‹ Arlequin-Pluton; comédie inédite en trois actes [par] Thomas-Simon Gueullette, 1719. Précédée d'une préfChapitre 1 sur 51 · Arlequin-Pluton; comédie inédite en trois actes [par] Thomas-Simon Gueullette, 1719. Précédée d'une préf · texte numérisé non relu

Arlequin-Pluton; comédie inédite en trois actes [par] Thomas-Simon Gueullette, 1719. Précédée d'une préf

e succès obtenu Tannée dernière par la parade inédite de Thomas- Simon Gueullette, les Fausses En- -^r^2> ô vies, m'encourage à donner aujourd'hui V Arlequin-Pluton du même auteur, une pièce également inédite, que le public du XVIIIe siècle a fort goûtée lors de son apparition, et à laquelle nos lecteurs modernes feront, je n'en doute pas, un accueil favorable.

Thomas Gueullette, dont il a été longuement question dans notre préface des Fausses Envies, s'adonna d'une façon toute spéciale au théâtre italien ; et c'est en parlant de ce théâtre que nous allons le retrouver jouant

h Préface.

sans cesse un rôle actif et mêlé invariablement à ses différentes transformations.

Les acteurs italiens (nous le rappelons pour mémoire), après avoir une première fois visité la France en 1570, y revinrent officiellement sous Henri III, en 1 576, et y firent, depuis cette époque, des stations de plus en plus fréquentes et de mieux en mieux goûtées du public, dont ils gagnèrent à ce point les bonnes grâces qu'ils éclipsèrent, pour un moment, la gloire des comédiens français. On n'a pas oublié le fameux Scaramouche (Fiurelli), qui eut l'honneur de faire rire aux larmes Louis XIV en bas âge, et qui dut , aux traces que cette hilarité abondante laissa sur ses vêtements, les faveurs particulières dont il jouit toute sa vie. On se souvient aussi de la brillante campagne de 1662 à 1688, où s'illustrèrent les inimitables \anni Locatelli et Dominique, le premier jusqu'en 1671 dans le rôle de Trivelin, le second dans celui d'Arlequin.

Le théâtre italien, qui avait fait son chemin malgré la cabale et qui s'était définitivement conquis une place au soleil, disparut

Préface. m

en 1697 pour s'être permis quelques allusions à la pruderie grincheuse de Mme de Maintenon. Mais, en 1716, des jours meilleurs ayant lui, la troupe de Louis Riccoboni, mandée de Parme par le régent, s'installait à l'hôtel de Bourgogne, et, sept années plus tard, par autorisation royale, elle gravait les armes de France sur la porte principale du bâtiment, et inscrivait au-dessus en lettres d'or : Hôtel des comédiens italiens ordinaires du roy, entretenus par Sa Majesté, rétablis en France en l'année

MDCCXVI.

Je n'ai pas mission d'énumérer les différentes étoiles de la scène italienne; mais, fidèle à mon sujet, je dirai quelques mots des acteurs inscrits en tête d' 'Arlequin-Pluton pour paraître dans la reprise de cette charmante pièce.

Dominique, qui devait jouer le rôle de Pluton, n'était autre que le fils du fameux Dominique Biancolelli. Auteur et acteur comme son père, il fut reçu à la fin de la foire Saint- Laurent (17 17), et débuta le 1 1 octobre sur le théâtre de l'hôtel de Bourgogne.

iv Préface.

Thomassin Vicentini (Arlequin) faisait partie de la troupe de début en 1716. C'est le père de Catherine (Violette), reçue dans la compagnie en 1727, et du comédien Vicentini, que la préface du Nouveau Théâtre italien porte comme ayant joué, à Page de cinq ans, le rôle du petit Arlequin dans la pièce de Gueullette (19 janvier 1719).

Romagnesi (Cinthio, un Suisse), qui débuta le i5 avril 1725 dans le rôle de Lélio de la Surprise de l'amour, était le petit-fils d'Antonio Romagnesi, de l'ancienne troupe italienne. Auteur dramatique en même temps qu'acteur, comme la plupart de ses camarades, il donna différentes pièces qui eurent du succès, et collabora avec Dominique et Riccoboni fils.

Pagheti, désigné pour le triple rôle de Pasquin, de Mathanasius et de l'Aubergiste, avait joué aux foires Saint-Germain et Saint-Laurent avant de paraître sur le théâtre de Thôtel de Bourgogne , où il fit ses débuts en 1720. Sa mort, survenue le 14 novembre 1732, témoigne que les rôles d1 Arlequin- Plut on avaient été

Préface. v

distribués bien avant l'époque fixée pour sa reprise.

