‹ Arkhiv kni͡azi͡a Voront͡sovaChapitre 14 sur 14 · Pétersbourg, се 19 Janvier · texte numérisé non relu

Pétersbourg, се 19 Janvier

Monsieur le comte, votre frère a bien voulu ш’ауегИг du départ d’un courrier pour Londres, et jen profite bien vite pour vous remercier de votre aimable lettre de Berlin, et pour vous féliciter de votre heureuse arrivée à Londres, nouvelle qui ш’а fait très-grand plaisir; car je craignais pour vous, monsieur le comte, la saison rude du moment, qui a dû rendre votre voyage bien désagréable. Ma tante me mande tout. le plaisir qu’elle а eu de vous voir et de causer avec vous. Pour moi, monsieur le comte, je vous parlerai des regrets que nous éprouvons de votre absence; nos voeux vous rappellent souvent, et je ше flatte que vous vous у rendrez, que nous vous reverrons dans le courant de l'été. Quoique mon cher Pawlovsk ай perdu sa beauté, ma belle maison étant réduite en cendres depuis huit jours, cependant j'aime à ше flatter que vous viendrez ш’у voir pour partager les regrets d'une pauvre incendiée. Cet accident est arrivé Samedi passé. Une poutre qui avoisinait une cheminée a donné lieu à l'incendie, qui a été si violent qu'il ne reste exactement que les murs du corps de logis; les ailes ont été sauvées et beaucoup de meubles; mais j'ai perdu de belles statues qui ont été cassées en mille pièces, et des tableaux de Robert, de Vernet, ont beaucoup souffert, de même que plusieurs meubles. Ma bibliothèque, ma collection d’estampes a infiniment souffert. Voilà bien des contrariétés, monsieur le comte, et des déplaisirs; mais enfin des peines de ce genre sont bien faites à supporter, lorsqu'on les compare aux peines de coeur que j'ai éprouvées. Aussi je vous jure que, quoique

а бе de cette perte, qui пе peut que m'être sensible, j'en ai supporté la nouvelle avec ce calmé qui, selon moi, est le fruit des malheurs effectifs: c’est à cette mesure qu’on гарporte tout, et rien п’у approche. Entre tous ces déplaisirs, j'en ai éprouvé un surtout auquel j'ai été, je l’avoue, trèssensible: la peur de voir se porter l'incendie encore plas loin a engagé à couper mes superbes peupliers, que j'ai plantés, soignés, et qui dépassaient le toit. Je me dis, monsieur le comte, que je devrai à vos soins le plaisir de réparer cette perte, et je m'adresse à vous avec confiance pour vous prier de m'envoyer par le tout premier vaisseau une demi-douzaine ou une douzaine des plus hauts peupliers qu’on puisse se procurer. Peut-être que lord S-t Helens, qui aime Pawlovsk, voudra bien de même soigner cette commission. Si on engage le capitaine de vaisseau à les placer sur le pont du bâtiment, en les bien emballant, on pourrait les transporter ainsi, et en avoir de bien grands. Ce serait adoucir mes regrets, car j'avoue que ces peupliers faisaient un des plus beaux ornemens de Pawlovsk. Vous voyez, monsieur le comte, que j'use avec confiance de vos offres de service; cette commission me tient à coeur, je l’avoue, et vous me ferez bien grand plaisir en la soignant. Mes bonnes petites me chargent de leurs complimens pour vous, monsieur le comte; je joins ici mon incluse pour mon aimable petite et vous assure des sentimens bien distingués d'estime et Фаш! 6, avec lesquels je suis Votre bien affectionnée Marie.

Vous m'’obligerez infiniment, monsieur le comte, en assu-

rant lord S-t Helens de mon souvenir et de mes complimens.

Le 10 Avril 1803.

Vous savez, monsieur le comte, qu’il est d’usage chez nous de souhaiter les bonnes fêtes à l’occasion de Pâques: je ш’у

сошогше avec d’autant plus de plaisir que j’aime à vous renouveler les voeux que je fais pour votre bonheur, satisfaction, et pour l’accomplissement de tous vos désirs, Vous sentez que ma jolie petite demoisélle d'honneur est bien de moitié dans ces voeux et que je désire bien vivement la voir aussi heureuse qu’elle mérite de l'être; mais je vous avoue que je souhaite la voir heureuse en Russie; c’est là où je désirerais que son coeur fût fixé par un choix qui réponde en entier à votre juste attente. Je viens de recevoir votre dernière lettre, monsieur le comte, et j’y ai vu avec sensibilité la part que vous avez prise à mes désagréments de l'incendie de ma maison de campagne. Vous avez bien jugé du coeur de l'Empereur, en supposant qu’il voudrait m'aider à réparer ma perte; mais comme sous aucun rapport je ne veux pas lui être à charge, je n’ai consenti qu'à un prêt, qui sera repayé dans quelques années à termes fixes. Mon fils a-des dépenses necessaires à faire, et ceux qui lui sont les plus près doivent le moins lui devenir onéreux. Voilà mes principes, monsieur le comte, et j’espère que vous пе désapprouverez pas ma délicatesse. J’attends avec impatience les peupliers que vous me promettez, et d'après toutes les précautions que vous voulez bien prendre pour leur envoi, je suis sûre qu’ils m’arriveront à bon port.

Le souvenir de lord S-t Helens me fait toujours très-grand plaisir, car on aime intéresser ceux qu’on estime. Je vous prie, monsieur le comte, de lui faire mes compliments.

J'embrasse ma petite demoiselle d’honneur, à qui vous direz, je vous en prie, que son frère a beaucoup dansé à mon bal d’avant-hier; je crois qu’elle en aurait fait autant si j’avais eu le plaisir de Гу voir. Mes bonnes petites me chergent de milles amitiés et complimens pour elle. Adieu, monsieur le comte; je me flatte que vous êtes et serez toujours convaincu de l'intérêt sincère que je vous porte et de la parfaite estime avec laquelle je suis votre bien affectionnée

Marie.

--———ы. En un

Richmond, le 2 (13) X-bre 1797.

Madame,

Après avoir pris de différents côtés plusieurs informations sur le caractère de m-lle Sybourg, au sujet de laquelle votre Majesté Impériale m'a fait l'honneur de m'écrire il у a quelque tems, je les ai reçues toutes très-satisfaisantes. La plupart m'ont été données verbalement par des personnes trèsrespectables. Je joins ici un témoignage par écrit, et comme il est en anglais à une personne avec laquelle je suis trèslié, je joins aussi la traduction française. П est un peu vague, quoïqu’écrit par une personne proche parente de la famille où vit m-lle Sybourg. Cela vient de ce qu’elle ne vit pas dans la même province. Mais le meilleur témoignage et celui auquel je ше fie le plus, est celui qu'a reçu mademoiselle Gome, qui est auprès des princesses filles du roi, qui, étant mon amie depuis près de 20 ans et qui étant une personne ^ de la plus haute vertu et d’un jugement parfait, était en état plus que qui que ce soit de m'aider dans cette recherche, d'autant plus qu’à son arrivée de Russie elle a demeuré longtems aux environs de Salisbury, où elle connaît tout ce qu'il y a de plus distingué dans ces environs. Ce qui suit est ce qu’elle a reçu d’une de ses amies établies dans les environs de la dite ville: „М-Пе Sybourg est d’une très-bonne famille de Payerne; je la connais parfaitement, c'est une Personne du plus grand mérite; elle est extrémement aimée “de la famille où elle est; elle y а vécu 7 ans au moins et

c'est en dire assez. Elle а un frère établi en Russie, duquel nje lui ai entendu parler plusieurs fois“.

Je dois ajouter à Votre Majesté Impériale que m-lle Sybourg ignore les informations qu'on°a prises sur son caractère et que les amies que ш-Це Gome a chargé de ces informations ignorent absolument l’objet de ces recherches.

J'ai reçu l'échantillon du drap verd pour l'uniforme de sa Majesté l'Empereur. Je l’ai envoyé dans la province où se fait le plus beau drap de се pays, et je me flatte qu’on se chargera d’en faire une pièce précisément de la même couleur, mais plus fin et d'une qualité supérieure à celle que Votre Majesté Impériale m'a envoyé. J'espère que je pourrai vous l’envoyer, Madame, par les premiers vaisseaux qui partiront d'ici pour Cronstadt au printems prochain. Je suis avec le respect le plus profond etc.

Londres, ce Mars 1803.

Madame,

Je commence par ше meltre aux pieds de Votre Majesté Impériale en lui témoignant ma profonde reconnaissance pour . la lettre du 19 Janvier dont elle a daigné ш’Вопогег, et еп - F'assurant que les arbres qu’elle désire avoir lui seront expé-

diés par les premiers vaisseaux qui partiront d'ici au printems

prochain.

Avant d’avoir reçu. les ordres dont Votre Majesté Impériale ш’а honoré, j'avais déjà vu ‘avec chagrin dans les gazettes qu'une certaine petite maison de campagne appartenant à une pauvre veuve avait été incendiée, се qui ш’а d'autant plus affligé que j'ai passé plusieurs jours dans cette habitation où j'ai éprouvé une hospitalité pleine de bonté et d'amabilité, comme on en trouve peu dans ces tems de cette philosophie qui, née dans la partie occidentale de l’Europe, se

propage partout, et dont les principes mènent à n’aimer шdividuellement personne pour aimer d'autant mieux toute la ‘race ‘humaine, connue ou inconnue, existant ou supposée exister sur le globe. Aussi, si cette douce philantropie empêche de secourir un malheureux voisin dans le besoin, si elle ne permet pas de donner un abri à un pauvre voyageur égaré du chemin, mourant de faim et de froid, ce n’est que pour ne pas être détourné des profondes méditations sur le bonheur universel et sur les moyens d'’inoculer cette douce philosophie aux Lapons, aux Hottentots, aux Caffres, aux habitans de la Nouvelle Zélande et des autres isles qu’on pourra peut-être découvrir un jour dans la mer du Sud, sans se soucier si ces bonnes gens voudront la recevoir. Né avant la moitié du siècle passé, c’est à dire avant la naissance de cette chère philosophie si lumineuse, j'ai le malheur de пе pas voir tout le bien qu’on prétend qu'elle а fait, Mes yeux sont si faibles que sa lumière, au lieu de les éclairer, les éblouit douloureusement. Je reste donc encore avec les sentiments ignobles d’affliction pour les malheurs que les autres éprouvent, et je suis affligé de ce qui est arrivé à la pauvre veuve. Ma fille, aussi ignorante que moi, a aussi la bêtise d’en être chagrine par l'attachement profond qu’elle а pour cette dame qu’elle adore. Je regrette les tableaux, les statues, les estampes et dessins qui ont péri et qu'aucune somme d'argent ne pourra faire reparaître; je suis aussi affligé de la perte de ces beaux peupliers si hauts, si touffus, et qui me rappelaient ceux que j'ai vus autrefois sur Les bords du Рб; car quoiqu'on puisse en planter d’autres, qui sait s’ils prendront bien et s'ils réussiront comme les précédens! Mais pour ce qui regarde la promple reconstruction de la maison brûlée, je n’en suis pas inquiet, ayant eu dernièrement l’occasion de connaître le fils aîné de la dame. C’est un gentilhomme assez aisé, qui a un joli petit bien; je connais sa terre dont je ne me souviens pas du nom, mais je sais qu’elle est en partie dans la petite province d'Europe et en partie dans celle d'Asie. Ce jeune gentilhomme пе res-

