré; le bonheur que j'ai eu d’être auprès de lui depuis le mois de Décembre 1768 jusqu’au mois d'Avril 1775; le voyage que j'ai fait avec lui au printemps de 1769, quand il fit la tournée de la frontière qu’il devait défendre, faisant en même temps la revue spéciale des régiments qui composaient son armée; le voyage que je fis avec lui quand il passa du commandement de la seconde armée à la première, où il me fit l’honneur de m’amener sans attendre la permission du Collége de guerre, parce que j'étais attaché à la seconde armée, les séjours que je fis auprès de lui dans les quartiers d'hiver, реп-

ЗАПИСКА O РУССКОМЪ BOËCRS. 161

dant lesquels -il vivait souvent dans une petite campagne proche de Jassy, où il n’avait auprès de lui que le comte Zawadowskoy, Kulbars et moi, étaient pour moi une source inépuisable d'instruction, par tout ce que j’entendais dire, raisonner et approfondir à ce grand homme sur le service militaire en général et sur notre armée en particulier.

Je vous envoye ici un mémoire, mon ami, où j'ai газsemblé quelques réflexions sur notre militaire. П me semble vous entendre crier: „Епсоге un mémoire! Quand finirezvous de nous bombarder de vos écrits? Et pourquoi m'en adresser un sur une matière dont je ne m'occupe jamais, et avec laquelle je n’ai rien à faire“?

Ce n’est pas pour vous, mon ami, que j’envoie cet écrit; c’est pour que vous le donniez à ceux qui sont de la commission occupée à faire l’état de notre armée; car j'apprends qu’il у en a une d’établie pour cet objet. Si ces messieurs, dont- j'ignore les noms, trouvent qu’il y a quelque chose d’utile dans cet écrit, je serai très-heureux de l’avoir fait. S'ils trouvent qu’il ne contient rien de bon, vous n’aurez qu’à le jeter au feu, sans craindre que mon amour-propre en souffre, parce que je ne mets aucune vanité dans tout ce qui m'occupe au sujet de mon pays. Je ne désire que de lui être utile, je ne songe qu’à ce grand objet, mais n’a pas de talent qui veut: je ne suis pas coupable si je n’ai pas la capacité qu'il faut avoir pour être utile à ma Patrie, et si mes facultés sont au dessous de la pureté de mon zèle.

Londres, le 7 (19) Mars 1802.

Il n’y a encore rien de décidé à Amiens; mais on croit généralement dans le public que la paix définitive ne tardera pas à être signée, et c’est probable que l'incertitude de la

réussite de l'armement français à S-t Domingue, où les trou- AP18B% RUSSE ВОРОВЦОВА, ви, 10-я. и

162 AMIBECEIË МИРЪ,

pes du premier consul n’ont pas été reçues amicalement par les habitants, portera Bonaparte à finir plus tôt ses affaires avec la Grande Bretagne. Quant aux affaires des indemnités en Allemagne, ce même Bonaparte n’a aueüne raison de les terminer: leur prolongation prolonge l’animosité et l’avide espérance des cours de Vienne et de Berlin qui sont à ses pieds, et qu’il domine per l'espoir qu’il leur donne de les avantager dans sa décision finale, qu'il donnera le plus tard possible en favorisant alors celle des deux qui aura le plus mérité sa faveur.

Londres, le 18 (30) Mars 1802.

J'allais me mettre à finir mes dépêches à la cour par le courrier anglais qui porte la nouvelle du traité de la paix misérable qui vient d’être signée à Amiens, quand on vient de m’annoncer que monsieur Vaxel et un autre, envoyés ensemble pour apprendre les travaux hydrauliques, viennent d'arriver et m’apportent des lettres. Je les ai fait prier de laisser les lettres qu’ils ont pour moi et de revenir demain, parce que je suis trop occupé pour pouvoir les recevoir. Ils ont remis les lettres, parmi lesquelles j'ai reçu celle que vous et Michel m'avez écrite par eux. La vôtre est du 22 Janvier. Vous me dites que le comte P. voit beaucoup les ministres étrangers, et que lord S-t Helens lui suppose de grands talents. C’est un tort que tout le monde а partagé avec cet ambassadeur, et que plusieurs partagent encore. Vous avez donné aussi dans cette erreur générale. Il n’est donc pas étonnant que je fus aussi*de la même opinion. J'ai vu à la fin que c'était un fourbe, un intrigant et un ВуросгИе; mais je lui croyais les talents d’un homme d'état, jusqu'à ce que le fameux rescrit du mois de Juillet me prouvât qu’il n’a aucun talent qui compose un homme d'état,

qu'il est même très-ignorant sur le vrai état et les intérêts des puissances de l'Europe et qu’il ne connaît pas du tout les intérêts de son propre pays, dont il igñore tout à fait l'état intérieur, ses finances et son commerce; qu'en dernière analyse, ce n’est qu’un homme bouffi d’orgueil, de vanité, mais maître en fait d’hypocrisie et d’intrigue. Je vous avoue que j'ai été surpris que notre ami le comte Kotshoubey même, après avoir lu ce fameux rescrit, ш’а souvent parlé, dans ses lettres, des grands talents du comte Р., et regrettait que cet homme n’était pas employé au dehors. П faudrait plutôt regretter la retraite d'Alopeus, саг avec aussi peu de vrai patriotisme et un peu moins de talents pour l'intrigue, il a plus de connaissance des affaires que le comte P.

Je vois que le Conseil ne sera jamais ce qu’il devrait être, et que l'affaire du Sénat est complètement manquée; car, si le Sénat n’est pas mis sur le pied tel que vous l’avez proposé, des demi-mesures ne produiront rien. .

On m'assure que notre cour est remplie d'intrigues. Ça me désole, car c’est un signe absolu et immanquable que le Souverain est faible. Or, un faible Souverain ne guérira pas les symptômes visibles de la gangrène de l’état, qui est visible, et je regarde la Russie comme descendant à pas précipités vers sa perte. Cette idée me fait un mal que je ne puis vous exprimer; ça me rend malheureux; car, malgré qu'il уа des gueux qui m’accusent d’être Anglais, je suis plus Russe de coeur et d'âme que des millions de mes compatriotes qui se croyent bons Russes.

Lord S-t Helens est très-satisfait du comte Kotshoubey et lui rend complètement justice. Garlicke est attaché au comte Р., et c’est naturel: ils se sont connus à Berlin et l’exministre est si intrigant et hypoerite qu’il a pu lui persuader tout ce qu’il a voulu.

Londres, le 18 (30) Mars 1802.

Vous m'avez écrit à plusieurs reprises que je fais trop de représentations sur les affaires politiques, quoique je sois dans cette carrière, et quoique je n’aye écrit que sur des faits dont j'avais connaissance et qui me regardaient directement et dont quelques uns me regardaient particulièrement: car, c’étaient des ordres qu'on m'avait donnés et qui étaient inexécutables. Comment pourrais-je écrire sur des objets qui ne sont pas du service dans lequel je ше. trouve, et qui пе regardent qu’un autre service dont j'ai quitté la pratique depuis 26 ans, et dans lequel il s’est fait des changements innombrables depuis que Га! quitté le pays et desquels je dois, par conséquent, ignorer les causes et les effets. Je n’ai donc fait ce mémoire que pour vous complaire; car, en vérité, j'ai senti en moi-même combien cet écrit doit être imparfait, partout plein de renseignements et de faits que j'ignore, manquant des matériaux nécessaires et n'écrivant que de mémoire, qui est la plus faible de mes facultés. Vous n’avez donc (en cas que vous jugiez mon mémoire présentable) qu’à donner comme de vous-même cette pièce à l'Empereur ou la faire remettre par le comte Kotshoubey ou par Николай Николаевичъ. Vous me dites qu’au lieu de faire tant de représenta. tions par écrit sur les affaires politiques, je devrais me réserver à les faire verbalement quand je serai à Pétersbourg. J'ai fait ces représentations parce qu’elles étaient urgentes; c'etait pour empêcher la consolidation de la Convention Maritime, qui était faite pour l'avantage de la Suède, du Danemark et de la Prusse, ainsi que de la France, et au grand détriment de la Russie. Je lui ai écrit aussi au sujet du grand mal qui résultait de ce qu'il avait pris l'habitude de ne traiter les affaires qu’en tête à tête avec les chefs des départements, sans porter ces affaires à la discution de son Conseil, en sa présence. Je l'ai fait voyant combien le comte de Р.

l'égarait, et je pouvais présumer combien il devait être égaré par la présomption et l'ignorance de Békléchoff. Ma représentation sur la Convention Maritime a réussi; mais, pour l'autre, je ne vois pas qu’elle ait fait le moindre effet; car je n’ai pas appris que l'Empereur assistât au Conseil et que toutes les affaires y fussent disculées en sa présence. Je dois croire, par conséquent, qu’il a trouvé ma représentation absurde. Ainsi, je n'ai plus rien à dire, d'autant plus que parmi cent milles choses que Dicu ш’а refusées, se trouve aussi le don de la parole. J'écris mal, mais je parle encore plus mal que je n’écris: et si l'Empereur а été persuadé que ma représentation élait fondée et s’il n’a pas suivi mon avis que parce qu’il a manqué d'énergie, l’homme le plus éloquent perdra ses peines inutilement: car Cicéron et Démosthènes échoueraient également, s’ils avaient voulu donner

` de l’énergie à quelqu'un qui ne Га pas dans l’âme. D'ailleurs, qu'ai-je à espérer de mes pauvres représentations orales, landis que votre admirable représentation, envoyée de Maтренино au mois de Novembre, n’a produit aucun effet, et que le Sénat continue à rester dans cet \état dégradant qui fait le malheur de notre pays et du Souvérän même, et que ce dernier ne sent pas que le Sénat,. remis .sur le pied de son origine primitive, garantissait le Souverain du malheur de faire des injustices volontairement ou involontairement, et qu’en même tems ce même Sénat assurait la stabilité du trône. Voyant que votre représentation n’a rien produit, j'ai perdu toute espérance sur la stabilité du repos et du bonheur de ma Patrie. :

Mais de quelque manière que les choses aillent, je ne ше mélerai d'aucune affaire et encore moins je me permettrai de faire des représentations sur quoi que ce soit pendant les deux mois que je passerai à Pétersbourg. Je n’y vais que pour avoir le plaisir de vous revoir, pour passer ce tems avec vous et le passer sans interruption. Je serai très-peu dans le monde. Je ne ferai ma cour à LL. М..М. II. qu’autant qu’il faut pour n’être pas indiscret et importun. Je n'irai

dîner nulle part, parce que depuis 17 ans que mon estomac s’est fait à ne dîner qu'entre 5 et 6 heures, il m'est impossible de m’accoutumer de nouveau, et à mon âge, à changer subitement de régime; mes enfants dîneront avec vous; j'assisterai à votre dîner sans manger, et je mangerai après, à mon heure accoutumée, d’une très-petite partie de la desserte de votre table. Michel vous dira que je ne me porte jamais si bien que quand je dîne seul; car alors je ne mange que d’un plat ou tout au plus, et très-rarement, de deux. La vie retirée, et sans me mêler d’aucune affaire, m’est imposée autant par mon goût que par prudence; car je ne doute nulle-. ment que le comte: P. et ses amis, ainsi que les ministres de Suède, de Danemark, de Prusse et de France et toute cette foule d’Allemands, de Livoniens et de Finnois qui sont tous ligués ensemble, ont déjà insinué et propagé partout où ça leur convient, que je ne viens que pour intriguer. Ils me jugent d'après leur propres caractères et par ce qu'ils auraient fait eux-mêmes s’ils étaient à ma place.

Calais, le 3 (15) Avril 1802.

J'ai été reçu ici avec beaucoup de politesse et d'attention, n’ayant trouvé aucune difficulté de la part de la douane. Le commissaire général, le commandant et les membres de la municipalité sont venus me faire visite. Demain matin nous partons pour Bruxelles.

Gotha, le 18 (30) Avril 1802.

J'ai trouvé ici d'anciens amis auxquels je suis très-attaché, et j'ai eu la satisfaction de trouver aussi le baron de Grimm

que j'estime beaucoup. C'est un bien digne homme; sa сопversation est aussi instructive qu'aimable. П est très-attaché à la Russie, et surtout à la mémoire de la feue Impératrice dont il sent les bontés pour lui avec la reconnaissance la plus profonde et la plus touchante. Il est infiniment attaché au comte Nicolas Roumanzow, au sujet duquel nous avons beaucoup parlé ensemble; il lui est bien attaché.

Je n’ai pas un moment à moi ici, étant avec mes anciens amis, particulièrement avec le prince Auguste; c'est pourquoi je ne pourrai pas écrire à notre cher Michel; embrassez le de ma part et de celle de sa soeur, qui vous présente ses respects.

Gatchino, le 5 Septembre 1802.

Avant-hier l’Impératrice-mère montra à Kourakine la lettre que l'Empereur lui а écrite; cet imbécile en est devenu furieux. Hier, pendant toute Ja journée, il n’a cessé de se plaindre à tous ceux qu’il rencontrait, et disait qu'il va prendre son congé; c’est ainsi qu’il en parla à Youssoupoff, au procureur-général; au comte Ivan Saltikoff, à Kotshoubey et à moi. Après ça, il écrivit une lettre à l'Empereur, comme un homme ulcéré et demandant son congé. L'Empereur lui répondit très-amicalement pour lui faire voir qu'il a tort, mais sans le persuader; car, en montrant cette lettre à Kotshoubey, il lui dit qu’il n’acceptera aucune place et se retirera. Deux heures après l'Empereur m'a dit que Kourakine a accepté. J'ai su après qu’il a dit qu’il accepte la place de chancelier des ordres de Russie, mais avec le droit d'aller voyager. Ceci ne Га pas empêché de se plaindre aujourd’hui à tout le monde, comme à Vassilieff, au comte М. Roumanzow, à кн. Гриropiä Семеновичъ ВолконсвЙ, en un mot à tout le monde,

168 ПРЕБЫВАЮШЕ ВЪ POCCIH.

au point de pleurer, en parlant à tous ceux à qui il faisait ses lamentations. Je reviendrai Dimanche pour dîner.