Giuseppe Baletti , autrement dit Mario (Mercure), figurait déjà pour remploi d"1 amoureux sur la liste de 171 6, et nous le retrouvons en rj52 avec la même qualité. Il était alors doyen de la troupe.

Benozzi (Scaramouche et Caron) était frère de la célèbre Silvia,dont nous parlerons tout à Theure. Il débuta le 3 mars iy32 dans une pièce de l'ancien théâtre italien : Colombine avocat pour et contre.

Fabio Sticotti (Pantalon) débuta le 5 janvier 1733, et tint son emploi jusqu'en 1741, date de sa mort.

MIle Belmont (une femme bel esprit, ou M"e Romanville) était tante de Romagnesi et femme du petit-fils de la grande comédienne Aurélia, favorite de la reine Anne d'Autriche.

Cette dernière, qui abandonna le théâtre en i683, vécut jusqu'à l'âge de quatre-vingt-dix ans, et MIle Belmont se souvenait parfaitement de l'avoir vue sur son lit de parade aux derniers temps de sa vie, toujours coquette et

vi Préface.

extrêmement parée. Mllc Belmont avait débuté le Ier juin 1728 dans la Femme jalouse.

M"e Thérèse Lalande (Proserpine), actrice française, débuta dans la pièce de Danaé, le 17 août 1721, par les rôles de Junon et de Colombine. Elle mourut le 16 décembre 1738, âgée de quarante-sept ans.

Mlle Silvia, qui devait remplir dans la reprise âCArlequin-Pluton le double rôle de son nom et de Mlle Descoulisses, était Pactrice la plus renommée de sa compagnie. Originaire de Toulouse et enrôlée dans la troupe de début en 171 6, Zanetta Rosa (Silvia) Benozzi remplit pendant quarante-huit ans les rôles d'amoureuses avec la même vivacité, la même finesse et la même illusion. « Un volume suffirait à peine, dit Desboulmiers, pour contenir tous les éloges qu'elle a reçus tant en prose qu'en vers. » Et il cite tout entière la fable de Protée, qui lui fut adressée, et dont nous extrayons le quatrain suivant :

Qui de nos mœurs si bien nous traça la peinture, Tant d'agrément sur la scène employa, Sauva mieux l'art, rendit mieux la nature, Que fait l'aimable Silvia ?

Préface. vu

Une particularité intéressante : Gueullette, qui abandonnait d'ordinaire ses droits d'auteur aux acteurs de ses pièces, fit don de sa dernière, l'Horoscope accompli, à MlleSilvia.

Nous fermons sur ce nom, devenu célèbre, la liste des acteurs désignés pour notre pièce.

La troupe de Riccoboni, à son arrivée à Paris (171 6),' commença par jouer en italien; mais le public demandait à comprendre, et on eut l'heureuse idée de publier le français en regard de la pièce originale; puis on imprima également en français les arguments avec le détail de chaque scène et de ce que les acteurs y devaient dire. Mais on laissait à la disposition du comédien la forme même du dialogue, et en cela on se conformait aux aptitudes des Italiens, qui improvisaient les paroles avec une sagacité merveilleuse. Riccoboni était très fier de ce don d'improvisation, comme il l'exprime dans son Histoire du Théâtre italien; et Gherardi, dans le tableau qu'il fait d'un acteur jouant simplement de mémoire, le compare aux échos qui ne parleraient jamais si d'autres n'avaient parlé avant eux. « Un comédien de cette sorte,

vin Préface.

conclut-il, est comme un bras paralytique. La seule différence que je trouve entre le bras mort et le membre inutile de la comédie, c'est que, si le premier ne sert de rien au corps, il est certain qu'il n'en reçoit aucunenourriture; mais le dernier ne laisse pas de recevoir autant de nourriture que les acteurs qui fatiguent le plus et qui sont le plus nécessaires. »

Quoi qu'il en soit, les comédies finirent par être imprimées de toutes pièces, divisées et dialoguées en français par l'auteur lui-même: c'est la troisième et dernière transformation du théâtre italien, et ici encore nous retrouvons Gueullette, dont le nom aura sans cesse été mêlé à l'histoire de ce théâtre.