semble guère à ceux de mon pays. Il n’est раз dissipateur, n’a pas de maîtresse qui le ruine, ne joue pas aux cartes, ne parie pas sur le jeu des autres ni sur les courses des chevaux, ne se ruine pas en table, encore moins en livrée et en équipage, qui sont même un peu trop modestes. Il est très-soigneux à cultiver et à améliorer sa petite terre. Il est bon fils, bon mari, bon frère et bon maître, en un mot c'est un très-honnête gentilhomme. Il aidera donc sa pauvre mère dans la réparation de la petite maison brûlée.

- Si Dieu m’accorde à vivre jusqu’à l’année prochaine, j'espère la revoir encore et y recevoir cette hospitalité bienfaisante que j'ai éprouvée l’année passée.

J'ai montré à lord S-t Helens la partie de la lettre de Votre Majésté Impériale qui le regarde. Il a été pénétré de reconnaissance pour la bonté qu’elle a de se souvenir de lui, et m'a prié de le mettre à vos pieds, Madame, et d'exprimer son respectueux attachement pour Votre Majesté Impériale, et les regrets qu’il conservera toujours de ce que sa santé ne lui a pas permis de rester en Russie, où il a été si heureux. Je n’ai pas demandé son secours pour les arbres que vous désirez avoir, Madame, préférant d'employer à cet objet m-r Tarseith, le premier jardinier du roi à Kensington, grand botaniste, et qui a eu une récompense du Parlement pour avoir trouvé le secret de guérir les arbres pourris, de quelque espèce qu’ils soient.

Je suis avec le respect le plus profond, Madame, etc.

Londres, du 8 (20) Мау 1803.

Madame,

Rien de plus magnanime et de plus touchant en même tems que quand la grandeur condescend à suivre les usages des simples particuliers, et leur témoigne à cette occasion la bonté la plus consolante: c'est се que У. M. а daigné faire envers

CEMEHA ИЗЪ АНГЛИИ. 461

moi et ma fille en nous souhaitant avec sa bonté accoutuméd les bonnes fêtes de Pâques et’ l’accomplissément de tous 068 désirs. Ces désirs sont et seront toujours de mériter la continuation de votre bonté inappréciable et la puissante protection dont V.®M. a toujours honoré toute notre famille. Mon frère et mon fils ne cessent de me faire part, avec la plus vivé reconnaissance, des bontés que vous leur témoignez; aussi nous nous regardons tous comme des êtres particulièrement favorisés par la Providence, puisque nous sommes protégés par une Princesse dont la vertu égale la très-baute station Чи’ ’ellé tient dans le monde.

Ce que У. M. me fait l'honneur de me dire sur Ройге que 5. M. l'Empereur, son auguste fils, lui a faite de prendre sur lui la reconstruction du palais incendié à Pawlovsk, ne m'étonne pas, car c’est digne du digne fils 46 У. M. I. J'avoue que j'aurais désiré qu’elle l’eût laissé faire sans être si éminemment discrète, que de vouloir entrer elle-même dans une partie des frais de la dépense, ou plutôt en les prenant toutes sur elle, n’acceptant l'offre qu’à titre d'emprunt. L'Empereur de Russie est assez riche pour construire une maison de campagne à l’Impératrice sa mère.

Me rappelant qu’étant à Pawlovsk У. M. m'avait dit qu’elle désirait avoir quelques semences des différens grains qu'on cultive en Angleterre, et quoique ce sont à peu près les mêmes qu’on cullive chez nous, il est prouvé qu’il est avantageux à l’agriculture de prendre les semences de loin, les changer annuellement et ne se servir jamais pour ensemencer la terre des mêmes grains qu’elle avait produits l’année precédente. J’envoie donc à У. M. I-le, par les premiers vaisseaux qui partiront d'ici, les différentes espèces de semences dont je joins ici la liste, et je les adresserai au comptoir de Thomson et Bonard à Pétersbourg, qui les remettront à celui à qui vous ordonnerez, Madame, de les recevoir.

Тозе espérer que У. M. I-le me pardonnera la hardiesse que je prends de recommander à sa bonté et à sa protection celui qui aura l'honneur de lui présenter cette lettre. C'est

le fils unique d’un homme vertueux avec lequel je suis lié d’une amitié non interrompue depuis 41 ans. J'avais commencé à aimer ce jeune homme à cause de son père, mais depuis cinq ans qu'il est auprès de moi je l'aime pour lui-même, comme un homme très-estimable qui joint à l’esprié et aux talents la modestie, la discrétion et les moeurs les plus pures. Ce jeune homme est digne de son père le baron de Nicolay que V. M. honore de ses bontés et de sa confiance. Il serait à désirer dans les malheureux tems de cette maudite et prétendue philosophie qui a corrompu les cervelles et les coeurs de la plupart des jeunes gens, qu’il y eût plusieurs qui ressemblent au jeune Nicolay, que je supplie У. M. 1-е de prendre sous sa puissante protection. Ce n’est que pour complaire à ses parents, qui désiraient le revoir, que j'ai pu consentir à me séparer de lui pour cinq mois, car il m’est ici bien nécessaire pour m'aider dans mon travail, particulièrement dans la crise présente des affaires.

Ma fille, qui regrette infiniment de n'avoir pas été au bal dont У. M. me fait l’honneur de parler dans sa lettre et qui envie à son frère le bonheur de s’y être trouvé, se met aux pieds de У. M. 1-е.

Lord St. Helens est extrêmement reconnaissant pour la grande bonté que vous avez, Madame, de vous souvenir de lui. Il me prie toutes les fois que je le vois de le mettre à vos pieds.

Que Dieu conserve les jours précieux de У. M. I-le, jours constamment consacrés à la vertu et à la bienfaisance!

Je suis avec le respect le plus profond etc.

Londres, le 1 (13) Juin 1807. Madame, Comme ma fille, pour laquelle Votre Majesté Impériale a toujours eu beaucoup de bonté, a le bonheur d’être une de

ses demoiselles d’honneur, je prends la liberté de vous supplier, Madame, de lui accorder la permission d’épouser un seigneur anglais qui vient de me la demander en mariage. Il plaît à ma fille, et je regarde cet établissement pour elle comme tout ce qui pouvait lui arriver de plus heureux. А 63 ans et avec une santé délabrée, je descendrai au tombeau, vers lequel il: me reste peu de chemin à faire, avec la certitude bien consolante que ma fille sera heureuse. Mais je ne regarderai cette affaire comme définitivement arrangée que quand j'aurai l'agrément de l'Empereur et de Votre Majesté Impériale. En m'’adressant à elle, j'écris aussi en même sens pour avoir l'agrément de mon Souverain, votre auguste fils.

Quoique qu’il a été convenu entre celui qui veut devenir mou gendre, sa mère et moi, que nous tiendrons cet arrangement provisoire comme secret non seulement jusqu’à ce que j'aie l'agrément de l'Empereur et de У М. I., mais aussi jusqu’au retour dans ce pays de ce seigneur, qui va dans une commission importante que le roi son souverain lui a confiée et qui doit durer 8 à 10 mois, je nai aucune diffi- ‘culté de nommer la personne à У. М. 1., en la suppliant trèshumblement de nous garder le secret. C’est le comte de Pembroke et de Montgomery, d’une des plus illustres et des plus anciennes familles d'Angleterre. П est lord-lieutenant du roi dans le Wiltshire, lieutenant-général dans l'armée et chevalier de l’ordre de la Jarretière. A beaucoup d’amabilité il joint les moeurs les plus pures et le caractère le plus vertueux possible. Aussi est-il universellement aimé et estimé. Le roi a pour lui une amitié et une confiance particulière. Sa majesté lui avait offert la place de grand-chambellan, quelque tems après, le roi et monsieur Pitt lui ont offert deux fois l'ambassade de Russie, et quelque tems après on le pria d'accepter la vice-royauté d'Irlande. П refusa ceshonneurs par amour pour la vie tranquille et pour pouvoir passer plus son tems dans la province qui lui est confiée, où il fait beaucoup de bien et où il est très-aimé. Aussi il n’a accepté d'aller à présent à Vienne avec une commission

importante que par déférence pour le roi qui Гей а prié et parce qu’il espère de revenir ici dans six ou huit mois. Ce n'est que huit jours avant son départ qu’il me fit sa demande, et excepté sa mère, à laquelle il est très-attaché, il n'a pas eu le tems d'en parler à ses autres parens, qui pour- ‘raient être choqués s'ils apprenaient cet arrangement, avant son retour, par un autre que lui, et surtout s'ils l’apprenaient par les pays étrangers. C’est la raison pour laquelle je supplie У. M. I. de nous garder le secret.

Comme vous avez bien voulu, Madame, honorer ma fille d’une bonté particulière, je vous supplie de croire que je п’а{ pas agi dans cette affaire en étourdi. Il ne me suffirait pas qu’il plût à ma fille, si je ne le connaissais pas pour un homme fait pour rendre sa femme heureuse. Il y a plus de 20 ans que je suis lié d'amitié avec lui et sa mère, qui est une des plus respectables femmes que je connaisse. Elle a toujours eu une tendresse particulière pour ma fille; aussi elle désire ce mariage tout autant que son fils. Quant à ce dernier, У. M 1. se souviendra peut-être de lui: car, étant fort jeune, il a été en Russie du tems de la feue Impératrice. Feu l'Empereur, étant grand-duc, lui témoigna beaucoup de bonté et le distingua au point qu’il fut le seul étranger auquel il faisait l'honneur de l’inviter aux bals particuliers qu’ il donnait dans ses appartemens au palais d’hiver à Pétersbourg. Comme le feu comte Pembroke, son père, vivait encore, il portait alors le titre de lord Herbert.