L'Empereur retourne demain à Kamennoy Ostroff et ne rentre que Mardi en ville. Kotshoubey part d'ici après la comédie.

Dites, je vous prie, au p-r Dachkoff que le p-r Prozorowskoy a pris les ordres de l’Impératrice par rapport à lui et - que Sa M. L. a ordonné qu’il vienne dîner Dimanche prochain ici à Gatschino, et le prince Prozorowskoy est d'opinion qu’il vienne pour la messe qui se dit: &`11 heures, parce que c'est entre la messe et le dîner que se font les présentations.

<Ropsha, се Jeudi *).

Je viens de recevoir dans ce moment, mon cher oncle, l’estafette que vous avez eu la bonté de m'envoyer. Un marchand qui venait de Narva m’ayant dit hier matin que mon père devait faire trois postes avec l'Empereur, je suis parti en тележка et je suis arrivé à Магуа pendant la nuit. J'ai trouvé mon père et ma soeur en très-bonne santé. Nous sommes partis le matin à 9 heures et nous ne faisons que d’erriver ici. .

Je laisse de la place à mon père, qui veut vous écrire quelques mots“,

Je n'ai presque pas dormi les deux nuits passées; ainsi, il me faut prendre une bonne dose de sommeil celle-ci. Nous partirons demain d’ici à 10 heures, et nous serons chez vous à deux heures après midi.

J'ai été on ne peut pas mieux traité par l'Empereur.

Ropcha, 24 Septembre 1802.

Je vous écris cette lettre par mon beau-père, qui, ayant commencé par nous accompagner jusqu'a Красный Кабакъ, а fini per venir jusqu'ici où nous avons trouvé un gîte trèscommode et chaud; nous partirons d'ici demain de très-bonne heure. Je n’ai pas besoin de vous dire combien je suis affecté de notre séparation de ce matin. Je la sens bien profondement, et Катинька la sent également; mais nous avons la certitude de vous revoir dans 18 mois, et ça nous console. Je vous conjure, mon ami, de ménager votre santé, et je me flatte qu'après les 15 premiers jours que vous aurez de l’eccupation pour vous mettre au courant de l’arriéré, vous n’aurez plus de travail fatigant et continuel, qui vous puisse priver de la promenade, et de ce repos d'esprit si nécessaire pour la santé.

Quand nous sortions de la ville, il y avait déjà des rues inondées; je crains qu’il n’y ait une inondation générale.

Riga, le 4 Octobre, 1802.

Je ne suis pas surpris, connaissant votre amitié et sen-

tant ce que j'ai éprouvé moi-même, que notre séparation vous

` ай laissé un vide. Ce vide se remplira pour ne plus se re-

поцуе]ег; car je suis résolu de revenir vous joindre pour

ne plus nous séparer. Que ce soit à Pétersbourg ou à Ан-

Apeescroe, je vivrai avec vous, mon ami, et je serai plus heureux que partout ailleurs.

Nous nous portons bien. L'accident causé par la chute près

de Yambourg, n’a eu aucune suite fâcheuse; nos contusions et

la blessure de mademoiselle Jardine sont guéries. Nous avons

été parfaitement bien traités ici par le prince et la princesse Galitzin, qui nous ont prodigué les soins les plus obligeants. J'ai trouvé ici Анна Ивановна avec sa soeur, ses deux filles et son fils cadet; celui-ci est, comme vous savez, malade. Га! eu la satisfaction de le trouver beaucoup mieux que je ne l’espérais, il doit cette amélioration de santé à un médecin très-habile nommé Huhn, qui est non seulement un très-habile homme, rempli de jugement, mais l’homme le plus humain qu'on puisse voir. Le petit malade demeurait chez Son médecin jusqu’à l’arrivée de sa mère, et il se prit tellement d'affection pour cet enfant qui est vraiment charmant, qu'ayant trouvé que les bains de mer et l'air de mer lui étaient favorables, il était sur le point de quitter ses pratiques et aller s’embarquer sur un vaisseau avec l'enfant pour aller à Copenhague et revenir tout de suite sur un autre vaisseau, afin de lui faire respirer plus longtemps l’air de la pleine mer. J'ai parlé avec ce médecin, qui m’a dit que l'enfant se portera mieux et pourra se rétablir tout-à-fait, s’il vit près de la mer et s’y baigne souvent. П ш’а dit aussi que c’est le plus intéressant garçon qu'il ait jamais connu, qu’à 12 ans il a un esprit pénétrant, accompagné d’un excellent’ caractère, plein de douceur et d’une grande application à l'étude, qu'il aime à lire et à s’instruire et que, pour peu qu'on seconde son éducation, il sera un homme très-distingué. L’extérieur même de cet enfant est très-intéressant. Il а l’air spirituel, doux et sensible; ses yeux et le bas de son visage me rappellent Ларюнъ Ивановичъ: mais le neveu n’a раз la bouche de travers comme l'avait son oncle. J'ai proposé à sa mère, qui eompte le ramener à Pétersbourg par le premier traînage, de le placer jusqu’au printemps chez l’abbé Nicole et puis de me l’envoyer à Londres: je le mettrai à Southampton dans une bonne pension; je le recommanderai là à un excellent médecin; il sera sur le bord de la mer dans un air salubre, pourra se baigner, et quand je quitterai l’Angleterre, je l’enverrai à Edimbourg en le recommandant au professeur Robinson, homme du plus grand mérite et qui

dirigera ses études dans la meilleure université de l'Europe; car telle est celle d'Edimbourg. Je suis ravi d’avoir connu ce charmant enfant. Je crois que lui et le cher Петруша Boutourlin sont la perle de la descendance de notre feu oncle Иванъ Лар!онычъ. А propos de Петруша, j'ai été bien réjoui d'apprendre par son bon père qu’il est hors de danger, саг j'étais très-inquiet pour lui.

J'ai vu ici quelques négociants avec lesquels j'ai causé, surtout avec monsieur Morrisson, un des plus distingués parmi les Anglais. Le commerce de Riga va très-bien: il y a déjà 1060 vaisseaux d’arrivés depuis ce printemps, et il croit qu’il en arrivera encore près de 100 avant la clôture de la navigation. П ш’а dit aussi que les négociants russes commencent à égaler ceux de Riga; qu’ils commencent à les surpasser en intelligence, et de beaucoup en fait de bonne foi. J'ai eu grand plaisir d'entendre ces choses. Il ш’а dit aussi qu’excepté les mâts toutes les autres branches du commerce de bois, comme poutres, planches, vergues, sont perdues pour cette ville et font la richesse de Mémel, où {l vient plus de 1000 vaisseaux uniquement pour emporter ces articles dont plus de la moitié sortirait par Riga, si les droits de douane que ces bois payent, n'étaient plus forts que le double de ce qui se paye à Mémel; qu’en outre il y a un droit qu’on perçoit ici sur chaque vaisseau qui arrive chargé ou en lest, qui est aggravant et qui empêche, ainsi que les droits sur les bois, de venir les chercher ici, d'autant plus que ces articles, n’étant pas d’un grand prix par euxmêmes, ne peuvent pas supporter cette surcharge; c'est pourquoi on ne les va plus chercher à Riga, mais à Mémel, où ceux qui les font flotter de l’intérieur les amènent dans le port prussien au lieu de les amener ici, comme ça se faisait il y a une trentaine d'années. C’est encore le cas de se souvenir de ce que disait Swift, qu’en fait d’arithmétique de douane 4 et 4 ne font pas 8, mais 2 et quelquefois zéro. Je ne sais si vous pourrez le faire comprendre au

ministre du commerce, mais ça vaudrait bien la peine de l'essayer.

J'ai vu aujourd’hui madame la comtesse de Vietinhoff, elle se conserve bien, quoiqu’elle ait passé son treizième lustre.

Le comte Pahlen est ici, mais vit très-retiré. On m’a dit que le pr. Zoubow, qui est à présent sur la terre de son frère Valérien, l’a achetée en lui payant 400 mille rixdalers, ce qui fait 800 mille roubles. On dit qu’il vit avec une fille qu'il a ramassée en pays étrangers après ses exploits guerriers, et qu’il est entouré par une bande de musiciens.

Vous ne me dites rien de ce qui a été résolu sur les insinuations prussiennes pour nous entraîner dans des faux pas envers l'Autriche, ni sur ce qui regarde les nouvelles instances pour la garantie de Malte.

Je vous remercie pour la nouvelle du rescrit, signé pour le cordon de S-te Anne pour mon ami Lyzakewitz.

Je vous prie de m’envoyer la copie de la liste des jours et des heures du travail de l'Empereur avec ses ministres et des jours des comités qui se tiennent dans son cabinet.

Notre ami le comte Kotshoubey m’a écrit, mais a oublié de me dire qu’il a remis à l'Empereur ma lettre de remerciement. Demandez lui si Sa M. à lu ma lettre en sa présence, et s’il a dit quelque chose à се’ sujet?

Marquez moi, je vous prie, comment se porte Дмитрий Павловичъ, que j'ai laissé malade; j'aime beaucoup ce parent que nous avons. Faites lui bien mes amitiés. Embrassez pour

- moi notre ami le comte Zawadowskoy.

Je vous prie de faire mes compliments à Дмитрй Aserсандровичъ Гурьевъ et lui faire souvenir des portraits de l'Empereur et de l’Impératrice.

Kônigsberg, le 16 (28) Octobre 1803.

Vous me dites que vous avez eu un grand travail avec l'Empereur et que vous en êtes extrémement content, que les comités continuent, que l'Empereur y assiste et que les choses ne vont pas du tout mal. Toutes ces données me font un. plaisir inexprimable. Que Dieu nous conserve ce cher Empereur qui a cette belle passion de rendre heureuse sa Patrie, et il la rendra s'il est secondé: comme il mérite de l'être. Sa tâche est plus difficille et même plus utile que celle qu’a eue Pierre le Grand; car celui-ci, voulant introduire ce qu’il a trouvé de bon et d’utile chez les étrangers, a eu affaire avec une nation qui avait du nerf, un caractère ferme et vigoureux, habitué à l’ordre, ignorant la mollesse; aussi n’a-t-il eu que l'opposition des préjugés et de l'ignorance, mais la nation d'aujourd'hui est amollie, dépravée par une démoralisation continuée pendant 40 ans, que la cour entretenait par l'exemple de sa propre dépravation; aussi il faut avouer qu’il y a bien peu de vertu parmi les Russes d'aujourd'hui et -encore moins ‘parmi les Allemands nouveaux sujets de notre empire: car ceux-ci de tous tems ont été plus avides d'argent que les premiers. Enfin et en masse on n’est plus qu’égoïste; chacun ne songe qu’à soi et à ses intérêts et jouissances. Mauvais singes des Français, on n’est occupé que d’agréments, sans songer au solide. Ггашаbilité est préférée à la. probité, au point qu'il reste fort peu de personnes qui ayent conservé la probité et l’élévation d'âme sans lesquelles on ne fait jamais rien d’utile et de grand. Il est vrai que ceux qui ont échappé à la corruption, en ont plus de mérite que les personnes vertueuses des tems passés. La mollesse de caractère les rend nuls; c'est ce qui n’était pas du tems de Pierre, qui trouva et sut choisir des hommes d'un mérite incontestable, comme les deux Dolgoroukoy, Tolstoy et quelques autres, et d’autres qu'il a su former (car

la nation avait de l’étoffe), comme Galitzin, qui gagna la bataille de Lesnoy; Menchikow, le premier des Russes qui a battu les Suédois en Pologne, en forçant le roi Auguste à livrer bataille contre son gré, étant occupé à négocier une paix séparée et secrète avec Charles XII; Chafirow, Jagouginskoy, les Golovin et Golowkin et enfin les Bestoujew et les Nepluiew, dont il a su déméler les mérites, malgré leur jeunesse. En un mot avec les grands talents qu'avait cet homme, il a eu le bonheur de vivre dans ци tems où la nation, qui n’a jamais été stupide, avait conservé encore les moeurs et une grande énergie de caractère; au lieu qu’Alexandre 1-er est venu dans un tems de corruption absolue, et ne peut avoir cette foule d'aides si actifs et si admirables qui ont si puissamment aidé son immortel bisaïeul. Mais ça ne doit pas le décourager dans sa grande entreprise. П п’а qu’à persévérer, avoir toute sa confiance dans le peu de gens instruits et vertueux qui restent encore. Ils lui déterreront ‘des sujets dignes de le servir, et ça encouragera les jeunes gens qui ne sont pas encore tout à fait gâtés, à se corriger et à rentrer dans le bon chemin.