En effet, si les frères Parfaict ont signé leur ouvrage, ils le disent dans leur préface : « Nous annonçons de bonne foi que YHistoire de V ancien Théâtre italien que nous donnons aujourd'hui est presque toute due à M. Gueullette, qui, pour sa propre satisfaction, a rassemblé la plus grande partie des matériaux qui la composent.

Le catalogue de Louis Riccoboni embrasse

Préface. ix

les pièces parues de i5oo à i65o, et le recueil d'Évariste Gherardi comprend les comédies jouées du 22 janvier 1682 au 2 mars 1697; mais il existait entre ces deux périodes une lacune considérable, et c'est Gueullettequi se chargea de la combler en analysant le répertoire de Dominique, formé de quarante comédies représentées en France de 1662 à 1674, et parmi lesquelles nous citons: // Basilico di Bernagasso, — / Tre Ladri scoperti,

— Il Rimedio a tutti mali, — // Mondo allô rovescio, — Arlecchino creato re perventura,

— Aggianta al Convitato di pietra, etc. Le concours de Thomas Gueullette en cette circonstance est, ne l'oublions pas, d'autant plus précieux que le manuscrit où Dominique donnait les canevas des pièces de son temps a été perdu, et que les analyses de notre auteur sont bien faites pour le remplacer.

Mais le nouveau théâtre italien s'est installé ( 1 7 1 6), et Gueullette, auteur dramatique, maintenant va le suivre dans ses différentes transformations, qu'il marquera par quelqu'une de ses œuvres.

Comme échantillons des pièces italiennes,

x Préface.

avec le français en regard, nous avons de lui la traduction de La vie est un songe (10 février 171 7) et d'Adamire, ou la Statue de l'Honneur (12 décembre de la même année).

Le i5 mars 171 8 paraissent les Comédiens par hasard, avec l'Anneau de Brunel en second acte, pièce où l'indication détaillée des scènes et du dialogue remplace le dialogue lui-même.

Enfin, Gueullette donne les quatre comédies suivantes, qui seront jouées telles qu'elles sont écrites, et auxquelles il ne manque rien pour la scène : Arlequin-Pluton (ro, janvier 171 9), le Trésor supposé (7 février 1720), l'Amour précepteur (25 juillet 1726), enfin l'Horoscope accompli (6 juillet 1727).

Des sept pièces que nous venons d'énumérer, cinq sont imprimées; deux seulement, Arlequin-Pluton et les Comédiens par hasard, sont inédites. Nous publions aujourd'hui la première, réservant pour plus tard la seconde, à laquelle sera jointe une surprise bibliographique. Ainsi sera complétée l'œuvre théâtrale de Gueullette, à la satisfaction du lecteur, nous l'espérons, et aussi à notre satisfaction

Préface. xi

à nous-même, qui accomplissons un devoir de famille en reportant l'attention du public sur cet ancêtre que le XVIIIe siècle eut en haute estime.

Désireux de ne point allonger ma préface outre mesure, je n'insisterai pas sur les cinq pièces imprimées, qu'on trouvera dans le Nouveau Théâtre italien de Louis Riccoboni, et je me bornerai à donner sur elles quelques renseignements indispensables.

La vie est un songe (en italien La vita è un sogno), est une tragi-comédie en cinq actes traduite par Gueullette du poète Cicognini, qui lui-même l'avait tirée de la pièce espagnole La vida es sueiio, chef-d'œuvre de Calderon. Par la suite, de Boissy en donna une imitation en vers libres, réduite à trois actes; mais, malgré le jugement élogieux de Desboulmiers, la pièce de ce dernier est bien inférieure à son modèle, en ce qu'elle supprime de fort beaux passages et que la versification en est lourde et insuffisante. La comédie de Cicognini, traduite par Gueullette, est imprimée dans le 2e volume du Nouveau Théâtre italien (édition de 1729).

xi i Préface.

Adamire, ou la Statue de V Honneur (Adamira, o la Statua del Onore), tragi-comédie en cinq actes, comme la précédente, appartient en propre au poète Cicognini. Elle a été imprimée, avec la traduction de Gueullette en regard, dans le 3e volume du Nouveau Théâtre italien (même édition); mais les éditions postérieures à 1729 ne la donnent plus, ainsi que l'explique l'avertissement du libraire de 1753. « On me fit comprendre, y est-il dit, que ces morceaux italiens, ne plaisant pas à tout le monde, pourraient faire tort au débit de l'ouvrage en France. Pour me conformer à cet avis, je les retranchai de ce livre dès 1733, et je formai un corps de ces morceaux, que je réunis en 3 volumes in-12, et que je vendrai soit conjointement, soit pièce par pièce. »

Avant d'être imprimée dans le Nouveau Théâtre italien, Adamire, traduite par Gueullette, avait été publiée « chez Antoine- Urbain Coustelier, libraire- imprimeur de S. A. R. Mgr le duc d'Orléans, régent, MDCCXVII »; mais cette édition est presque disparue, et l'exemplaire de la bibliothè-

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que de T Arsenal, nousapprend Henri Nicolle, se présente comme une précieuse plaquette.