Ma fille et m-elle Jardine se mettent, et moi avec elles, aux pieds de У. M. Г., en la suppliant de nous continuer ses bontés et sa protection.

Письмо графа С. Р. Воронцова къ другу его rpaëy IL. В. Завадовскому.

Londres, le 6 (18) Mars 1802.

Vous m'avez écrit de Moscou, de votre campague, et depuis votre retour de Pétersbourg, pour que je fasse un mémoire sur notre armée et que je Гепуоуе à l'Empereur. Quand même j'aurais eu tous les matériaux qui me manquent, la chose que vous me demandez est difficile à faire; mais pour vous complaire, mon ami, j'ai passé par dessus toutes les difficultés dont j'étais entouré et je l’ai fait de pure mémoire de ce que j'ai vu; lu et entendu; mais ma mémoire ne vaut plus rien. En vous envoyant cet écrit, il n’y a qu’une chose dans laquelle je n'ai pas pu vous complaire, mon ami: car”vous vouliez que j’adresse cette pièce à l'Empereur, et ça m'est impossible, parce que vous avez trouvé que je fais trop de représentations à Sa M. Г. Or, si свай trop sur des affaires politiques, dans lesquelles je suis employé depuis 18 ans, et que ce que j'ai écrit était relatif à des ordres qu’on me donnait, ou à des affaires dans lesquelles je devais agir, on serait encore plus surpris, si je l’incommodais sur un sujet qui ne regarde en rien mon état actuel et sur un service dont j'ai perdu la pratique, l’ayant abandonné depuis 25 ans. Га! donc fait ce mémoire comme pour être communiqué en particulier à quelqu'un des membres de la commission nommée pour faire les élats de notre armée, et il est accompagné d’une lettre qui peut-être également adressée à vous, au comte Kotshoubey et à monsieur de Novossiltzow, qui sont également mes amis. Ainsi, après avoir lu ce mé-

moire à eux et en prenant l'opinion de Николай Николаеahuss вназа воРонцова, вв. 10-я. 30

466 ПИСЬМО KB ГРАФУ ЗАВАДОВСКОМУ.

вичъ, qui а servi dans l’armée et qui pourra mieux juger si cet écrit vaut la peine d’être présenté au Souverain, l’un de vous trois pourra le lui présenter. Je désirerais même que vous le puissiez montrer à monsieur Вязмитиновъ avant que de le faire parvenir à l'Empereur; parce que je désire que si ce mémoire est trouvé bon, qu'il ne soit pas après ‘contrecarré par ceux qui pourraient être choqués de ce qu’on empiétait sur leurs départements. Il peut se trouver que je me suis trompé sur plusieurs points de l’état actuel de notre armée, parce que je suis dénué de toute information à cet égard. Dans ce cas, on peut effacer tout ce qu’on veut de cet écrit et le faire copier de nouveau, puisque, quoique je me reconnais pour auteur de cette pièce, je ne Га! pas signé uniquement pour que vous puissiez la faire copier, en effaçant, d’après les conseils de ceux qui s’y entendent, tout ce qui ne serait pas exact ou ce qui aurait pu choquer le Souverain. П n'y a qu’une chose que je vous conjure de laisser telle qu'elle est, c’est ce que je dis au sujet des occupations minutieuses et inutiles qui font perdre un temps précieux à l'Empereur, qu’il aurait dû employer à des affaires plus importantes pour le bien de l’état. Qu'il donne ce temps aux conseils; qu’il aille, comme Pierre le Grand, assister aux délibérations et aux procédures du Sénat; qu’il aille sans avertir au Collége de guerre, à l'Amirauté, à tous les autres Colléges. Ces visites, outre l'information qu’il acquérera sur tout plein de choses qu’il ne saura jamais autrement, tiendront en activité, en ordre et en décence toutes ces places.

BATIMCKA

. vai ССОО

L'armée russe n’a раз’ été plus heureuse que les autres branches de service de ce vaste Empire: elle a subi aussi des changements continuels depuis la mort de son illustre fondateur. Sous le règne de l’Impératrice Anne, le maréchal Munich fit quelques légères altérations dans sa composition, et en 1763 de nouveaux états pour l’armée, changeant sa composition, son économie et la pratique du service, éloignèrent de plus en plus notre service militaire du plan primitif, fait par Pierre le Grand. J’ai connu des officiers généraux qui ont vu cet état primitif, et qui étaient d'opinion {entre autres le comte Brown, qui entra au service de Pierre le Grand) que tout changement, fait en contradiction ou en affaiblissant sa composition originaire, n’a fait que détériorer notre service. Mais ce qui porta le coup mortel à notre armée, ce furent les changements perpétuels qu’introduisait, sans aucun motif utile ou d’après quelque motif fondé en théorie ou pratique, mais par pur caprice, le feu prince Potemkin, et surtout les changements survenus depuis la mort de feue l’Impératrice. Notre armée n’est plus celle de Pierre le Grand, elle n’est pas russe même: c’est un amalgame d'innovations, créées chez nous, avec des imitations prussiennes qui n’ont aucun rapport avec notre pays. Pour le démontrer, il est nécessaire de remonter brièvement à la source des abus qui s’y sont introduits.

Pierre le Grand ne fit les états de son armée, le Воевный Уставъ et le code militaire qu'on appelle chez nous Военный Артикулъ, que vers le milieu de sa guerre contre la Suède; il les a tirés des deux meilleurs services qui existaient alors en Europe, c’est-à-dire de celui d'Autriche et de Prusse: le premier, fondé par Montécoucouli et perfectionné

par le prince Eugène, et le second établi par le prince d’Anhalt-Dessau, créateur de l’armée prussienne sous le règne du père du Grand Fréderic. Mais Pierre le Grand, homme d’un génie supérieur, n’a pris que ce qui était strictement utile à approprier à son armée. Il a senti, comme de raison, que le climat, les moeurs et les habitudes de son pays exigeaient des modifications absolues. Aussi, en prescrivant dans son Военной Уставъ (le plus parfait ouvrage qui ait jamais été fait pour organiser une armée) le devoir de chacun, depuis le soldat jusqu’au feld-maréchal, il n’a pas adopté ni l’habillement, ni l’économie interne des régiments, comme il les avait vus dans les armées prussienne et autrichienne. Pour mieux attacher les soldats aux drapeaux sous lesquels ils combattaient, il donna le nom des provinces aux régiments russes, et ces régiments avaient dans leurs drapeaux les armes des provinces dont ils portaient le nom. Par là le soldat croyait appartenir à l’état, servant dans une troupe qui portait le nom d’une partie de cet état; au lieu que, quand les régiments portent les noms des généraux, ces mêmes soldats croyent appartenir à ces individus qui sont las chefs et donnent les noms aux régiments. J'ai vu à l’hôpital à Portsmouth des soldats, pendant que j'eus le malheur de commander le corps revenu de l’expédition de Hollande, auxquels ayant demandé de quels régiments ils étaient, j’ai reçu pour réponse: Прежде былъ такого-то полку (en me nommant le nom ancien du régiment), a теперь не знаю, батюшка, какому-то Hbuny данъ полкъ отъ Государя, et il me disait cela en poussant un profond soupir. Une autre considération majeure, de laquelle dérivait l'émulation des régiments quand ils portaient les noms des provinces, c’est que ce nom ne changeait jamais, et que les actions illustres des dits régiments se conservaient par tradition dans toute l’armée et servaient d’aiguillon aux autres. Qui ne sait pas que les régiments Acrpaxancsif и ИнгерманландскЙ se sont toujours plus distingués qu'aucun autre dans les guerres sous Pierre le Grand? Toute l’armée russe sait que le premier régiment de

0 РУССкОМЪ BOËCKS. 471

grenadiers à décidé le gain de la bataille de Grossjägersdorf, que ce même régiment et celui de troisième grenadiers se sont plus distingués qu'aucun autre à la bataille de Zorndorf: que le régiment de Rostow а fait des prodiges de valeur à la bataille de Palzig; que le premier régiment de grenadiers a décidé du gain des batailles de Francfort et de Kagoul. Tous ces régiments savaient par tradition la gloire qui était attachée à leurs noms, et ils étaient jaloux de la conserver. J’ai 616 témoin qu'après une affaire sous Silistria, où le premier régiment de grenadiers se distingua, le maréchal Roumanzow alla le lendemain le long du front du régiment remerciant les grenadiers pour leur courage héroïque. Ils lui crièrent: чему ты дивишься, когда мы инако были? On m’assure que le mal dont je parle n'existe plus chez nous, et que les régiments portent de nouveau le nom des provinces, et je n’ai fait mention de cet article que dans la crainte que de nouveau on ne reprenne chez nous cet usage prussien et autrichien, car ce n’est que dans ces denx armées et dans les petits corps des princes allemands que cet usage pernicieux se perpétue.

Pierre le Grand, en imitant ce qu'il у avait à prendre de bon chez les étrangers, n’imita pas leur habillement. Па très-bien vu qu’en Prusse les ? des soldats étant étrangers, on avait là plus d’égard à l’économie de l'argent qu’à l’économie de la conservation des hommes. Aussi il donna à son armée des bottes et des manteaux que n’ont pas les prussiens, parce que cela coûterait trop. Ce même fondateur de notre armée sentit très-bien la nécessité de séparer la partie économique de la partie qui ne regarde que la ‘subordination et la discipline. Ces deux dernières étaient confiées au pouvoir suprême du colonel, mais la partie économique était entre les mains des délégués du commissariat. L’instruction qu'il fit pour les inspecteurs qui devaient passer annuellement en revue tous les régiments, est un chef-d'oeuvre inimitable. Ces inspecteurs étaient des membres du commissariat, et étaient reçus comme le Souverain: on baissait les

drapeaux devant eux, et après avoir vu le régiment sous les armes, ils prenaient le colonel à part et lui demandaient s’il avait à porter quelques plaintes contre ses officiers; après quoi il prenait les officiers à part, leur demandant s'ils avaient des plaintes à exhiber contre le colonel; après cela il renvoyait du front colonel et officiers, et allait entre les rangs des soldats pour leur demander s’ils n’avaient de plaintes à porter contre leurs chefs et si tout ce qui leur était alloué par le Souverain leur était remis fidèlement. Ayant fini cette inspection individuelle, ils allaient examiner la caisse et les livres du commissaire et, du quartier-maître du régiment, et comptaient l'argent qui était dans leur caisse. Ces commissaires des régiments étaient plus dépendants du commissariat que du colonel et ne délivraient pas un sol sans un ordre par écrit du colonel. Il fallait même que cet ordre fût bien légal: car s’ik était tant soit peu contraire aux ordonnances, le commissaire était obligé à ne pas obéir. Après chaque inspection finie, tout prévaricateur, depuis le colonel jusqu’au dernier officier, devait être mis aux arrêts par l'inspecteur et jugé par un conseil de guerre d’après le rapport’ de l’inspecteur, qui spécifiait les raisons des arrestations qu'il avait faites.