Je suis bien aise de savoir que vous employez beaucoup le prince Czartoriskoy, que vous le faites beaucoup écrire, et que vous êtes très-satisfait de lui et de l'assistance qu’il vous donne dans. vos travaux. Je vous avoue que, malgré les ennemis que l’amitié qu'a l'Empereur pour lui lui donne et malgré les calomnies que j'ai entendu répandre sur lui, je n’ai jamais pu le croire ennemi juré de la Russie et des Russes, ce qui est une des choses qu’on lui impute. П п’а paru toujours un homme aussi instruit que sensé; or, ces deux qualités lui doivent faire voir que la Pulogne ne peut ressusciter et que la partie qui nous appartient, si elle cesse à être jamais russe, doit nécessairement devenir autrichienne ou prussienne; mais, après avoir essuyé toutes les calamités possibles, car elle serait naturellement le théâtre de la guerre, après tout, que gagnerait elle? Et comme il a de grandes possessions dans cette portie qui appartient à la Russie, je

le crois bon Russe, tant à cause de sa propriété que par reconnaissance pour l'amitié que lui témoigne l'Empereur. Aussi, je suis persuadé qu’il s’avancera et servira bien l’état, et je le lui souhaite. Je crois que de tous les ministres qui ont des помощникъ, vons êtes le plus heureux en ayant le meilleur. Je vous prie de lui faire bien mes compliments.

Graudens, le 19 (31) Octobre 1802.

Comme c’est de l'Empereur que vous avez appris mon arrivée à Riga,.je m’imagine que Sa M. Га apprise par le feld- Зарег qui menait le malheureux prince Gortchakow; car il partit quelques heures après mon arrivée dans cette ville, où j'ai passé deux jours et d’où la poste aux lettres ne partait pour Pétersbourg que le lendemain de mon départ pour Mitau. Je suis infiniment flatté et reconnaissant pour la bopté qu'ont LL. М. M. IL. de se souvenir et de vous parler de moi. Je leur suis attaché de coeur et d'âme. Ces quatre mois que j'ai eu le bonheur de les approcher souvent me les ont fait bien connaître, et ils gagnent beaucoup à être connus. Je vous prie, mon ami, de me mettre à leurs pieds toutes les fois que vous trouverez une occasion favorable.

J'espère que les comités continuent et que l’administration, soutenue par l'Empereur, qui a tout le mérite de Гаvoir conçue et établie contre vent et marée, ira toujours de mieux en mieux.

Berlin, le 28 Octobre (9 Novembre) 1802.

Monsieur d’Alopeus ш’а fait préparer un excellent logement dans la meilleure auberge et dans la meilleure rue de

176 ПРЕБЫВАН!Е BB BEPIHHS.

cette belle ville, et m'en avertit par une lettre que j'ai reçue en route. Je ne puis que me louer beaucoup de ses procédés et attentions à mon égard. Conformément à votre intention, pour laquelle je vous remercie, il ш’а donné à lire toutes ses dépêches depuis sa réinstallation days la mission qu'il occupe, ainsi que tout ce qu’il a reçu d'ordres de chez nous. Parmi ces papiers, j'ai lu avec beaucoup de plaisir la lettre confidentielle que vous lui avez écrite. Il se loue beaucoup de vous, et fait profession de vous être très-attaché. Nous dînons aujourd’hui chez lui. J'ai été hier avec lui chez le comte Haugwitz, qui а été très-poli avec moi et m'a invité à dîner pour demain. Hier nous avons dîné chez mon ancien confrère à Londres, le comte Stadion.

Katinka et moi, nous sommes invités à souper demain cher la princesse Ferdinand, pour laquelle l’Impératrice-mère з donné à ma fille une lettre. Je ne sais pas encore si je pourrai voir le roi, qui est à Potsdam, parce qu’on dit que за majesté est malade. J'ai vu le bon monsieur Maltzow qui, а l'âge de 70 ans, se porte à merveille et fait tous les jours deux milles d'Allemagne à pied. Son fils, qui est à la mission d'ici, est un joli garçon qui a des talents et se conduit parfaitement bien. Quoique né dans l'étranger, il sait parfaitement le russe; il sait bien le français, et on dit qu’outre l'allemand, il sait aussi l'anglais.

Ayant mieux examiné le pays cette fois-ci que quand je suis allé en Russie, jai trouvé que les chemins sont mieux entretenus et гёрагбз; que les postes sont mieux servies; qu'on voyage plus vite et que l’agriculture а fait de grands progrès, et qu’enfin il y a un plus grand air d’aisance qu'il n’y en avait autrefois dans les états ;prussiens. C’est l’ouvrage du comte Schulembourg et de monsieur de Struensée, et le roi a le mérite d’avoir donné sa confiance à ces deux ministres et de les soutenir. On commence à faire des chaussées, comme celles qui sont dans les états autrichiens. C’est le vrai moyen d'entretenir l'abondance et augmenter la circulation dans le pays. Dans peu nous serons peut-être les

seuls en Europe qui, faute de ces avantages, conserverons un air d’une nation non policée, laissant étouffer nos richesses naturelles.

Berlin, le 3 (15) Novembre 1802.

Ааександръ Львовичъ Vous remettra, mon ami, cette lettre, dans laquelle j’inclus le petit mémoire que vous avez voulu que je fasse sur l’école à établir pour fournir le Collége des affaires étrangères d'employés plus capables de bien servir ce département que ceux qui s’y trouvent actuellement. Je ne vous le donne pas pour bon, je n’ai pas cette prétention, mais si vous y rencontrez quelque chose qui puisse être adopté pour le bien de cette partie du service, j'en serai bien aise. En attendant, j'espère que peu à peu vous aurez le tems de bien connaître l’intérieur de notre département et de cette monstrueuse armée d'employés, et que dans vos moments de loisir vous travaillerez peu à peu à faire un plan de réforme que le bon ordre, l’économie et le secret de l’état, qui est sans cesse compromis, exigent. Tel qu'il est à présent, ce malheureux département, il est unique dans le monde, et се qu’il y a de plus singulier, c’est que quoiqu’on s’en est occupé souvent et qu’on а fait de nouveaux états sanctionnés par le Souverain, imprimés et publiés, il est devenu pire qu’il n’a jamais été: саг à реше l'état était confirmé, qu’il était tout de suite enfreint par le Souverain lui-même, qui пе cessait d’y placer des surnuméraires, et c’est aussi dans ce département qu’on renvoyait ceux qui ne valaient rien dans les autres, ou dont on ne sait que faire.

J'ai appris de bonne part que le changement arrivé dans notre administration, a consterné Haugwitz et Lombard, et qu'ils ont été plus de 8 jours avant que de se remettre et

APIUBS RESSA ВОРОНЦОВА, ин. 10-я. 13

de composer leur visage. Le ministre de Bavière a partagé cette affection.

Luzi, avec lequel j'ai beaucoup causé, m’a dit qu'en quittant Pétersbourg il avait quelque soupçon qu'il у aurait un grand changement dans notre ministère, qu’il était persuadé que vous y joueriez le premier rôle, mais qu’il s’est trompé en croyant que Трощинской ferait partie du nouveau ministère. Il a souvent cherché à me faire parler sur le prince Czartoriskoy, en s’étonnant toujours que ce Polonais (c’est ainsi qu’il l’appelait) a eu une place si distinguée. Je lui ai répondu qu’il est autant Polonais qu'un Silésien, comme le comte Haugwitz,est Autrichien; car il est sujet russe et très-grand propriétaire en terres dans nos provinces. Je vois que votre помощникъ n’est pas aimé ici. П m’a beaucoup demandé sur Engel et s’est informé s’il a conservé sa place; il lui est très-attaché, et il paraît qu'on a des raisons de l'aimer ici. J'ai répondu que je l’ai laissé tel qu’il était de son tems, et qu’il conserve sa place. А propos d’Engel, j'ai appris de monsieur Alopeus qu'il a reçu ces jours-ci par lui une lettre de l'Empereur pour la reine, et que l'adresse même de cette lettre était de la main de l'Empereur...

Leipzie, le 8 (20) Novembre 1802.

J'ai oublié de vous dire, en vous écrivant de Potsdam, qu’étant à la parade, où je fus présenté au roi, après qu’elle fut finie, le roi donna pour parole Pétersbourg, ce qui n’est pas d'usage, car c’est toujours le nom d’une ville de ses états qu’il donne, et comme j'étais en uniforme, le roi ordonna à un de ses aides-de-camp de me porter cette parole, ce qui a prouvé que c'était par attention pour l'Empereur, mon Souverain, qu’il donna pour parole le nom de la ville de sa résidence.

J'ai pris quelques informations sur le commerce que nos marchands font dans cette ville. Il est pour des sommes très-considérables et пе fait qu’augmenter continuellement; mais il est tout à fait de contrebande et ne consiste qu'en importation frauduleuse de mousseline et autres étoffes de coton d'Angleterre et d’étoffes de soie de Lyon, ainsi que de bijouteries françaises. Ils arrivent ici avec leurs propres chevaux à vide, bien munis de bonnes lettres de change qui entretiennent par là notre cours de change avec Hambourg, Ansterdam et Londres beaucoup plus qu’il ne devrait l'être. A la foire dernière, qui a fini il y a un mois, ils étaient en grande quantité et avaient avec eux 800 chevaux. Vous pouvez juger par ce nombre quelle quantité de mousseline, de taffetas, satin et autres étolfes, ainsi que de bijouteries, ils ont pu emporter. On pourra dire: quels moyens pourraiton trouver pour empêcher celte contrebande? Il n’y en a aucun au monde. Toute chose qui manque à un pays et dont on a besoin entrera toujours en dépit de toutes les mesures que la force et la violence la plus arbitraire pourrait employer pour l'empêcher. En Prusse, où ces mêmes marchandises sont prohibées ou grevées d'impôts exorbitants, tout le monde les a en contrebande, et on assure ici cette contrebande par des billets d'assurance, comme on les assure pour la Russie à Mémel et surtout à Lubeck, de manière qu’un homme vivant à Berlin ou à Pétersbourg et désirant avoir des choses prohibées ou grevées par des droits de douane extravagants, n’a qu'à les commander à Lubeck, à Mémel ou Leipzie, et les assurer 9 ou 10 pour cent, et les recevra dans sa maison, sans se donner aucune peine, ni savoir qui lui apporte sa marchandise. Telle est la conséquence de suivre la vieille routine et se refuser à la conviction des principes aussi sûrs que lumineux de l’immortel Adam Smith, que le comte №. Roumantzow croit avoir été réfuté, sans savoir et pouvoir nommer quand, par qui et comment. En attendant, l'état perd tout ce qu’il aurait reçu des droits de douane, s'ils étaient modérés, et l'honnête négociant est privé de

180 CBHAAHIE СЪ ВАРОНОМЪ ГРИММОМЪ.

faire plusieurs branches de commerce, dont il n’y а que les contrebandiers qui profitent. Par la manière dont j'ai vu qu’on raisonne chez nous sur le commerce, je vois qu’on est en arrière de toutes les bonnes règles de théorie et pratique, et que de combattre ces préjugés, c’est autant que de précher au désert.

Gotha, le 11 (23) Novembre 1802.

J'ai eu la satisfaction de retrouver le bon monsieur de Grimm bien portant pour son âge. Sa conversation est aussi aimable qu'instructive. П est très-attaché à la Russie et à la famille impériale, aussi il est bien content de la nouvelle organisation de notre administration, ou plutôt de ce qu'on en a créé une; car il n’y en avait aucune. Le pays était gouverné à bâtons rompus sans aucun système ni suite, par des invisibles, sous le nom du Souverain, continuellement trompé par ces invisibles dans des tête-à-tête qu'ils tournaient à leur avantage pour le malheur de l’état. Il a bien saisi l'intention bienfaisante et magnanime de l'Empereur et a compris l'esprit de cette administration, qui, soutenue par le Souverain qui l’a créée, a tous les moyens de bien conseiller Sa M. I., de l’éclairer sur la vraie position de l’état et sur ses intérêts, et qui peut efficacement, extirpant tous les abus, introduire un meilleur ordre de choses. Vous savez que monsieur de Grimm était l’ami de la feue Impératrice, avec laquelle il était pendant plus de 20 ans dans une correspondance aussi suivie que confidentielle, et que quand il venait à Pétersbourg, il la voyait tous les jours dans des tête-à-tête assez longs, où elle lui parlait sans gêne sur tous les sujets, et, quoique peu franche de son naturel, il est peutêtre celui avec lequel elle dissimulait le moins. Vous pouvez croire qu’il y a bien des choses qu’il a entendu dire

d’elle, dont il ne parlera jamais avec personne; mais il y a bien des anecdotes assez interéssantes qu’il raconte trèsagréablement. Je regrette de ne pouvoir pas rester plus longtemps dans cette ville, où il y a tant de personnes que j'aime; mais mon voyage, qui a été lent par l’état misérable des chemins dans cette saison et par la courte durée du s0leil sur l'horizon, ainsi que le séjour prolongé que j'ai fait à Berlin, m'obligent enfin de ne plus m’arrêter davantange, afin d'arriver à mon poste.

Lille, le 3 (15) Décembre 1802.

Je suis arrivé ici hier pour diner, et le comte Markow est venu me joindre sur le soir. Nous passâmes la soirée et toute la journée d’aujourd’hui ensemble. Il vient de me quitter dans ce moment, qui est minuit passé, et comme nous devons partir demain à 8 heures du matin, je m’empresse de vous écrire pour profiter du courrier qu'il veut expédier demain d'ici avant que de retourner à Paris. П m’a montré tout ce qu’il a reçu de chez nous tant officiellement, que vos lettres particulières. Je vous remercie, mon bon ami, sur ce que vous lui avez écrit de me communiquer ce qu’il reçoit de chez nous; aussi il m’a laissé les copies des pièces les plus intéressantes. Je vois avec plaisir le ton de dignité et de conséquence de ce qui sort de notre cabinet, succéder à la marche inconséquente et versatile ainsi qu’au ton bumble et trop complaisant qui caractérisaient nos écrits dans tous nos rapports avec la France. Il est très-politique, ainsi qu’il est décent même, de ne plus être les suivants de Bonaparte; aussi le comte Markow en est bien satisfait.