Le Trésor supposé, comédie française en trois actes, qui avait été représenté pour la première fois le 7 février 1720, fut remis au théâtre, avec des changements, en avril 1731. Il est imprimé en tête du 2e volume du Nouveau Théâtre italien (édition de 1753).

M. de Paulmy, qui juge l'œuvre sévèrement, avoue cependant qu'elle a été substituée au Port-à-rAnglais dans l'édition de 1769. En considérant, d'un autre côté, qu'elle fut reprise onze ans après sa première apparition, nous concluons au moins qu'elle était dans le goût du public.

L'Amour précepteur, comédie française en trois actes, avec un divertissement", est imprimé en troisième pièce dans le 8e volume du Nouveau Théâtre italien (édition de 1 729) , et en cinquième pièce dans le 5e volume du même ouvrage (édition de 1753). Desboulmiers, qui en fait une analyse assez complète dans son Histoire anecâotique (2e volume), en parle avec éloge et constate qu'il fut bien accueilli du public. Les chansons, d'après

xiv Préface.

Riccoboni, seraientdcM.d'Y...,sieurduM...

(d'Yvry, sieur du Mesnil). Rien n'est plus douteux; les Notices de Gueullette ne le disent point, et le Nouveau Théâtre luimême, qui donne ce détail en 1729, le supprime dans l'édition de 1753.

L Horoscope accompli, pièce française en un acte, que nous lisons en cinquième pièce dans le 8e volume du Nouveau Théâtre italien (édition de 1 729) , et en septième pièce dans le 6e volume (édition de 1753), a été l'objet, de la part deDesboulmiers, d'une analyse de onze pages. Le critique y constate la faveur dont il a joui, et il ajoute, à propos de son auteur : « M.Gueullette est déjà connu par plusieurs pièces dont la plupart ont été jouées avec succès, et par conséquent rappelées dans cet ouvrage avec éloge. Il nous en resterait beaucoup plus à lui donner si nous n'étions obligé, par la forme de cet ouvrage, de ne parler seulement que du mérite littéraire et des talents dont les auteurs ont fait preuve sur le théâtre italien. » L Horoscope accompli, qui, d'après les registres de la Comédie, n'eut d'abord que six représentations consécutives, fut souvent

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rejoué depuis. De Paulmy, satisfait cette fois, écrit en note, sur son exemplaire du Nouveau Théâtre italien : « L' Horoscope accompli est une très jolie pièce de M. Gueullette; elle eut beaucoup de succès et elle a été souvent reprise. C'est la dernière pièce que M. Gueullette ait donnée au théâtre, bien qu'il ne soit mort qu'en 1766, âgé de quatre-vingt-trois ans. » La même note ajoute : « Ses vaudevilles ont tant de succès qu'ils sont connus de tout le monde. »

Nous voici arrivés aux deux pièces inédites qui complètent l'œuvre dramatique de Thomas Gueullette, et que nous avons réservées pour la fin. Elles prennent date entre la traduction à'Adamire et la comédie originale le Trésor supposé.

La première, sous forme de dialogue à la troisième personne, est intitulée, comme nous l'avons dit, les Comédiens par hasard. Elle a trois actes, en y comprenant l'Anneau de Brunel, qui sert de second. L'argument s'en trouve aux pages 70 et y3 du ier volume du Nouveau Théâtre italien (édition de 172g). « L'auteur, rapporte cet ouvrage, supprima

xvi Préface.

depuis /' Anneau de Brune!, et M. Lélio lui substitua les Deux Arlcquines, petite comédie de sa composition. » Nous remarquerons en passant que, Louis Riccoboni et Lélio étant tout un, si V Anneau de Brunel fut écarté, ce ne fut pas certes du fait de son auteur. La pièce de Gueullette, écrite tout entière de sa main, existe dans la collection Soleinne,d1où nous comptons bien la tirer un jour pour en faire hommage au public , ainsi que nous Pavons promis.