Ce règlement salutaire a été enfreint par les règlements de 1763, où on donna au colonel une autorité illimitée sur l’économie du régiment. Aussi, dans moins de sept ans après, j'ai été témoin des abus scandaleux que plusieurs colonels ont faits, à leur propre profit, de cette autorité qu’on leur avait donnée si imprudemment. La couronne a été volée avec une impudence inconcevable, et les pauvres soldats ont été inhumainement privés du peu d'argent qui leur revenait de droit. C’est une des plus grandes taches de ces règlements de 1763. L’inhumanité avec laquelle les pauvres soldats ont été traités, les a forrés à la déserticn,— chose inconnue auparavant dans les armées russes. J’ai vu des milliers de nos braves compatriotes servir dans les armées prussiennes et autrichiennes, et des personnes qui ont été en Suède ш’аз-

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surent qu’ils ont vu au delà de 2000 Russes servant dans l’armée suédoise à Stockholm et à Gothenbourg.

Il est donc à désirer qu’on puisse rétablir chez nous les ordonnances de Pierre le Grand pour tout ce qui regarde la partie économique, établie par ce grand Souverain, de même qu’on remette en vigueur son Военный Уставъ et l’instruction des inspecteurs. La -seule chose dans laquelle il serait utile de s’écarter, serait l'habillement du soldat: car il est certain que sur cent innovations inutiles du prince Potemkin, il y en a une aussi utile que parfaite. Je veux dire l'habillement qu’il avait donné en dernier lieu à поз troupes, habillement le mieux calculé pour le climat, ainsi que pour la propreté, la commodité et surtout la santé du soldat, chose inappréciable, et à laquelle on doit songer de préférence.

Depuis la mort de l’Impératrice défunte on n’a plus laissé, par les changements innombrables qu’on у а introduits, aucune trace de l’état ancien de notre armée, quoique ce soit avec cet ancien état que cette armée a gagné les batailles de Poltawa, de Wilmanstrand, de Helsingfors, de Grossjägersdorf, de Palzig, de Francfort, de la Larga et de Kagoul, qu'on a pris d’assaut Schlusselbourg et Wibourg sous Pierre le Grand, Dantzig et Otchakoff sous l'Impératrice Anne, Bender, Giourgea, Otchakoff, Ismaïl et Prague près de Varsovie sous l’Impératrice défunte. Toutes ces innovations furent pour imiter l’extérieur du service prussien, qui ne va pas au climat, aux moeurs et aux habitudes russes. Ce n’est pas le mécanisme et l’apparence extérieure des wachtparades, ni la composition et l’économie interne des régiments prussiens qu’il fallait introduire chez nous; c'est la grande tactique prussienne qu'il fallait imiter, et cette tactique n’a rien de commun avec les wWachtparades et la formation des régiments. Elle peut s’appliquer à toutes les armées du monde, et mieux qu’à aucune autre armée à celle qui était constituée d’après les règlements de Pierre le Grand. Cette tactique ne regarde que les grandes manoeuvres à faire en présence de l’ennemi, manoeuvres très-simples: elle’est sublime et tout son sublimé

ne consiste que dans за simplicité. Ce n’est que la manière de se former en colonne avec plus d'ordre et de vitesse, de se déployer avec un ordre et üne célérité étonnants, à chanбег de front et à s’aligner, sur tel point donné qu’on veut, avec une précision qu’on ne connaissait pas avant. L’exécution de ces manoeuvres s’apprend facilement, mais leur application dépend du génie de celui qui commande l’armée et qui saura en faire usage d’après la nature du terrain où il se trouve proche de l'ennemi, et de la position que cet ennemi a prise.

Malheureusement, on n’a imité des Prussiens que ce qui était inutile ou inapplicable chez nous, et la formation intérieure des compagnies, bataillons et régiments, qui était parfaite chez nous, a été abolie pour introduire celle qui est en Prusse, où la formation une fois introduite depuis un siècle est restée; parce que le Grand Frédéric n’a songé qu’à la grande tactique qu’il améliora, laissant la composition interne des régiments telle qu’il l'avait trouvé établie par son père. Ceux qui ont été dans des batailles savent que les hallebardes des bas-officiers et les espontons des officiers ne sont qu’embarrassants, et qu’en ôtant les fusils aux premiers, on prive un régiment de près de cent fusils qui auraient pu servir contre l'ennemi. Ils savent aussi qu’en mettant le colonel et le lieut-t colonel à pied attachés à un peloton, ils ne peuvent rien voir au-delà du petit espace qu’ils occupent, et n'ont pas plus d'influence qu’un enseigne qui commande aussi un peloton; tandis qu'en Autriche, et autrefois chez nous, tous les officiers-majors du régiment étant à cheval, le lieut.colonel commandait le premier bataillon, le premier major—le second bataillon, et, étant à cheval placés plus haut, pouvaient voir toute la longueur du front du bataillon qu'ils commandaient, et ils portaient remède au désordre instantané qui arrivait dans quelque partie, ce qui arrive à tout moment pendant la durée d’une bataille; et le colonel, suivi du second-major, étant aussi à cheval, voyait le front de tont son régiment, et se portait rapidement d’un endroit à

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l'autre pour tenir tout en ordre, et, comme le chef suprême avec tout le poids que son autorité lui donnait, il réparait plus tôt le désordre qui se mettait dans quelque partie que ce fût de l’un des deux bataillons, ce qui ne peut plus se faire quand le colonel et le lieut.-colonel sont à pied, chacun au centre de leurs bataillons, cloués au peloton qui est derrière les drapeaux.

Une autre innovation qui n’est justifiée par aucune raison valable, et qui est nuisible par les raisons qu’on donnera, c’est celle d’avoir aboli plusieurs grades de la hiérarchie militaire. Autrefois l'avancement des bas-officiers allait de cette manière: caporal, fourrier, porte-drapeau, capitaine d’armes et sergent; à présent, après le caporal il n’y a plus de distinction, tous sont également bas-officiers, ce qui ôte toute émulation, toute perspective d'avancement et anéantit l’aiguillon de l’amour-propre: car une fois arrivé au grade de bas-officier, il n’y a plus rien à attendre, et cela nuit‘aussi à l’esprit de subordination, qui est la vraie base sur laquelle est posé” tout l'édifice de l’armée. Autrefois, à chaque avancement on gagnait de l’autorité et une augmentation de gages: le sergent était obéi du capitaine d'armes, celui-ci du porte-drapeau qui, à son tour, était obéi du fourrier, qui commandait au caporal, et chacun était obéi aussi strictement qu'il obéissait luimême à l'officier, son supérieur. П peut se trouver que dans une bataille meurtrière tous les officiers d’une compagnie soyent tués ou blessés et, par conséquent, hors de combat, alors le plus ancien en grade parmi les bas-officiers commande la compagnie avec la même autorité, et est respecté de la compagnie comme l'aurait été le capitaine, ce qui ne peut plus s’obtenir à présent où tous les bas-officiers sont du même rang, et se regardent comme égaux entre eux. A-la bataille de Zorndorf il уа eu des régiments où tous les officiersmajors et tous les capitaines étaient hors de combat: le plus ancien lieutenant du régiment de commandait jusqu'à la fin de la bataille, et plusieurs compagnies sont restées commandées par des sergents.

Une autre innovation non nécessaire est celle d’avoir supprimé le second-major: ce qui n’est pas une économie, puisqu’on a conservé deux majors dans chaque régiment. On n’a donc qu'ôté un grade de plus qui retardait l’avancement trop précipité, chose toujours nuisible. Les capitaines qui, arrivés à être second-majors, étaient contents et espéraient obtenir un autre avancement intermédiaire entre celui qu’ils obtenaïent et celui de lieutenant-colonel, et le service gagnait par une subordination plus précise, parce qu’un second-major obéira toujours plus strictement au premier-major qu’un major n’obéira un autre du même rang que lui, quoique l’autre soit plus ancien.

Mais de toutes les innovations, la plus nuisible et qui n’a d’autre raison que celle d’une imitation servile du service prussien, c’est celle des chefs des régiments; parce qu’elle rend nulle l’autorité du colonel, qui perd tout son poids et son influence sur les officiers et soldats, quoique ce soit lui ‘qui mène le régiment devant l’ennemi, car le général зе trouve quelquefois absent. Un autre mal, qui dérive do la même source, est qu’il faut avoir autant de généraux qu'il у a de régiments dans l’armée, ce qui est aussi inutile qu’embarrassant et coûte des sommes immenses à l’état non seulement en pure perte, mais au grand détriment du service. Ces chefs, ayant l’économie du régiment entre leurs mains, peuvent en abuser cruellement aux dépens du trésor du commissariat, et quand on voudrait même rétablir l'ordre économique établi par Pierre le Grand, je doute qu'un inspecteur du commissariat oserait trop scruter l’état d’un régiment dont le chef serait un feld-maréchal ou général d'infanterie.