Nous faisons tous deux des voeux, et tout bon Russe se joindra à nous sur ce point, pour que vous ne vous dégoû-

tiez pas des affaires en vous jmaginant que leur poids est au-dessus de votre âge et de votre santé; car certainement ce poids doit s’alléger à mesure que vous remettrez l’ordre dans les affaires. П п’у a que les premiers 4 mois qui vous donneront de la besogne, tant par les lectures immenses que vous serez obligé de faire pour vous mettre au courant du passé, que pour arranger le plus grand désordre qui soit au monde, après quoi le courant ordinaire et un système une fois pris et suivi constamment, ne vous donneront plus de peine’ dans le courant ordinaire de ces affaires, d’autant plus que vous n’avez qu’à diriger, à donner vos idées, et vous avez dans votre aide un bon travailleur qui vous aidera pour les écritures. Si vous quittez toutes ces affaires, ce département tombera dans le désordre passé, et notre cour perdra de nouveau cette dignité que vous lui avez rendue. A propos de votre aide, je vous dirai, entre nous, que le comte Markow a des préventions contre lui, que j’ai tâché de guérir. Il le croit aussi son ennemi à cause de quelque procès qu’il a eu avec lui pour des terres.

Je n’ai pas pu vous écrire de Francfort, par la poste, ce que j’ai appris là sur ce qui se fait à Ratisbonne. Toute l’Allemagne s'étonne de ce que notre ministre monsieur Bubler n’est que le suivant et le servile valet des ministres de France, que dans toutes les conversations particulières, ainsi que dans ses conférences officielles, non seulement il approuve toutes les variations arbitraires des envoyés de Bonaparte, mais il dit même que l'Empereur approuve et approuvera tout ce que fait et fera le premier consul. En vérité, il serait tems de se débarrasser de ces Allemands qu’on emploie et qui tous, tant qu’ils sont, sont toujours vénals, п’епvisageant que le lucre et le présent, ne sont nullement Russes d’affection et manquent d’élévation d’âme.

Calais, le 7 (19) Décembre 1802.

Je dois vous dire que, dès mon entrée en France, on m’a traité avec toutes les attentions et les égards qu'on peut témoigner à un ambassadeur d'une grande puissance, particulièrement depuis Bruxelles jusqu'ici, où s'étend le commandement du général Vendôme. Il était à Lille, où, dès que }’агrivai, lui, le commandant de la ville, le maire, tout le corps d'officiers, vint me voir. La même chose fut répétée à S-t Omer, où on tira le canon pour moi et d’où jusqu'ici je fus accompagné par une escorte d'honneur qui se relevait. Ici on tira aussi le canon à mon arrivée: des gardes d'honneur, des visites du commandant, du corps d'officiers, de la municipalité et du commissaire général Mingaut; en un mot, on m'a traité avec toutes les distinctions possibles.

J'écrirai au comte Marcow pour le prier de remercier le gouvernement pour tout ce qui ш’а été témoigné.

Londres, le 13 (24) Décembre 1802.

… Quant à la conduite du comte Nicolas Roumantzow, je suis fâché de voir qu'il s’obstine à se conduire si mal. Il n’a aucune raison de se conduire en mécontent; on ne l’a pas déplacé, il continue à être ministre, quoiqu’à la vérité il n’y est pas propre: car tout partial que j'étais pour lui, j'ai vu, à la fin, combien il est au-dessous de sa place, tant du côté des talents que du savoir, Je n'aurais jamais pu croire que, de nos jours, ayant passé une grande partie de sa vie en pays étrangers et se préparant toujours à être un homme d'état, à assister dans le Conseil, il fût pourtant si ignorant;

le plus ignorant des douaniers à Constantinople est moins ‘ignorant que lui, je crois, des principes généraux de commerce d'état. S'il est mécontent, pourquoi ne quitte-t-il pas le service, comme Га fait son frère, qui a plus d'esprit, plus de connaissances, plus d’élévation d'âme, et qui, s'il avait plus de bon sens, aurait été un homme très-utile pour le

pays?

Londres, le 16 (28) Décembre 1802.

Je vous suis bien reconnaissant pour l'exactitude avec laquelle vous me donnez de vos nouvelles, malgré le poids énorme que vous avez sur les bras. J'espère que ce poids sera de beaucoup allégé quand la fastidieuse affaire de ces maudites indemnités allemandes sera terminée.

Vous me dites que les affaires de notre département vont coulamment. Je n’en doute pas, je vois même, et d’autres s’en aperçoiyent très-bien, qu’elles vont on ne peut micux et avec une dignité qui avait été tout-à-fait mise à l’écart depuis bien plus longtemps qu’on ne le croit.

Vous me donnez un plaisir inexprimable en me répétant toujours l'assiduité de l'Empereur aux comités, son application, et le-jugement sain qu'il manifeste dans toutes les affaires. Que Dieu nous conserve ce cher Empereur! Je suis charmé également que vous êtes si content du prince Czartoriskoy. Je vous félicite aussi de ce que vous commencez à prendre l'habitude de dicter; vous verrez, quand vous У serez accoutumé, que cette manière est non seulement plus commode, plus expéditive, mais qu’on fait même beaucoup mieux en dictant qu'en écrivant soi-même. Je vous ai plaint, шоп bon ami, sur votre mal au doigt; mais si c’est се mal qui vous a forcé à dicter, vous ne serez pas fâché de l’avoir eu.

Je suis enchanté de votre lettre du 15 Novembre à monsieur ВиШег; elle était bien indispensable: car il avait besoin d’être remis dans le chemin duquel il s'est si fort écarté.

Je vous suis bien obligé de ce que vous donnez de l’ouvrage à Michel. Ça ne fera que le former davantage et lui donner plus de connaissances que n’en ont les caporaux vulgaires, connus sous le nom de epysrTosoä офицеръ. Ce sont la vraie peste des armées. Aussi sont-ils conduits par le nez par les employés de chancellerie, quand, pour le malheur de l’état, ils parviennent au commandement suprême. Тез étaient les Апраксинъ, les Салтыковъ et les Бутурдинъ, auxquels on était obligé d'envoyer du Collége des gens pour la correspondance, qui faisaient d’eux се qu'ils voulaient.

Je comptais vous faire quelques détails sur la cour de Вегlin, mais ne pouvant le faire par la poste, qui traverse les états prussiens, j’attendais l’occasion d’un courrier. Si j'avais eu plus de tems à Lille, j’aurais profité du courrier que le c-te : Markow .expédia de cette ville, mais n’étant resté là qu’un jour, que j’ai tout employé à causer avec lui sur les derniéres années du règne de feue l’Impératrice, à peine il m’est resté quelques moments pour vous écrire le peu que je vous ai écrit alors. Je vais donc le faire maintenant.

- Pendant les 13 jours que j’ai passés à Berlin et Potsdam, j'ai va plusieurs personnes qui ont pu me donner des renseignemens assez sûrs, entre autres le c-te Stadion et le c-te Luzi. Le premier est un ancien ami à moi, qui а été ministre .à Londres; c’est un homme de jugement, ct, quoique ministre de la cour de Vienne, étant de l’Empire et pas Autrichien de naissance, il n’a pas cette prévention et cette haine pour la Prusse qu'ont tous les Autrichiens, et que les Prussiens leur

rendent au centuple. L'autre est le c-te Luzi, que j’ai connu à Londres, que j'ai revu à Pétersbourg et que j'ai retrouvé à Berlin et à Potsdam. Il m’a parlé avec franchise sur le système politique de sa cour, qu’il désapprouve, et c'est lui qui m’a fourni tout ce que je sais à présent sur Haugwitz.

Le roi ne manque pas d'esprit naturel, mais il est ignorant, inappliqué aux affaires, très-timide et d’une avarice extrême; on le dit honnête, au moins il n’a jamais fait rien de malhonnête, et dans sa vie privée il conserve les moeurs les plus pures.

Pour le justifier de son extrême avarice, on dit que c'est par principe, ayant entendu que son grand oncle amassait un trésor afin de pouvoir faire la guerre avec plus de facilité, et que c’est par là qu’il a agrandi ses états et a été craint et recherché par tous les souverains de l’Europe; et que son père était tombé dans le mépris universel parce qu'il a épuisé ce trésor et a fini même par faire des dettes.

On l’a bien trompé en lui faisant ce conte; car le vrai trésor du Grand Frédéric était sa tête et son caractère. Il n’avait plus un sol d'épargnes dans les coffres dès la seconde campagne de la guerre de Sept Ans. Mais son génie supérieur et la fermeté de son caractère lui donnèrent les moyens de continuer cette guerre et la finir avec une gloire sans égale. Le père du roi actuel, n’ayant pas en lui се trésor intellectuel et caractéristique, n’a pu le dissiper. П fut connu et méprisé avant que de monter sur le thrône, et la durée de son règne n'ayant fait que développer davantage la bassesse de son âme, le mépris universel qu’il inspirait n’a fait que s’accroître, Га accompagné jusqu'au tombeau et a survécu même à sa misérable mémoire. Cet indigne successeur de Frédéric ne peut être comparé qu’à Vitellius, qui ne voyait dans le pouvoir suprême que la puissance d'assouvir sa voracité, comme le dernier roi de Prusse ne voyait dans la majesté royale dant il était revêtu, que le moyen d’assouvir sa lubricité avec les femmes.

La timidité du roi lui fait craindre toute guerre, et il croit

que plus sera grand son trésor, plus on craindra de l’attaquer. Il ne prévoit pas que si ce trésor s’amasse jusqu’à un certain point, Bonaparte, aussi avide que despote, demandera péremptoirement des sommes considérables sous titre d’emprunt, qu’on п’озега pas lui refuser per cette terrible crainte de la guerre. Le roi passera par tout ce qu'exigera l’exigeant Corse, qui connaît la pusillanimité avec laquelle on le redoute. Ce roi, qui est bon, qui ne manque pas d’un certain jugement, mais qui est faible et ignorant, ne s'occupe que de son régiment des gardes, de la parade à laquelle il ne manque jamais, et des manoeuvres dans les saisons où elles ont lieu, mais il n’a pas le génie de la vraie et grande tactique. Quand il fait lui-même la disposition des manoeuvres, Müllendorf, honteux devant les étrangers qui у assistent, ne manque jamais de leur dire: ,vous sentez bien, messieurs, que ce n’est pas sérieux, et que si les canons étaient nchargés à boulets ou cartouches, on aurait mavnoeuvré autrement“. Excepté le militaire, le roi ne se шёе de rien et laisse faire ses ministres, qu'il voit rarement, mais aux représentations verbales ou écrites desquels il souscrit toujours, tant par méfiance de ses propres lumières que par habitude, aimant la vie retirée avec sa femme, ses frères, sa soeur, quand elle y est, et quelque peu d’aides-decamp, parmi lesquels il y en a un qu’il regarde comme son ami et qui est vendu à la France: c’est Kokeritz. Comme ce roia déjà 33 ans, le pli de son caractère est fait; aussi, quand il règnerait cent ans, il ne changerait jamais de conduite et de méthode.

* Les trois ministres qui conduisent la monarchie prussienne, sont: le comte Schulembourg, m-r Struensée, et le comte Haugwitz. Les deux premiers ont entre leurs mains tout ce qui regarde les finànces et l’administration interne. On ne saurait assez les louer: ils sont vraiment des hommes aussi habiles qu'infatigables et probes. Ceci s’entend envers leur souverain et leur pays, mais quant aux puissances voisines, adieu la probité; car si on peut gagner quelques milliers

188 ПРУССКАЯ 9KOHOMIA.

d’écus ou enlever quelque territoire sur un voisin, il n’y a sorte de perfidie qu’ils ne se permettent, et ils se joignent alors à Haugwitz qu'ils méprisent à cause de ses moeurs dépravées, pour agir ensemble sur le roi. Dans ce pays-là tout cède au système d’agrandissement et de гарше; il n’est plus question alors de regarder à la décence, à la dignité, à la justice! Pour revenir à Struensée et Schulembourg, ce sont des hommes du plus grand mérite et les plus considérés dans la monarchie prussienne. Dès le règne du Grand Frédéric, ils ont mis leurs départements sur un pied d'ordre qui n'existe nulle part, car quoique les finances de la Grande Bretagne soient régies avec une clarté étonnante, nonobstant qu’elles sont si compliquées, il y a moins d'abus en fait de dépenses en Prusse qu’en Angleterre. On peut dire hardiment que le roi de Prusse n’est pas volé d’un sol, quoique ses revenus soient de 40 millions d’écus (l’écu a 36 stievers de Hollande). Ce revenu doit être accru encore par les dernières acquisitions dont Bonaparte vient de gratifier la cour de Berlin sous prétexte d’indemnité, mais en effet pour avoir trahi la cause de l'Allemagne et de l’Europe entière. La comptabitité sur les revenus et les dépenses de l’état est supérieurement arrangée en Prusse; elle est telle qu’elle mériterait bien d’être imitée chez nous. Aussi il serait bien utile d’ordonner à ш-г Alopéus qu'il tâchât de procurer à notre cour tout ce qui regarde le maniement des finances, surtout la manière claire et précise de la comptabilité prussienne. Il est en état plus qu'aucun autre de procurer ces détails, qui. pourraient être utiles au comte Wassilieff, si toutefois celui-ci est en état de les comprendre: car dans quelques conversations que j'ai eues avec lui sur notre dette en Hollande et sur sa liquidation progressive, j’ai été étrangement surpris de le trouver plus ignorant que moi, ce qui est beaucoup dire, et ce qui est aussi ridicule que dommageable pour l’état dans un ministre des finances. Je ne puis, à cette occasion, ne pas faire par parenthèse une espèce d’épisode au sujet traité dans celle lettre, où mon intention n’était pas de parler de la Russie,

mais de la Prusse. Si on n’oblige pas m-r Wassilieff de produire au comité des ministres ses plans de finances, tels qu’elles sont et qu’il croit devoir les établir, ses livres, вез comptes avec les pièces justificatives, pour qu’on puisse les connaître et voir ce qu’il y a de clair ou de confus dans sa manière de régir les finances, dont l'importance est telle qu’après une mauvaise administration de la justice, qui réduit les hommes au désespoir et à la révolte, il п’у а pas de cause plus prochaine et’ plus naturelle pour la chute d'un état que la mauvaise administration des finances, parce que cela amène de nouvelles dettes et de nouveaux impôts qui abiment le peuple. Je ne puis aussi, à cette occasion, ne pas dire combien il serait nécessaire de songer à amortir, par un système suivi, progressif et à intérêt composé, nos dettes au dehors, comme Га fait m-r Pitt avec la dette nationale; que quelqu'un fût adjoint avec des pleins-pouvoirs au ministre de nos finances, comme le comte Ostermann et vous avez été adjoints au prince Wiasemskoy du tems de feu l’Impératrice; car Dieu sait ce que le e-te Wassilieff tripote avec nos banquiers de la cour et m-r William Hope, qui n’est pas du tout un honnête homme et qui est gouverné par Voot, le plus archifripon de l'univers. Je crains que, de la manière dont cela va à présent, il ne se fasse des choses criantes.