Arlequin-Pluton, objet de notre publication actuelle, est, nous apprend le catalogue du Nouveau Théâtre italien, une comédie en trois actes, jouée d'abord, le 19 janvier 1719, avec des scènes italiennes que Fauteur mit plus tard en français. Le vaudeville, qui seul a été imprimé, figure dans le tome Ier du Nouveau Théâtre italien (édition de 1 /5 3), avec la musique à la fin du volume; mais ce vaudeville lui-même a été tronqué : le nom des personnages1 y est supprimé, et Pavant dernier couplet a été sauté par Téditeur. Desboulmiers , après la courte analyse qu'il donne à1 Arlequin-Pluton dans son Histoire

Préface. xvn

anecdotique, annonce que la pièce est tirée du conte de Zagacrift, roi d'Ethiopie ; que les spectacles, les danses et la musique sont de la composition de Mouret, et que cette comédie fut très accueillie du public; puis ilajoute, en forme de critique : « On peut cependant assurer, sans faire tort au mérite de M. Gueullette, qui en est l'auteur, et dont la réputatation est établie par beaucoup d'autres succès, qu'elle serait moins favorablement reçue aujourd'hui... Le bon goût a heureusement confiné sur les planches de l'Opéra tous ces personnages imaginaires, et nous ne verrons plus, sur nos théâtres raisonnables, les dieux et les déesses, les Vices et les Vertus, débiter des madrigaux et faire des gargouillades. »

Evidemment Desboulmiers se trompait quand, en 1769, il prétendait que dieux et déesses étaient à jamais bannis de nos théâtres. L'Olympe, dont s'amusait le public d'alors, récrée encore notre public d'à présent, et les temps ne sont pas éloignés où tout Paris se pâmait d'aise aux gargouillades d'Orphée aux enfers. Quant au succès d1 Arlequin-P luton, il fut plus sérieux et moins éphémère que

xvi ii Préface.

ne le juge Desboulmiers. Le manuscrit sur lequel nous avons copié le renseignement témoigne en effet que la pièce fut jouée en présence du roi, sur son petit théâtre des Tuileries, et qu'en 1/35, c'est-à-dire seize ans après son apparition, elle dut être remise à la scène : « Les rôles avaient été distribués, et si elle ne fut point reprise, c'est qu'il y eut probablement quelque nouveauté qui en empêcha la représentation. »

La comédie d'Arlequin -Pluton était, par conséquent, dans les goûts du XVIIIe siècle, et elle aurait, j'en suis convaincu, l'agrément de nos spectateurs contemporains, s'il venait à un directeur l'idée de la remonter. C'est une pièce très fine, d'une invention ingénieuse et d'une originalité piquante; le dialogue en est vif, spirituel, et chaque personnage s'y montre dans son caractère. Nous observerons , en outre, que le lettré perce toujours chez Gueullette, alors même qu'il traite un sujet comique. Dans l'Amour précepteur, Flaminia et son valet Trivelin, tous deux travestis en docteurs, soutiennent une thèse rimée sur les grands hommes de l'anti-

Préface. xxi

quité. Dans son Arlequin-Pliiton , l'auteur fait débiter à son héros une amusante parodie des imprécations d'Oreste, et ménage aux Tartares un assaut d'élucubrations burlesques entre les ombres de Mathanasius et de Mlle Romanville, deux beaux esprits de leur temps. Quanta la mise en scène, nous notons les changements à vue obligés, un enfer où les diables et les furies se confondent en dépit de leur origine, enfin réternelle intervention des monstres quand il s'agit de fermer la route à un indiscret, procédé que nos féeries françaises exploitent de nos jours à grand renfort de figurants et de décors, mais que nous avons été curieux de retrouver dans sa simplicité primitive sur un théâtre de Barcelone, où nous assistions dernièrement à une nouvelle pièce du cru : lo Rellotje del Montseny.

17 mai 1879.

Charles Gueullette.

COMÉDIE INÉDITE EN TROIS ACTES AVEC AGRÉMENS par

THOMAS-SIMON GUEULLETTE

Cette pièce a été représentée par les comédiens italiens le 19 janvier 1719.

Elle a esté jouée ensuite en présence du roy sur son petit théâtre des Tuileries.

Elle devoit estre remise au théâtre en 1735, et les rosles dévoient estre distribués aux acteurs nommés au dos de ce feuillet ; elle ne fut pas jouée parce qu'il y eut apparemment au théâtre quelque nouveauté qui empescha la représentation.

(Ces notes du manuscrit sont de la main de Gueullette.)

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