Il y a encore une observation à faire sur ce sujet: c’est qu'un général commandant une armée ou un corps détaché, sera toujours partial pour le régiment dont il est le chef, il lui donnera les meilleurs quartiers et l’exposera le moins possible devant l’ennemi, et à chaque affaire il le recommandera comme celui qui s’est le plus distingué, ce qui mécontentera naturellement tous les autres. Et si on objecte à ce

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qui vient d’être dit, en disant que les généraux ne seront pas dans la même armée et le même corps où sont leurs régiments, pourquoi donc donner des chefs à ces régiments? Pourquoi ôter l'autorité au colonel, au point que dans l’absence du chef il ne peut pas faire un bas-officier et remplir une vacance nécessaire sans l'aveu du chef, auquel il faut écrire, qui se trouve souvent à 200 lieues de là? Ceux qui ont servi dans nos armées conviendront certainement que cette introduction des chefs est dommageable au service, multiplie inutilement le nombre des généraux, et fait dépenser à l’état des sommes immenses qui pourraient être employées plus utilement. Par les états de 1763, il était fixé que Гагmée russe, infanterie et cavalerie, ne devait avoir que 50 généraux-majors, 24 lieut.-généraux, 7 généraux d'infanterie et 1 de cavalerie et 3 feld-maréchaux. Depuis ce tems les frontières de la Russie s'étant avancées beaucoup du côté du Sud et de l'Ouest, il était naturel qu’on eût augmenté le nombre de troupes, quoiqu'il est certain qu’on les а augmentées trop en proportion de la population de l'état, qui sera ruiné si on n’a pas d’égard à cette proportion indispensable. Ainsi, en admettant qu'il faut avoir un peu plus de troupes qu'il n’y en avait en 1763, le nombre des généraux pourrait être fixé de la manièer suivante: 60 généraux-majors, 30 lieut.généraux, 15 généraux d'infanterie, parmi lesquels ceux de cavalerie doivent être compris dans la proportion d’un à cinq; quant aux feld-maréchaux, on ne devrait jamais ni fixer le nombre, ni en créer autrement qu’en tems de guerre et pour une bataille décisive de gagnée. Jamais ce grade ne devrait se donner par ancienneté, mais toujours pour une victoire éclatante.

Réduisant ainsi le nombre des généraux, on dira peut-être: que faire des généraux existants? La seule réponse qu’il y a à faire, c’est qu’il faut songer au bien de l’état par-dessus toute autre chose, et qu’en conservant les 105 généraux susmentionnés, et Dieu veuille qu’ils puissent être tous excel-

lents, congédier les autres avec leurs: appointements, afin qu’ils n’ayent pas à se plaindre.

П уа un autre chapitre essentiel qu'on ne doit pas oublier, c’est celui de la proportion nécessaire pour l’état complet des régiments; il vaut mieux avoir moins de régiments, mais plus nombreux, par les considérations suivantes: l'empire de Russie est si vaste que les troupes doivent être éparpillées à des distances énormes; a-t-on la guerre avec les Turcs, les troupes qui sont en Finlande, à Pétersbourg, en Esthonie, doivent marcher plus de 1500 verstes pour arriver jusqu’au Dniester; a-t-on la guerre contre la Suède, les régiments qui sont sur le Dniester et le Dnieper, doivent faire le même chemin pour arriver en Finlande. Ces marches sont toujours forcées, et plus d’un tiers reste malade en chemin, de manière que les bataillons entrent incomplets en campagne devant l'ennemi, et comme chaque bataillon doit absolument donner la même quantité de gardes et de piquets pour la .sûreté du camp, pour les gardes avancées, pour l’avant-garde et l’arrière-garde dans les marches, cela abîme le soldat quand le bataillon est faible d'hommes: car celui qui n’a que 400 hommes, doit donner autant pour ces différents services qu’un autre qui a 1000 hommes sous les armes. Та! vu dans la guerre de Turquie le régiment de Kiew réduit à 4 pelotons, parce qu’aussitôt qu’un régiment est diminué de la moitié, les soldats continuellement de service et manquant de repos tombent malades, épuisés de fatigue, et meurent comme des mouches. En 1768, quand les Turcs nous déelarèrent la guerre, les régiments furent incomplets, et, marchant сп grande hâte sur la frontière ennemie, ils laissèrent plus d’un tiers de malades en route, entrèrent en campagne très-faibles en hommes, се qui accéléra leur ruine, au point qu'au commencement. de la seconde campagne le maréchal Roumanzof, avant que d'entrer en Moldavie, sur 30 régiments d’infanterie qu’il avait, renvoya les officiers-majors, les officiers et les bas-oficiers de 8 régiments à Kiew pour attendre là des recrues et se compléter, et après avoir distribué les soldats

de ces 8 régiments dans les 22 autres qu’il voulait compléter, ceux-ci manquaient encore de plus d’un quart de leur complet, et à la fin de cette campagne aucun régiment n'avait la moitié de ce qu'il devait avoir d'hommes.

Pendant 6 ans que j'ai commandé un régiment, je n’ai jamais vu 800 hommes sous les armes, quoique son complet aurait dû être de 1360, et quoiqu'il fût toujours le plus complet de l’armée. De là suit qu’il vaut mieux avoir 60 régiments de 2500 hommes chacun que d’avoir 80 de 1877 on 100 de 1500, quoique dans chacune de ces trois manières l'infanterie est portée au nombre de 150.000 hommes. Il y aurait moins de malades; les bataillons devant l'ennemi зеraient plus complets; l’armée aurait le même nombre d'hommes sur le papier, mais plus d'effectifs pour combattre, et l’état gagnerait l'épargne des états-majors par la diminution du nombre des régiments. La multiplication des régiments de grenadiers est tout-à-fait inutile et dispendieuse: il suffirait de 4 dans les 60 dont serait composée l'infanterie. Оп a aussi inutilement multiplié les corps de chasseurs.

Il est aussi très-nécessaire d’observer une juste proportion du nombre de la cavalerie respectivement à celui de l’infanterie: il est connu par tout ce que nous avons d’autorités respectables, appuyées sur l'opinion des plus grands capitaines, que la cavalerie doit être le cinquième, ou même comme 2 à 11, respectivement à l'infanterie. Je ne sais pas quelle est la proportion qui existe chez nous entre ces deux armes; mais je dois supposer, d’après la passion immodérée qu'avait le prince Potemkin pour la cavalerie, qu’elle est beaucoup plus nombreuse qu’elle ne devrait l’être, et comme cette arme est la plus coûteuse, parce que 1000 cavaliers avec leurs chevaux et les fourrages coûtent plus que 6000 fantassins, il est absolument nécessaire de faire une réduction de notre cavalerie, si elle passe le cinquième de l'infanterie.

Je ne puis à cette occasion ne pas faire mention d’une opiпоп singulière, mais très-vraie, qu'avait le maréchal Roumanzow, qui très souvent la produisait en l’appuyant par.

des raisons incontestables, c'est que la cavalerie ne devrait jamais être formée chez nous de gens tirés de la Grande Russie, mais des habitants de la Petite Russie et de ce qu’on appelle czoGoncsie полки. Le paysan russe, disait-il, est mauvais cavalier, craint de monter à cheval et ne l’aime pas. Dans un village russe de 1000 maisons, il ne se trouvera раз une seule selle: le paysan va ou sur une rezra ou sur un traîheau, et s’il ramène son cheval des champs laissant là sa charrue, il conduit son cheval par la main et ne monte jamais dessus; au lieu qu’en Petite Russie et dans les cinq provinces des cao6oyerie полки, chaque paysan а sa selle, monte à cheval, qu’il aime, qu'il sait manier et soigne à merveille. Aussi cette opinion du feu maréchal a été constamment justifiée par les faits, et je puis prendre à témoin toute l’armée qu'aucun de nos régiments de cuirassiers et de carabiniers ne pouvait être comparé aux régiments de hussards tirés des provinces de Харьковъ, д’Ахтырка, д’Изюмъ, de Сумы etc., et comme depuis ce tems, outre la Petite Russie qui donne ‘des recrues, nous avons acqüis des pays très-élendus de la même race d'hommes qui habitent les palatinats de Kiovie, de Volynie, de Podolie et de Brazlaff, il у aura de quoi fournir au recrutement de toute la cavalerie de notre armée, qui sera beaucoup plus belle et plus utile pour le service que celle qui existe actuellement, et si ces hommes n'étaient pas suffisants à fournir le nombre nécessaire de recrues, les Tartares de Cazan et les Bachkirs, qui sont tous cavaliers, pourraient у suppléer. En:parlaït de ce caractère distinctif des deux principales nations qui composent l'Empire Russe, quoique de même origine, mais ayant des moeurs et des habitudes aussi différentes qu'est le dialecte qu'ils ont, quoique leurs langues dérivent de la même source, il est à remarquer que si ceux de la Petite Russie sont incomparablement meilleurs cavaliers que ceux de la Grande, ceux-ci sont sans contredit les meilleurs fantassins de l'univers, et il est bien dommage qu’on ait gâté en dernier lieu cette excellente infanterie russe en

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У incorporant des Finnois et des Esthoniens—la race la plus . mauvaise de tous les habitans du Nord, et qui ne peuvent jamais s’amalgamer avec la nôtre. De tous les peuples nouvellement conquis par la Russie, il n°y a que les Lithuaniens, . surtout cette partie qui compose la Russie Blanche, dont le caractère est le moins hétérogène à celui du russe, et ces provinces peuvent sans inconvénient donner des recrues à notre infanterie. Quant aux Finnois, Esthoniens, Livoniens et Courlandais, on ne devrait les employer qu'à être денщикъ, Фурлейтеръ, tant dans les régiments que dans l’artillerie, et s’il y a un surplus qui reste des recrues qu’ils fournissent, on devrait choisir les moins mauvais et ceux qui habitent le long de la mer pour les employer dans la marine, et s’il en restait encore, les employer dans les garnisons dans l’intérieur du pays; alors l'infanterie et la cavalerie ne seraient composées que de gens les plus propres pour ces deux services. .