Voilà un bien long épisode; mais c’est que je ne puis, en parlant d’autres pays, ne pas ramener mes idées au mien, j'ai beau faire, mais je ne puis m'empêcher de songer toujours à la Russie. Pour revenir donc à la Prusse, j'ai vu que, quoique les impositions soient très-fortes, le mode de les percevoir est si clair, si exact et si uniforme qu’il en allége le poids. D'ailleurs, le système en est invariable, tandis qu'en Autriche on ne fait que le changer. Chaque ministre des finances a la vanité d'introduire un mode de sa façon, au point que, depuis la mort de Marie Thérèse, il y a eu neuf ou dix changements consécutifs dans cette partie si mal comprise eu Autriche, où on a fini par inonder le pays de papier-monnaye, de manière que le même ducat d’or en espèces

qui dans les années 1762 et 1763, pendant que j'étais à Vienne, valait 4 florins 10 kreutzers, vaut à présent 5 florins et demi. C’est parce qu’on ne trouve plus d’autre monnaye en circulation que du papier. Les revenus de l'Autriche ne passent pas 80 millions de florins, à 11 florins la livre sterling, ce qui ne produit pas 8 milions de 1. s., et les revenus de la Prusse étant de 40 millions d’écus à 6 écus et % par 1. з., produisent un peu plus de 6 millions 1. з., quoique cette dernière puissance n'ait qu’à peine 9 millions d’habitans, tandis que la puissance sa rivale en a le double: car c’est un fait avéré, que la monarchie autrichienne a 18 millions d’habitans. Telle est la différence d’une bonne et une mauvaise administration, et si vous ajoutez que la cour de Vienne doit 400 millions de florins et que cette dette de l’état lui enlève 20 millions de florins annuellement pour le payement des intérêts de cette dette, toute la balance des moyens disponibles reste en faveur de la Prusse, qui lui est dangereuse au possible, même sans la protection décidée que le tout-puissant et orgueilleux Corse accorde au successeur et petit-neveu du grand Frédéric.

Après vous avoir parlé de Struensée et Schulembourg dont les grands talents sont incontestables, il faut venir au comte Haugwitz, qui dirige les affaires politiques de ce pays-là. Il est d’une famille illustre et ancienne de la Silésie, avec un bien considérable; il a beaucoup d'esprit, de savoir, mais accompagnés d’une souplesse et d’une duplicité si continuellement exercées, que la fausseté en toutes choses est devenue chez lui habituelle et caractéristique. Il a été menteur dès son enfance et menteur incorrigible, car il y a encore à présent à Berlin et dans les autres villes du pays plusieurs de ses camarades d'école parmi lesquels il ÿ en a qui, ayant besoin de lui, le prônent partout, faisant l'éloge de son esprit et de son habileté, mais quand on leur répond qu’il est menteur, ils sont obligés de convenir, comme tous ceux qui le connaissent, que c’est vrai, mais que ce n’est qu'une malheureuse habitude qu'il a contractée on ne sait comment, avant de

venir même à l’école, où aucune punition n’a ри Реп guérir. М-г Alopeus, qui est si prudent et réservé dans ses propos, m'a dit qu’il est dangereux de se fier à tout ce que dit ce ministre: on peut sur cela croire m-r Alopeus, car il est très-lié avec lui. Le comte Haugwitz, en entrant dans le monde, voyagea en Italie; de retour sur ses terres, il y resta pour les soigner, augmenta ses revenus, зе maria, mena une vie exemplaire et devint un Herrnhut très-dévôt. Il vécut quelques années de cette manière, quand tout d’un coup l’ambition s’empara de lui: il rechercha les places, fut employé comme envoyé de la cour de Berlin à Vienne. C’est là qu’il commença à déployer toute son astuce. De retour à Berlin sous le feu roi, il fit bassement sa cour aux maîtresses du roi, à ses favoris, au fameux Bichofswerder et aux Illuminés, dont ce dernier était le chef. Il cessa d’être Herrnhut, vécut mal avec sa femme qu’il relégua dans ses terres, et donna dans toutes les débauches crapuleuses du feu roi, par quoi, ainsi que par ses protecteurs les Illuminés qui gouvernaient ce prince, il gagna sa confiance, ce qui lui valut la place qu’il occupe. Comme on se servait de tous les prestiges qu’offrent aux savans la physique, la chimie et l’optique pour en imposer aux ignorans crédules du merveilleux, les Illuminés profitaient de l’imbécile crédulité du feu roi, qui avait la bêtise de vouloir parler à ceux des trépassés qui ont joué autrefois de grands rôles, et il croyait les voir et converser avec eux. Non content des hommes morts depuis deux mille ans, il voulut voir les anges et toute la hiérarchie céleste, et enfin il voulut voir le Christ. Devinez, je vous prie, qui représentait notre Sauveur dans cette farce absurde? C’est le comte Haugwitz! Et cela fut arrangé avec tant d'art que l’imbécile Frédéric- Guillaume ne reconnut pas son ministre dans le prétendu fils de la Vierge Marie. Quand Luzi, qui ne ménage pas Haugwitz, qu’il déteste, me raconta cette histoire en présence d’Alopeus et qu'il vit que je ne la croyais pas, il m’assura positivement que c'était vrai, que tout Berlin le savait, et que je n'avais qu’à m'en informer pour avoir la confirmation d’un

192 ПОДЧИНЕН!Е ПРУСАКОВЪ @PABIIH.

fait qui me paraissait incroyable. Ce ministre si immoral est grandement soupçonné de s’être vendu à la France. Le même soupçon est attaché à Lombard et à Kokeritz. Le premier travaillait dans le bureau de Haugwitz, dont il était le secrétaire favori et qui le plaça auprès du roi comme secrétaire privé. C’est un homme très-fin, dévoué à son ancien chef et protecteur, ayant les mêmes moeurs et les mêmes principes que lui. П demeure à Potsdam et suit le roi dans ses voyages; c’est la cheville ouvrière du ministre, et également attaché à la France, il la sert avec efficacité. Kokeritz est l’aide-decamp du roi et son ami le plus intime. Sous l'apparence d’un lourdeau et avec un ton de franchise, il est très-fin et a beaucoup d'influence sur le roi, dévoué à la France, qui Га gagné dès l’avénement au thrône du roi et qui continue à le pensionner, il aide sous main Haugwitz et Lombard, avec lesquels il а Гат de n’avoir aucune liaison. A le voir, on dirait que c’est un homme incapable de se mêler d'aucune affaire; mais c’est la finesse ordinaire en Prusse: tous les intrigans et fourbes dans ce pays-là se donnent le masque de la simplicité et bonhomie. Aussi on m'a averti de ше défier de tous ceux qui ont l’air niais et sans prétention.

D’après ce que je vous ai dit de ceux qui mènent les affaires politiques dans ce pays-là, vous pouvez bien croire que la Prusse n’est qu’une grande province française; que c’est de Paris que viennent les ordres pour ce qui doit se faire à Berlin en fait de diplomatie, et que les ministres prussiens à toutes les cours de l’Europe ne sont, comme ceux de Bavière, que des aides-de-camp des ministres de France, auxquels ils rapportent tout, étant continuellement employés à servir les vues de la France ou plutôt de Bonaparte, son despote.

Il пу a donc que la partie politique qui est tout à fait gangrenée en Prusse, car l’armée est bonne malgré qu'elle soit déchue de sa splendeur éclatante aux tems du grand Frédéric, et qu’elle n’ait plus cet enthousiasme, cette confiance qu’elle avait en elle-même du tems de ce grand souverain.

L'administration intérieure et les finances sont administrées supérieurement bien; et quant à l’administration de la justice, elle est parfaite: il п’у a ni partialité, ni vénalité, ni même aucune influence de la part de la cour. Aussi le roi, qui a beaucoup de domaines, perd continuellement des procès contre des particuliers, pour peu qu'ils ayent le droit de leur côté. Personne ne craint d'attaquer le fisc dès qu’on a des prétentions justes à réclamer, et c'est la chose qui fait le plus d'honneur au gouvernement et qui lui attache la majorité des habitans. Il y a pourtant une masse assez considérable d’hommes très-mécqntens à cause des maximes prétendues philosophiques dont is se sont imbus. Parmi eux se trouvent les Jacobins politiques et les Illuminés; cette classe est composée de professeurs, d'avocats, de médecins, d'auteurs, d'artistes et d’un bon nombre de négociants. Ce mal est général dans toute l'Allemagne et n’est que la suite de la première impulsion de la Révolution Française. Je dois ajouter à cette occasion que, quoiqu'il n’y ай rien de moins républicain que le gouvernement actuel de France, où Bonaparte a plus d’autorité qu’un empereur du Maroc et en abuse plus que ce prince africain, tous les Jacobins dans tous les pays du monde sont sous main protégés et soutenus par les agens de Bonaparte, quoiqu'il comprime leur secte en France. Aussi c’est ce que m-r Windham а bien dit l’année passée dans la Chambre des Communes, parlant de Bonaparte et du jacobinisme: qu’il ne veut pas de cette dénrée dans son pays, mais qu’il la regarde comme très-bonne pour l'exportation; qu’il en défend la consommation chez lui et l’encourage partout ailleurs.

П me reste à vous parler de la famille royale de Prusse. Des deux frères cadets du roi aucun ne le vaut. L’aîné des deux n’a ni son esprit, ni ses moeurs; le cadet est très-peu de chose, quoique moins bête que le second. Feu le comte Brühl, qui a été gouverneur de tous les mâles de cette famille, disait que le roi était le meilleur de tous et à tout égard. Il est probable que les enfans du roi seront très-mal élevés,

car personne né s’en occupe. Sa soeur, la princesse héréditaire d'Orange, est belle, bien faite, d’une conduite irréprochable, polie, aimable, et a plus d'esprit que toute la famille, son frère l’aime beaucoup, mais elle ne se mêle de rien, се qui est heureux pour le pays: саг elle est influencée par son mari, qui est intrigant, méchant et très-présomptueux. Je l'ai vu en Angleterre où on le connaît bien.

Venons à présent à la reine. Elle est vraiment belle, mais sans aucune expression ni noblesse dans la physionomie; elle a très-peu d'esprit; amoureuse d'elle-même, elle ne peut cacher le sentiment interne qu’elle a de sa beauté, et quoique d’une conduite irréprochable, elle a cette passion de coquetterie pour amouracher tout le monde, qu’elle serait aussi heureuse et fière d’avoir rendu amoureux d’elle un laquais, un mendiant, qu'a pu l'être le grand Frédéric quand il conquit la Silésie. Elle se pare, s’admire, et sa conversation est bien peu de chose; elle est amenée toujours pour recevoir des complimens sur sa beauté... Si elle était dans la même chambre avec notre jeune Impératrice et qu'elle fût sans ces diamants dont elle se pare, tout homme qui ne saurait pas qui elle est, la prendrait pour une jolie femme de chambre de l’Impératrice. Malgré tout ceci, je dois répéter qu'il n’y a jamais eu rien de malhonnête sur son compte. Il est singulier que dans le court espace de trois mois j’aie vu trois femmes de souverains, toutes trois très-belles, chacune dans son genre; mais en vérité la nôtre surpasse les deux autres. Sa soeur, la reine de Suède, а l’air plus distinguée et plus spirituelle que la reine de Prusse, mais pas autant que l’Impératrice, qui avec son maintien modeste, sa taille, ses manières et ses yeux qui peignent si bien son jugement et la douceur de son caractère, ne laisse rien au monde qui puisse lui être comparé. -

Jde finirai cette longue lettre par vous dire encore quelque chose sur l’effet qu'a produit en Prusse et par toute l’Europe l’entrevue qui a eu lieu entre les deux souverains à Mémel. On prétend qu’elle fut imaginée à Berlin 8 à 10 mois

СВИДАНИЕ AIEKCABAPA 1-ГО СЪ Ф. ВИЛЬГЕЛЬМОМЪ 11-МЪ. 195

avant: qu’on avait travaillé sur le prince héréditaire de Меklembourg, qui, par parenthèse, n’a pas la réputation d’être un aigle en fait d'esprit et de jugement, et qui pour cela même ne pouvait être soupçonné d'intrigue, pour le persuader de l’amitié extrême du roi pour l'Empereur. Ce point réussi, on lui parla du désir ardent du roi de voir et connaître personnellement l'Empereur. А force de le répéter, on grava ces sentimens dans la tête de ce prince allemand pour être redits à Pétersbourg, et il fut chargé, dit-on, de proposer une entrevue entre ces deux souverains. Il réussit, donna avis du succès de sa commission; on en fut enchanté à Berlin; on résolut de tenir la chose secrète, et on ne la communiqua qu’à Paris. En même tems оп pensa à profiter autant que possible d’une circonstance aussi heureuse que rare et inattendue, C’est alors que Lucchesini a eu ordre de terminer avec Talleyrand le plan des indemnités, qu’on ne communiqua au comte Marcow que quand tout fut arrangé, quoique par la nature de l'affaire nous étions les proposants, les médiateurs et pour ainsi dire les garants, et que par la rédaction de cet acte la Russie a l’air de s'être concertée préalablement avec la France sur ce sujet, ce qui donnait à Bonaparte l’avantage de faire voir au monde l'intimité qui existait entre l'Empereur et lui. Dans la réalité, l'Empereur n'a été consulté sur rien, et il n’a appris la chose qu'après qu’elle eût été faite.

Le projet était de retenir l'Empereur quelques jours de plus à Mémel pour que le courrier qu’on attendait de Paris errivât pendant l’entrevue; mais l'Empereur п’ассогда qu’un jour de plus de ce qu'il avait destiné à rester à Mémel. Ce ne fut donc qu'après son départ que le courrier de Lucchesini apporta l’acte qui était déjà convenu d'avance entre la Prusse et la France. Mais comme on se flattait en Prusse d'avoir séduit tout à fait notre Souverain par toutes les cajoleries d'amitié qu’on lui avait faites, et qu'il s'était établi une correspondance soi-disant particulière et confidentielle entre le roi et l'Empereur, on tâcha d'employer ce moyen

pour faire approuver par Sa М. I. се qui зай fait à Раris, ce qui a complétement réussi. А la suite de tout ce шаnége, les ministres de Prusse à toutes les cours, grandes ou petites, répandirent avec profusion les détails de l’entrevue, aveë des commentaires sur l’étroite union qui s’élait formée entre la Russie et leur pays. La cour de Berlin, qui par ellemême jouit de peu de considération auprès de Bonaparte (qui a besoin de la Russie pour des vues ultérieures), voulant se donner auprès de lui une importance majeure, exagéra sa grande influence en Russie, et lui communiquait en confidence les lettres confidentielles que le roi recevait de ГЕтpereur. Le Corse le crut, avec apparence de raison; il eut plus d’égards pour elle et ordonna à ses ministres et agents secrets de répandre partout que la France, la Russie et la Prüsse étaient étroitement liées entre cles, et n’agissaient que d’un commun accord, ce qui fut cru par toute l’Europe: on ne vit dans tout ce qui se faisait chez nous que des attentions pour Bonaparte, comme p. ex. le renouvellement, sur la seule demande du Prem. Consul, du traité de commerce, qui n’est avantageux qu’à la France, qui nous vendait déjà pour dix fois plus que ce qu’elle achète chez nous, et qui en vendra encore davantage à présent par ce traité. On vit nos ministres à Lisbonne, à Constantinople, à Ratisbonne, vivre dans la plus stricte intimité avec la mission française; mais ce fut surtout dans cette dernière place que l’envoyé de Russie eut Гат d’être, ainsi que celui de Prusse et de Ваvière, le suivant des deux employés de Bonaparte. | est impossible de se dissimuler que ces maudites indemnités allemandes nous ont fait jouer un mauvais rôle; mais il est aussi certain qu’étant déjà trop avancés à force de faux раз, nous пе pouvions plus reculer sans nous compromettre davantage. Le comte Panin avait mis, on ne sait pourquoi, une si grande importance à ce que la Russie eût une part active dans l’arrangement de ces indemnités. П assignait déjà de sa propre autorité, dans un trop fameux rescrit qu’il m’envoya l’année passée, les lots de la Prusse et de l’Autriche; et en-

fin, pour procurer à la Russie ГВоппеиг de participer à ce bouleversement de l’Empire Germanique, il arrangea la paix inutile et très-honteuse que nous avons faite il y a 15 à 16 mois. Il fut pressé de la savoir conclue, et pour la rendre indissoluble il envoya la ratification d'avance, signée par l’Empereur, chose qui ne s’est jamais vue. Cette paix précipitée, accompagnée de circonstances inusitées et honteuses, fit croire au monde que la Russie avait quelque raison de craindre et de rechercher Bonaparte, et après l’entrevue de Mémel on crut ce que la Prusse avait tâché de propager partout, qu’elle influençait la Russie et l’avait conduite dans une étroite union avec la France; c’est ce qui fit trembler les cours de Vienne, de Naples, de Dresde, de Lisbonne, et donna contre nous la plus grande méfiance à la nation anglaise. Je п’а! pas manqué d'assurer le ministère de ce pays, et le chev-r Warren lui écrit la même chose, que l'Empereur ne se conduit que par les intérêts de son pays, qu’il est juste, et ne formera aucune liaison contraire au repos de l’Europe; qu'il n’est influencé ni par la Prusse ni par la France, et ne le sera par aucune cour étrangère; que s’il s’est mêlé des affaires d'Allemagne, c'est pour les voir terminées au plus vite et ôter à Bonaparte tout prétexte de continuer ses vexations dans ce malheureux pays. Je me flatte que le ministère a compris mes explications; mais la totalité de la nation continue, ainsi que toute la partie de l’Europe qui n'est pas dans les intérêts de la France comme le sont la Prusse et la Bavière, ou qui n’est pas subjuguée par elle, comme le sont l’Espagne et la Hollande, à nous soupçonner d’intelligence avee l’audacieux Bonaparte. Si la correspondance intime et confidentielle entre l'Empereur et le roi de Prusse continue, il est probable que le cabinet de Berlin en abusera, comme il en a déjà abusé jusqu’à présent. Il п’у а pas de réciprocité dans ces communications intimes et prétendues Privées: cor l'Empereur écrit de bonne foi, tandis que l’autre, faible, est subjugué par l'astuce de Haugwitz et de Lombard, qui lui représentent que le bien de son pays exige qu'il pro-

fite habilement de cette heureuse circonstance; et ils lui composent des lettres que ce prince ne fait que copier de sa main. Personne chez nous ne voit ces lettres, mais celles de l'Empereur sont lues du ministère prussien et sont même communiquées à Talleyrand et à Bonaparte.

Il est bien malheureux que l'Empereur ait été entraîné, je ne sais comment, à avoir des correspondances particulières, non seulement avec ce roi, mais même avec Bonaparte, qui en abuse: car on doit se souvenir qu'ayant reçu une réponse de l'Empereur, il fit publier exprès par toute la France, de Lyon où il était, que l'Empereur de Russie lui écrit qu’il donnera de grands avantages aux Français dans le commerce qu'ils voudront faire dans son empire. Sans parler de l’état originaire de ce Corse, de son immoralité, des crimes atroces par le moyen desquels il est parvenu à la tyrannie avec un pouvoir inconnu partout ailleurs, on ne devrait jamais avoir de correspondance particulière avec lui, ni avec aucun souverain du monde. Cela fait toujours beaucoup de mal et n’a jamais produit aucun bien. Un des deux en est toujours la dupe. L'Empereur est trop grand et vertueux pour vouloir tromper, mais les autres n’ont ni sa morale ni son élévation d'âme; ainsi, sans le savoir, il combat avec за candeur contre les perfidies et les intrigues de Bonaparte, de Talleyrand et de leurs instruments Haugwitz et Lombard, qui font écrire à leurs souverains tout ce qu'ils veulent lui dicter. Les souverains ne devraient jamais écrire que des pancartes publiques comme sont les lettres de créance et de notification, laissant à leurs ministres à correspondre en leur nom sur les affaires.

П vous paraîtra sans doute singulier que dans cette épître plus prolixe qu'aucune de celles de St. Paul, qui n’a jamais été surpassé par personne en fait de longueur de lettres, je ne vous dise pas le mot du pays où je suis. La raison de cette singularité apparente est que j'ai retrouvé ici les hommes et les affaires dans le même état que je les ai laissés. Un peu plus de méfiance envers la France, mais aucun change-

ment matériel dans les mesures. Dès que je m'apercevrai de quelque changement dans ces dernières, je ne manquerai pas de vous en informer officiellement. Le bon ordre, l’opulence, l’industrie dans l’agriculture, le commerce et les manufactures, l’aisance générale, le respect pour la loi, tout ceci ensemble m'a frappé plus que jamais après avoir parcouru pendant 9 mois les autres pays. Ce pays a en soi tous les élémens pour conserver sa prospérité et son indépendance et pour aider les autres, si jamais ils ouvrent les yeux sur les périls imminents qui les menacent de la part du despote qui gouverne la France, et s'ils veulent bien ajourner à d’autres tems léurs haines mutuelles, pour s'unir contre l'ennemi commun dont l'ambition et le despotisme n’ont plus de bornes, qui menace tous les thrônes et tous les gouvernements, au point que la tyrannie de la République Romaine sur tous les autres pays du monde connu dans ce tems, est un gouvernement paternel comparativement à celui que Bonaparte exerce sur l'Espagne, l'Italie, la Suisse, la Hollande et l'Allemagne.

Vous sentez bien par la forme et le contenu de cette lettre si longue, qu’elle est purement confidentielle, de frère à frère et d'ami à ami: car pourquoi parlerais-je de la Prusse, où nous avons un ministre qui doit ex officio vous informer de tout ce qui s’y fait? J'ai voulu seulemént vous communiquer ce que j'ai pu ramasser sur ce pays, afin que vous puissiez mieux vous informer et collationner les différents rapports que vous recevez sur un pays qui devient de jour en jour plus puissant, et qui, étant devenu notre voisin, exige notre attention la plus vigilante.

(на черновомъ подлхиннияв HÈTE чисяв и года)

Londres, le 8 Avril n. в. 1803.

Je vois avec douleur que le projet de ce fou de comte Serge, appuyé par son sot de frère, a produit un oukaze qui peut avoir les suites les plus funestes pour tout l’Empire. Puisque vous ne pouvez pas empêcher des mesures aussi dangereuses, je désire ardemment de vous voir hors d'une administration qui précipite l’état vers sa ruine et dont vous partagez, sans le mériter, le blâme général du pays qui doit tomber sur elle.

Je vous prie de songer, mon ami, à mon habitation avec vous à Андреевское. Je vous joindrai sans faute dans cette retraite l’année prochaine, si Dieu m'accorde de vivre jusqu’à ce tems-là. Le comte Markow m’a communiqué la lettre particulière que vous lui avez écrite du 10 Février; en me l’envoyant, il se lamente du projet de votre retraite et me conjure de vous en détourner. Je lui ai répondu que bien loin de le faire, je désire autant que vous que vous sortiez d’une agrégation d’hommes si peu faits pour être avec vous, et dans les bêtises desquels le pays en général vous doit donner une part, que vous n’avez раз; que la seule chose qui nous console dans nos travaux et peines, c’est la bonne mémoire qu'on laisse après soi parmi ses contemporains et la postérité. Or, après avoir obtenu l'estime et la confiance générale dans le pays, vous la perdrez immanquablement en restant avec des confrères si peu dignes de vous, et en partageant l'indignation publique qui ne peut pas manquer de tomber sur eux.

Madame Divow a envoyé ici son fils *); il est arrivé il Уа 10 jours. C’est un bon enfant; il n’a pas inventé la poudre, mais il m'a l'air d’être bon et tranquille. Ce qui m'a étonné, est qu'il n’est раз fat. Au reste, on voit que son éducation

*) Петръ Aupiauosaus Дивовъ. П. Б.

а été française, c’est à dire très-peu propre à le rendre utile au service de sa patrie.

J'apprends que nos messieurs font des dépenses extravagantes à Paris. Cet imbécile de Démidoff s’est fait faire un service de porcelaine, dont chaque assiette coûte 16 louis d’or.

Il faudra tout le génie sublime et la profondeur des conmsissances, avec le jugement exquis, de notre ministre du commerce, pour soutenir notre cours de change pour peu que des nigeuds comme Démidoff restent à Paris une couple d’années.

Londres, le 6 Мау п, в. 1803.

Je ne puis croire encore que Bonaparte risque une guerre où il n'a rien à gagner et tout à perdre; car il n’a aucun moyen de rendre à l’Angleterre le mal qu’elle lui fera en bouchant de nouveau tous les ports de France, qui vont sentir de rechef tous les effets de la misère, en lui enlevant de nouveau ses colonies et en détruisant le reSte de sa marine. C’est pourquoi je pense qu’il ne laissera pas partir Whitworth et le rappellera du chemin, pour terminer le différend à l’amiable. 11 serait vraiment singulier si cette querelle s’accommode, tandis que celle entre nous et la Suède se termine par une guerre, d'autant plus que la condescendance est toute de notre côté et l’impertinence de celui de la Suède, qui paтай agir avec une injustice et une insolence inverse à la proportion de ses forces et moyens comparés aux nôtres.