IL y a encore un point relatif à la cavalerie qu’il est impossible de passer sous silence, c'est l’inutilité d’avoir des cuirassiers: ils coûtent le double par la cherté des chevaux qu'on est obligé de choisir de la plus grande taille et des plus robustes, et avec cette énorme dépense ils sont infiniment moins utiles que les carabiniers, dragons et hussards: la cuirasse étant une arme défensive très-pesante, exige que les hommes qui la portent sôyent grands, carrés её trèsrobustes. Le poids de l’homme, ainsi ajouté au poids de Гагmure, exige de gros chevaux, qui sont lourds et pesants; et comme il est connu de tous ceux qui ont fait la guerre que le prétendu choc de cavalerie contre cavalerie est une chose chimérique, que personne n’a jamais vu l'application, le principe mécanique qu’un corps pesant qui choque un autre plus léger le fait reculer, est hors de propos. En admettant même la possibilité de ce choc, accordant même que ce cas arrive très-souvent, il y a un autre principe de mécanique, universellement connu, qu’on pourrait appliquer avec plus de raison à la cavalerie, c’est qu’un corps en choquant un autre fait plus АРХАВЪ ВНЯЗЯ ВОРОМЦОВА, Ви, 10-я. 81

d'effet par la vitesse accélérée, quelque peu pesant qu'il soit, que par son poids sans vitesse: р. e. qu’on prenne un boulet de 10 et qu’on le jette à la main à 8 pas de distance contre une planche bien affermie, non seulement il ne l’endommagera pas, mais ne laissera même aucune empreinte; au lieu qu'à la même distance une très-petite balle d’une once de pesanteur, tirée d’un pistolet, percera Ja dite planche d’outre en outre. Dans tous les services où il y a des cuirassiers, il y а aussi des carabiniers, des dragons et des hussards qui dans les batailles se trouvent dans la même ligne et attaquent la cavalerie ennemie ensemble et en même tems, sans considérer si les hussards ou dragons se trouvent vis-à-vis des cuirassiers ennemis. La bataille de Rossbach a été gagnée par deux régiments prussiens qui tombèrent sur l'armée française étant en marche, et avant qu’elle ait pu se déployer pour attaquer le camp prussien. C’étaient le régiment de cuirassiers de Seidlitz et le régiment de hussards de Ziethen qui ont fait également la charge, et renversèrent l'infanterie et la cavalerie ennemie. On dira, peut-être: si c’est ainsi, pourquoi l’armée prussienne continue-t-elle d’avoir des cuirassiers? C’est parce que le Grand Fréderic, comme il a été dit plus haut, n'a changé que la grande tactique en laissant la formation interne de l’armée telle qu’il l'avait trouvé établie par son père; mais, quand ayant conquis la Silésie et qu’il fallait augmenter son armée en créant de nouveaux régiments, il n’a augmenté la cavalerie que par des dragons et hussards, ce qu'il répéta, quand il fit une autre augmentation, après le premier partage de la Pologne.

Le maréchal Roumanzow, qu’il faut toujours citer quand on veut s'appuyer de l'autorité d'un grand capitaine, qui a sans cesse médité sur le service militaire en servant dès l’âge de 14 ans, et qui unissait au savoir le plus profond le génie le plus lumineux, et dont les idées sur le service militaire étaient fondées sur une pratique continuelle et réfléchie, — ce grand homme était grand admirateur de l’armée prussien- ‘ne, contre laquelle il a combattu avec gloire; mais cette ай-

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miratjon fut toujours dégagée des préjugés qui. n’accompagnent que les esprits médiocres. Il était intimement convaincu que les.cuirassiers sont moins utiles qu’une cavalerie plus légère, et toute l’armée russe sait que, dès qu’il a pris le commandement, il ôta les cuirasses, et, malgré cela encore, les régiments qui portaient ce nom n’ont été d’aucune utilité dans la guerre; car, montés sur de grosses et. très-pesantes rosses, la moindre marche forcée abîmait ces pesantes bêtes, et ils ne pouvaient jamais, même dans les exercices et sur le terrain le plus uni, en faisant l’attaque, fourшт une carrière aussi véloce et aussi longtems prolongée que nos régiments de carabiniers et de hussards. | Après cet exposé qu'aucun de ceux qui ont servi. dans nos troupes ne peut révoquer en doute, on ne pourra pas ne pas convenir que l’état épargnera des sommes très-considérables, et l’armée aura une meilleure cavalerie à beaucoup moindres frais, en abolissant les régiments des cuirassiers. Le maréchal de Saxe, génie sublinre dans l’art de la guerre, ne veut pas d’autres troupes à cheval que de la cavalerie légère sans cuirasses, sans bottes-fortes, mais des bottines légères, avec des selles aussi très légères qui ne pèsent, ni n’écorchent le dos des chevaux; il veut des cavaliers tels que sont devenus depuis les régiments des chevau-légers en Angleterre, qui sont les plus lestes de tous. Reste maintenant à parler de notre artillerie et de notre corps du génie, qui sont la partie la plus honteuse de Гагmée russe. П n’y a qu’à se souvenir des siéges de Bender et d'Otchakoff dans nos deux dernières guerres contre les Turcs, pour être convaincu que dans ces parties là nous ne sommes guère au-dessus d'eux. En avouant que notre artillerie de campagne est servie avec plus de vitesse, ce qui ne provient que du choix des canonniers, qui sont choisis parmi les gens les plus robustes et les plus alertes, et qu’on exerce à tirer vite; mais toute la partie qui regarde l'instruction de l'officier est dans un état pitoyable. J’en ai vu qui ne sa-

vaient pas quels sont les degrés d’élévation à donner à un 31° :

canon pour tirer à ricochet; et pour ce qui regarde la рагtie des hautes mathématiques, indispensable pour le jet des bombes, où il faut calculer les paraboles décrites par la bombe, on n’en а pas d'idée chez nous. Aussi toute l’armée russe a vu au commencement de la campagne de 1769, quand le prince Galitzin passa le Dniester, s’approcha de Хотинъ et bombarda cette place, qu’on épuisa toutes les bombes qui existaient dans le parc d’artillerie, sans qu'aucune tombât dans la ville ennemie; mais toutes allaient au-delà du Dniester pour ruiner de fond en comble la malheureuse petite ville polonaise nommée Жваницъ, victime de l'ignorance de notre corps d'artillerie. Cet état de choses restera éternellement, à la honte de l’armée russe, tant qu’on n’établira pas d’écoles remplies de professeurs habiles pour l'artillerie et le génie, où tout ce qui regarde toutes les parties des mathématiques, de la physique et de la chimie, soit enseigné dans la plus grande perfection, et où on joindra la pratique à la théorie militaire, où les examens se feraient publiquement et d’où on ne sortirait comme officier d'artillerie ou de génie qu'après avoir été reconnu digne de porter ce nom. Il уа moyen de faire cet établissement en s’adressant au roi de Sardaigne, qui possédait dans son armée les meilleurs officiers d'artillerie et de génie qu’il y avait en Europe аprès la France. Les officiers de l’armée sarde sont très-attachés à leur souverain; plusieurs ont refusé de servir la France, et ceux qui la servent le font contre leur gré et pour ne pas mourir de faim. Ce prince infortuné pourrait indiquer ceux qu’on pourrait prendre à notre service pour l'artillerie et le génie, et ils iraient tous avec plaisir, même ceux qui servent la France la quitteraient s’ils étaient assurés de leur pain en Russie. Dans ce cas il ne faudrait pas marchander pour les appointèments, ce serait une vraie économie de dépenser beaucoup pour attirer chez nous des gens habiles qui nous manquent et qui nous formeraient un bon corps d’artillerie et de génie. | faudrait aussi dans ce cas faire venir les professeurs qu’ils indiqueraient et leur donner la commis-

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sion de former le plan des écoles ou corps de cadets en imitation de ceux qui existaient dans le Piémont.

Un autre point essentiel pour toute l’armée, grande ou petite, c’est d’avoir un excellent, ce qu’on appelle chez nous, генеральный штабъ, en Autriche grand état-général, et en France il est appelé état-major de l’armée. Cet état doit être très-nombreux chez nous, vu la grandeur de notre armée. Je sais qu’il existe, mais je crains qu'il n'existe que de nom, et il est peut-être des employés dans cet état comme de nos ingénieurs, qui ne savent rien du génie. Pour être dans cet état, il faut avoir beaucoup d'instruction, savoir parfaitement toutes les parties des mathématiques, être savant dans l'artillerie et le génie, savoir bien dessiner ‘et savoir les mathématiques pratiques autant que les théoriques. Quand je dis savoir le dessin, c’est cette partie du dessin qui regarde la levée des plans et des cartes géographiques, fondée sur des connaissances et des observations astronomiques, pour que ces cartes ne soient pas romanesques, mais de la plus grande exactitude. Il est donc très-nécessaire d’avoir une école où des jeunes gens puissent apprendre toutes ces parties, que cette école soit à la campagne, où on puisse joindre la pratique à la théorie, et où des professeurs habiles puissent instruire les jeunes gens; que cette école soit fournie d’excellents instruments, comme théodolite, niveau, sextant, télescope etc, qu’il y ait une bibliothèque composée de livres regardant les sciences ci-dessus mentionnées, et fournie de tous les ouvrages qui traitent de l’art militaire, particulièrement de ceux qui traitent ex professo de la castramétation et de tous les livres des campagnes des grands généraux. Cette école, composée de 80 ou 100 jeunes gens, devrait être séparée du corps des cadets, qui sans cela déjà est trop nombreux: d’ailleurs, le service du régiment et celui du grand état général sont tout-à-fait différents. Les examens devraient être publics et très-rigoureux, et ceux des jeunes gens qui réussiraient le plus devraient être les seuls admis à servir dans cet état, les autres pourraient entrer dans

le sérvice des régiments. Comme, pour réussir, il faut beaucoup d'application et d'étude et qu’il faut consumer plusieurs années ауаш que d'arriver à être placé, il est juste qu’on soit dédommagé par une meilleure paye et par un rang de plus que n’en ont ceux qui servent dans les régiments. Une armée qui n’a pas un excellent état-général, est comme un corps qui n’a pas d’âme. Cette partie à été malheureusement si négligée chez nous, qu’excepté l’ordre des marches, le choix .des campements et les ordres de bataille qu'avait pris le maréchal Roumanzoff, dont le puissant génie brillait toujours dans tout ce qu’il a fait, nos armées dans toute cette partie ci-dessus nommée, ont été distinguées par une ignorance qui ne peut être rivalisée que par celle des Turcs.

I faut venir à présent aux inspecteurs établis sous le règne passé et à l'abolition des divisions de l’armée, ейесtuée зоиз le mêmé règne. Ces inspecteurs voyaient une ou deux fois par an les troupes qu’ils passaient en revue, ne les connaissaient que superficiellement, et avec une autorité et une confiance illimitée, placées Dieu sait pourquoi, faisaient à leur gré le bonheur ou le malheur des colonels et des officiers de leur inspection. Leurs rapports au Souverain étaient secrets, peu motivés et faits pout la plupart avec Ja passion de l’amitié ou de la haine: aussi ce fut la raison des disgrâces et des destitutions qui ont chassé des milliers d'anciens officiers du service, ce qui a ruiné notre armée, qui а été livrée à des oficiers qui ne méritent pas d'en porter l'uniforme. Ce mal est très-dificile à réparer, car plusieurs de ceux qui ont quitté ne voudront plus rentrer au service, et, malheureusement, une armée n’est bonne ou mauvaise que suivant que les officiers sont bons оп mauvais.