Je désire que nos différends avec ce petit Gustave Adolphe puissent s’arranger à l'amiable; car, quoique cette guerre ne peut être dangereuse pour nous, ce sera toujours une perte . d'homnes, et c'est ce qu’on duit perdre le moins possible dans un pays aussi peu peuplé que le nôtre. J'ai toujours observé que nous perdons plus de monde par les maladies que par le feu de l'ennemi, dans une proportion de 6 au moins

202 СЛУЖЕВНЫЕ COBSTHI.

contre 1. Cette guerre nous embarrassera aussi nos finances, par les vols et les dépenses extraordinaires que les guerres occasionnent; mais si les hostilités commencent, il ne faut plus faire d’autre paix qn’en renvoyant les Suédois de l'autre côté du golfe de Bothnie, pour que celui-ci remplace la rivière de Kumen et pour que les Suédois ne nous fassent plus de guerre qu’en passant par la Laponie.

Londres, le 17 May ns. 1803.

Vous me dites, mon ami, que, quoique votre lettre pour demander votre congé est toute prête et que vous la présenterez dès que vous aurez quelque dégoût, vous êtes résolu, si on ne vous en donne pas, de continuer votre service jusqu’à l'automne, à cause de la crise présente de l’Europe. Je vous dirai là dessus mon opinion avec toute la franchise d’un ami et d’un frère, que rien n’est plus heureux pour notre cour que ce pari que vous prenez: car vous lui avez non seulement rendu la dignité qu’elle avait perdue au dehors, mais vous lui avez donné une dose additionnelle à celle qu’elle a eue autrefois dans les plus beaux jours de notre histoire moderne, partiellement et de tems à autre. Si votre santé le permet, ce serait fort heureux que vous puissiez continuer votre service de chancelier de l'Empire; mais je prie Dieu qu'il vous inspire la résolution de ne plus aller aux comités, où tout va à la renverse, ou plutôt où il ne se fait plus rien depuis que messieurs les ministres ont renversé l’institution originaire et récente de l'administration, en пе proposant plus les affaires dans les comités, mais en travaillant tête à tête avec l'Empereur. Or, en allant aux comités, vous en partagez le blâme universel qui tombe sur cette administration, qui a perverti son propre établissement en agissant d'une manière tout-à-fait contraire aux manifestes du mois

de Septembre de l’année passée. Je désire vivement que sous prétexte de santé vous insistiez auprès de l'Empereur de ne plus siéger aux comités, où votre adjoint prendrait votre place. Un jeune homme comme lui peut se trouver 14 où il пе зе fait rien, et le peu qui s’y fait se fait de travers; mais à votre âge, avec vos services, vos talents, il me semble qu’il ne convient pas d’y assister pour prêter par votre nom un certain appui à cette misérable administration et partager, sans le mériter en effet, le blâme de l’intérieur du pays, qui ignore la manière dont les choses vont à Pétersbourg. Je voudrais bien que le pays sache que vous n'allez plus dans ces comités. Quant au Sénat, je ne doute plus que vous n’irez jamais, après ` la manière dont Державинъ а osé le traiter.

Je vous remercie, mon bon ami, pour m'avoir communiqué votre opinion sur la compagnie génoise. La leçon que vous donnez à notre imbécile ministre du commerce est bonne. Je voudrais que vous puissiez avoir souvent des occasions de les lui répéter et faire voir à l’Empereur toute l’ignorance de ce sot ministre.

À propos de ce cher ministre, il ne cesse de me bombarder, dans cette qualité, par des lettres officielles sur des réclamations de marchands. Jamais nous n’avons eu des ordres à recevoir que de chanceliers ou vice-chanceliers, et je ne sais pas pourquoi, et à votre insu, il se donne ces airs. Pour peu qu’il continue, je lui répondrai qu’il n’a qu'à s’adresser à mon chef, qui me fera savoir ce que j'ai à faire. Je dois aussi observer à cette occasion que toutes ces sortes d’affaires regardent les consuls et non les ambassadeurs, qui ne doivent qu’appuyer les premiers quand ils les avertissent qu’on ne leur rend pas une justice aussi prompte et impartiale qu’on aurait dû attendre, sans quoi les consuls sont inutiles, et il faut les supprimer, ce qui sera une grande économie pour l’état; mais aussi il faudra choisir des marchands qui savent les affaires de commerce et les loix mercantiles des différents pays de l'Europe, pour en faire des ambassadeurs et des ministres. Je vous conjure de me délivrer des

persécutions et vexations de ce genre, que cet imbécile пе cesse de me faire; car si je perds la patience, je lui écrirai une lettre où je lui ferai une bonne leçon et qu’il n’osera pas montrer à l'Empereur: car la raison ne sera pas de son côté. Jamais nous n'avons reçu des ordres, sous le masque de recommandation, d'aucun département intérieur, c’est lui qui l’a introduit depuis qu'il est devenu une fraction du département qu'avait le grand Colbert en France.

Je vous remercie pour l'avancement de Nazarewskoy et’ de Longuinow, et pour la croix de l'aumônier: car je suis persuadé que c’est à votre considération que le métropolite

y a songé.

Londres, le 6 (18) May 1803.

Rien de plus sage et de mieux vu que d’avoir empêché de prendre des mesures. précipitées sur les affaires entre ce pays et la France à la seule réquisition de Bonaparte, et tandis que l'Empereur était prévenu par je ne sais qui que l’Angleterre avait tort. Ce point gagné, le plan que vous avez composé et que Sa M. [. agréa, de l’offre de ses bons offices à éclaircir les prétentions réciproques et à lever la méfiance entre l'Angleterre et la France, le mode et le ton de ces propositions que le comte Markow et moi ont été chargés de faire, sont pleins de dignité, d’impartialité: car on ne préjuge pas sur le sujet du différend, on veut l’écarter, et cela de la manière la plus amicale. Aucun des deux gouvernements ne peut s’en offenser, mais doit recevoir nos offres avec reconnaissance, et si c’est trop tard pour en profiter, on doit au moins nous savoir gré de nos intentions amicales. Certainement ce n'est раз ce que Bonaparte se flattait d'obtenir par ses intrigues, réunies avec celles de la Prusse; mais pouvait-il croire sérieusement, après ce qu’il a vu du ton de

vraie grandeur que notre cour a pris depuis que vous la faite agir et parler vis-à-vis des cours étrangères, qu’il pourrait la faire tourner comme son satellite autour de son orbite, et la maîtriser comme il maîtrise celles de Madrid, de Berlin et de Vienne. у

Je пе lis aucune de vos dépêches écrites de tous côtés, sans être en admiration de la dignité qui y règne. Tout est faible, contradictoire et décousu chez nous, excepté (et cela grâce à vous seul) nos rapports avec les puissances étrangères. Votre ministère est la plus belle, la plus glorieuse époque de notre diplomatie.

Vous m'avez marqué une fois que l'Empereur, ayant voulu vous faire faire je ne sais quoi que vous avez jugé être nuisible et sur quoi vous lui avez fait des représentations, et que lui ayant insisté sur sa première idée, vous avez demandé un ordre formel de lui sur cette affaire pour vous mettre à couvert de la responsabilité, et qu’il vous Га envoyé. Faites-moi l'amitié de m'expliquer la chose, quel en était l'objet, et comment il a pu être si obstiné que de se croire plus habile que vous sur les affaires politiques. Je suis très-curieux de savoir les détails d’un procédé si contraire à son caractère connu.

Votre opinion sur les affaires de Géorgie est parfaite, surtout la réfutation du principe dangereux que Valér. Zoubow voulait inculquer à un jeune Souverain qui manque d’expérience, qui est vif et précipité dans ses décisions et qui a déjà sans ces instigations perfides un trop grand penchant pour le militaire. C’est un vrai service que vous avez rendu à l'état et à l'Empereur lui-même. Je crois ие. се У. Zoubow est le plus dangereux de tous ceux qui ont eu le talent de s’insinuer auprès de l'Empereur. Cet homme a de l'esprit, beaucoup de finesse et d’intrigue, mais sans principes, et il renverserait vingt fois tout l'Empire si cela était utile pour son ambition.

Vous me dites que j'ai mal fait d'avoir suggéré à lord Hawkesbury l’idée de garder Malthe sur le pied que les Hol-

landais avaient gardé les forteresses des Pays-Bas par le traité des Barrières; mais je vous prie de considérer que je ne Га! suggéré qu’en lui disant que ce cas ne pourrait être proposé que dans la supposition que Bonaparte consente à ce que l'Angleterre garde cette isle. Je пе lui ai suggéré cette idée que parce que je voyais qu'il ne savait sur quel pied il fallait la garder, quoiqu'il voulait la garder à tout prix. Or, par mon idée, je sauvais les droits du roi de Sicile,son seigneur suzerain, et la vanité de Bonaparte était ménagée; car l’isle ne tombait pas en souveraineté à l'Angleterre, et celleci avait la gloire de faire des frais perpétuels pour assurer l'indépendance de la Méditerranée et du Levant.

Si la, possession de Minorque était nécessaire pour empécher la France, telle qu’elle était, de dominer la Méditerranée, Malthe devient d’autant plus nécessaire quand la France a acquis une puissance aussi énorme, et quand son ton despotique et ses vues ambitieuses sont encore plus énormes que sa puissance. Malthe a un meilleur port que Minorque et se défend plus facilement; outre ceci, elle est sur le chemin des vues ambitieuses de la France, vues qu’elle n’abandonnera jamais et qu’il est de l'intérêt de l’Europe, et de la Russie en particulier, de contrecarrer. Bonaparte convoite l'Egypte, Candie, la Morée et les Isles loniennes, et, sans la présence d’une flotte anglaise constamment stationnée à Malthe, il effectuera ses projets sur cette partie du monde.

Voilà les raisons qui m'ont induit à lui suggérer cette idée, mais toujours dans la supposition que Bonaparte зе relàcherait sur cet article. Vous avez vu pourtant que lord Hawkesbury n’a pas fait usage de mon idée et qu'il se contentait de la misérable et petite isle de Lampedouse, qui ne sera сопnue dans le monde que par cette étrange négociation. Si on croit que Га! poussé à la guerre, on n'est pas juste, car j'ai parlé et écrit tant que j’ai pu pour engager le ministère à accepter notre projet de garantie de Malthe, parce que je ne voyais et ne vois encore autre chose dans cette guerre que Je ravage du royaume de Naples et le bouleversement du

Nord de l'Allemagne, auquel l’avidité prussienne aidera beaucoup Bonaparte. .

Londres, le 8 (20) Мау 1803.

Je vous envoie la traduction d’un ouvrage sur la campagne des Français en Egypte. C’est écrit par un officier anglais, qui prouve jusqu’à l’évidence toutes les cruautés que Bonaparte a commises dans ce pays, et surtout celle d’avoir fait empoisonner les malades de sa propre armée parce qu’ils l’embarrassaient.

Le jeune Pahlen a passé ici près d'un mois. П m’a l’air d'un jeune homme qui se conduit bien. Il repart, et passera la mer avec Portalis, le secrétaire d’ambassade d’Andréossy, qui était reslé ici pour empaqueter les effets de cet ambasзадеиг; du moins c’est ce qu’il disait; mais dans le fond c’est lui qui était l’homme de confiance de Talleyrand, et je crois qu’il a passé ces jours à organiser l’espionnage et la соггезpondance secrète avec les traîtres et les mécontents, qui ne sont pas plus rares ici que partout ailleurs.

Andréossy, qui n’est pas intrigant, qui détestait et méprisait le ministre des relations extérieures, n’avait pas le secret de son gouvernement; aussi toute la partie la plus impoïtante pour la France et la plus odieuse pour un honnête homme, l'espionnage, la corruption, l'excitation aux complots, aux révoltes, tout cela était du ressort de Portalis, à l’insu de l’ambassadeur, qui s’en doutait, n’était pas fâché d’être exclu de ces mystères et se méfiait de Portalis, qui l’espionnait et rendait compte de tout ce qu’il faisait ici.

J'ai vu par une copie que vous m’avez envoyée de ce que vous avez écrit à Vienne, que l'Empereur aurait aimé mieux avoir à Pétersbourg Meerfeld que Stadion. J'ai été surpris de cette préférence entre deux hommes qu’il ne connaît pas.

Je crois que c’est le grand-duc Constantin qui aura recommandé Meerfeld. Celui-ci est de ces militaires, politiques et intrigants, dont l’armée autrichienne abonde. C'est un élève de Газсу et de Mack; or, ces deux n'aiment et n’employent que des gens propres aux intrigues, et je suis persuadé que vous n’auriez pas été content de Meerfeld, tandis que je crois que vous le serez de Stadion, qui est un honnête homme, incapable de tripoter et d'aller par des chemins détournés.

Je vous prie de m’envoyer ce que vous avez d’intéressant sur l’intérieur de la cour de Stockholm, sur le ministère et l'intérieur des partis de се pays-li. J'espère que malgré qu'on se raccommodera avec ce roitelet extravagant, on ne tâchera pas d'augmenter ou de travailler à maintenir son autorité, comme on l’a fait dans les dernières années de la feue Impératrice, du tems du feu roi, et du temps de Paul pour le roi actuel. Je suis sûr que vous ne donnerez jamais ce conseil; mais quand vous-quitterez, les intrigues suédoises prévaudront sans doute, à moins que vous ne fassiez un mémoire exprès pour l'Empereur, dans lequel vous lui ferez voir les vrais intérêts qu'a la Suède de désirer notre ruine, d'être attentive à tous nos embarras et malheurs pour en profiter tout de suite; qu’il n’y a jamais à attendre ni amitié ni bon procédé sincère .de sa part pour nous, et que le seul moyen de se garantir contre ses vues perfides est de ne jamais soutenir ni directement ni indirectement les intérêts de la Suède au dehors, ni les intérêts du roi dans l’intérieur de son pays; que la Russie ne doit jamais encourager le commerce de la Suède ni chez nous ni autre part; cesser d'encourager son cabotage dans nos ports et l’extension de sa navigation marchande sur tout le globe comme on l’a fait dans les deux derniers règnes chez nous; qu’il faut songer à trouver des expédiens à rendre nulles les concessions honteuses que Steding a escamotées pour son pays de la part de nos ignorants ministres, et qu’il faut se faire une règle de ne plus renouveler le traité de commerce à son expiration et n’en plus faire jamais aucun autre.

Dans les réclamations dont je suis continuellement bombardé par l’imbécile ministre du commerce, £’esl toujours un marchand allemand qui se dit sujet russe et qui réclame des marchandises mises à bord d’un vaisseau suédois. Ce cher ministre ne comprend pas même nos traités, car nous n’avons droit de réclamer que ce qui va sous notre propre pavillon. C’est à la Suède, si elle veut continuer à s’enrichir du produit du frêt de plus de trois mille vaisseaux qui font le cabotage dans toutes les mers du monde, à protéger son pavillon, et à indemniser ceux qui, en la payant, lui confient le transport de leurs effets.

Je suis certain que cette guerre qui commence donnera occasion à des intrigues françaises, qui engageront nos prétendus négociants de prêter leurs noms pour des expéditions pour les ports de la France, la Hollande et les autres ports ennemis de ce pays-ci, pour amenerdes discussions désagréables, à la suite desquelles, quand vous aurez quitté votre place, on renouvellera sous quelque autre forme un accord avec la Suède, le Danemark et la Prusse, les mêmes principes qui ont été énoncés dans la neutralité armée sous Catherine et dans la Convention Maritime du tems de Paul. Ceci ne viendra pas tout d’un coup; maïs je m'attends que pendant le peu de tems qui me reste à être ici ambassadeur, j'aurai déjà plusieurs désagréments instigués par le comte N. Roumantzow, à la suite desquels on ше calomniera à l'Empereur, comme vous savez qu’on l’a déjà fait par l'instruction donnée à Sabloukoff. Je ne m'inquiète pas de l'opinion que des vils intrigants veulent donner de moi par des calomnies secrètes; ce mystère qu’ils mettent dans leurs démarches prouve leur fausseté. Un homme de mon âge, et qui a servi si longtens, ne doit être jugé que par ses actions et sa vie privée et publique, et non par des rapports et des insinuations mystérieuses et des calomnies sourdes, qui prouvent la bassesse de leurs vues et de leur origine.

А propos de l'instruction donnée à Sabloukoff, messieurs les directeurs de la Compagnie Américaine doivent être bien

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honteux de l'avoir faite; car dans ce moment même je viens de recevoir par la poste une lettre de leur part, datée du !ks Avril. Je vous envoie la copie, ainsi que la copie de la réponse que je viens de leur faire, en vous priant de leur transmettre l'original, que je joins ici cacheté. Je désire que vous puissiez avoir quelque occasion de faire voir la lettre et ma réponse, à l'Empereur. S’il se souvient de l’instruction qu'il a approuvée, il en sera honteux, et il п’у а pas de mal qu'il le sache: ceci lui apprendra à ne pas juger précipitamment et à la légère sur les caractères des gens qu’il ne connaît pas.

Faites-moi l'amitié de me marquer si Engel voit les papiers de votre département et la perlustration de la poste, comme il le faisait de mon tems, et dites moi je vous prie ce que la cour de Berlin a répondu sur la belle dépêche que vous avez adressée à Alopéus, dans laquelle notre cour ne trouve pas que la démarche de celle de Prusse à celle de Londres ait été utile et convenable.

J'ai été surpris qu’au lieu de Michelson on n’a pas songé à Rosenberg, qui a plus de tête et plus d'expérience de vraie guerre, qui a servi avec Souworow en lltalie et en Suisse, où il s’est particulièrement distingué. Je crois que cet oubli vient de ce que le grand-duc Constantin, peut-être, Га pris en grippe. Je commence à soupçonner que le comte V. Zoubow est bien, sous main, avec ce prince.

Londres, le 19 (31) May 1803.

Toutes vos lettres qui sont à présent en chemin pour venir ici par la Hollande, ne me parviendront plus, ce qui m'affige infiniment. Quelle manière de faire la guerre! И paraît que le continent de l’Europe, ou au moins une grande partie des pays qui le composent, retourne & cet état de

ténèbres et de barbarie ой on était dans les siècles qui ont précédé les premières croisades, quand on n'avait aucune idée des droits publics et droits des gens, et c’est en agissant de cette manière qu'on ne parle que des lumières, de philosophie, d'humanité et de bienfaisance!

Londres, le 11 Juin п. в. 1803.

Nous sommes privés des lettres de Russie par la violence des Français à Helvoetsluis, qui saisissent les postes qui arrivent du Nord pour l’Angleterre. C’est ainsi que sous prétexte d'alliance avec la prétendue république batave, ils la traitent comme une province à eux.

Bonaparte est dans l'ivresse de sa toute-puissance; il ne ménage plus personne. Son arrogance et ses impertinences ne font qu’augmenter et sont encouragées par la pusillanimité de l'Autriche et de l'Espagne, et par les perfidies de la cour de Berlin, qui rampe devant lui et lui sacrifie l'Allemagne et l'Europe, afin d'obtenir de lui quelque nouvel agrandissement territorial.

Madame Gérebtzow part ou est déjà partie pour la Russie. Il n’y a sorte d'imprécations qu’elle n’ait vomies contre moi dans за société. Elle se vantait qu’elle ne va à Pétersbourg que pour me perdre, et qu’elle у réussirait. Sa bonne amie lady Harrington l’a raconté à tout le monde. Vous pouvez bien croire que je ne fais aucun cas de ces menaces. On ne peut pas perdre un homme qui ne demande rien, qui ne cherche rien, qui est déterminé à se retirer du service et à passer le reste de ses jours dans le repos et la tranquillité que cent mille créatures comme cette Gérebtzow ne pourront pas lui ravir.

Londres, le 11 Juillet п. s. 1803.

Monsieur Lanskoy, qui m’a 616 envoyé l’autre jour en courrier de la part du comte Markow, a raconté ici à plusieurs de nos compatriotes, que depuis la rupture avec l’Angleterre, Bonaparte fait chercher souvent Хитровъ, le distingue et le caresse, a de longs entretiens avec lui et fait passer beaucoup de ses. propres idées et de ses insinuations à l'Empereur par ce canal, que Хитровъ en est très-flatté, el sa vanité ne fait que s’accroître: car on dit qu'elle est bien marquante sans cela, puisqu'il affecte de faire voir au monde qu’il est sur un pied très-familier et même d'ami avec notre Souverain. Il se donne une importance qui fait croire au monde qu'il est non seulement le favori de l'Empereur, mais on s’attend qu’à son retour il jouera un grand rôle et sera la personne la plus influente en Russie. Je ne sais pas ce qu’il pourra faire de bon pour le pays; mais je sais que par les airs qu'il se donne au dehors, il compromet continuellement ГЕтреreur. S'il avait 616 un homme sensé, bien loin de faire parade de son grand crédit, il l’aurait caché, et si Bonaparte ou quelque autre cour avait voulu se servir de lui pour faire parvenir des insinuations, il aurait dû répondre que cela ne le regarde pas, qu’il ne peut, ni ne veut s’en mêler; qu’il y a un ministre de Russie et qu’on n’a qu’à s'adresser à lui, et que si on ne veut pas le faire, il y a un envoyé du même pays à Pétersbourg, par lequel on doit s’adresser.

L'Empereur n'a pas assez d'expérience pour savoir que ces doubles négociations, ces négociations croisées, ne produisent que des commérages et finiront par le compromettre. Il y a même des personnes qui croyent que Bonaparte écrit à l'Empereur par la voie de Хитровъ; mais je ne le crois раз. Au reste, sur ces correspondances entre l'Empereur et Bonaparte et le roi de Prusse je vous ai assez dit mon sentiment dans ma lettre confidentielle sur la cour de Berlin. Je

regrette que vous ne l’avez pas montrée à l'Empereur, car оп ne saurait assez le prémunir contre les piéges qu’on lui tend par ces prétendues correspondances confidentielles et amicales: il en est complétement la dupe.

Je ne puis assez admirer et la belle conduite du comte Markow à Paris, et sa présence d’esprit et sa fermeté; mais j'admire encore plus sa patience à rester en France. Je lui ai écrit une fois qu’il ferait bien de me succéder quand je quitterai ce pays; mais il m’a.répondu qu’il ne s’en soucie guère. C'est bien fâcheux pour lui et pour le service; car, ne voulant pas ma place, un autre sera nommé à la mienne, et la sienne ne lui restera pas longtems: car on le déteste à Paris, c’est à dire Bonaparte et ТаЦеугап4; on lui jouera cent mille tours perfides et on finira, quand vous quitterez le service, par le rappeler, ou bien il demandera lui-même son congé, ce qui fera perdre à notre cour un des plus habiles employés qu’elle ait jamais eus.

Je suis bien aise que vous avez nommé Kolytchew et Van-Suchtelen pour commissaires pour la démarcation des frontières. Le premier est un honnête homme et un bon Russe, et je crois que le second est bien attaché à notre pays, bien habile, et qu’il connaît mieux que personne les points les plus importants de notre frontière avec la Suède, се que j’ai observé dans une conférence que j’ai eue avec lui. Rappelez-moi à son souvenir.

Londres, le 12 Juillet п. s. 1803.

Soyez persuadé que le Corse ne veut pas de paix pour le moment. Il veut essayer auparavant ce que produira la descente, à laquelle il est tout occupé, et tels formidables que soyent ses préparatifs, on ne les craint pas ici et n’a pas raison de les craindre. Ce n’est pas la sotte administration

présente qui sauvera le pays, c'est l'esprit public, c'est le courage de la nation et son attachement à cette belle constitution qui la rend si heureuse; c’est la Ваше que Bonaparte a provoquée par des outrages injustifiables, qui a enflammé ici dans toutes les classes le désir de la vengeance.

Les janissaires de cet usurpateur qui échapperont aux dangers qui les attendent à leur traversée, ne trouveront plus ici des Italiens, mais’ seront reçus par une nation d’un caractère obstiné et brave, et qui a des troupes nombreuses et tout le peuple armé et décidé à défendre pied par pied le terrain, où l'ennemi n’aura ni vivres ni secours à attendre: car tout ce qui ne sera pas amené dans l’intérieur du pays sera brûlé sur le champ, afin que l’ennemi n’en puisse profiter.

Voici une. lettre pour l’Impératrice-mère, par laquelle je l’informe que je lui expédie des semences de différents grains.

Londres, le 3 (15) Juillet 1803.

Je ne vois pas pourquoi vous ne pourriez pas rester à Zarsko-Selo jusqu’à la mauvaise saison, allant deux fois par semaine en ville, mais revenant coucher à la campagne. Les deux jours que vous iriez, vous verriez l'Empereur, et vous pourriez en même temps appointer dans votre maison en ville ceux des ministres étrangers qui auraient demandé à vous voir pour affaires. Ainsi, donnant une heure à votre entretien avec Sa M. Т. et deux ou trois au corps diplomatique, et 41nant ou chez l'Empereur ou chez quelqu'un de vos amis en ville, ce qui en somme ne vous prendrait que 6 à 7 heures, et mettant une heure et demie pour l'aller et autant pour le retour, cela ne vous enlèverait que 9 ou 10 heures. Ainsi, en partant de Zarsko-Selo à 9 heures du matin, avant 7 heures

vous seriez de retour, et vous seriez délivré des visites fastidieuses des habitants de Pétersbourg; : vous respireriez l’air salubre de la campagne, et ces deux jours que vous ne pourrez pas vous promener à pied, vous ferez du mouvement en carrosse. Je vous conjure de prendre ce parti: il vous fera beaucoup de bien.

Je me réjouis avec Boutourline de ce qu'il va dans un pays où il pourra gagner des indulgences et en procurer à ses amis; je compte qu’il m'en enverra une bonne provision. Faites-lui bien mes amitiés, ainsi qu'à Awarpif Павловичъ.

Je suis charmé que l'Empereur soit revenu en parfaite santé de sa course en Finlande. Гезрёге qu'il a été à Nyslot et que le général Van-Suchtelen, qui Га accompagné, à ce que je suppose, lui a fait observer les points principaux qui méritent d’être fortifiés, et ceux qui le sont déjà, les fortifier mieux qu’ils ne le sont actuellement. J’espère qu’on va procéder à l’arrangement de nos frontières avec la Suède, et que c’est encore une gloire qui vous attend et par laquelle vous éviterez des embarras futurs à notre pays; au moins si vous n’achevez pas cette affaire avant votre retraite, vous pourrez au moins poser les bases du principe sur lequel cet arrangement doit se faire, afin que les futurs Kourakines ou d'autres imbéciles comme lui ne puissent gâter cette affaire, qui est de la plus grande importance. La Russie de doit pas s'étendre, mais elle doit au moins être invulnérable dans une frontière si proche de la résidence.

Cuffnels, le 10 (22) Août 1803.

Je suis ici chez monsieur Rose depuis avant-hier. C'est une grande et belle maison où le roi a passé cinq jours, il y a deux ans, en allant à Weymouth; le parc est beau et grand, et le pays est délicieux. Cette charmante campagne

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