. Autrefois l’armée était divisée en 8 à 9 divisions, commandées par des feld-maréchaux ou des généraux en chef qui, étant attachés à leur corps, connaissaient parfaitement les régiments qui le composaient. C’est pour ainsi dire une Inspection perpétuelle et non interrompue, et les avancements,

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depuis le grade d'enseigne jusqu’à celui de весоп4-шафог, ве, faisaient par divisions de l’armée. Ce n’est que depuis le grade de second-major jusqu'au grade de colonel que l'avancement: se faisait par le Collége de guerre sur toute l’armée. Mais dans les avancements des divisions, ainsi que dans ceux de toute l’armée par le Collége de guerre, on était strictement attaché à avancer d’après l'ancienneté. S'il у avait un oficier indigne de porter ce nom, il était congédié par le Collége de guerre d’après un rapport formel et public du commandant de la division, qui n'aurait jamais osé faire publiquement, par un faux rapport, une injustice criante; au lieu que Îes rapports des inspecteurs de nos jours sont pour ainsi dire secrets, parce qu’ils ne vont qu’au Souverain, qui n'a ni le tems, ni les moyens humains à éclaircir la vérité. De sorte que c’est dans l’arbitraire d’un inspecteur, que se trouvent tous les moyens à rendre malheureux les officiers, contre lesquels des passions ou des convenances engagent souvent les inspecteurs d'agir.

Ce qui augmente le plus l'utilité d’avoir l’armée en divisions sous des chefs permanens, c’est qu'il y avait une émulation entre ces chefs et entre les divisions respectives. Chaque commandant faisait des efforts pour que la division qu’il commandait fût la mieux disciplinée, la mieux exercée et la mieux entretenue de toute l’armée, et qu’elle fût admirée comparativement aux autres. Га! vu cette émulation entre les divisions d'Ukraine, de Smolensk et de Finlande, commandées par le maréchal Roumanzow, le c-te Tchernichew et le c-te Panin.

Un autre avantage de cette manière de tenir l’armée, c’est que les chefs de division ramassaient tous les mois les rapports les plus détaillés de tous les régiments qui étaient sous leurs ordres, les scrutaient très-scrupuleusement et les envoyaient au Collége de guerre, où ils étaient de nouveau réexaminés, après quoi on en faisait un ensemble de l’état de toute l’armée pour ce mois-là. Tous les ans ou tous les six mois, cet état général se présentait au Souverain par le Collége de guerre;

mais si le Souverain désirait l’avoir plus souvent, le même collége pouvait le lui fournir tous les mois. C’est pour cet effet uniquement, ainsi que pour tenir l’armée en ordre et avoir un centre de réunion où présidaient des généraux habiles et dignes par leur honnêteté d’avoir la confiance du Souverain, que Pierre le Grand institua le Collége de guerre, en lui doñnant l'autorité d'avancer jusqu’au grade de lieutenant-colonel, mais par ancienneté; et c’est le même Collége de guerre qui signait les patentes. Ce n’est qu’à commencer dù grade de colonel qu’il fallait avoir l'approbation du Souverain pour l'avancement, et depuis le colonel jusqu’au feldtiraréchal les patentes étaient signées par le Souverain-même. Mais à présent que le Souverain lui-même a la fastidieuse et inutile occupation de recevoir les rapports directement des régiments, qu’il s'occupe des rapports des inspecteurs, et que jusqu’au moindre petit avancement de sous-lieutenant ou de lieutenant doit passer par lui, l'institution du Collége de guerre, tel qu'il a été formé par Pierre le Grand, est toutà-fait supérflue: car, ayant été formé, ainsi que les autres colléges de l'Empire, pour soulager l'Empereur et pour lui éviter des détails minutieux, et ne le faisant plus, il n’est plus utile; car il a moins d’autorité que tous les autres colléges de l’état. En même tems le Souverain est accablé de rapports et de détails aussi minutieux qu'inutiles et ennuyeux; il perd journellement deux ou trois heures, et quand ce ne serait même qu’une demi-heure, ce tems est trop précieux quand on pense qu’il aurait pu être employé dans l’administration interne d’un si vaste Empire, qui, dans l’état de désorganisation où il se trouve malheureusement, réclame toute son attention paternelle.

Il y a encore un point qui appelle à grands cris l’attention du Souverain humain et vertueux que la Russie a le bonheur de posséder: c’est l’état de nos hôpitaux et lazarets de l’armée et des régiments, dont l’administration est sur le pied le-plus horrible, où les malades sont mal traités par l'impéritie des chirurgiens, et où les malades et lés convales-

cents manquent d'aliments сопуепа ез, manquent de lits, de linge et de tout ce qui est nécessaire pour leur état. La mortalité affreuse qui s’en suit, fait frémir la nature, et quand on songe que ce sont des hommes et de la meilleure espèce d'hommes, qui périssent faute de soins dans un pays dépeuplé où la conservation des hommes devrait être le premier soin du gouvernement, on ne peut que déplorer que le vertueux Souverain que nous avons, n’ait pas été dans le cas de voir ce qui se fait dans cette partie si essentielle d’une grande armée. Sur ce sujet il n’y a pas de meilleurs modèles à suivre que ceux qu'on employe dans les armées et les flottes britanniques.

Il reste. maintenant à ajouter une chose, qui est que toute armée où les offieiers sont tous gentilshommes, est sans contredit supérieure à une autre, où les officiers sont des parvenus. Je m’attends qu’on dira: voilà une idée bien aristocratique; mais je vais prouver que mon assertion est indisputable. L'armée prussienne est infiniment mieux composée et supérieure en tout à celle d'Autriche, parce qu’en Prusse il y a une foule de petite noblesse qui est plus que suffisante pour compléter tous les rangs d'officiers de l’armée, qui n’a jamais d’autres officiers que des gentilshommes. Dès Гаде de Та 8 ans, ils entendent parler à leurs pères, à leurs grandpères, des faits militaires; ils entendent parler sans cesse qu'un tel de leurs parents a été blessé à une telle bataille où il s’est distingué, et a été avancé; qu’un autre a été remarqué par le commandant de l’armée, dans une affaire, pour son courage héroïque; qu'un autre dans une bataille perdue a conservé l'honneur de sa compagnie ou de son régiment, Га ramené en ordre et a conservé ses drapeaux, et fut recommandé par le commandant de l’armée. Tout cela inspire au jeune homme le désir ardent de ne pas dégénérer de la gloire de ses ancêtres; tout ceci l’enflamme dans la passion pour une carrière militaire, et dans l’espérance de s’y distinguer aussi un jour et de se faire connaître. C’est là qu’un enfant s’imbibe des principes d'honneur sans lesquels une armée

n'est pas une armée: ce n’est qu’un troupeau de gens à charge au pays, dont ils font la honte sans servir à sa sûreté. En Autriche, où il п’у a presque pas de petite noblesse, et où la grande est riche, fainéante au point qu’il y a très peu de jeunes gens de cette classe qui veulent servir dans l’armée, qui est toute livrée à des fils d’aubergistes, de maîtres de poste, de petits boutiquiers qui, dès leur enfance n'ayant jamais entendu parler des hauts faits et de la gloire militaire de leurs ancêtres, et qui n’ont été occupés qu’à copier des comptes d’apothicaires par lesquels leurs parents friponnaient leur pratique, ils n’ont d’autre point d'honneur que celui du lucre et n’embrassent l’état militaire que comme une spéculation de gain pour parvenir à la fin, à force de vieillir dans le service, au grade de colonel ou de général, comme des états qui les mettent à l’abri du besoin. J'ai vu les deux агmées, et je suis sûr que tous ceux. qui les ont vues et étudiées de même conviendront que la supériorité décisive de la première armée sur la seconde ne provient que des éléments qui constituent ses officiers.

Avant les changements arrivés en dernier lieu chez nous, où la gêne et la rigueur du service, l’abus du pouvoir des chefs des régiments et des inspecteurs, ont chassé, pour ainsi dire, toute notre noblesse qui servait dans les régiments, nos officiers étaient tous gentilshommes, et à présent qu’ils sont rémplacés par des gens de la même espèce qui infecte Рагmée autrichienne, jamais notre armée ne sera bonne si on ne se défait pas de ces intrus, et si on ne tâche par tous les moyens possibles, excepté ceux de rigueur, à attirer de nouveau cette noblesse dans une carrière de service qui lui est naturelle. Mais comme nous n’avons pas de gentilshommes qui ne possèdent rien, et que le plus pauvre а un petit terrain à lui en propre, qui finit par être le refuge de sa vieillesse, il ne peut pas le négliger, et le bien de l’état exige même que celui qui sert ne soit pas dans la malheureuse nécessité de détériorer sa petite fortune; aussi Pierre le

- Grand a-t-il ordonné que tout officier puisse avoir la per-

О РУССКОМЪ BOËCKS. 491

mission de s'absenter annuellement, sans perdre les appointements, pour 29 jours. afin de vaquer à ses propres affaires, et ce grand Souverain n’a permis ces congés si courts que parce qu’il était dans ce tems-là dans le plus fort de ва guerre contre la Suède. Depuis la mort trop-prématurée de ce grand homme, la Russie s'est étendue de beaucoup, les distances de la frontière au centre sont devenues immenses, et un congé de 29 jours ne serait qu’une permission illusoire. C’est pourquoi il n°y aurait aucun inconvénient, mais il serait au contraire de la plus grande utilité de choisir les 4 mois où il n’y a plus d'exercice ni de camp, с. а. 4. №vembre, Décembre, Janvier et Février, pour accorder de droit à tout officier, de quelque rang qu’il soit, d'aller pour 2 mois, sans perdre ses appointements, vaquer à ses affaires: р. e. si le capitaine et le sous-lieutenant de chaque compagnie allaient au mois de IX-bre et de X-bre, et qu’à leur retour le lieuteñant et l’enseigne avaient leur congé les mois de Janv-r-et de Fév-r. De même dans les grades supérieurs, le colonel et le premier-major auraient 2 mois de vacance, après lesquels le lieutenant-colonel et le second-major jouiraient du même avantage. Le service public n'en souffrirait pas, et personne au service ne serait dans le cas ou de négliger ses affaires ou de quitter un service qui le ruine et le tient comme à la chaîne. Ce qui est le plus étonnant, c’est l'usage qui s’est introduit, que personne du militaire ne puisse s’absenter pour 24 heures sans avoir la permission directe du Souverain. Comment le Souverain peut-il perdre son tems si précieux à l’état dans des occupations aussi au-dessous de lui, et qu’il soit obligé de lire une foule de paperasses qui ne consistent que dans des demandes pareilles, et qu'il perde encore le tems qu’il faut pour donner les résolutions à ces demandes. Un officier qui se trouve en garnison à Nowgorod, qui reçoit une lettre de Pétersbourg que sa mère est mourante à Pétersbourg et qu’elle n’a pas trois jours à vivre, aurait eu autrefois la permission de son colonel d'aller à Pétersbourg pour 4 jours; mais à présent, qu’il faut qu’il écrive

au préalable au Souverain lui-même, sa mère sera déjà morte et il sera privé de la consolation de l’embrasser. avant que la permission. de з’абвешег lui arrive. Mais quelles peuvent être éncore les positions cruelles en pareil cas, quand l’officier, qui a un besoin urgent de s’absenter. pour 3 ou 4 jours, se trouve à 7 ou 800 werstes de la résidence!

Voilà les réflexions que j'ai été à même de faire dans le loisir où je me trouve. Je désirerais qu’elles fussent soumises à ceux qui, par leur devoir et emploi, s’occupent de l'organisation de notre armée. Bienheureux si, parmi ces observations, je saurai qu'il у en a eu une ou deux qui méritaient leur approbation, et qu’ils les jugent dignes d’être proposées à notre.bon Souverain, qui ne veut que le bien de sa Patrie, qui a trop de jugement pour пе pas voir qu’il уа bien des maux dans l’état auxquels il est indispensable de remédier, et qui, n'ayant naturellement d’autre but que le bon ordre et le bonheur de l’état, accueillera tout ce qui est utile sans regarder au peu ou point de mérite de celui qui propose: car il arrive souvent que l’homme le moins capable, mais qui n’est mû que par un zèle ardent pour le bien public, propose .des idées qui se trouvent être utiles.

P. S. П se pourrait qu’en lisant cet écrit, où on soutient que les institutions de Pierre le Grand sont les meilleures pour notre armée, et qu’à mesure qu’on s’en est écarté, l’état de cette armée n’a fait que se détériorer, on dira par réfutation que les grandes choses opérées en Italie par Souvorow, l'ont été sous le nouveau régime; mais ce ne serait pas juste: car tout le monde sait que ce grand homme n’observa aucun des règlements introduits par l'Empereur défunt, ce qui, au lieu d’invalider ce qui est dit dans cet écrit contre les innovations dernièrement introduites dans notre armée, ne fait que le corroborer davantage.

Азвгустъ Il, король Польск, Адда, ptus, 338.

Аддингтонъ, 227, 384, Адижъ, pira, 46.

Алопеусъ, Давыдъ Максимоsans, 152, 163, 175, 178, 188, 194, 210.

Альвинци, Ascrpificxit генеpars, 67.

АРТЕВЪ EUASA ВОРОНЦОВА, и. 10-я.

Amienc®æ, ropoas, 161, 162, 803, 380, 381, 416.

Апраксииъ, Cr: Ст., 185.

Арабы, 40. Аркуръ (x), repnors, 329.

Артув (№), rpaes, 72, 347,

Axe, миръ, 105, 288.

Basapia, 68, 196, 197, 338,

Baparsracrië, Богданъ Amp, Флота капитанъ, 7, 10, 20, 21, 237, 360.

БарятинсвЙ, sans Ив. Ив.

Bar, приморсыйЙ городъ, 435.

Безбородко, ки. Ал-ъ Aëxp., 3, 4, 6, 12, 13, 15, 17, 18, 27, 33, 85, 36, 37, 38, 45, 46, 47, 51, 108, 123, 147, 242, 250, 326, 327, 395.

Бестузжевы, rpaou, 174.

Borexia, .

Бременъ, ropors, 424.

Бреславль, городь, 62, Bpecr®, городъ, 4, 16, 25, 58, 349. ` Бретань, 347, 348, 349.

Bypôoncrik, repuors, 26, 56.

Валезъ, rpaor, 297.

Валуевъ, AHILIOMAT. чивовинхъ,

KB х-Й КНИГЬ АРХИВА ЕНЯЗЯ ВОРОНЦОВА. 495

Варренъ, rasaseps, 197, 225, 227, 426.

Варъ, ptra, 66, 339.

В1омениль, rpaor, 74, 345, 346, 347, 348, 349.

Висла, pira, 17, 284.

Волга, pixa, 408.

ВолконсвйЙ, князь Григ. Ceиеновичъ, 167.

Вормстъ, хоговоръ, 67, 338, ЗВороннно, низше rpaea Шереметева, 123.

Воронцова, гр. En. Сем. 14,

Воронцово поле, 27. ЗВоронцовъ, rpaos Иванъ Ларионовичъ, 171.

Вуншъ, ereps, 406.

Вурмзеръ, resepars, 66, 67..

Тарденбергъ, rpaer, 414.

Teuya, 53, 66, 428, 441.

Leoprs I, 233, 364.

Говеръ, aopas, 226, 227, 232,

Toxxamxia, 59, 60, 64, 350, 428, 425, 448.

Головинъ, rpaos, 174.

Tom, 42.

Tom, ein, 334, 457.

Ton, банкиръ, 41, 42, 189.

Гренжъ, Axeucr, 451—453.

Гриммъ, 6apors, 166, 180.

Tpysia, 205.

EME ME TE кавалеръ, 225.

amis, 379, 386, 387.

Двина, ptua, 17.

Девинсъ, resep., 66, ДемидовЪъ, 201, 220. Демосеенъ, 165.

Aæepseñ, островъ, 64, 74.

нВиоръ, pire, 17, 478.

нстръ, pire, 478, 484.

Дунканъ, aumspars, 19, 350.

Дюмурье, resepars, 72.

Елена Павловна, вел. княжsa, 334.

JKepse, Андрей, 316.

+ Завадовский, rpaor П.В., 18,

Зара, ropoxs, 245.

Зейдлицъ, resepars, 482.

Зеньковъ, корабельный maстеръ, 414.

camxp., 172, 205, 210, 220.

Зубовъ, князь, Il. А., 6, 172.

HMsmañuoscriä noms, 220.

Hprauxia, 11, 14, 25, 28, 29, 31, 73, 867.

` Hca, ниве rpaea Воронцова,

Hraruucrik, дишомать, 305.

Iomauecrie острова, 206, 442,

Ioproriä, repuors, 59, 60, 64.

Кайнарджи, maps, 160.

Kawnoæopmio, 65, 68, 241, 247, 382, 384.

Карлъ Beamiti, 9.

Карлъ VI, 129.

Карлъ XII, 174.

Кеиръ, xoxrops, 224.

Кобурговй, repnors, 66.

Колоредо, rpaes, 268, 282,

Колычевт, Cr. Алексев., 90, 150, 213, 271, 290, 380.

Краснополянскйй, Hs., 81.

Kpoanisa, 245.

KB Х-Й KHHTS АРХИВА KHH34 ВОРОНЦОВА.

Куксгавенъ, ropous, 11, 78, 80, 345, 358.

Кульбарсъ, oosueps, 161.

Лейпцигъ, ropous, 27, 62, Лещинок!в Станиславъ,

Лопухинт, князь Il: В., 220.

Люневилль, maps, 119, 269, 281, 382, 423.

Maxapop®, вице-адмираль, 64, 96, 101, 119, 349, 350.

Mazopoccia, 7.

Mapia Павловна, великая княжна, 225.

Mapia Терезия, 189, 338.

Mapia Oeoxopopua, aunepaтрица, 454—464.

Мекленбургъ -Стрелиц- Kik, герцогъ, 334.

Mopasia, 367, 448.

Мурино, пизне граа Boposцова, 123.

Hasapesckii, 130, 204.

Нарышкина, Asa Ивановна,

Новосильцовъ, Николай Hsкол., 96, 107, 125, 133, 164, 218, 233, 234, 314, 429, 430, 435, 465. °

Hopseria, 350, 367.

Одеръ, pira, 17.

ОрлеанскАЙ repnors, 32, 72.

Uasia, битва, 65.

Паленъ, грахъ II. А. 94, 103,

Панины, rpaou, 62, 70, 80, 82, 105, 107, 108, 140, 113, 116, 117, 118, 120, 121, 122, 124, 125, 126, 128, 131, 136, 137, 138, 139, 140, 141, 144, 145, 146, 147, 148, 149, 150, 154, 157, 158, 196, 234, 239, 245, 260, 276, 291, 294, 300, 301, 302, 353, 357, 363, 370, 372, 884, 387, 390, 891, 393, 894, 396, 397, 398, 399, 402,

Uaccasans-Orxy, 119, 291.

Петръ II, 397.

Ilopro-beppaio, 441.

Разумовон, граеъ Asp.

Paxmoxiä ниператоръ, 311,312, 318, 323.

‘Pos, 215, 238.

Рона, psra, 289.

Рындинъ, ‘Кирвла Степаноsas, 39, 43, 62, 94, 132.

Ciecs, a66ars, 73.

Cuuesia, 367.

Cauxepu, rocnosa, 72.

Cuenia, 66, 441.

Спеноеръ, aopas. 40, 53, 217,

Средиземное mope, 29, 53, 58, 206, 239, 240, 241, 250, 811, 341, 403, 416, 417, 421, 424, 425, 439, 441, 442.

Craxiom®, rpaez, 176,185, 207, 208.

Степанов, macreps, 411.

Тамаре, В. С., 52, 291, 409, Тамбовъ, rop., 14.

Тверь, ropoxs, 132.

Тексель, rop., 19, 97.

Темза, ptra, 16, 18.

Тессино, pire, 338.

Tpom6oscrif, 126.

-Tpomæncri#, Дм. Iporoe., 128, 148, 178.

69, 266, 267, 268, 281, 282, 323, 839, 348. \ Тулонъ, rop., 28, 58, 65, 66,

Фицъ-Геральдъ 9ayapar, aopas, 32.

anepo тенераль, 482.

Dear Село, 214, 399.

OPEAOPES, битва, 105, 471,

Ilorxanxia, 31, 74.

IMrxpia, 11, 67.

Шувазель, repnors, 225.

Шуленбургъ, rp., 176, 187, 188, 190.

* Эднибургь, 170, 171, 224, Эдуардъ III, 157.

Эссен, resepars, 60, 61, 64, ‚ 71.

Orpypia, 423.

Oeoxocia, 106.

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